Bonjour à tous,
Voilà je suis actuellement en 1°L et j'ai appris que l'année prochaine j'aurais à étudier en cours de littérature les "Mémoires de Guerre" de Charles de Gaulle. Je trouve cela assez exceptionnel... Je ne doute pas que cette oeuvre soit très intéressante à lire cependant je trouve dérangeant le fait qu'elle soit présentée dans le programme de littérature. Peut-être que dans le cadre du programme d'histoire, ce serait compréhensible mais en littérature ne sommes nous pas censés étudier des oeuvres littéraires Je voulais simplement savoir si tout comme moi vous ne trouvez pas ce choix "suspect" et si vous en connaissez les raisons.
Merci d'avance.
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Réponses

  • NENE Membre
    Ne lançons pas de polémique ;).

    Ce que je pense, c'est qu'il n'est pas le digne successeur de Pascal....
  • On pourrait dire la même chose pour Pascal et ses Pensées, sauf qu' on se placerait du point de vue de la philosophie. Les profs de lettres ne sont ni des philosophes ni des historiens ; il s' agit donc d' étudier la valeur littéraire de ces textes et pour De Gaulle, voir comment il réussit à persuadre/convaincre par sa rhétorique et par son argumentation.
  • Merci pour tes précisions Thomas en ce qui concerne l'argumentation mais si on raisonne comme toi alors il faudrait aussi supprimer tout ce qui est Voltaire et Montaigne des cours de français pour ne les enseigner qu'en cours de philo.
    NE pourquoi ne pas lancer de polémique ? :(
  • ComateenComateen Modérateur
    Thomas, je suis tout à fait d'accord avec toi. Ce n'est pas parce que De Gaulle n'était pas un écrivain au sens premier du terme, que ses écrits ne méritent pas d'être étudiés dans le cadre d'un cours de littérature, enfin à mon sens.
  • Tout simplement parce qu' il n' y a pas de polémique : pourquoi ne pas étudier l' oeuvre d' un politique ? Il me semble que, pour reprendre ton exemple, Montaigne était maire de Bordeaux non ? On étudie toujours ses textes pourtant. Alors c' est vrai que De Gaulle est beaucoup plus proche de nous dans le temps et alors ? Ca m' aurait beaucoup intéressé de travailler sur lui. Je ne vois vraiment pas le problème.
  • Le problème c'est que Montaigne ne parle pas, ou pas seulement (je n'ai pas lu les Essais en entier) de son métier de maire et de ses difficultés à gouverner et que son oeuvre n'a pas un caractère purement historique. Là est la différence avec le livre de De Gaulle.
  • Ceux qui ont choisi ce texte ne l' ont pas fait par hasard ; de toute façon, même si l' Histoire a un rôle essentiel dans l' oeuvre de De Gaulle, ce n' est pas ça que vous étudierez. Comme dit plus haut, il faudra analyser la valeur littéraire de ce texte et trouver justement en quoi cette oeuvre peut-être qualifier de littéraire à travers le style, le choix des mots, la rhétorique...
  • Justement j'ai peur que ce choix n'ait pas vraiment de sens...je veux bien avoir confiance en l'éducation nationale mais il faudrait encore m'expliquer le choix de l'étude d'une oeuvre "historique" si ce n'est pas pour parler réellement de l'histoire. Je pense qu'avec une telle oeuvre on ne pourra pas se contenter d'analyser le style et la rhétorique de l'auteur en bref la forme et en oublier le fond.
  • Thomas1604 a écrit:
    il faudra analyser la valeur littéraire de ce texte et trouver justement en quoi cette oeuvre peut-être qualifier de littéraire à travers le style, le choix des mots, la rhétorique...
    Mais, le problème est que le corpus est déjà suffisamment vaste et que tout ce qui est de grande valeur littéraire n'a pas forcément été étudié. Alors pourquoi prendre ce texte ? Oui, on peut l'analyser, comme on peut analyser une publicité, un programme, un rapport, etc.
    Mais c'est le choix d'un texte somme toute secondaire de la littérature... (après, c'est... subjectif tu vas dire).
  • Personnellement, c'est plutôt la dimension politique que la dimension historique qui me gênerait...
  • Littérature et débats d'idées , Littérature et histoire c'est dans ce cadre que s'inscrit le choix de l'oeuvre.
  • Voici une réaction de professeurs (apparemment anonymes) :

    http://blog.passion-histoire.net/?p=5005
  • Etudes-litteraires constitue déjà un berceau de la Résistance !
    A quand l'appel... du Général bien sûr :P ?
  • Assez édifiant en effet. Mais ça ne m' aurait absolument pas dérangé d' étudier trois oeuvres du XX ème ! Mais bon le programme 2009-2010 est très alléchant ; j' aurais beaucoup aimé avoir Beckett et Homère au lieu de Shakespeare et Lampedusa, même si j' ai bien apprécié Le Guépard. En tout cas, je me suis rattrapé ; j' ai étudié L' Odyssée et Fin de Partie en profondeur au premier semestre !
  • Je ne suis pas concernée par la terminale mais je trouve que le débat d' idées et le politique fait revenir aux bases de la rhétorique comme en parlait Aristote. On ne peut ignorer ces bases en tant que littéraire. Par ailleurs l'histoire des idées fait souvent partie des études de langues à l'université.

    En ce qui concerne l'aspect politique soulevé par le collectif mentionné par Arthur, ce n'est pas parce qu'on lit un extrait de Marx qu'on transmet une idée politique idem pour les autres auteurs. Il est piquant qu'un collectif de professeurs ne fasse pas confiance à ses collègues pour traiter un sujet avec le recul nécessaire.

    A propos Zadek, Résistance a un sens historique et un résistant pouvait mourir pour ce mot là. Certains mots ne doivent pas être bradés.
  • Portia a écrit:
    je trouve que le débat d' idées et le politique fait revenir aux bases de la rhétorique comme en parlait Aristote. On ne peut ignorer ces bases en tant que littéraire.
    Comme tu le dis, il s'agit de bases. Depuis les bases, on a évolué ! La littérature a évolué. Elle a été purement rhétorique à des époques, après, tu confonds le fait qu'on puisse analyser sa valeur rhétorique... ce qui est un autre problème ! Il ne s'agit plus d'étudier un texte dit "littéraire" mais de faire une analyse (à partir de méthodes dites littéraires) d'un texte qui ne se veut pas littéraire (quoique... est-ce qu'il n'écrit pas un peu ses Mémoires juste après avoir vu que Churchill avait reçu en 1953 le Prix Nobel de... Littérature ?) et qui (subjectivement) n'est pas littéraire.
    Portia a écrit:
    En ce qui concerne l'aspect politique soulevé par le collectif mentionné par Arthur, ce n'est pas parce qu'on lit un extrait de Marx qu'on transmet une idée politique idem pour les autres auteurs.
    C'est très bien d'analyser un texte politique. Mais, de la à en faire une œuvre au programme... au détriment d'une analyse d'œuvre littéraire (car... c'est quand même une épreuve de Littérature)...
    Portia a écrit:
    Il est piquant qu'un collectif de professeurs ne fasse pas confiance à ses collègues pour traiter un sujet avec le recul nécessaire.
    Ils devraient faire davantage confiance à leurs collègues... en Histoire !
    Portia a écrit:
    A propos Zadek, Résistance a un sens historique et un résistant pouvait mourir pour ce mot là. Certains mots ne doivent pas être bradés.
    Certains mots doivent donc être sacralisés ? C'est justement la rhétorique que de permettre la polysémie, voir l'ironie. A propos de cette sacralisation des mots (je te concèderai que tu as peut-être réagi trop vite), un poète, résistant justement, Paul Eluard, a écrit ce recueil, au titre assez évocateur, que je te laisse méditer :
    Quelques-uns des mots qui jusqu'ici m'étaient mystérieusement interdits

    Bien à toi
  • C'est juste que ce n'est pas passionnant à lire... Un auteur, un personnage, une histoire : 8 semaines dessus !!! Chateaubriand est aussi un témoin de son époque, et il parle de lui : on est au carrefour de l'autobiographie et des Mémoires. Saint-Simon porte un regard aigu sur tout ce qui l'entoure. Le cardinal de Retz raconte aussi ses (piètres) amours, et la prison, son évasion, le passage cocasse de la passe de Bonifacio. Et il fait des portraits des gens qui l'entourent. Rien de tel chez de Gaulle. Un petit passage sur Staline... Des manœuvres militaires et diplomatiques : comment sauver à tout prix l'empire colonial français. Hiroshima est pour lui une opportunité inespérée de reprendre pied en Indochine. D'un point de vue littéraire, on aura vite fait le tour : tant de clichés ! Un style grandiloquent et prétentieux !
    Ce n'est pas l'aspect politique du texte qui me gêne : l'histoire lui a déjà donné tort sur "nos" colonies, et raison sur son diagnostique concernant la quatrième république ; c'est que le texte n'a aucune profondeur ! J'attends d'une œuvre littéraire qu'elle interroge la condition humaine, ou qu'elle mette en scène la comédie humaine, qu'elle morde, qu'elle dérange, qu'elle secoue, qu' "elle brise en nous la mer gelée". Et qu'elle résiste à l'analyse : on n'en finit jamais avec Pascal, avec Beckett... On en aura vite fini avec de Gaulle... Tant pis pour lui ! mais aussi... tant pis pour nous... et il y a tant de belles œuvres !
  • IronyIrony Membre
    Thomas1604 a écrit:
    Les profs de lettres ne sont ni des philosophes ni des historiens
    Et pourquoi donc n'auraient-ils pas le droit d'être tout cela à la fois ? (Ou au moins de s'intéresser à tout cela à la fois)
  • Je suis d'accord, mais il y a un monde entre s'intéresser à l'histoire et à la philosophie et être historien ou philosophe. Sinon tout le monde pourrait tout enseigner ! Les Mémoires de Guerre, c'est très spécialisé : l'affaire de la Syrie par exemple ? Qui se souvient encore qu'en 44/45 la France a eu maille à partir avec l'Angleterre au sujet de Damas ? Soit on laisse tomber tout le pan des Mémoires qui traite de cet épisode (40-50 pages...) Soit il faut s'informer très précisément sur l'affaire pour confronter "vérité historique" et récit et mesurer s'il y a manipulation, reconstruction... Or, tout ce passage est totalement dénué d'intérêt littéraire : il ne vaut que pour les historiens. Ceci dit, moi, cela m'a intéressée...
    L'approche d'un même texte par l'historien, le philosophe et le critique littéraire est très différente. Certains textes sont au carrefour de deux voire de trois disciplines, d'autres, pas vraiment.
  • PortiaPortia Membre
    Tout d'abord pour revenir sur une hypothèse émise par 25 P, il n'y a aucun lien entre le prix Nobel de Churchill et les Mémoires de De Gaulle. Les dates de parution des deux premiers tomes de De Gaulle sont antérieures à la date du prix Nobel et de toute façon pareille hypothèse ne conviendrait pas au personnage et pas plus à l'époque.

    Les mémoires sont un genre à part entière. Il y a pléthore de mémorialistes mais tous ne font pas oeuvre littéraire. Si on considère qu'un poéte peut écrire des poèmes engagés sans expérience d'engagement, on peut tout aussi bien considérer qu'un homme qui a eu un impact sur la vie d'un peuple peut se révéler dans ses Mémoires tout en peignant son époque et que cela n'est pas incompatible avec un travail littéraire.

    Quand sarcasmes et ironie débarquent tous les jours au petit déjeuner quand l'objectif des journalistes est de traquer ce qui va faire le dérapage et l'erreur , la manipulation plutôt que l'idée juste ou l'expression d'une conviction dans la vie de tous les jours, on est conditionné pour se méfier des phrases et on va rejeter l'éloquence et la considérer comme prétentieuse. L'air du temps d'après-guerre était encore baigné de toutes les tragédies et le sérieux était la norme.
    De Gaulle a le style de son époque.
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