Beckett, Fin de partie - Tragédie ou comédie ?

Bonjour, je suis en terminale L et voici la question qui m'a été poser Fin de Partie, de Beckett : tragédie ou comédie ?
La réponse selon moi est oui et j'ai donc décidé de l'expliquer par le fait que cette pièce fait partie du "théâtre de l'absurde". Mais je n'arrive pas du tout à trouver une (ou des) problématique(s). Je pensais faire ceci :

I/ Le théâtre de l'absurde
a. une rupture avec le théâtre classique/traditionnel
b. un nouveau tragique
c. un refus de l'intrigue

II/ Peut on interpréter Fin de Partie
a. une comédie plus séparé de la tragédie
b. ?

Bref comme vous pouvez le constater c'est plus que nul. J'espère pouvoir bénéficier de votre aide ! Je souhaiterais seulement avoir quelques pistes pour la problématique à partir de là je saurais exactement quoi dire. Merci d'avance.

Réponses

  • Bonjour Alice

    Ne dis pas que c'est nul, personne n'est nul.

    La question du genre qui t'est posée est passionnante pour Beckett : il est obligatoire, comme tu fais d'avoir de bonnes définitions de ce qu'est une comédie, de ce qu'est une tragédie. Mais tu ne dois pas poser des définitions et ensuite, seulement, apprécier l'adéquation de ces concepts avec Fin de partie. La question est de savoir pourquoi on pose cette question du genre à propos de cette œuvre de Beckett, qui, comme toutes ses ouvres théâtrales, semble absolument inclassable : le premier refus de Beckett est celui de la classification générique. D'où le mélange des registres (qui doit constituer une partie) mais la tragédie ne se réduit pas au tragique, la comédie ne se réduit pas au comique : comme le dit Aristote : "La comédie représente des hommes pires, la tragédie des hommes meilleurs que nous sommes" (pire/meilleur à apprécier en terme social). La trégédie nous plonge dans le monde des rois et des dieux, est-ce que c'est le cas ? (question difficile, à toi d'y répondre). Enfin, sans m'étaler sur la pensé luckacsienne du vers tragique, la tragédie, c'est aussi un style! C'est le sublime, le grandiose, la pesanteur... A tous ces niveaux (personnages, registres, style, ça fait trois, comme les trois parties de ton devoir) Beckett recycle le théâtre classique ("théâtre traditionnel", ça ne veut rien dire), celui-ci est présent sous forme de restes car "il reste toujours quelque chose... de toute chose... quelques restes" dit Winnie. N'oublions pas que l'une des pièces préférée de Beckett est Bérénice...
    Enfin, je ne dirai rien sur la notion de théâtre de l'absurde, elle est juste aussi facile qu'hors sujet.
  • Bonjour.

    Moi je suis un peu surprise par ta réponse. FDP : comédie ou tragédie ? oui. C'est comme si on te disait : ketchup ou mayo ? et que tu répondais : oui. Donc on ne sait pas quel est ton choix (et il ne sera déterminé qu'à la fin de la dissertation de toute manière).

    Je rejoins parfaitement Foedor pour tout ce qui est dit. C'est vrai que c'est une question difficile (pour ne pas dire stupide...mais ça n'engage que moi) car justement, comme signalé, Beckett tient à s'affranchir de ces étiquettes... Tenter de le classer dans l'une ou dans l'autre ne ferait que l'énerver.

    Ce qu'il faut voir ici, d'une manière plus simple (parce que Foedor évoque des concepts dont tu n'as même pas idée à mon avis, en étant simplement en terminale), c'est que quand tu lis la pièce, tu ris ! (enfin, si t'es normale...) C'est véritablement une pièce très drôle, qui déclenche tantôt un rire franc, tantôt un rire "jaune". Tout cela passe par la mise en scène, mais surtout pas la linguistique mise en place dans le texte. Il me paraît essentiel de faire un point sur l'usage de la langue que fait Beckett (attention tout de même, tu travailles sur une traduction. Si tu es douée en anglais, tu peux faire des références à la pièce en langue originale, ce qui sera sans doute un vrai plus dans cette étude). Mais si elle est drôle, elle est tout à la fois déconcertante : elle met en évidence des concepts métaphysiques complexes et capitaux (quelle est la place de l'homme ? a-t-il un avenir ? -il semblerait que non mais c'est à voir avec la fin...- etc.) qui sont là pour faire réfléchir et le lecteur et le spectateur. La mise en scène en est une clef.
    Donc, dès lors, on se dirige vers une problématique assez évidente : comment Beckett parvient-il a traiter de sujets sérieux sur un mode comique ? et la réponse doit bien entendue être très nuancée).
    Une autre piste pour t'aider ici : à quoi te fait penser le monde dans lequel vivent ces personnages ? Pour moi, à ma première lecture, j'ai eu l'impression qu'ils étaient en enfer, au sens métaphorique bien sûr. Peut-être devrais-tu intégrer cette vision de Beckett, le monde comme un enfer, à ton travail.

    Pour commenter ton plan maintenant, je dirai deux choses (ou plus, selon l'inspiration) :
    1- la première partie effectivement n'apporte rien. Elle paraît complètement hors sujet. Elle ne traite absolument pas de la pièce, mais d'un genre en particulier dans lequel tu pourrais inclure beaucoup de pièce. Il ne faut pas oublier que la première exigence de la dissertation c'est de se cantonner au sujet, uniquement au sujet, seulement au sujet. Tu dois retrouver les mots du sujet dans chacune de tes sous partie pour que ta dissertation ait un fil conducteur pertinent (bon là, avec un tel sujet...). Donc il faut absolument que tu revoies cette partie. Tu dois entrer plus vite dans le vif du sujet, et traiter directement de la pièce !
    2- je ne comprends pas la formule : 'une comédie plus séparée que de la tragédie' : c'est vraiment énigmatique et si tu pouvais me dire ce que tu entends par là, cela serait vraiment pas mal...
    3- Je persiste et signe : je n'arrive pas à comprendre qu'en terminale L on vous apprenne une telle ineptie que de faire une dissertation en deux parties Oo. Une bonne dissertation, montrant une réflexion aboutie, se fait en trois parties (alors si déjà que tu n'as que deux parties et qu'en plus tu en gaspilles en une en hors sujet, imagine la catastrophe...). Tâche au moins de faire deux fois trois sous parties... ce qui ne sera pas difficile vu l'ampleur de la tâche en ce qui concerne l'étude de fin de partie.
    4- enfin n'oublie pas : ne noie pas le poisson en racontant plein de choses dans un paragraphe. C'est : une idée, un exemple, un paragraphe. Il faudra t'appuyer sur des exemples précis tirés de la pièce (un seul par paragraphe, mais bien étudié) pour construire ta pensée de manière argumentée et logique.

    (bon, c'était plus que deux).

    J'espère que ces quelques remarques t'auront aidée. Reviens vite nous présenter un plan :)
    Bon travail.
  • 3- Je persiste et signe : je n'arrive pas à comprendre qu'en terminale L on vous apprenne une telle ineptie que de faire une dissertation en deux parties Oo. Une bonne dissertation, montrant une réflexion aboutie, se fait en trois parties (alors si déjà que tu n'as que deux parties et qu'en plus tu en gaspilles en une en hors sujet, imagine la catastrophe...). Tâche au moins de faire deux fois trois sous parties... ce qui ne sera pas difficile vu l'ampleur de la tâche en ce qui concerne l'étude de fin de partie.
    Je persiste et je signe en disant que faire un plan en trois parties est une codification stérile : des plans en deux ou quatres parties sont tout autant recevables. Les français ont une fascination pour le chiffre trois qui serait le chiffre parfait. Je trouve ça parfaitement stupide de dire qu'une bonne dissert doit avoir trois parties. Ce qui compte, et ce qui me parait évident, c'est bien le contenu et pas la forme ( même si évidemment la dissert est un exercice extrêmement codifié ). Il n'empêche, si tu fais un plan en deux parties avec trois sous-parties solides, tu peux largement avoir une bonne note. Pour indication, c'est ce que j'ai fait au bac l'année dernière sur l'une des questions de Laclos et j'ai eu 17. On peut très bien se rétamer avec une troisième partie inutile, "bouche-trou", hors-sujet, qui sert juste à montrer au correcteur qu'on a bien fait un plan en trois parties avec une belle synthèse. Sauf que souvent, les élèves sèchent sur cette troisième partie. Autant s'en tenir alors à deux parties solides.

    Les interventions de Feodor sont très intéressantes ( je crois d'ailleurs que tu étudies cette pièce pour l'agrégation ? ) : il a bien mis en avant que la signification de l'expression " théâtre de l'absurde " est un peu fourre-tout : je te renvoie pour ta dissert à l'ouvrage passionnnant de M Pruner Les théatres de l'absurde. Le pluriel montre bien cette divergence chez les dramaturges de la seconde moitié du XX ème s. L'inconvénient de cette dénomination c'est qu'elle possède une connotation existentialiste renvoyant aux philosophies de Sartre et de Camus.
  • Non, je n'ai pas étudié Fin de Partie pour l'agrégation, je suis en agreg de lettres, pas d'anglais, on n'a pas FdP au pgme, mais En attendant Godot et Oh les beaux jours. Reste que les trois pièces s'inscrivent dans une continuité surprenante, une évolution très cohérente de Beckett dramaturge, et que connaître FdP (et La dernière bande) aide bcp à comprendre les enjeux des deux deux pièces qui l'encadrent.
    Je crois que le mieux est pour Beckett de révoquer complètement cette notion de Martin Esslin, absurde = philosophie = Sartre et Camus, or "ce qu'il y a de la philosophie chez Beckett, il le dégrade en objet culturel" dit Adorno. Et je pense que dans "culturel", on peut même isoler le "cul", au nom de cette magnifique rime d'En attendant Godot : pitié/pété. Bienvenue dans un monde où l'on pète sur "la démence universitaire" (entretien avec Charles Juliet).
  • J'ai parfaitement conscience qu'on peut faire une excellente dissertation en deux parties (à vrai dire, j'en suis même la reine). Ce que je reproche, et je vais préciser ma pensée, c'est qu'on leur apprend à faire deux parties avec uniquement thèse et antithèse. Donc, si vous regardez tous les devoirs qu'on leur fait produire d'une manière générale, on se retrouve avec un jet de cours inutile et stérile, débité 'histoire d'avoir un truc à dire' mais la réflexion ne va pas au delà (ce qui peut aussi, en effet, être le cas dans une disserte en trois parties). Néanmoins, si on leur apprenait seulement la nécessité d'une troisième partie (pour certains sujets, elle s'impose tout de même !) peut-être comprendraient-ils que la dissertation ce n'est pas seulement opposer deux points de vue et ne rien en tirer. J'aide suffisamment d'élèves au lycée pour bien connaître cette réalité. Les pauvres sont dans un embarras surprenant. On ne leur impose plus l'exigence qu'on avait avant.

    A cela j'ajoute que oui, en France on aime bien le chiffre 3, mais que la dissertation est un exercice franco-français, et qu'elle se pratique ainsi depuis des centaines d'années, avec une certaine réussit en termes de pensée. Donc on ne peut pas renier cela sous prétexte que soi-même on n'aime pas le chiffre 3, ou que c'est trop compliqué à expliquer à des élèves dont on a l'impression que le niveau baisse d'année en année, si bien qu'on va finir par leur apprendre la dissertation en une seule partie...
  • SandyTSandyT Membre
    Excusez moi mais j'ai l'impression que dans ce forum on affirme que Fin de partie serait une traduction de l'anglais vers le français ? Bien que Beckett soit Irlandais il était tout à fait bilingue et a écrit la plus grande partie de ses oeuvres en français, dont celle-ci. Désolée si j'ai mal compris ce qui a été écrit précédemment "
  • FoedorFoedor Membre
    Je ne sais pas ce qui te fait penser ça, en effet, on a deux originaux pour Godot, FdP, Oh les BJ. Ludovic Janvier dit d'ailleurs que Beckett trouve comme une voie médiane entre anglais et français (ce qui montre qu'il a parfaitement acquis les deux langues) : ses textes français sont nourris d'échos de langue anglaise et vice-versa : c'est l'avènement du beckettien.
  • Feodor, je me permets de répondre au "je ne sais pas ce qui te fais penser ça" à la place de SandyT.
    Tu as écris "je suis en agreg de lettres, pas d'anglais, on n'a pas FdP au pgme, mais En attendant Godot et Oh les beaux jours". La pièce fut d'abord écrite en français, puis traduite par Beckett en anglais.

    Mais je pense qu'elle réagissait surtout à la remarque d'angelusia : " (attention tout de même, tu travailles sur une traduction. Si tu es douée en anglais, tu peux faire des références à la pièce en langue originale, ce qui sera sans doute un vrai plus dans cette étude)".
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