Quelle est la position de Baudelaire par rapport à Dieu ?
J'ai fait des recherches avec Google mais je n'ai pas trouvé, j'aimerais donc avoir quelques éclaircissements quant à cette question.
J'ai lu les Fleurs du Mal donc j'ai déjà une petite idée, mais j'aimerais avoir un avis en connaissance de ce qu'on sait réellement de Baudelaire par rapport à Dieu.
Merci d'avance.
Mage94
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Réponses

  • Très complexe ! Le père de Baudelaire était un prêtre, non pas défroqué comme on le croit mais "jureur" À la Révolution, les prêtres ont été persécutés, et pour sauver leur peau beaucoup ont prêté serment à la République et ont été ainsi sécularisés. On peut donc accorder au père de Baudelaire des "circonstances atténuantes" (d'autant que de nombreux abbés n'avaient pas une chaste vie exemplaire ;-)
    Caroline sa mère et Mariette étaient de pieuses femmes, et le souvenir des ors et des beautés du culte a imprégné le jeune enfant. On en voit les traces dans les poèmes à Appollonie. La perte du père, le remariage de sa mère à un âge où l'enfant considère celle-ci comme son bien unique... cocktail explosif qui a donné cette division entre aspirations vers le sublime dans le mal ou dans le bien.
  • "st Pierre a renié Jésus..il a bien fait...
  • Merci pour ces éclaircissements Léah !
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Mage,

    En complément de Léah, j'aimerais préciser certains points :
    Baudelaire n'est pas catholique (il ne croit pas au salut ni à la miséricorde), il a même versé dans le satanisme comme plusieurs artistes de son temps.
    C'est un révolté qui défie Dieu, veut le concurrencer. Le poète a pour vocation de recréer un monde mal fait.
    La religion est une affaire d'esthète, Baudelaire apprécie le decorum, les parfums capiteux de l'encens, des plaisirs rares et surannés.
    Mais il se voit comme d'autres romantiques maudit, expulsé du paradis. Dieu existe comme juge hautain, éloigné, impassible devant les souffrances des hommes.
    Pour Baudelaire la religion est synonyme de faute, de condamnation, de morale, de réprobation, de péché, il parle de sa "religion travestie". Pour lui, il n'y a pas de salut.
    Voilà ce qui paraît dans sa poésie, mais que se passe-t-il réellement dans son âme ? Il est certain que Baudelaire prend la pose du dandy, en rajoute dans sa haine des mesquineries bourgeoises bien-pensantes.
    Ce qui demeure est une angoisse bien réelle, une souffrance métaphysique, le "spleen" torturant, une insatisfaction profonde qui conduit le poète au mysticisme, à sacraliser l'Art.
  • Catho, peut-être pas, mais profondément religieux. Chaque soir il faisait une prière "à mon père, à Poe et à Mariette" comme intercesseurs. Le rôle maternel de La servante au grand cœur, de cette âme pieuse a beaucoup compté pour le poëte.
  • VixenVixen Membre
    est ce que Baudelaire a écrit des poèmes sur la religion ?
  • Tous les poèmes de Baudelaire sont dans le recueil des Fleurs du mal (sauf quelques poèmes de jeunesse dans lesquels il n'est pas question de religion)
  • A la fin de sa vie, en Belgique, il se disait catholique et plus que jamais. Mais il est possibles que ce soit par haine des belges libre penseurs. Il priait (voir Hygiène), il est allé à la messe de Noel. Son satanisme prétendu est très paradoxal. Il pensait que la plus grande ruse du diable est de faire croire qu'il n'existait pas. En exaltant Satan, le mal, la notion de péché, il donnait voix à la notion d'Esprit ("l'Esprit est plus vivant que la matière"). Dans une lettre à sa mère, en colère parce que l'abbé Cardine avait brûlé les Paradis artificiels qu'il lui avait envoyé, il écrit que d'un certain point de vue, nul n'est plus catholique que le diable. Il pensait contre Victor Hugo que Satan n'aura pas de fin; que la lutte entre le diable et le bon Dieu était éternelle. Affirmer que le diable allait disparaitre lui semblait un péché, une offense à Dieu car s'était contraire au dogme du péché originel.
    Enfin, pour clarifier ses positions théologique qui peuvent paraitre confuses:
    - Il n'était pas très convaincu de l'existence de Dieu.
    - Mais il avait l'expérience du péché.
    - Il avait le sentiment que le péché dépassait l'individu et provenait d'une force extérieure et méchante, le démon (voir une lettre à Flaubert à propos des paradis artificiels).
    - Reconnaissant en lui une aspiration vers l'idéal et le bien, il affirmait une "double postulation": aspiration vers le mal, diabolique et aspiration vers le bien, divine.
    - Il pensait que le mal suprême était d'ignorer la lutte du bien et du mal.
    - En se faisant l'archétype du mal, il pensait que peut-être, indirectement, il servait le bien, puisqu'il ramenait son époque matérialiste à des questionnement spirituels et religieux.
    - Il assumait le fait que peut-être, le champ de bataille de Dieu et du Diable était l'imagination humaine. Mais selon lui, c'est l'imagination qui gouverne le monde. "Dieu est le seul être qui pour régner n'a pas besoin d'exister". Ce n'était pas pour lui une objection.
    - Il se disait catholique, mais son catholicisme était très personnel, "très suspect", comme d'ailleurs celui de Joseph de Maistre qu'il admirait. Il pensait que dans la providence divine, le Diable joue largement sa part... et que c'est très bien comme ça !
  • Et la position de Baudelaire par rapport aux autres?
    Aucun texte sur Baudelaire, recherché aussi avec google, ne mentionne son rapport avec les gens..
    J'ai aussi lu les Fleurs du Mal, j'ai aussi une idée là-dessus(avec la "passante" et les "petites vieilles").
    Merci de répondre promptement (oral blanc demain et il ne me manque plus qu'à régler cette question) !
  • Ce qui compte, pour moi, en littérature, ce n'est pas la vie des auteurs, mais bien ce qui est dans leurs oeuvres.
    Chez Baudelaire, on a pas mal de choses sur son rapport avec les femmes, notamment avec des femmes qui intellectuellement ne valaient pas grand chose, si je peux me permettre...
    Je ne crois pas que c'était un misanthrope, au contraire, et sa vie sociale semblait être plutôt riche, preuves en sont ses correspondances, ses contacts avec les divers artistes et auteurs de l'époque, etc.

    Mais je ne vois pas vraiment en quoi cela est important pour un oral ?
  • Baudelaire/Dieu
    Baudelaire/Religion
    Baudelaire/Prêtres

    1. sont trois choses différentes;
    2. puisqu'un poète se permet d'écrire tout et son contraire, on n'aura peut-être pas une vision claire de la réponse à ta question, très intéressante, Mage.

    Quelques citations (mais hors contexte, que valent-elles?)
    L'être le plus prostitué, c'est l'être par excellence, c'est Dieu, puisqu'il est l'ami suprême pour chaque individu, puisqu'il est le réservoir commun, inépuisable de l'amour.

    et

    Qu'est-ce que la chute ? Si c'est l'unité devenue dualité, c'est Dieu qui a chuté. En d'autres termes, la création ne serait-elle pas la chute de Dieu ?(Mon cœur mis à nu).

    Dieu est un scandale. Un scandale qui rapporte.

    Quand même Dieu n'existerait pas, la religion serait encore sainte et divine.

    et

    Dieu serait injuste si nous n'étions pas coupables.
    (?)

    Mais en Dieu il n'y a rien de fini : en Dieu, il n'y a rien de transitoire ; en Dieu il n'y a rien qui tende vers la mort. Il s'ensuit que pour Dieu le présent n'existe pas.
    (Les Paradis Artificiels).

    Saurait-on jamais ce qu'il en pense vraiment? Entre Dandy (poseur: mauvais garçon) et Poète (rêveur), entre les bons mots et l'ironie du sort. J'aime bien:

    On peut chercher dans Dieu le complice et l'ami qui manquent toujours. Dieu est l'éternel confident dans cette tragédie dont chacun est le héros.
    (Journaux Intimes).
  • Dans la liste des textes que nous avons étudiés, que notre prof de français, un des objectifs de la poésie était "La question du rapport de Baudelaire aux autres". Je ne sais donc pas si les "autres" sont des personnes ayant joué un rôle dans la vie de Baudelaire ou les personnes qu'il décrit dans son oeuvre.. Je pense que c'est son rapport avec les personnes qu'il dérit dans son oeuvre (= le regard du poète sur ces "objets poétiques"[la mendiante rousse, la passante, les vieillards, les auveugles,..]).
    L'importance que ça aurait pour un oral? Je ne sais pas.. Peut-être pour les 10 min de question qui suivent les 10min de commentaire. Je reconnais que ce n'est peut-être pas utile. Mais si on fais attention à ma tension nerveuse élevée à cause de cet oral, on peut penser que je me pose des questions inutiles, dues à la panique. :)
  • Les Autres?
    C'est vaste!!
    Ses amis, ses collègues, ses amantes, son public, le sujet de ses articles de presse.
    Sans doute la chose qui lie tout en commun est sa passion.
    "Guide du goût du peuple" semble ostentatoire, mais ses critiques de l'Art et de la Musique sont superbes. Même aujourd'hui on y lit son dynamisme, son implication, son...amour.
    Baudelaire Critique :D
  • Bonjour à tous, je voudrais savoir précisément l'importance de l'Eglise pour Baudelaire.
    Etait-il athée ? Ou agnostique ? Ou alors anticlérical ?
    Pouvez-vous m'aidez ?
    Merci
  • JehanJehan Modérateur
    Relis les messages précédents de cette discussion, ils t'apporteront quelques renseignements...
  • Cela ne m'aide pas trop, ils ne répondent pas a la question...
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    As-tu bien lu ?
    Je te remets ma précédente réponse.
    Baudelaire n'est pas catholique (il ne croit pas au salut ni à la miséricorde), il a même versé dans le satanisme comme plusieurs artistes de son temps.
    C'est un révolté qui défie Dieu, veut le concurrencer. Le poète a pour vocation de recréer un monde mal fait.
    La religion est une affaire d'esthète, Baudelaire apprécie le decorum, les parfums capiteux de l'encens, des plaisirs rares et surannés.
    Mais il se voit comme d'autres romantiques maudit, expulsé du paradis. Dieu existe comme juge hautain, éloigné, impassible devant les souffrances des hommes.
    Pour Baudelaire la religion est synonyme de faute, de condamnation, de morale, de réprobation, de péché, il parle de sa "religion travestie". Pour lui, il n'y a pas de salut.
    Voilà ce qui paraît dans sa poésie, mais que se passe-t-il réellement dans son âme ? Il est certain que Baudelaire prend la pose du dandy, en rajoute dans sa haine des mesquineries bourgeoises bien-pensantes.
    Ce qui demeure est une angoisse bien réelle, une souffrance métaphysique, le "spleen" torturant, une insatisfaction profonde qui conduit le poète au mysticisme, à sacraliser l'Art.
  • super merci :)
  • Bonjour, J´ai beaucoup cherché un poème de Baudelaire, dans lequelle il décrit la vie dans un couvent de religieux, mais je n´ai pas encore trouvé. Est-ce que quelqu´un pourrait m´aider à le trouver? Un grand merci d'avance.

  • LaoshiLaoshi Membre

    Le mauvais moine

    Les cloîtres anciens sur leurs grandes murailles

    Etalaient en tableaux la sainte Vérité,

    Dont l'effet, réchauffant les pieuses entrailles,

    Tempérait la froideur de leur austérité.


    En ces temps où du Christ florissaient les semailles,

    Plus d'un illustre moine, aujourd'hui peu cité,

    Prenant pour atelier le champ des funérailles,

    Glorifiait la Mort avec simplicité.


    - Mon âme est un tombeau que, mauvais cénobite,

    Depuis l'éternité je parcours et j'habite ;

    Rien n'embellit les murs de ce cloître odieux.


    Ô moine fainéant ! quand saurai-je donc faire

    Du spectacle vivant de ma triste misère

    Le travail de mes mains et l'amour de mes yeux ?

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