Dissertation sur Si c’est un homme - Est-ce encore un homme, ce misérable débris de l'espèce... ?

Bonjour à tous !!!
Voila j'ai une dissertation à faire dont le sujet est:
"Est-ce encore un Homme ce misérable débris de l'éspèce humaine ? Sans hésitation le livre de Primo Lévi répond que Oui" Affirme l'universitaire Danielle Sallenave, à parir de votre lecture de Si c'est un homme vous proposerez, de façon argumentée votre réfléxion sur cette question.

Voila donc j'avais pensé à un plan dialectique avec Thèse, Antithèse et synthèse sauf que je sais pas trop quoi dire :
Pour la thèse j'ai mis que intellectuelement c'était toujours des hommes car ils pouvaient penser et tout Mais je sais pas quoi dire d'autre
Pareil pour l'antithèse j'ai mis que physiquement c'était plus des hommes, ils n'avaient plus de noms et tout mais je sais pas quoi dire d'autre
Et pour la synthèse je sais pas quoi dire.

Si qqn pourrait m'aider Merci !!!

Réponses

  • Qu'est-ce que signifient tes "et tout"?

    Je ne suis pas certain que le plan dialectique soit une excellente idée - Le récit autobiographique de Lévi est tout de même une évolution - ou plutôt une régression, en deça de l'humanité.
    Mais oui, développe en effet la dichotomie esprit / corps. Comme tu l'as dit, le vécu des camps l'a amené à une condition quasi-inhumaine; et le seul moyen d'essayer au mieux de la survivre, Lévi le décrit bien, est la réflexion, le fait de se remémorer une véritable vie, d'essayer de la perpétuer par des gestes du commun (cf. rasage inutile mais nécessaire...).

    Pour le développement, à toi l'honneur, c'est personnel, mais n'oublie bien évidemment pas qu'on ne peut pas simplifier un tel témoignage en répondant "oui c'est toujours un homme" ou "Non"...
  • Bonjour,
    et le seul moyen d'essayer au mieux de la survivre, Lévi le décrit bien, est la réflexion, le fait de se remémorer une véritable vie, d'essayer de la perpétuer par des gestes du commun (cf. rasage inutile mais nécessaire...).
    Il y a aussi tout un travail chez Primo Levi autour de la mémoire, notamment avec le fameux chapitre où il récite et apprend à un autre déporté (si je me souviens bien) un chant de la Divine Comédie. Se souvenir d'une culture "humaniste" avec d'autres camarades, les dimanches par exemple, est un phénomène relativement fréquent d'après ceux qui ont relaté leur expérience (je pense à Semprun).

    Il faudrait aussi se placer du côté des bourreaux qui, eux, ne considéraient absolument les déportés comme des hommes, mais comme une masse informe, dégradée et sans conscience. On pourrait quand même penser à ce que Levi appelle la "zone grise" (chapitre 2 de Les Naufragés et les rescapés) : il n'y eut pas que des bourreaux, même sadiques (ils étaient finalement minoritaires), ni des déportés en tous points irréprochables. L'humanité est ici à rapprocher, dans le cas de cette expérience extrême et de ce microcosme qu'est le camp, de ces rapports avec autrui, en plus bien sûr de la perception pour chacun de son corps squelettique et de la résurgence d'instincts de survie impitoyables.

    En guise de réflexion plus large, je t'invite à lire L'espèce humaine de Robert Antelme qui aborde particulièrement cette question de l'humanité. Ainsi que cette préface de Benjamin Fondane (écrite en 1942 !), mort dans une chambre à gaz :

    C'est à vous que je parle, hommes des antipodes,


    je parle d'homme à homme,

    avec le peu en moi qui demeure de l'homme,

    avec le peu de voix qui me reste au gosier,

    mon sang est sur les routes, puisse-t-il, puisse-t-il

    ne pas crier vengeance !

    L'hallali est donné, les bêtes sont traquées,

    laissez-moi vous parler avec ces mêmes mots

    que nous eûmes en partage –

    il reste peu d'intelligibles !



    Un jour viendra, c'est sûr, de la soif apaisée,

    nous serons au-delà du souvenir, la mort

    aura parachevé les travaux de la haine,

    je serai un bouquet d'orties sous vos pieds,

    - alors, eh bien, sachez que j'avais un visage

    comme vous. Une bouche qui priait, comme vous.



    Quand une poussière entrait, ou bien un songe,

    dans l'œil, cet œil pleurait un peu de sel.

    Et quand une épine mauvaise égratignait ma peau,

    il y coulait un sang aussi rouge que le vôtre !

    Certes, tout comme vous j'étais cruel, j'avais

    soif de tendresse, de puissance,

    d'or, de plaisir et de douleur.

    Tout comme vous j'étais méchant et angoissé

    solide dans la paix, ivre dans la victoire,

    et titubant, hagard, à l'heure de l'échec !





    Oui, j'ai été un homme comme les autres hommes,

    nourri de pain, de rêve, de désespoir. Eh oui,

    j'ai aimé, j'ai pleuré, j'ai haï, j'ai souffert,

    j'ai acheté des fleurs et je n'ai pas toujours

    payé mon terme. Le dimanche j'allais à la campagne

    pêcher, sous l'œil de Dieu, des poissons irréels,

    je me baignais dans la rivière

    qui chantait dans les joncs et je mangeais des frites

    le soir. Après, après, je rentrais me coucher

    fatigué, le cœur las et plein de solitude,

    plein de pitié pour moi, plein de pitié pour l'homme,

    cherchant, cherchant en vain sur un ventre de femme

    cette paix impossible que nous avions perdue

    naguère, dans un grand verger où fleurissait

    au centre, l'arbre de la vie...



    J'ai lu comme vous tous les journaux tous les bouquins,

    et je n'ai rien compris au monde

    et je n'ai rien compris à l'homme,

    bien qu'il me soit souvent arrivé d'affirmer

    le contraire. Et quand la mort, la mort est venue, peut-être

    ai-je prétendu savoir ce qu'elle était mais vrai,

    je puis vous le dire à cette heure, elle est entrée toute en mes yeux étonnés,

    étonnés de si peu comprendre

    - avez-vous mieux compris que moi ?



    Et pourtant, non !

    je n'étais pas un homme comme vous.

    Vous n'êtes pas nés sur les routes,

    personne n'a jeté à l'égout vos petits

    comme des chats encor sans yeux,

    vous n'avez pas erré de cité en cité

    traqués par les polices,

    vous n'avez pas connu les désastres à l'aube,

    les wagons de bestiaux

    et le sanglot amer de l'humiliation,

    accusés d'un délit que vous n'avez pas fait,

    d'un meurtre dont il manque encore le cadavre,

    changeant de nom et de visage,

    pour ne pas emporter un nom qu'on a hué

    un visage qui avait servi à tout le monde

    de crachoir !



    Un jour viendra, sans doute, quand le poème lu

    se trouvera devant vos yeux. Il ne demande

    rien ! Oubliez-le, oubliez-le ! Ce n'est

    qu'un cri, qu'on ne peut pas mettre dans un poème

    parfait, avais-je donc le temps de le finir ?

    Mais quand vous foulerez ce bouquet d'orties

    qui avait été moi, dans un autre siècle,

    en une histoire qui vous sera périmée,

    souvenez-vous seulement que j'étais innocent

    et que, tout comme vous, mortels de ce jour-là,

    j'avais eu, moi aussi, un visage marqué

    par la colère, par la pitié et la joie,



    un visage d'homme, tout simplement.
Connectez-vous ou Inscrivez-vous pour répondre.