1356789

Réponses

  • Si notre vie est moins qu’une journée
    En l’éternel, si l’an qui fait le tour
    Chasse nos jours sans espoir de retour,
    Si périssable est toute chose née,

    Que songes-tu, mon âme emprisonnée ?
    Pourquoi te plaît l’obscur de notre jour,
    Si pour voler en un plus clair séjour,
    Tu as au dos l’aile bien empanée ?

    Là, est le bien que tout esprit désire,
    Là, le repos où tout le monde aspire,
    Là, est l’amour, là, le plaisir encore.

    Là, ô mon âme au plus haut ciel guidée !
    Tu y pourras reconnaître l’Idée
    De la beauté, qu’en ce monde j’adore.

    Joachim du Bellay
    Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,
    Assise auprès du feu, dévidant et filant,
    Direz chantant mes vers, en vous émerveillant :
    « Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle. »

    Lors vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
    Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
    Qui au bruit de « Ronsard » ne s’aille réveillant,
    Bénissant votre nom, de louange immortelle.

    Je serai sous la terre et fantôme sans os ;
    Par les ombres Myrteux je prendrai mon repos ;
    Vous serez au foyer une vieille accroupie,

    Regrettant mon amour, et votre fier dédain.
    Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain ;
    Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

    Pierre de Ronsard
    Liberté

    Sur mes cahiers d’écolier
    Sur mon pupitre et les arbres
    Sur le sable de neige
    J’écris ton nom

    Sur toutes les pages lues
    Sur toutes les pages blanches
    Pierre sang papier ou cendre
    J’écris ton nom

    Sur les images dorées
    Sur les armes des guerriers
    Sur la couronne des rois
    J’écris ton nom

    Sur la jungle et le désert
    Sur les nids sur les genêts
    Sur l’écho de mon enfance
    J’écris ton nom

    Sur les merveilles des nuits
    Sur le pain blanc des journées
    Sur les saisons fiancées
    J’écris ton nom

    Sur tous mes chiffons d’azur
    Sur l’étang soleil moisi
    Sur le lac lune vivante
    J’écris ton nom

    Sur les champs sur l’horizon
    Sur les ailes des oiseaux
    Et sur le moulin des ombres
    J’écris ton nom

    Sur chaque bouffées d’aurore
    Sur la mer sur les bateaux
    Sur la montagne démente
    J’écris ton nom

    Sur la mousse des nuages
    Sur les sueurs de l’orage
    Sur la pluie épaisse et fade
    J’écris ton nom

    Sur les formes scintillantes
    Sur les cloches des couleurs
    Sur la vérité physique
    J’écris ton nom

    Sur les sentiers éveillés
    Sur les routes déployées
    Sur les places qui débordent
    J’écris ton nom

    Sur la lampe qui s’allume
    Sur la lampe qui s’éteint
    Sur mes raisons réunies
    J’écris ton nom

    Sur le fruit coupé en deux
    Du miroir et de ma chambre
    Sur mon lit coquille vide
    J’écris ton nom

    Sur mon chien gourmand et tendre
    Sur ses oreilles dressées
    Sur sa patte maladroite
    J’écris ton nom

    Sur le tremplin de ma porte
    Sur les objets familiers
    Sur le flot du feu béni
    J’écris ton nom

    Sur toute chair accordée
    Sur le front de mes amis
    Sur chaque main qui se tend
    J’écris ton nom

    Sur la vitre des surprises
    Sur les lèvres attendries
    Bien au-dessus du silence
    J’écris ton nom

    Sur mes refuges détruits
    Sur mes phares écroulés
    Sur les murs de mon ennui
    J’écris ton nom

    Sur l’absence sans désir
    Sur la solitude nue
    Sur les marches de la mort
    J’écris ton nom

    Sur la santé revenue
    Sur le risque disparu
    Sur l’espoir sans souvenir
    J’écris ton nom

    Et par le pouvoir d’un mot
    Je recommence ma vie
    Je suis né pour te connaître
    Pour te nommer

    Liberté

    Paul Éluard

    Et bien d'autres...
  • JAMAIS D'AUTRE QUE TOI

    Jamais d'autre que toi en dépit des étoiles et des solitudes
    En dépit des mutilations d'arbre à la tombée de la nuit
    Jamais d'autre que toi ne poursuivra son chemin qui est le mien
    Plus tu t'éloignes et plus ton ombre s'agrandit
    Jamais d'autre que toi ne saluera la mer à l'aube quand fatigué d'errer moi sorti des forêts ténébreuses et des buissons d'orties je marcherai vers l'écume
    Jamais d'autre que toi ne posera sa main sur mon front et mes yeux
    Jamais d'autre que toi et je nie le mensonge et l'infidélité
    Ce navire à l'ancre tu peux couper sa corde
    Jamais d'autre que toi
    L'aigle prisonnier dans une cage ronge lentement les barreaux de cuivre vert-de-grisés
    Quelle évasion !
    C'est le dimanche marqué par le chant des rossignols dans les bois d'un vert tendre l'ennui des petites filles en présence d'une cage où s'agite un serin tandis que dans la rue solitaire le soleil lentement déplace sa ligne mince sur le trottoir chaud
    Nous passerons d'autres lignes
    Jamais jamais d'autre que toi
    Et moi seul seul seul comme le lierre fané des jardins de banlieue seul comme le verre
    Et toi jamais d'autre que toi.

    Robert Desnos, Corps et biens éd. Poésie/Gallimard.
  • Pour ma part j'ai des frissons pour :

    "Oh l'amour dit elle, et sa voix tremblait et son œil rayonnait. C'est être deux et n'être qu'un. Un homme et une femme qui se fondent en un ange. C'est le ciel." Esmeralda dans Notre Dame de Paris.

    Et la mort de Gavroche ... " Une petite grande âme venait de s'envoler.."
  • Bonjour, on peut comprendre le sujet de l'intitulé comme Les beaux textes de la littérature française ? Celui que je présente ne pourrait pas être le plus beau.
    Es-tu bon ou méchant ? Triste ou gai ? As-tu aimé ? veux-tu qu'on t'aime ? aimes-tu l'argent, le plaisir, quoi ? les chevaux, la campagne, le bal ? Qui te plaît ? à quoi rêves-tu ?
    [...]
    Ces bras nonchalants, fais m'en une ceinture ; cette tête penchée appuie-la sur moi ; ce doux sourire, colle-le sur ma bouche.
  • Voici le message de l'initiateur du sujet :
    Tout d'abord, j'espère que mon sujet est à la bonne place. Alors voilà, ce sujet est fait pour que vous nous montriez vos coups de coeur, des passages de roman que vous avez trouvé magnifiques ou qui vous ont émus. Vous pouvez également mette vos poèmes coup de coeur.

    Il n'est pas du tout question de faire un quelconque palmarès ou d'ériger un Panthéon des Lettres. Il est même bon, à mon avis, que les envois restent sans commentaire (ce n'est pas une critique à votre égard).
  • Bonjour,
    Et cependant il me semble que je suis né et que j’ai vécu longuement et rencontré Jackson et erré dans les villes, les bois et les déserts, et que j'ai été longuement au bord des mers en pleurs devant les îles et péninsules où venaient briller la nuit les petites lumières jaunes et brèves des hommes et toute la nuit les grands feux blancs ou aux vives couleurs qui venaient dans les cavernes où j'étais heureux, tapi sur le sable à l'abri des rochers dans l'odeur des algues et de la roche humide au bruit du vent des vagues me fouettant d'écume ou soupirant sur la grève et griffant à peine le galet, non, pas heureux, ça jamais, mais souhaitant que la nuit ne finisse jamais ni ne revienne le jour qui fait dire aux hommes, Allons, la vie passe, il faut en profiter.
    Samuel Beckett - Malone meurt

    Cordialement.

    EDIT : Copier/coller fautif. J'espère que le texte est le bon cette fois.
  • Comment, cinq pages déjà et personne n'a cité Le dormeur du val d'Arthur Rimbaud ? :)
    C'est un trou de verdure où chante une rivière,
    Accrochant follement aux herbes des haillons
    D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
    Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.


    Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
    Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
    Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
    Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.


    Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
    Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
    Nature, berce-le chaudement : il a froid.


    Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
    Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
    Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
  • Le vingt-cinq septembre douze cent soixante-quatre, au petit jour, le duc d'Auge se pointa sur le sommet du donjon de son château pour y considérer, un tantinet soit peu, la situation historique. Elle était plutôt floue. Des restes du passé traînaient encore çà et là, en vrac. Sur les bords du ru voisin, campaient deux Huns ; non loin d'eux un Gaulois, Eduen peut-être, trempait audacieusement ses pieds dans l'eau courante et fraîche. Sur l'horizon se dessinaient les silhouettes molles de Romains fatigués, de Sarrasins de Corinthe, de Francs anciens, d'Alains seuls. Quelques Normands buvaient du calva.
    Le duc d'Auge soupira mais n'en continua pas moins d'examiner attentivement ces phénomènes usés.
    Les Huns préparaient des stèques tartares, le Gaulois fumait une gitane, les Romains dessinaient des grecques, les Sarrasins fauchaient de l'avoine, les Francs cherchaient des sols et les Alains regardaient cinq Ossètes. Les Normands buvaient du calva.
    -Tant d'histoire, dit le duc d'Auge au duc d'Auge, tant d'histoires pour quelques calembours, pour quelques anachronismes. Je trouve cela misérable. On n'en sortira donc jamais ?
    Fasciné, il ne cessa pendant quelques heures de surveiller ces déchets se refusant à l'émiettage ; puis, sans cause extérieure décelable, il quitta son poste de guet pour les étages inférieurs du château en se livrant au passage à son humeur qui était de battre.
    Il ne battit point sa femme parce que défunte, mais il battit ses filles au nombre de trois ; il battit des serviteurs, des servantes, des tapis, quelques fers encore chauds, la campagne, monnaie et, en fin de compte, ses flancs. Tout de suite après, il décida de faire un court voyage et de se rendre dans la ville capitale en petit arroi, accompagné seulement de son page Mouscaillot.
    Parmi ses palefrois, il choisit son percheron favori nommé Démosthène parce qu'il parlait, même avec le mors entre les dents.

    Les fleurs bleues, Queneau
  • Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
    Pour la première fois l'aigle baissait la tête.
    Sombres jours ! l'empereur revenait lentement,
    Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
    Il neigeait. L'âpre hiver fondait en avalanche.
    Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
    On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.
    Hier la grande armée, et maintenant troupeau.
    On ne distinguait plus les ailes ni le centre.
    Il neigeait. Les blessés s'abritaient dans le ventre
    Des chevaux morts ; au seuil des bivouacs désolés
    On voyait des clairons à leur poste gelés,
    Restés debout, en selle et muets, blancs de givre,
    Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre.
    Boulets, mitraille, obus, mêlés aux flocons blancs,
    Pleuvaient ; les grenadiers, surpris d'être tremblants,
    Marchaient pensifs, la glace à leur moustache grise.
    Il neigeait, il neigeait toujours ! La froide bise
    Sifflait ; sur le verglas, dans des lieux inconnus,
    On n'avait pas de pain et l'on allait pieds nus.
    Ce n'étaient plus des cœurs vivants, des gens de guerre :
    C'était un rêve errant dans la brume, un mystère,
    Une procession d'ombres sous le ciel noir.
    La solitude vaste, épouvantable à voir,
    Partout apparaissait, muette vengeresse.
    Le ciel faisait sans bruit avec la neige épaisse
    Pour cette immense armée un immense linceul.
    Et chacun se sentant mourir, on était seul.
  • freddy.lombard a écrit:
    Comment, cinq pages déjà et personne n'a cité Le dormeur du val d'Arthur Rimbaud ? :)
    C'est un trou de verdure où chante une rivière,
    Accrochant follement aux herbes des haillons
    D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
    Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.


    Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
    Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
    Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
    Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.


    Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
    Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
    Nature, berce-le chaudement : il a froid.


    Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
    Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
    Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

    Variante du derniers vers chez un élève à qui je faisais réciter le poème :
    Il a deux trous de balles au côté droit.
  • Oooh !
  • Le plus rigolo, c'est que ce n'était absolument pas volontaire.
    Gabiana, je vous ai fait une blague, mais vous ne l'avez pas vue.
  • :lol:

    Confusion avec le Sonnet du Trou du Cul ?
  • Non, je n'avais pas vu. et personne n'a vu apparemment.
    Tout de même Jacques, vous exagérez.
    Les modérateurs ont des pouvoirs que j'aimerais bien avoir.
    Voulez-vous corriger immédiatement ?
  • Voui, c'est fait.
    Bien vu, Goliadkine :D .
  • Tiens, encore un texte du grand Victor. :)

    Au fait, on a l'air de bien s'amuser : quand le chat n'est pas là, les souris dansent ? :lol:
  • Dommage mais le vers compte treize syllabes ainsi, sinon on aurait pu le proposer comme variante officielle ! :D
  • Eh oui, et tout cela me rappelle que c'est bientôt la RENTRÉE !

    Des lettres sans mots ni patrie
    Dans une attente endolorie...
  • J'ai rêvé d'un pays où dans leur bras rompus les hommes avaient repris la vie comme une biche blessée, où l'hiver défaisait le printemps, mais ceux qui n'avaient qu'un manteau le déchiraient pour envelopper la tendresse des pousses, j'ai rêvé d'un pays qui avait mis au monde un enfant infirme appelé l'avenir… J'ai rêvé d'un pays où toute chose de souffrance avait droit à la cicatrice et l'ancienne loi semblait récit des monstres fabuleux, un pays qui riait comme le soleil à travers la pluie, et se refaisait avec des bouts de bois le bonheur d'une chaise, avec des mots merveilleux la dignité de vivre, un pays de fond en comble à se récrire au bien.
    Et comme il était riche d'être pauvre, et comme il trouvait pauvres les gens d'ailleurs couverts d'argent et d'or ! C'était le temps où je parcourais cette apocalypse à l'envers, fermant l'œil pour me trouver dans la féérie aux mains nues, et tout manquait à l'existence, oh qui dira le prix d'un clou? mais c'étaient les chantiers de ce qui va venir, et qu'au rabot les copeaux étaient blonds, et douce aux pieds la boue, et plus forte que le vent la chanson d'homme à la lèvre gercée!

    J'ai rêvé d'un pays tout le long de ma vie, un pays qui ressemble à la douceur d'aimer, à l'amère douceur d'aimer.

    Aragon, La Mise à Mort
  • L' Eternité à Lourmarin

    « Il n’y a plus de ligne droite ni de route éclairée avec un être qui nous a quittés. Où s’étourdit notre affection? Cerne après cerne, s’il approche, c’est pour aussitôt s’enfouir. Son visage parfois vient s’appliquer contre le nôtre, ne produisant qu’un éclair glacé. Le jour qui allongeait le bonheur entre lui et nous n’est nulle part désormais, toutes les parties – presqu’excessives – d’une présence se sont tout à coup disloquées. Misère de notre vigilance… Pourtant cet être supprimé se tient dans quelque chose de rigide, de désert, d’essentiel en nous, où nos millénaires ensemble font juste l’épaisseur d’une paupière tirée.
    Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence. Qu’en est-il alors? Nous savons ou croyons savoir. Mais seulement quand le passé qui signifie s’ouvre pour lui livrer passage. Le voici à notre hauteur, plus loin, devant.
    A l’heure de nouveau contenue où nous questionnons tout le poids d’énigme, soudain commence la Douleur, celle de compagnon à compagnon, que l’archer, cette fois, ne peut pas transpercer."

    René Char - La parole en archipel -
Connectez-vous ou Inscrivez-vous pour répondre.