Les plus beaux textes de la littérature française

Tout d'abord, j'espère que mon sujet est à la bonne place. Alors voilà, ce sujet est fait pour que vous nous montriez vos coups de coeur, des passages de roman que vous avez trouvé magnifiques ou qui vous ont émus. Vous pouvez également mette vos poèmes coup de coeur.

Je me lance tout d'abord avce du classique:

Victor HUGO
Trois ans après

Il est temps que je me repose ;
Je suis terrassé par le sort.
Ne me parlez pas d'autre chose
Que des ténèbres où l'on dort !

Que veut-on que je recommence ?
Je ne demande désormais
A la création immense
Qu'un peu de silence et de paix !

Pourquoi m'appelez-vous encore ?
J'ai fait ma tâche et mon devoir.
Qui travaillait avant l'aurore,
Peut s'en aller avant le soir.

A vingt ans, deuil et solitude !
Mes yeux, baissés vers le gazon,
Perdirent la douce habitude
De voir ma mère à la maison.

Elle nous quitta pour la tombe ;
Et vous savez bien qu'aujourd'hui
Je cherche, en cette nuit qui tombe,
Un autre ange qui s'est enfui !

Vous savez que je désespère,
Que ma force en vain se défend,
Et que je souffre comme père,
Moi qui souffris tant comme enfant !

Mon oeuvre n'est pas terminée,
Dites-vous. Comme Adam banni,
Je regarde ma destinée,
Et je vois bien que j'ai fini.

L'humble enfant que Dieu m'a ravie
Rien qu'en m'aimant savait m'aider ;
C'était le bonheur de ma vie
De voir ses yeux me regarder.

Si ce Dieu n'a pas voulu clore
L'oeuvre qu'il me fit commencer,
S'il veut que je travaille encore,
Il n'avait qu'à me la laisser !

Il n'avait qu'à me laisser vivre
Avec ma fille à mes côtés,
Dans cette extase où je m'enivre
De mystérieuses clartés !

Ces clartés, jour d'une autre sphère,
Ô Dieu jaloux, tu nous les vends !
Pourquoi m'as-tu pris la lumière
Que j'avais parmi les vivants ?

As-tu donc pensé, fatal maître,
Qu'à force de te contempler,
Je ne voyais plus ce doux être,
Et qu'il pouvait bien s'en aller ?

T'es-tu dit que l'homme, vaine ombre,
Hélas! perd son humanité
A trop voir cette splendeur sombre
Qu'on appelle la vérité ?

Qu'on peut le frapper sans qu'il souffre,
Que son coeur est mort dans l'ennui,
Et qu'à force de voir le gouffre,
Il n'a plus qu'un abîme en lui ?

Qu'il va, stoïque, où tu l'envoies,
Et que désormais, endurci,
N'ayant plus ici-bas de joies,
Il n'a plus de douleurs aussi ?

As-tu pensé qu'une âme tendre
S'ouvre à toi pour se mieux fermer,
Et que ceux qui veulent comprendre
Finissent par ne plus aimer ?

Ô Dieu ! vraiment, as-tu pu croire
Que je préférais, sous les cieux,
L'effrayant rayon de ta gloire
Aux douces lueurs de ses yeux ?

Si j'avais su tes lois moroses,
Et qu'au même esprit enchanté
Tu ne donnes point ces deux choses,
Le bonheur et la vérité,

Plutôt que de lever tes voiles,
Et de chercher, coeur triste et pur,
A te voir au fond des étoiles,
Ô Dieu sombre d'un monde obscur,

J'eusse aimé mieux, loin de ta face,
Suivre, heureux, un étroit chemin,
Et n'être qu'un homme qui passe
Tenant son enfant par la main
Puis par du plus comtemporain:

Jean d'Ormesson

Qu'ai-je donc fait?
«Qu'ai-je donc fait ? J'ai aimé l'eau, la lumière, le soleil, les matins d'été, les ports, la douceur du soir dans les collines et une foule de détails sans le moindre intérêt comme cet olivier très rond dont je me souviens encore dans la baie de Fethiye ou un escalier bleu et blanc flanqué de deux fontaines dans un village des Pouilles dont j'ai oublié le nom. Je ne regrette ni d'être venu ni de devoir repartir vers quelque chose d'inconnu dont personne, grâce à Dieu, n'a jamais pu rien savoir. J'ai trouvé la vie très belle et assez longue à mon goût. J'ai eu de la chance. Merci. J'ai commis des fautes et des erreurs. Pardon. Pensez à moi de temps en temps. Saluez le monde pour moi quand je ne serai plus là. C'est une drôle de machine à faire verser des larmes de sang et à rendre fou de bonheur. Je me retourne encore une fois sur ce temps perdu et gagné et je me dis, je me trompe peut-être, qu'il m'a donné - comme ça, pour rien, avec beaucoup de grâce et de bonne volonté - ce qu'il y a eu de meilleur de toute éternité : la vie d'un homme parmi les autres.»
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Réponses

  • J'aime beaucoup le texte de Victor Hugo que tu as publié, pour ma part je suis assez friande de Voltaire, ainsi que de molière, les anciens auteurs avaient un talent et une façon d'écrire qui me boulverse. Leurs textes parlent, avec eux la litérature parait si simple. Ce qui est intéressant est de replacer ces différents auteurs dans leur contexte historique, politique et social et se demander comment ils ont pu parler avec autant de facilité, nous faire voyager à travers l'espace et le temps. En ce qui concerne les auteurs contemporains, j'aime la biographie d'Anny Duperey même si cette actrice ne m'intéresse pas réellement dans ses films, je ne suis pas particulièrement fan, mais sa biographie et son sentiment de culpabilité qu'elle conserve tout au long de son oeuve m'a fait éprouver énormément de sensations ainsi que d'interrogations, comment aurais-je réagis dans une semblable situation ... c'est intéressant d'une point de vue humain, que d'un point de vue litéraire, elle a un style bien à elle. Je ne dévoile pas d'avantage, si ça intéresse le titre de son oeuvre est le Voile Noir... bonne lecture
  • - La plus haute de toutes les folies, disait-elle, est de rougir des penchants que nous avons reçus de la nature; et se moquer d'un individu quelconque qui a des goûts singuliers, est absolument aussi barbare qu'il le serait de persifler un homme ou une femme sorti borgne ou boiteux du sein de sa mère, mais persuader ces principes raisonnables à des sots, c'est entreprendre d'arrêter le cours des astres. Il y a une sorte de plaisir pour l'orgueil, à se moquer des défauts qu'on n'a point, et ces jouissances-là sont si douces à l'homme et particulièrement aux imbéciles, qu'il est très rare de les y voir renoncer... Ça établit des méchancetés d'ailleurs, de froids bons mots, de plats calembours, et pour la société, c'est-à-dire pour une collection d'êtres que l'ennui rassemble et que la stupidité modifie, il est si doux de parler deux ou trois heures sans avoir rien dit, si délicieux de briller aux dépens des autres et d'annoncer en blâmant un vice qu'on est bien éloigné de l'avoir... c'est une espèce d'éloge qu'on prononce tacitement sur soi-même; à ce prix-là on consent même à s'unir aux autres, à faire cabale pour écraser l'individu dont le grand tort est de ne pas penser comme le commun des mortels, et l'on se retire chez soi tout gonflé de l'esprit qu'on a eu, quand on n'a foncièrement prouvé par une telle conduite que du pédantisme et de la bêtise.
    Augustine de Villeblanche ou le Stratagème de l'amour - Sade

    Tout simplement virtuose.
  • I

    Dans la plus verte de nos vallées,
    Par les bons anges habitée,
    Autrefois un beau et majestueux palais,
    Un rayonnant palais dressait son front.
    C'était dans le domaine du monarque Pensée,
    C'était là qu'il s'élevait!
    Jamais séraphin ne déploya son aile
    Sur un édifice à moitié aussi beau.

    Il

    Des bannières blondes. superbes, dorées,
    A son dôme flottaient et ondulaient;
    (C'était, tout cela, c'était dans le vieux,
    Dans le très vieux temps.)
    Et, à chaque douce brise qui se jouait
    Dans ces suaves journées,
    Le long des remparts chevelus et pâles,
    S'échappait un parfum ailé.

    III

    Les voyageurs, dans cette heureuse vallée,
    A travers deux fenêtres lumineuses, voyaient
    Des esprits qui se mouvaient harmonieusement
    Au commandement d'un luth bien accordé.
    Tout autour d'un trône, où, siégeant
    Un vrai Porphyrogénète, celui-là!
    Dans un apparat digne de sa gloire,
    Apparaissait le maître du royaume.

    IV

    Et tout étincelante de nacre et de rubis
    Etait la porte du beau palais,
    Par laquelle coulait à flots, à flots, à flots,
    Et pétillait incessamment
    Une troupe d'Echos dont l'agréable fonction
    Était simplement de chanter,
    Avec des accents d'une exquise beauté,
    L'esprit et la sagesse de leur roi.

    V

    Mais des êtres de malheur, en robes de deuil,
    Ont assailli la haute autorité du monarque.
    Ah! pleurons! Car jamais l'aube d'un lendemain
    Ne brillera sur lui, le désolé!
    Et tout autour de sa demeure, la gloire
    Qui s'empourprait et florissait
    N'est plus qu'une histoire, souvenir ténébreux
    Des vieux âges défunts.

    VI

    Et maintenant les voyageurs, dans cette vallée,
    A travers les fenêtres rougeâtres, voient
    De vastes formes qui se meuvent fantastiquement
    Aux sons d'une musique discordante;
    Pendant que, comme une rivière rapide et lugubre,
    A travers la porte pâle,
    Une hideuse multitude se rue éternellement;
    Qui va éclatant de rire, ne pouvant plus sourire.

    Le Palais Hanté (La chute de la maison Usher - Edgar Allan Poe, traduction Charles Beaudelaire)

    Ce n'est pas de la littérature française mais je voulais me faire plaisir et pourquoi pas, le partager.
    Jadis, avec Pierre et Gladys
    On les voyait passer en robe blanche
    Au ruisseau qui traînait nos rêves
    Vers un écrin de joie
    Nous suivions la trace des fées
    C'était au mois de mai

    Vole, blonde tête folle,
    On les voyait quitter leur robe blanche
    Un torrent de cheveux dorés
    Léchait nos yeux de soie
    Nous étions sur la trace des fées
    C'était au mois de mai

    J'étais le prince sans carrosse
    Ma muse pleurait aux étoiles
    Puis je redevins le chien.

    Jadis, cachées sous les fleurs de lys
    On les voyait flâner en robe blanche
    Au pays où la bise enlace les gens aux mille pleurs
    Nous suivions la trace des fées
    C'était au mois de mai

    Vole, vole, blonde nymphe folle
    On les entendait rire en robe blanche
    Et le gazon du parc s'imbibait à nos pieds d'enfants
    Nous étions sur la trace des fées
    C'était au mois de mai

    J'étais le prince sans carrosse
    Ma muse pleurait aux étoiles
    Puis je redevins le chien.

    Sur la trace des fées (Christian Décamps)
  • Bonjour à tous,

    Pour ma part, j'ai beaucoup admiration pour certaines tirades du Don Juan de Molière : quelle éloquence ! Il réussit à faire douter un ermite de l'existence d'un Dieu, faire passer " un vice pour vertu "à l'aide d'une argumentation structurée, de syllogismes etc.
    " Vous tournez les choses d'une manière, qu'il semble que vous avez raison ; et cependant il est vrai que vous ne l'avez pas " Cette réplique de Sganarelle résume très bien, je trouve, les qualités d'orateur de Don Juan, sa force de persuasion qui est aussi fascinante que dangereuse...

    Les nouvelles fantastiques de Maupassant sont également un régal, j'admire la manière avec laquelle il transmet l'angoisse de son personnage vers le lecteur (dans La peur par exemple)


    Il faut reconnaître que le poème de Victor Hugo est magnifique.
  • Je n'ai pas de certitude pour mon extrait de roman/pièce de théâtre/essai/etc... préféré, par contre, j'apprécie particulièrement un poème d'Aragon, un des plus célèbres d'ailleurs, La rose et le réséda. Je le trouve vraiment sublime, tant au niveau de la forme que du sens.
  • J'ai une affection particulière pour cet extrait des Misérables :
    Faire le poème de la conscience humaine, ne fût-ce qu’à propos d’un seul homme, ne fût-ce qu’à propos du plus infime des hommes, ce serait fondre toutes les épopées dans une épopée supérieure et définitive. La conscience, c’est le chaos des chimères, des convoitises et des tentatives, la fournaise des rêves, l’antre des idées dont on a honte ; c’est le pandémonium des sophismes, c’est le champ de bataille des passions. À de certaines heures, pénétrez à travers la face livide d’un être humain qui réfléchit, et regardez derrière, regardez dans cette âme, regardez dans cette obscurité. Il y a là, sous le silence extérieur, des combats de géants comme dans Homère, des mêlées de dragons et d’hydres et des nuées de fantômes comme dans Milton, des spirales visionnaires comme chez Dante. Chose sombre que cet infini que tout homme porte en soi et auquel il mesure avec désespoir les volontés de son cerveau et les actions de sa vie !
  • Je trouve le poème de V. Hugo magnifique et j'aime aussi beaucoup celui de Décamps.

    Un passage que j'apprécie énormément:
    "Je veux vous dire tout de suite quelle sorte de grandeur nous met en marche. Mais c'est vous dire quel est le courage que nous applaudissons et qui n'est pas le votre. Car c'est peu de chose que de savoir courir au feu quand on s'y prépare depuis toujours et quand la course vous est plus naturelle que la pensée. C'est beaucoup au contraire que d'avancer vers la torture et vers la mort quand on sait de science certaine que la haine et la violence sont choses vaines par elles-mêmes. C'est beaucoup que de se battre en méprisant la guerre, d'accepter de tout perdre en gardant le goût du bonheur, de courir à la destruction avec l'idée d'une civilisation supérieure."
    A. Camus, Lettres à un ami allemand
  • NineNine Membre
    En ce qui me concerne un de mes auteurs fétiches est Joris-Karl Huymans. J'apprécie l'ensemble

    de son oeuvre mais j'affectionne tout particulièrement le poème "Rococo japonais" extrait du

    Drageoir aux Epices (1874), recueil de poèmes en prose. Un panache rythmique et une plume qui cotoie

    la force innovante du pinceau :

    ô toi dont l'oeil est noir, les tresses noires, les chairs blondes, écoute-moi, ô ma folâtre louve!

    J'aime tes yeux fantasques, tes yeux qui se retroussent sur les tempes; j'aime la bouche rouge comme une baie de sorbier, tes joues rondes et jaunes; j'aime tes pieds tors, ta gorge roide, tes grands ongles lancéolés, brillants comme des valves de nacre.

    J'aime, ô mignarde louve, ton énervant nonchaloir, ton sourire, alangui, ton attitude indolente, tes gestes mièvres.

    J'aime, o louve caline, les miaulements de ta voix, j'aime ses tons ululants et rauques, mais j'aime par-dessus tout, j'aime à en mourir, ton nez, ton petit nez qui s'échappe des vagues de ta chevelure, comme une rose jaune éclose dans un feuillage noir!"
  • extrait de "La nuit de mai" de Musset (j'aurais voulu citer tout le texte et y ajouter la "Nuit de décembre"...)
    (...) LE POÈTE

    S’il ne te faut, ma sœur chérie,
    Qu’un baiser d’une lèvre amie
    Et qu’une larme de mes yeux,
    Je te les donnerai sans peine ;
    De nos amours qu’il te souvienne,
    Si tu remontes dans les cieux.
    Je ne chante ni l’espérance,
    Ni la gloire, ni le bonheur,
    Hélas ! pas même la souffrance.
    La bouche garde le silence
    Pour écouter parler le cœur.

    LA MUSE

    Crois-tu donc que je sois comme le vent d’automne,
    Qui se nourrit de pleurs jusque sur un tombeau,
    Et pour qui la douleur n’est qu’une goutte d’eau ?
    Ô poète ! un baiser, c’est moi qui te le donne.
    L’herbe que je voulais arracher de ce lieu,
    C’est ton oisiveté ; ta douleur est à Dieu.
    Quel que soit le souci que ta jeunesse endure,
    Laisse-la s’élargir, cette sainte blessure
    Que les noirs séraphins t’ont faite au fond du cœur :
    Rien ne nous rend si grands qu’une grande douleur.
    Mais, pour en être atteint, ne crois pas, ô poète,
    Que ta voix ici-bas doive rester muette.
    Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
    Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots.
    Lorsque le pélican, lassé d’un long voyage,
    Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
    Ses petits affamés courent sur le rivage
    En le voyant au loin s’abattre sur les eaux.
    Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
    Ils courent à leur père avec des cris de joie
    En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
    Lui, gagnant à pas lents une roche élevée,
    De son aile pendante abritant sa couvée,
    Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
    Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte ;
    En vain il a des mers fouillé la profondeur ;
    L’Océan était vide et la plage déserte ;
    Pour toute nourriture il apporte son cœur.
    Sombre et silencieux, étendu sur la pierre
    Partageant à ses fils ses entrailles de père,
    Dans son amour sublime il berce sa douleur,
    Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
    Sur son festin de mort il s’affaisse et chancelle,
    Ivre de volupté, de tendresse et d’horreur.
    Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,
    Fatigué de mourir dans un trop long supplice,
    Il craint que ses enfants ne le laissent vivant ;
    Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
    Et, se frappant le cœur avec un cri sauvage,
    Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu,
    Que les oiseaux des mers désertent le rivage,
    Et que le voyageur attardé sur la plage,
    Sentant passer la mort, se recommande à Dieu.
    Poète, c’est ainsi que font les grands poètes.
    Ils laissent s’égayer ceux qui vivent un temps ;
    Mais les festins humains qu’ils servent à leurs fêtes
    Ressemblent la plupart à ceux des pélicans.
    Quand ils parlent ainsi d’espérances trompées,
    De tristesse et d’oubli, d’amour et de malheur,
    Ce n’est pas un concert à dilater le cœur.
    Leurs déclamations sont comme des épées :
    Elles tracent dans l’air un cercle éblouissant,
    Mais il y pend toujours quelque goutte de sang.

    LE POÈTE

    Ô Muse ! spectre insatiable,
    Ne m’en demande pas si long.
    L’homme n’écrit rien sur le sable
    À l’heure où passe l’aquilon.
    J’ai vu le temps où ma jeunesse
    Sur mes lèvres était sans cesse
    Prête à chanter comme un oiseau ;
    Mais j’ai souffert un dur martyre,
    Et le moins que j’en pourrais dire,
    Si je l’essayais sur ma lyre,
    La briserait comme un roseau.
  • Un de mes poèmes préférés : Parfum exotique de Beaudelaire :
    Quand les deux yeux fermés en un soir chaud d'automne,
    Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
    Je vois se dérouler des rivages heureux
    Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone

    Une île paresseuse où la nature donne
    Des arbres singuliers et des fruits savoureux
    Des hommes dont le corps est mince et vigoureux
    Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne

    Guidé par ton odeur vers de charmants climats
    Je vois un port rempli de voiles et de mats
    Encore tot fatigués par la vague marine

    Pendant que le parfum des verts tamariniers
    Qui circule dans l'air et m'enfle la narine
    Se même dans mon âme au chant des mariniers.
  • Pour moi, le monologue de Lorenzo dans le "Lorenzaccio" de Musset a été un de mes coups de foudre :D
    Acte III scène 3

    Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux tu donc que je m'empoisonne, ou que je saute dans l'Arno ? Veux tu donc que je sois un spectre, et qu'en frappant sur ce squelette, il n'en sorte aucun son ? Songes tu que ce meurtre, c'est tout ce qui me reste de ma vertu ? Songes tu que je glisse depuis deux ans sur un mur taillé à pic, et que ce meurtre est le seul brin d'herbe où j'aie pu cramponner mes ongles ? Crois-tu que je n'aie plus d'orgueil, parce que je n'ai plus de honte ? et veux tu que je laisse mourir en silence l'énigme de ma vie ? Oui, cela est certain, si je pouvais revenir à la vertu, si mon apprentissage de vice pouvait s'évanouir, j'épargnerais peut petre ce conducteur de boeufs. Mais j'aime le vin, le jeu et les filles, comprends tu cela ? Si tu honores en moi quelque chose, toi qui me parles, c'est mon meurtre que tu honores, peut-être justement que tu ne le ferais pas. Voilà assez longtemps, vois tu, que les républicains me couvrent de boue et d'infamie ; voilà assez longtemps que les oreilles me tintent, et que l'exécration des hommes empoisonnent le pain que je mâche, j'en ai assez de me voir conspué par des lâches sans nom qui m'accablent d'injures pour se dispenser de m'assomer, comme ils le devraient. J'en ai assez d'entendre brailler en plein vent le bavardage humain, il faut que le monde sache un peu qui je suis, et qui il est. Dieu merci, c'est peut-être demain que je tue Alexandre, dans deux jours j'aurai fini. Ceux qui tournent autour de moi avec des yeux louches, comme autour d'une curiosité monstrueuse importée d'Amérique, pourront satisfaire leur gosier et vider leur sac à paroles. Que les hommes me comprennent ou non, qu'ils agissent ou n'agissent pas, j'aurai dit aussi ce que j'ai à dire, je leur ferai tailler leur plume si je ne leur fais pas nettoyer leurs piques, et l'humanité gardera sur sa joue le soufflet de mon épée marquée en traits de sang. Qu'ils m'appellent comme ils voudront, Brutus ou Erostrate, il ne me plaît pas qu'ils m'oublient. Ma vie entière est au bout de ma dague, et que la Providence retourne ou non la tête en m'entendant frapper, je jette la nature humaine à pile ou face sur la tombe d'Alexandre, dans deux jours, les hommes comparaîtront devant le trubunal de ma volonté.

    Voilà, je ne sais pas pourquoi ce texte me paraissait aussi frappant, peut-être l'amertume qu'il contient, la violence, et en même temps l'impatience qu'il a d'en finir ...
    Je l'ai eu à l'oral de mon bac de français, et je n'ai jamais pris autant de plaisir ni mis autant de soin à lire un texte à voix haute :)

    PS : veuillez m'excuser pour les éventuelles fautes, je l'ai recopié de mon carnet et vu mon écriture, les erreurs sont plus que probables ...
  • Bonne idée de sujet , j'y ai vraiment trouvé de beaux textes. Pour ma part, la réplique que le personnage de Hoederer adresse à Hugo dans les Mains sales de J.P Sartre est celle qui m'a le plus marquée.
    "Comme tu tiens à ta pureté, mon petit gars. Comme tu as peur de te salir les mains. Eh bien reste pur ! A quoi cela servira-t-il et pourquoi viens-tu parmi nous ? La pureté, c’est une idée de fakir et de moine. Vous autres, les intellectuels, les anarchistes bourgeois, vous en tirez prétexte pour ne rien faire. Ne rien faire, rester immobile, serrer les coudes contre le corps, porter des gants. Moi j’ai les mains sales. Jusqu’aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang. Et puis après ? Est-ce que tu t’imagines qu’on peut gouverner innocemment ? "
  • Personnellement, tout comme Arebours, je reste très attaché aux Nuits de Musset, et particulièrement à la Nuit de Mai...

    Et encore plus particulièrement, le célèbre passage du Pélican...
    "Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
    Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.
    Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage,
    Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
    Ses petits affamés courent sur le rivage
    En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.
    Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
    Ils courent à leur père avec des cris de joie
    En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
    Lui, gagnant à pas lent une roche élevée,
    De son aile pendante abritant sa couvée,
    Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
    Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte;
    En vain il a des mers fouillé la profondeur;
    L'océan était vide et la plage déserte;
    Pour toute nourriture il apporte son cœur.
    Sombre et silencieux, étendu sur la pierre,
    Partageant à ses fils ses entrailles de père,
    Dans son amour sublime il berce sa douleur;
    Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
    Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle,
    Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur.
    Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,
    Fatigué de mourir dans un trop long supplice,
    Il craint que ses enfants ne le laissent vivant;
    Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
    Et, se frappant le cœur avec un cri sauvage,
    Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu,
    Que les oiseaux des mers désertent le rivage,
    Et que le voyageur attardé sur la plage,
    Sentant passer la mort se recommande à Dieu."

    Ahlalala.. *soupir* Qu'est-ce que c'est beau...
  • J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
    Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant et de baiser
    sur cette bouche la naissance de la voix qui m'est chère?
    J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.
    Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.
    O balances sentimentales.
    J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps sans doute que je m'éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l'amour et toi, la seule qui compte aujourd'hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.
    J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu'il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu'à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l'ombre qui se promène et se promènera allégrement sur le cadran solaire de ta vie.
    Et puis encore...
    Comme une main à l'instant de la mort et du naufrage se dresse comme les rayons du soleil couchant, ainsi de toutes parts jaillissent tes regards.
    Il n'est plus temps, il n'est plus temps peut-être de me voir,
    Mais la feuille qui tombe et la roue qui tourne te diront que rien n'est perpétuel sur terre,
    Sauf l'amour,
    Et je veux m'en persuader.
    Des bateaux de sauvetage peints de rougeâtres couleurs,
    Des orages qui s'enfuient,
    Une valse surannée qu'emportent le temps et le vent durant les longs espaces du ciel.
    Paysages.
    Moi, je n'en veux pas d'autres que l'étreinte à laquelle j'aspire,
    Et meure le chant du coq,
    Comme une main à l'instant de la mort se crispe, mon coeur se serre.
    Je n'ai jamais pleuré depuis que je te connais.
    J'aime trop mon amour pour pleurer.
    Tu pleureras sur mon tombeau,
    Ou moi sur le tien.
    Il ne sera pas trop tard.
    Je mentirai. Je dirai que tu fus ma maîtresse
    Et puis vraiment c'est tellement inutile,
    Toi et moi, nous mourrons bientôt.

    Robert Desnos, A la mystérieuse.

    Et puis encore... Cette fois, c'est fini, je vous le promets!
    Les faux beaux jours ont lui tout le jour, ma pauvre âme,
    Et les voici vibrer aux cuivres du couchant,
    Ferme les yeux, pauvre âme, et rentre sur-le-champ :
    Une tentation des pires. Fuis l'infâme.

    Ils ont lui tout le jour en longs grêlons de flamme,
    Battant toute vendange aux collines, couchant
    Toute moisson de la vallée, et ravageant
    Le ciel tout bleu, le ciel chanteur qui te réclame.

    Ô pâlis, et va-t-en, lente et joignant les mains.
    Si ces hiers allaient manger nos beaux demains?
    Si la vieille folie était encore en route?

    Ces souvenirs, va-t-il falloir les retuer?
    Un assaut furieux, le suprême, sans doute!
    Ô, va prier contre l'orage, va prier.

    Paul Verlaine, Sagesse.
  • Entièrement d'accord avec J'ai tant rêvé de toi de Desnos.

    Mais par contre, désolée de chipoter, mais j'en ai deux exemplaires sous les yeux, je me demande donc pourquoi ne pas avoir respecté la mise en page ?

    C'est :

    J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité

    et non :

    J'ai tant rêvé de toi
    que tu perds ta réalité.

    etc.

    De même il n'y a pas de saut de ligne, pas de strophe.
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