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Réponses

  • Liberté couleur d'homme
    Quelles bouches voleront en éclats
    Tuiles
    Sous la poussée de cette végétation monstrueuse


    Le soleil chien couchant
    Abandonne le perron d'un riche hôtel particulier


    Lente poitrine bleue où bat le cœur du temps

    Une jeune fille nue aux bras d'un danseur beau et cuirassé comme saint Georges
    Mais ceci est beaucoup plus tard
    Faibles Atlantes

    A. Breton, Il n'y a pas à sortir de là (éd. Pléiade)
  • La liberté

    Elle est venue par cette ligne blanche pouvant tout aussi bien signifier l’issue de l’aube que le bougeoir du crépuscule.
    Elle passa les grèves machinales ;
    Elle passa les cimes éventrées.
    Prenaient fin la renonciation à visage de lâche , la sainteté du mensonge , l’alcool du bourreau.
    Son verbe ne fut pas un aveugle bélier mais la toile où s’inscrivit mon souffle.
    D’un pas à ne se mal guider que derrière l’absence, elle est venue , cygne sur la blessure par cette ligne blanche.

    René CHAR
    Recueil : "Seuls demeurent"
  • LaoshiLaoshi Membre
    Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
    Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
    Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
    Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

    Quand la terre est changée en un cachot humide,
    Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
    S'en va battant les murs de son aile timide
    Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

    Quand la pluie étalant ses immenses traînées
    D'une vaste prison imite les barreaux,
    Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
    Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

    Des cloches tout à coup sautent avec furie
    Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
    Ainsi que des esprits errants et sans patrie
    Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

    - Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
    Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
    Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
    Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
  • À Bacharach il y avait une sorcière blonde
    Qui laissait mourir d'amour tous les hommes à la ronde

    Devant son tribunal l'évêque la fit citer
    D'avance il l'absolvit à cause de sa beauté

    Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
    De quel magicien tiens-tu ta sorcelerie

    Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
    Ceux qui m'ont regardée évêque en ont péri

    Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
    Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

    Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley
    Qu'un autre te condamne tu m'as ensorcelé

    Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
    Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

    Mon amant est parti pour un pays lointain
    Faites-moi donc mourir puisque je n'aime rien

    Mon coeur me fait si mal il faut bien que je meure
    Si je me regardais il faudrait que j'en meure

    Mon coeur me fait si mal depuis qu'il n'est plus là
    Mon coeur me fit si mal du jour où il s'en alla

    L'évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
    Menez jusqu'au couvent cette femme en démence

    Vat-en Lore en folie va Lore aux yeux tremblant
    Tu seras une nonne vétue de noir et blanc

    Puis ils s'en allèrent sur la route tous les quatre
    la Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

    Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
    Pour voir une fois encore mon beau château

    Pour me mirer une fois encore dans le feuve
    Puis j'irai au couvent des vierges et des veuves

    Là haut le vent tordait ses cheveux déroulés
    Les chevaliers criaient Loreley Loreley

    Tout là bas sur le Rhin s'en vient une nacelle
    Et mon amant s'y tient il m'a vue il m'appelle

    Mon coeur devient si doux c'est mon amant qui vient
    Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

    Pour avoir vu dans l'eau la belle Loreley
    Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

    Guillaume Apollinaire (1880 - 1918), La Loreley

    Je recommande aussi très vivement la version "parlée" de Thériault : https://www.youtube.com/watch?v=iig7IxaHXKM
  • Un membre poste, dix autres le font de suite... Prière d'attendre un peu que chaque texte soit lu ; on ne remonte pas ce genre de fil.
  • LaoshiLaoshi Membre
    Je ne comprends pas ce que tu écris.
  • Un membre poste, dix autres le font de suite... Prière d'attendre un peu que chaque texte soit lu ; on ne remonte pas ce genre de fil.

    En fait, quand un membre poste, personnellement si le texte m'interpelle, je réagis immédiatement et en propose un autre en écho. Pas de délai pour moi sinon je ne reviendrai pas.
    A chaque intervenant sa manière de réagir ou de participer, non ? Sinon on va décourager ...
  • Ce fil s'est trouvé vacant du 1er avril 2015 (message 94) au 19 février 2016 (message 95). Que n'avez-vous posté vos textes dans l'intervalle, ou par la suite entre les messages 95, 96 et 97 ?
    Ce n'est pas en tant que modo que j'interviens, mais personnellement, je l'avoue. Ce ne sont pas des nouveaux usages que j'entends édicter, c'est simplement une susceptibilité excessive qui s'exprime.
    MEA CVLPA.
  • Jacques, ne détruisez pas votre message 104 sinon nos réponses vont "flotter" ...

    Qui est concerné par le "Que n'avez-vous ..." ?
    On pourrait dire la même chose du fil sur les joutes poétiques. Relance qui est d'humeur ce jour-là ...
    Mais on avait apprécié que le fil "Les plus beaux textes de la littérature" soit relancé. C'était une heureuse initiative. :)
    La preuve, il commençait à ... s'emballer ...
  • Floréale, vous écrivez "On pourrait dire la même chose du fil sur les joutes poétiques. Relance qui est d'humeur ce jour-là ..."

    Ce n'est pas tout à fait exact. Je suis toujours d'humeur à poétiser. Nous fûmes trois à participer la dernière fois. J'ai proposé un sujet, une forme et j'ai laissé la date à la forme interrogative, ceci le 25 mai. Nulle réponse à ce jour. Que faire, si ce n'est laisser se perdre les joutes poétiques dans les sous-sols du forum ?
  • Je voulais dire que ce fil n'est pas continu. Il n'y a pas joute en permanence.
    J'admire les prises d'initiatives mais il faut aussi accepter que chacun ne soit pas toujours disposé à versifier ... :)
  • Certes, certes... Mais je suis tout à fait certaine qu'il y a des gens ici qui écrivent des poèmes dans le secret de leur âme ;)

    Bien, j'arrête car je sors du sujet.

    Quant aux plus beaux textes de la littérature française, il en est cent, il en est mille. Comment choisir, puisque choisir, c'est sacrifier ?
  • fandixhuit, je vous répondrai au sujet du fil "joutes poétiques".
  • ShocopShocop Membre
    Sur une assiette bien ronde en porcelaine réelle
    une pomme pose
    Face à face avec elle
    un peintre de la réalité
    essaie vainement de peindre
    la pomme telle qu'elle est
    mais
    elle ne se laisse pas faire
    la pomme
    elle a son mot à dire
    et plusieurs tours dans son sac de pomme
    la pomme
    et la voilà qui tourne
    dans une assiette réelle
    sournoisement sur elle-même
    doucement sans bouger
    et comme un duc de Guise qui se déguise en bec de gaz
    parce qu'on veut malgré lui lui tirer le portrait
    la pomme se déguise en beau bruit déguisé
    et c'est alors
    que le peintre de la réalité
    commence à réaliser
    que toutes les apparences de la pomme sont contre lui
    et
    comme le malheureux indigent
    comme le pauvre nécessiteux qui se trouve soudain à la merci de n'importe quelle association bienfaisante et charitable et redoutable de bienfaisance de charité et de redoutabilité
    le malheureux peintre de la réalité
    se trouve soudain alors être la triste proie
    d'une innombrable foule d'associations d'idées
    Et la pomme en tournant évoque le pommier
    le Paradis terrestre et Ève et puis Adam
    l'arrosoir l'espalier Parmentier l'escalier
    le Canada les Hespérides la Normandie la Reinette et l'Api
    le serpent du Jeu de Paume le serment du Jus de Pomme
    et le péché originel
    et les origines de l'art
    et la Suisse avec Guillaume Tell
    et même Isaac Newton
    plusieurs fois primé à l'Exposition de la Gravitation Universelle
    et le peintre étourdi perd de vue son modèle
    et s'endort
    C'est alors que Picasso
    qui passait par là comme il passe partout
    chaque jour comme chez lui
    voit la pomme et l'assiette et le peintre endormi
    Quelle idée de peindre une pomme
    dit Picasso
    et Picasso mange la pomme
    et la pomme lui dit Merci
    et Picasso casse l'assiette
    et s'en va en souriant
    et le peintre arraché à ses songes
    comme une dent
    se retrouve tout seul devant sa toile inachevée
    avec au beau milieu de sa vaisselle brisée
    les terrifiants pépins de la réalité.

    Prévert

    Et même :
    Un petit coup au carreau, comme si quelque chose l’avait heurté, suivi d’une ample chute légère comme de grains de sable qu’on eût laissé tomber d’une fenêtre au-dessus, puis la chute s’étendant, se réglant, adoptant un rythme, devenant fluide, sonore, musicale, innombrable, universelle : c’était la pluie.
    Proust
  • J'opine, valide et surenchéris ! C'est ce magnifique poème de Baudelaire qui m'a donné le goût de la poésie, un goût qui reste délicat pour moi.
    Chrysteel a écrit:
    Je trouve ce poème de Baudelaire sublime :
    A une passante

    La rue assourdissante autour de moi hurlait.
    Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
    Une femme passa, d'une main fastueuse
    Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

    Agile et noble, avec sa jambe de statue.
    Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
    Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
    La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

    Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
    Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
    Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

    Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
    Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
    Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !
  • “Je passai quelques minutes à imaginer un établissement où l’on vous prenait en compte pour expédier toutes vos affaires courantes, conscience, remords, souvenirs, horreur, et où l’on tournait certains boutons pour faire table rase. Je n’avais pas la moindre chance de m’en tirer seul et la raison était bien simple : j’avais trop aimé pour être encore capable de vivre de moi-même. C'était une impossibilité absolue, organique: tout ce qui faisait de moi un homme était chez une femme. Je savais que l'on disait parfois de nous, presque sur un ton de blâme:" ils vivent exclusivement l'un pour l'autre." j'étais attristé par l'aigreur de ces accents, leur manque de générosité et leur froide indifférence à la communauté humaine. Chaque amour heureux porte nos couleurs: il devrait y avoir des millions de supporters. Notre fraternité est enrichie par tout ce qui nous éclaire. La joie d'un enfant ou la tendresse d'un couple brillent pour tous, elles sont toujours une place au soleil. Et un désespoir d'amour qui se désespère de l'amour est une bien étrange contradiction.”

    Clair de Femme, Romain Gary.
  • Hugo, la priere pour tous
    Ô myrrhe ! ô cinname !
    Nard cher aux époux !
    Baume ! éther ! dictame !
    De l’eau, de la flamme,
    Parfums les plus doux !

    Prés que l’onde arrose !
    Vapeurs de l’autel !
    Lèvres de la rose
    Où l’abeille pose
    Sa bouche de miel !

    Jasmin ! asphodèle !
    Encensoirs flottants !
    Branche verte et frêle
    Où fait l’hirondelle
    Son nid au printemps !

    Lis que fait éclore
    Le frais arrosoir !
    Ambre que Dieu dore !
    Souffle de l’aurore,
    Haleine du soir !

    Parfum de la sève
    Dans les bois mouvants !
    Odeur de la grève
    Qui la nuit s’élève
    Sur l’aile des vents !

    Fleurs dont la chapelle
    Se fait un trésor !
    Flamme solennelle,
    Fumée éternelle
    Des sept lampes d’or !

    Tiges qu’a brisées
    Le tranchant du fer !
    Urnes embrasées !
    Esprits des rosées
    Qui flottez dans l’air !

    Fêtes réjouies
    D’encens et de bruits !
    Senteurs inouïes !
    Fleurs épanouies
    Au souffle des nuits !

    Odeurs immortelles
    Que les Ariel,
    Archanges fidèles,
    Prennent sur leurs ailes
    En venant du ciel !

    Ô couche première
    Du premier époux !
    De la terre entière,
    Des champs de lumière
    Parfums les plus doux !

    Dans l’auguste sphère,
    Parfums, qu’êtes-vous,
    Près de la prière
    Qui dans la poussière
    S’épanche à genoux !

    Près du cri d’une âme
    Qui fond en sanglots,
    Implore et réclame,
    Et s’exhale en flamme,
    Et se verse à flots !

    Près de l’humble offrande
    D’un enfant de lin
    Dont l’extase est grande
    Et qui recommande
    Son père orphelin !

    Bouche qui soupire,
    Mais sans murmurer !
    Ineffable lyre !
    Voix qui fait sourire
    Et qui fait pleurer !
  • Difficile de choisir un texte précis, mais ce poème m'a profondément marquée:
    Le dormeur du val

    C'est un trou de verdure où chante une rivière,
    Accrochant follement aux herbes des haillons
    D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
    Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

    Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
    Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
    Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
    Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

    Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
    Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
    Nature, berce-le chaudement : il a froid.

    Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
    Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
    Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
    J'avais bien joué mon rôle. J'avais fait mon métier d'homme et d'avoir connu la joie tout un long jour ne me semblait pas une réussite exceptionnelle, mais l'accomplissement ému d'une condition qui, en certaines circonstances, nous fait un devoir d'être heureux.

    Camus, Noces à Tipasa
  • Paul Eluard


    Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues

    Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécu

    Pour l’odeur du grand large et l’odeur du pain chaud

    Pour la neige qui fond pour les premières fleurs

    Pour les animaux purs que l’homme n’effraie pas

    Je t’aime pour aimer

    Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas


    Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu

    Sans toi je ne vois rien qu’une étendue déserte

    Entre autrefois et aujourd’hui

    Il y a eu toutes ces morts que j’ai franchies sur de la paille

    Je n’ai pas pu percer le mur de mon miroir

    Il m’a fallu apprendre mot par mot la vie

    Comme on oublie


    Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne

    Pour la santé

    Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion

    Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas

    Tu crois être le doute et tu n’es que raison

    Tu es le grand soleil qui me monte à la tête

    Quand je suis sûr de moi.


    PAUL ELUARD (1895-1952)



    ah!! (soupir!!) ce "je t'aime conte tout ce qui n'est qu'illusion...."
  • SenfeuSenfeu Membre
    Metropolis : Oui, merci pour ce passage très dense des Misérables, c'est superbe, "visionnaire" (au sens hugolien), cela me donne envie de lire ce "vrai poème" que sont Les Misérables, comme le qualifia Rimbaud. S'y trouve notamment développée une théorie anthropologique et quasi programmatique des conditions-mêmes de surgissement de la Poésie, cet espace infini, intérieur, porteur de cette grande part de ténèbres rêveuses (voire cauchemardesques) qui nous constitue, théorie assumant et affirmant aussi par là-même la part de Négatif dont peut se nourrir tout élan de révolte contre notre condition humaine (à commencer par notre finitude).
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