Flaubert, Madame Bovary, incipit - Nous étions à l’étude, quand le Proviseur entra...

Bonjour,

J'ai l'incipit de Madame Bovary à réviser pour l'oral du Bac de Français mais je n'ai que peu de matière sur ce texte. En cours, nous avons seulement traité les éléments originaux et les éléments traditionnels de l'extrait. J'aimerai donc savoir si vous avez des exemples de questions que l'examinateur peut me poser ainsi que si vous connaissez des sites où une analyse de cet extrait est faite. Merci d'avance !

Voici l'extrait :
Nous étions à l'Étude, quand le Proviseur entra, suivi d'un nouveau habillé en bourgeois et d'un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail. Le Proviseur nous fit signe de nous rasseoir ; puis, se tournant vers le maître d'études : - Monsieur Roger, lui dit-il à demi-voix, voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième. Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les grands, où l'appelle son âge. Resté dans l'angle, derrière la porte, si bien qu'on l'apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d'une quinzaine d'années environ, et plus haut de taille qu'aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l'air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu'il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. Ses jambes, en bas bleus, sortaient d'un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous. On commença la récitation des leçons. Il les écouta de toutes ses oreilles, attentif comme au sermon, n'osant même croiser les cuisses, ni s'appuyer sur le coude, et, à deux heures, quand la cloche sonna, le maître d'études fut obligé de l'avertir, pour qu'il se mît avec nous dans les rangs. Nous avions l'habitude, en entrant en classe, de jeter nos casquettes par terre, afin d'avoir ensuite nos mains plus libres ; il fallait, dès le seuil de la porte, les lancer sous le banc, de façon à frapper contre la muraille en faisant beaucoup de poussière ; c'était là le genre. Mais, soit qu'il n'eût pas remarqué cette manoeuvre ou qu'il n'eût osé s'y soumettre, la prière était finie que le nouveau tenait encore sa casquette sur ses deux genoux. C'était une de ces coiffures d'ordre composite, où l'on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d'expression comme le visage d'un imbécile. Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires ; puis s'alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poils de lapin ; venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d'une broderie en soutache compliquée, et d'où pendait, au bout d'un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d'or, en manière de gland. Elle était neuve ; la visière brillait. - Levez-vous, dit le professeur. Il se leva ; sa casquette tomba. Toute la classe se mit à rire. Il se baissa pour la reprendre. Un voisin la fit tomber d'un coup de coude, il la ramassa encore une fois. - Débarrassez-vous donc de votre casque, dit le professeur, qui était un homme d'esprit. Il y eut un rire éclatant des écoliers qui décontenança le pauvre garçon, si bien qu'il ne savait s'il fallait garder sa casquette à la main, la laisser par terre ou la mettre sur sa tête. Il se rassit et la posa sur ses genoux.
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Réponses

  • Bonjour,

    Je suis en pleines révisions pour mon oral blanc.

    Parmi mes textes figure l'incipit de Madame Bovary:
    « Nous étions à l’étude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail.
    Le Proviseur nous fit signe de nous rasseoir ; puis, se tournant vers le maître d’études :
    — Monsieur Roger, lui dit-il à demi-voix, voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième. Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les grands, où l’appelle son âge.
    Resté dans l’angle, derrière la porte, si bien qu’on l’apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d’une quinzaine d’années environ, et plus haut de taille qu’aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l’air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu’il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. Ses jambes, en bas bleus, sortaient d’un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous.
    On commença la récitation des leçons. Il les écouta de toutes ses oreilles, attentif comme au sermon, n’osant même croiser les cuisses, ni s’appuyer sur le coude, et, à deux heures, quand la cloche sonna, le maître d’études fut obligé de l’avertir, pour qu’il se mît avec nous dans les rangs.
    Nous avions l’habitude, en entrant en classe, de jeter nos casquettes par terre, afin d’avoir ensuite nos mains plus libres ; il fallait, dès le seuil de la porte, les lancer sous le banc, de façon à frapper contre la muraille en faisant beaucoup de poussière ; c’était là le genre.
    Mais, soit qu’il n’eût pas remarqué cette manœuvre ou qu’il n’eut osé s’y soumettre, la prière était finie que le nouveau tenait encore sa casquette sur ses deux genoux. C’était une de ces coiffures d’ordre composite, où l’on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d’expression comme le visage d’un imbécile. Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires ; puis s’alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poils de lapin ; venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d’une broderie en soutache compliquée, et d’où pendait, au bout d’un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d’or, en manière de gland. Elle était neuve ; la visière brillait.
    — Levez-vous, dit le professeur.
    Il se leva ; sa casquette tomba. Toute la classe se mit à rire.
    Il se baissa pour la reprendre. Un voisin la fit tomber d’un coup de coude, il la ramassa encore une fois.
    — Débarrassez-vous donc de votre casque, dit le professeur, qui était un homme d’esprit.
    Il y eut un rire éclatant des écoliers qui décontenança le pauvre garçon, si bien qu’il ne savait s’il fallait garder sa casquette à la main, la laisser par terre ou la mettre sur sa tête. Il se rassit et la posa sur ses genoux.
    — Levez-vous, reprit le professeur, et dites-moi votre nom.
    Le nouveau articula, d’une voix bredouillante, un nom inintelligible.
    — Répétez !
    Le même bredouillement de syllabes se fit entendre, couvert par les huées de la classe.
    — Plus haut ! cria le maître, plus haut !
    Le nouveau, prenant alors une résolution extrême, ouvrit une bouche démesurée et lança à pleins poumons, comme pour appeler quelqu’un, ce mot : Charbovari.
    Ce fut un vacarme qui s’élança d’un bond, monta en crescendo, avec des éclats de voix aigus (on hurlait, on aboyait, on trépignait, on répétait : Charbovari ! Charbovari !), puis qui roula en notes isolées, se calmant à grand-peine, et parfois qui reprenait tout à coup sur la ligne d’un banc où saillissait encore çà et là, comme un pétard mal éteint, quelque rire étouffé. »

    Après quelques recherches, je suis tombé sur

    http://lastrolabe.free.fr/incipit.htm

    où il est mentionné dans l’introduction du commentaire que:
    " l’incipit et sa valeur de prolepses ainsi que ..."

    Selon la définition d'études-litteraires.com :

    https://www.etudes-litteraires.com/figures-de-style/prolepse.php
    « En narratologie, la prolepse désigne le fait de raconter d'avance un événement qui va avoir lieu plus tard dans la narration. »

    L’argument qui donne une valeur de prolepse à cet extrait semble selon la définition ci-dessus, ne pas tenir.

    En effet, Flaubert nous fait dans cet incipit, plutôt prendre conscience d’un des trait fondamental de la personnalité de Charles : sa médiocrité; il nous la préfigure.

    Je ne vois donc aucune valeur de prolepse dans ce passage, qu’en pensez-vous, s’il vous plaît ?


    Merci d’avance.
  • Bonjour,
    J'ai une question sur cet incipit de Gustave Flaubert.
    Quel jugement l'auteur porte-t-il sur Charles Bovary ?
    Nous étions à l'Etude, quand le Proviseur entra suivi d'un nouveau habillé en bourgeois et d'un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail.

    Le Proviseur nous fit signe de nous rasseoir ; puis, se tournant vers le maître d'études :

    - Monsieur Roger, lui dit-il à demi-voix, voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième. Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les grands, où l'appelle son âge.

    Resté dans l'angle, derrière la porte, si bien qu'on l'apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d'une quinzaine d'années environ, et plus haut de taille qu'aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l'air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu'il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. Ses jambes, en bas bleus, sortaient d'un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous.

    On commença la récitation des leçons. Il les écouta de toutes ses oreilles, attentif comme au sermon, n'osant même croiser les cuisses, ni s'appuyer sur le coude, et, à deux heures, quand la cloche sonna, le maître d'études fut obligé de l'avertir, pour qu'il se mît avec nous dans les rangs.

    Nous avions l'habitude, en entrant en classe, de jeter nos casquettes par terre, afin d'avoir ensuite nos mains plus libres ; il fallait, dès le seuil de la porte, les lancer sous le banc, de façon à frapper contre la muraille en faisant beaucoup de poussière ; c'était là le genre.

    Mais, soit qu'il n'eût pas remarqué cette manoeuvre ou qu'il n'eût osé s'y soumettre, la prière était finie que le nouveau tenait encore sa casquette sur ses deux genoux. C'était une de ces coiffure d'ordre composite, où l'on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d'expression comme le visage d'un imbécile. Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires ; puis s'alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poils de lapin ; venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d'une broderie en soutache compliquée, et d'où pendait, au bout d'un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d'or, en manière de gland. Elle était neuve ; la visière brillait.

    Merci.
  • Bonjour titi70,
    Ne parle pas ici de l'auteur, mais du narrateur (d'autant qu'au début du roman, il est compris dans le "nous")
    Et il faudrait proposer des éléments de réponse...
  • Vous êtes devin. Je ne vois dans cet incipit qu'un nouvel élève totalement anonyme.
  • Demande-toi :
    Qui voit ? Quelle est la focalisation ?
    Qu'est-ce qui est "renouvelé" dans le portrait romanesque ? le vêtement est premier, révélateur ...
    Quel est l'effet produit par l'écart entre ce personnage "resté dans l'angle", "derrière la porte" et tous ces détails qui attirent le regard jusqu'à cette casquette qui, elle, a droit à un véritable "portrait" "comme le visage d'un imbécile" ...

    Plutôt que de "jugement", parle plutôt de "regard" qui crée un réseau d'attente du lecteur et annonce un anti-héros.
  • paulang a écrit:
    Vous êtes devin. Je ne vois dans cet incipit qu'un nouvel élève totalement anonyme.

    A qui vous adressez-vous s'il vous plaît ? Et pourquoi "Vous êtes devin ?"
  • JehanJehan Modérateur
    J'ai une hypothèse qui vaut ce qu'elle vaut. Paulang s'adresse à l'élève, qui parle de Charles Bovary, alors qu'il n'est pas nommément cité dans l'extrait à étudier. Paulang se demande donc comment il a fait pour "deviner" le nom de l'élève décrit...
  • C'est exactement ce que je voulais dire : Celui qui lit seulement l'incipit ne sait pas de qui il est question.
    C'est quelque part la même remarque que pour "héros" d'un autre discussion où le terme ne figure dans l'extrait fourni qu'une fois et non deux comme attendu.
  • JehanJehan Modérateur
    Le nom de Charles Bovary a peut-être (et même sans doute) été précisé par le professeur lui-même, puisqu'il est mentionné dans la question posée.
  • C'est quinze lignes plus loin que la classe entend "un nom inintelligible" qui devient après bredouillement et huées de la classe "charbovari", sorti comme un cri, un appel. Un personnage qui n'a pas le "genre" pour le lancer de casquette et qui n'a pas la possibilité d'affirmer une identité.

    Le "nouveau" se trouve alors affublé d'un patronyme informe repris dans un vacarme qui monte en crescendo et répété à l'envi.
  • Pour ma gouverne, si l'incipit se résume à ce qui nous a été présenté, est-il normal de faire allusion au patronyme dans la question ?
  • JehanJehan Modérateur
    Sauf votre respect, là, ça me semble du pinaillage...
  • Nous ignorons le contexte dans lequel le sujet a été posé en classe et si l'incipit n'a pas été précédé, ce qui est fréquent, d'un chapeau.
  • Jehan a écrit:
    Sauf votre respect, là, ça me semble du pinaillage...

    Pinaillage pour celui qui sait ce que recouvre exactement incipit. Pour ce qui me concerne, j'ai découvert ce mot pour la première fois sur ce site il y a peu. Je serais bien en peine de dire la différence entre extrait de texte et incipit à supposer qu'il y en ait une. Après tout, utiliser un jargon d'initié pour rester entre soi et faire beau aux yeux du profane n'est pas chose si rare. ;)
  • Si l'incipit est bien extrait d'un texte, il s'agit des « Premiers mots d'un manuscrit, d'un texte. » ;)

    floreale a écrit:
    Nous ignorons [...] si l'incipit n'a pas été précédé, ce qui est fréquent, d'un chapeau.
    ... voire d'une épigramme. :D
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