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Réponses

  • « Ses yeux bleuissaient comme une pervenche impossible à cueillir et que pourtant elle m’eût dédiée ; et le soleil menacé par un nuage mais dardant encore de toute sa force sur la place et dans la sacristie, donnait une carnation de géranium aux tapis rouges qu’on y avait étendus par terre pour la solennité, et sur lesquels s’avançait en souriant Mme de Guermantes, et ajoutait à leur lainage un velouté rose, un épiderme de lumière, cette sorte de tendresse, de sérieuse douceur dans la pompe et dans la joie qui caractérisent certaines pages de Lohengrin, certaines peintures de Carpaccio, et qui font comprendre que Baudelaire ait pu appliquer au son de la trompette l’épithète de délicieux. »

    Proust, À la recherche du temps perdu, Pl. (2e éd.) t. I, pp. 175-176.

    La fin de ce passage fait d'ailleurs référence à cette strophe de Baudelaire (Les Fleurs du mal, LXXXVIII)
    Le son de la trompette est si délicieux,
    Dans ces soirs solennels de célestes vendanges,
    Qu’il s’infiltre comme une extase dans tous ceux
    Dont elle chante les louanges.

    (Quelle belle façon d'évoquer l'Apocalypse :D)
  • Invité a écrit:
    Un de mes poèmes préférés : Parfum exotique de Beaudelaire :
    Quand les deux yeux fermés en un soir chaud d'automne,
    Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
    Je vois se dérouler des rivages heureux
    Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone

    Une île paresseuse où la nature donne
    Des arbres singuliers et des fruits savoureux
    Des hommes dont le corps est mince et vigoureux
    Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne

    Guidé par ton odeur vers de charmants climats
    Je vois un port rempli de voiles et de mats
    Encore tot fatigués par la vague marine

    Pendant que le parfum des verts tamariniers
    Qui circule dans l'air et m'enfle la narine
    Se même dans mon âme au chant des mariniers.

    C'est drôle, ça m'a immédiatement rappelé un poème que j'aime beaucoup, du même style avec des motifs semblables :
    L’île lointaine

    Je suis né dans une île amoureuse du vent
    Où l'air a des senteurs de sucre et de vanille
    Et que bercent au soleil du tropique mouvant
    Les flots tièdes et bleus de la mer des Antilles

    Sous les brises au chant des arbres familiers
    J'ai vu les horizons où planent les frégates
    Et respiré l'encens sauvage des halliers
    Dans ses forêts pleines de fleurs et d'aromates

    Cent fois je suis monté sur ses mornes en feu
    Pour voir à l'infini la mer splendide et nue
    Ainsi qu'un grand désert mouvant de sable bleu
    Border la perspective immense de la vue

    A l'heure où sur les pics s'allument les boucans
    Un hibou miaulait au cœur de la montagne
    Et j'écoutais pensif au pied des noirs volcans
    L'oiseau que la chanson de la nuit accompagne

    Contre ses souvenirs en vain je me défends
    Je me souviens des airs que les femmes créoles
    Disent au crépuscule à leurs petits enfants
    Car ma mère autrefois m'en appris les paroles

    Et c'est pourquoi toujours mes rêves reviendront
    Vers ses plages en feu ceintes de coquillages
    Vers les arbres heureux qui parfument ses monts
    Dans les balancement des fleurs et des feuillages

    Et c'est pourquoi du temps des hivers lamentables
    Où des orgues jouaient au fond des vieilles cours
    Dans les jardins de France où meurent les érables
    J’ai chanté ses forêts qui verdissent toujours.

    Ô charme d'évoquer sous le ciel de Paris
    Le souvenir pieux d'une enfance sereine
    Et dans un Luxembourg aux parterres flétris
    De respirer l'odeur d'une Antille lointaine

    Ô charme d'aborder en rêve au sol natal
    Où pleure la chanson des longs filaos tristes
    Et de revoir au fond du soir occidental
    Flotter la lune rose au faîte des palmistes!

    Daniel THALY

    Quant à mon texte préféré en prose, il est de Chateaubriand :
    Un soir je m'étais égaré dans une grande forêt à quelque distance de la cataracte de Niagara ; bientôt je vis le jour s'éteindre autour de moi, et je goûtai dans toute sa solitude, le beau spectacle d'une nuit dans les déserts du Nouveau-Monde.

    Une heure après le coucher du soleil, la lune se montra au-dessus des arbres, à l'horizon opposé. Une brise embaumée que cette reine des nuits amenait de l'orient avec elle, semblait la précéder dans les forêts comme sa fraîche haleine. L'astre solitaire monta peu à peu dans le ciel : tantôt il suivait paisiblement sa course azurée ; tantôt il reposait sur des groupes de nues, qui ressemblaient à la cime de hautes montagnes couronnées de neige. Ces nues, ployant et déployant leurs voiles, se déroulaient en zones diaphanes de satin blanc, se dispersaient en légers flocons d'écumes, ou formaient dans les cieux des bancs d'une ouate éblouissante, si doux à l'oeil, qu'on croyait ressentir leur mollesse et leur élasticité. La scène sur la terre n'était pas moins ravissante : le jour bleuâtre et velouté de la lune, descendait dans les intervalles des arbres, et poussait des gerbes de lumières jusques dans l'épaisseur des plus profondes ténèbres. La rivière qui coulait à mes pieds, tour à tour se perdait dans les bois, tour à tour reparaissait toute brillante des constellations de la nuit, qu'elle répétait dans son sein. Dans une vaste prairie, de l'autre côté de cette rivière, la clarté de la lune dormait sans mouvement, sur les gazons. Des bouleaux agités par les brises, et dispersés çà et là dans la savane, formaient des îles d'ombres flottantes, sur une mer immobile de lumière. Auprès, tout était silence et repos, hors la chute de quelques feuilles, le passage brusque d'un vent subit, les gémissements rares et interrompus de la hulotte ; mais au loin, par intervalles, on entendait les roulements solennels de la cataracte de Niagara, qui, dans le calme de la nuit, se prolongeaient de désert en désert, et expiraient à travers les forêts solitaires.

    La grandeur, l'étonnante mélancolie de ce tableau, ne sauraient s'exprimer dans les langues humaines ; les plus belles nuits en Europe ne peuvent en donner une idée. En vain dans nos champs cultivés, l'imagination cherche à s'étendre ; elle rencontre de toutes parts les habitations des hommes : mais dans ces pays déserts, l'âme se plaît à s'enfoncer dans un Océan de forêts, à errer aux bords des lacs immenses, à planer sur le gouffre des cataractes, et pour ainsi dire à se trouver seule devant Dieu.
    Génie du christianisme, 1802
    Première partie, Livre V

  • "Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte. Ce n'est pas une raison pour ne pas se consoler, ce soir, dans les bruits finissants de la rue, se consoler, ce soir, avec des mots. Oh, le pauvre perdu qui, devant sa table, se console avec des mots, devant sa table et le téléphone décroché, car il a peur du dehors, et le soir, si le téléphone est décroché, il se sent tout roi et défendu contre les méchants du dehors, si vite méchants, méchants pour rien.

    Quel étrange petit bonheur, triste et boitillant mais doux comme un péché ou une boisson clandestine, quel bonheur tout de même d'écrire en ce moment, seul dans mon royaume et loin des salauds. Qui sont les salauds ? Ce n'est pas moi qui vous le dirai. Je ne veux pas d'histoires avec les gens du dehors. Je ne veux pas qu'on vienne troubler ma fausse paix et m'empêcher d'écrire quelques pages par dizaines ou centaines selon que ce coeur de moi qui est mon destin décidera. J'ai résolu notamment de dire à tous les peintres qu'ils ont du génie, sans ça ils vous mordent. Et, d'une manière générale, je dis à chacun que chacun est charmant. Telles sont mes moeurs diurnes. Mais dans mes nuits et mes aubes je n'en pense pas moins.


    Albert Cohen Le Livre de ma mère 1954
  • Aube mouillée

    Il a plu toute la nuit :
    Les moissons penchées
    Frémissent à petit bruit
    Dans une buée.


    L'Orient s'empourpre un peu
    Puis s'enflamme, les nuages
    Semblent, parmi le ciel bleu,
    Des aigles au blanc plumage.


    Sous les feuillages luisants,
    On entend tinter des gouttes,
    Des flaques d'or et d'argent
    Parsèment la route.


    Les abeilles affairées
    Autour des trèfles bourdonnent,
    Les gouttières engorgées
    Chantent un chant monotone.


    Ce gai matin chuchoteur
    Me ravit et me pénètre :
    Pour en goûter la douceur
    Je m'accoude à ma fenêtre.


    Adolphe Retté, Lumières tranquilles, j'aime beaucoup.
  • Un voyage permet de se laver aux cascades. De même, on éprouve jouissance à se lustrer dans un poème. Pendant des mois, je respirais au rythme homérique, entendais la scansion des vers, rêvais de batailles et d'embarquements.

    Sylvain Tesson Un été avec Homère Avant-propos
    Automne


    J'aime l'automne, cette triste saison va bien aux souvenirs. Quand les arbres n'ont plus de feuilles, quand le ciel conserve encore au crépuscule la teinte rousse qui dore l'herbe fanée, il est doux de regarder s'éteindre tout ce qui naguère brûlait encore en vous.
    Je viens de rentrer de ma promenade dans les prairies vides, au bord des fossés froids où les saules se mirent ; le vent faisait siffler leurs branches dépouillées, quelquefois il se taisait, et puis recommençait tout à coup ; alors les petites feuilles qui restent attachées aux broussailles tremblaient de nouveau, l'herbe frissonnait en se penchant sur terre, tout semblait devenir plus pâle et plus glacé ; à l'horizon le disque du soleil se perdait dans la couleur blanche du ciel, et le pénétrait alentour d'un peu de vie expirante. J'avais froid et presque peur.
    Je me suis mis à l'abri derrière un monticule de gazon, le vent avait cessé. je ne sais pourquoi, comme j'étais là, assis par terre, ne pensant à rien et regardant au loin la fumée qui sortait des chaumes, ma vie entière s'est placée devant moi comme un fantôme, et l'amer parfum des jours qui ne sont plus m'est revenu avec l'odeur de l'herbe séchée et des bois morts ; mes pauvres années ont repassé devant moi, comme emportées par l'hiver dans une tourmente lamentable ; quelque chose de terrible les roulait dans mon souvenir, avec plus de furie que la brise ne faisait courir les feuilles dans les sentiers paisibles ; une ironie étrange les frôlait et les retournait pour mon spectacle, et puis toutes s'envolaient ensemble et se perdaient dans un ciel morne.
    Elle est triste, la saison où nous sommes : on dirait que la vie va s'en aller avec le soleil, le frisson vous court dans le coeur comme sur la peau, tous les bruits s'éteignent, les horizons pâlissent, tout va dormir ou mourir. Je voyais tantôt les vaches rentrer, elles beuglaient en se tournant vers le couchant, le petit garçon qui les chassait devant lui avec une ronce grelottait sous ses habits de toile, elles glissaient sur la boue en redescendant la côte, et écrasaient quelques pommes restées dans l'herbe. Le soleil jetait un dernier adieu derrière les collines confondues, les lumières des maisons s'allumaient dans la vallée, et la lune, l'astre de la rosée, l'astre des pleurs, commençait à se découvrir dans les nuages et à montrer sa pâle figure.
    J'ai savouré longuement ma vie perdue ; je me suis dit avec joie que ma jeunesse était passée, car c'est une joie de sentir le froid vous venir au coeur, et de pouvoir dire, le tâtant de la main comme un foyer qui fume encore : il ne brûle plus. J'ai repassé lentement dans toutes les choses de ma vie, idées, passions, jours d'emportement, jours de deuil, battements d'espoir, déchirements d'angoisse. J'ai tout revu, comme un homme qui visite les catacombes et qui regarde lentement, des deux côtés, des morts rangés après des morts. A compter les années cependant, il n'y a pas longtemps que je suis né, mais j'ai à moi des souvenirs nombreux dont je me sens accablé, comme le sont les vieillards de tous les jours qu'ils ont vécus ; il me semble quelquefois que j'ai duré pendant des siècles et que mon être renferme les débris de mille existences passées. Pourquoi cela ? Ai-je aimé ? ai-je haï ? ai-je cherché quelque chose ? j'en doute encore ; j'ai vécu en dehors de tout mouvement, de toute action, sans me remuer, ni pour la gloire, ni pour le plaisir, ni pour la science, ni pour l'argent.

    Gustave Flaubert (1821-1880)
    Incipit de Novembre, 1842
  • Magnifique texte !
    Et Flaubert avait 21 ans ?!!
  • Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J’y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d’instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l’inévitable ; partout, les éboulements du hasard. Je m’efforce de reparcourir ma vie pour y trouver un plan, y suivre une veine de plomb ou d’or, ou l’écoulement d’une rivière souterraine, mais ce plan tout factice n’est qu’un trompe-l’œil du souvenir. De temps en temps, dans une rencontre, un présage, une suite définie d’événements, je crois reconnaître une fatalité, mais trop de routes ne mènent nulle part, trop de sommes ne s’additionnent pas ; je perçois bien dans cette diversité, dans ce désordre, la présence d’une personne, mais sa forme semble presque toujours tracée par la pression des circonstances ; ses traits se brouillent comme une image reflétée sur l’eau. Je ne suis pas de ceux qui disent que leurs actions ne leur ressemblent pas. Il faut bien qu’elles le fassent, puisqu’elles sont ma seule mesure, et le seul moyen de me dessiner dans la mémoire des hommes, ou dans la mienne propre ; puisque c’est peut-être l’impossibilité de continuer à s’exprimer et à se modifier par l’action qui constitue la différence entre l’état de mort et celui de vivant. Mais il y a entre moi et ces actes dont je suis fait un hiatus indéfinissable.

    Marguerite Yourcenar Mémoires d' Hadrien

    18 octobre ...

    C'est tellement mystérieux le pays des larmes.
    ---
    Ce qui embellit le désert, dit le petit prince, c’est qu’il cache un puits quelque part...


    Saint-Exupéry
    Automne malade

    Automne malade et adoré
    Tu mourras quand l'ouragan soufflera dans les roseraies
    Quand il aura neigé
    Dans les vergers

    Pauvre automne
    Meurs en blancheur et en richesse
    De neige et de fruits mûrs
    Au fond du ciel
    Des éperviers planent
    Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
    Qui n'ont jamais aimé

    Aux lisières lointaines
    Les cerfs ont bramé

    Et que j'aime ô saison que j'aime tes rumeurs
    Les fruits tombant sans qu'on les cueille
    Le vent et la forêt qui pleurent
    Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille

    Les feuilles
    Qu'on foule
    Un train
    Qui roule
    La vie
    S'écoule

    Guillaume Apollinaire - Alcools - 1913
  • J' aime particulièrement Le pays où on arrive jamais. :P Il est, je trouve d une incroyable poésie et reste moins connu que le Petit Prince et vous ?
  • JehanJehan Modérateur
    Le titre exact est "Le Pays où l'on n'arrive jamais", et l'auteur est André Dhôtel.

    Cela dit, plus que des titres d'œuvres, sur ce post, ce sont surtout des citations et des extraits qui sont attendus...
  • Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
    Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
    Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
    Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.

    Lamartine Isolement
  • Je m'apprêtais à rappeler Allégeance, de René Char, mais je vois que ça fait longtemps qu'il a été mentionné, alors voici quelque chose dans un tout autre genre, et que je trouve assez génial :
    Demi-rêve.

    abougazelle élaromire
    Elaroseille a la mijelle
    a la mirate a la taraise


    Mirabazelle élégémi
    Rosetaraise et coeurmira
    Talatara Miralabou

    Elaseta coeurgemirol
    a laubaucoeur bauzeillabel
    Il est huit heures il est romil


    Il est bonjour au clair de lune
    Le ciel alors lagélami
    Lagélasou lagésommeil
    Lagébonneil Lagésonjour.



    Robert Desnos

    Pour revenir à quelque chose de forme plus "classique" (mais qui laisse sans voix), tout en rétablissant la parité : ;)
    AVE

    Très haut amour, s'il se peut que je meure
    Sans avoir su d'où je vous possédais,
    En quel soleil était votre demeure
    En quel passé votre temps, en quelle heure
    Je vous aimais,


    Très haut amour qui passez la mémoire,
    Feu sans foyer dont j'ai fait tout mon jour,
    En quel destin vous traciez mon histoire,
    En quel sommeil se voyait votre gloire,
    O mon séjour...


    Quand je serai pour moi-même perdue
    Et divisée à l'abîme infini,
    Infiniment, quand je serai rompue,
    Quand le présent dont je suis revêtue
    Aura trahi,


    Par l'univers en mille corps brisée,
    De mille instants non rassemblés encor,
    De cendre aux cieux jusqu'au néant vannée,
    Vous referez pour une étrange année
    Un seul trésor


    Vous referez mon nom et mon image
    De mille corps emportés par le jour,
    Vive unité sans nom et sans visage,
    Cœur de l'esprit, ô centre du mirage
    Très haut amour.



    Catherine Pozzi
  • florealefloreale Membre
    4 janvier 1960

    Hommage de René Char à Albert Camus
    L' éternité à Lourmarin

    Il n'y a plus de ligne droite ni de route éclairée avec un être qui nous a quittés. Où s'étourdit notre affection? Cerne après cerne, s'il approche c'est pour aussitôt s'enfouir. Son visage parfois vient s'appliquer contre le nôtre, ne produisant qu'un éclair glacé. Le jour qui allongeait le bonheur entre lui et nous n'est nulle part. Toutes les parties — presque excessives — d'une présence se sont d'un coup disloquées. Routine de notre vigilance...

    Pourtant cet être supprimé se tient dans quelque chose de rigide, de désert, d'essentiel en nous, où nos millénaires ensemble font juste l'épaisseur d'une paupière tirée.

    Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n'est pas le silence. Qu'en est-il alors? Nous savons, ou croyons savoir. Mais seulement quand le passé qui signifie s'ouvre pour lui livrer passage. Le voici à notre hauteur, puis loin, devant.

    À l'heure de nouveau contenue où nous questionnons tout le poids d'énigme, soudain commence la douleur, celle de compagnon à compagnon, que l'archer, cette fois, ne transperce pas.
  • J'ai juré de vous émouvoir - d'amitié ou de colère, qu'importe ? Je vous donne un livre vivant. Ah, comme je voudrais le mériter, le vieux cri de Bernanos qui faisait rêver mes quinze ans ! Un livre vivant ? Oui, celui d'une vie. Un " roman " ? Va pour roman si vous y tenez. Ce livre en est un, comme le mariage est un roman, comme la paternité est un roman, comme l'est un métier, comme le sont toutes les ambitions et les écoeurements, les victoires et les défaites ; comme le sera la vieillesse. La mort, seule, imposera silence au romancier que je suis devenu : de mon histoire et de mon miroir, qui sont les vôtres.


    Ils ne me font pas sourire, les inconnus qui murmurent au détour d'une confidence : " Si je vous racontais ma vie, quel livre vous en feriez ! " C'est qu'ils ont en général raison, ces naïfs ! Rien n'est plus beau qu'une vie réputée " ordinaire ", rien n'est plus amer, plus secret, plus étrange. Les matériaux quotidiens font la comédie humaine : une tâche à laquelle vous vous jetez avec rage ; une mère qui glisse à l'absence ; une femme que vous aimez enfin après toutes celles que vous avez désirées, désaimées, perdues ; des enfants qui s'éloignent ; l'âge qui tend ses embuscades. Voilà tout ce que j'ai mis dans mon " musée de l'homme ". L'homme que je suis, dans sa totalité, hontes et joies comprises, peurs et colères, sans oublier les émerveillements d'un peu de bonheur.


    François Nourissier  Le Musée de l'homme

  • En Arles

    Dans Arles, où sont les Aliscans,

    Quand l’ombre est rouge, sous les roses,

    Et clair le temps,


    Prends garde à la douceur des choses.

    Lorsque tu sens battre sans cause

    Ton coeur trop lourd ;


    Et que se taisent les colombes :

    Parle tout bas, si c’est d’amour,

    Au bord des tombes.

    Paul-Jean Toulet, Chansons

  • " Tout le malheur des hommes vient d une seule chose qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre."

    Pascal

  • emmanuellelaemmanuellela Membre
    26 avril modifié

    "Je lui dirai les mots bleus

    Ceux qui rendent les gens heureux

    Je l appelerai sans la nommer

    Je suis peut-être démodé

    Le vent d hiver souffle en avril

    J aime le silence immobile

    D une rencontre...


    Je lui dirai les mots bleus

    Les mots qu on dit avec les yeux

    Je lui dirai tous les mots bleus

    Tous ceux qui rendent les gens heureux

    Tous les mots bleus

    Tous les mots bleus..."


    Daniel Bevilacqua/JM Jarre

    Christophe.

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