Je vous laisse ces paragraphes :
"Au soir de sa vie, le vieil homme aimait s’installer là, face à la montagne, comme hypnotisé, perdu dans ses contemplations, silencieux et rêveur sous le ciel étoilé. Il ruminait quelques paroles de sagesse : tous les hommes sont mortels, rien ne vaut la vie... A son âge, il cultivait son jardin et l’art d’être grand-père. L’homme, qui rit maintenant de son avenir, s’abandonnait à ses souvenirs, les laissant dériver comme une bouteille à la mer. Voyageur sans bagages, il avait vécu de si belles aventures, tant géographiques que sentimentales. Il n’oubliait rien, il rêvait tout.

Le bocage normand de son enfance était si loin... Il y avait joué comme un bon petit diable, avec les paysans des fermes environnantes. Emile, Marcel, P’tit René, lui avaient appris à tailler les gommes pour alourdir les flèches de son arc, à attraper les mouches sans les écraser, à pêcher à la main dans le ru. Il sentait encore l’odeur des crêpes de Valentine qui l’attendait toujours à son retour. La vie était si douce en ce temps là !
Sitôt atteint l’âge de raison, il dut aller à l’école. C’était, pour le petit, chose obligatoire, avait dit sévèrement son père.
Et puis il grandit. La joie de vivre s’envola comme la mouette à l’approche de l’albatros . Finis les fou-rires, les promenades, l’insouciance. Plus aucun caprice n’était permis, même sa mère ne s’attendrissait plus devant ses larmes. Il avait bien fait des essais d’école buissonnière mais la punition avait été cuisante... Une vraie déclaration de guerre. Pourtant, c’est en apprenant à lire avec Monsieur Horace qu’il avait pris goût aux grands espaces et à l’aventure. Partir, il ne pensait plus qu’à cela...

Durant son voyage en orient, il en avait vu des paysages, des eaux profondes qui miroitaient au soleil, des montagnes sombres ridées comme peau de chagrin, des déserts immenses où pouvaient s’épanouir, comme par miracle, de belles fleurs de cactus . Le rouge et le noir intenses formaient comme des taches sur le sable, puis s’évanouissaient dans le lointain
Mirages … La chaleur imprégnait encore ses souvenirs....

Candide, il revoyait le noir jais des yeux de Fatima, le roux flamboyant des cheveux d’Aurélia qui ondulaient sur des musiques orientales envoûtantes : la danse des sept voiles, la danse du ventre, ou la danse de Salomé. En Palestine il avait pu gravir le Mont des Oliviers, s’abandonner à ses méditations dans la grotte de Bethléem. Ses pas l’avaient conduit jusqu’aux rives du Gange, aux Indes, noires de pèlerins déguenillés. Il avait aussi savouré les nuits africaines, ses mystères, ses parfums, ses danses au son des tambours qui résonnent dans le cœur, la chasse au lion, la terre rouge et l’arbre des palabres.

Les visions fugitives du passé continuaient à le hanter. Des détails lui revenaient en mémoire, comment avec patience il avait rafistolé sa vieille valise cabossée avec du chatterton. Après le dernier voyage en Amérique, elle était restée définitivement sur le haut de l’armoire.
Il avait alors fait d’autres voyages, il avait goûté aux paradis artificiels et vécu une saison en enfer. La prison, ce mur de silence, avait été son médecin, malgré lui, et il avait retrouvé une paix intérieure.


A sa sortie, il était déjà presque un vieil homme. Et la mer fut sa redoutable maîtresse, douce, imprévisible, exigeante à la fois. Une véritable Lucrèce Borgia. Pourtant, de la mer il avait été un travailleur exemplaire, de la sueur avait coulé sur son front, de la peine il s’en était donné. En 93, quelle année terrible, il avait été mêlé pour elle à un crime en Italie, et les remords étaient maintenant ses châtiments. Pour soulager sa conscience, il entrait parfois dans une église, recherchait un coin sombre, près de l’autel de Notre-Dame, et brûlait un cierge. La prière n’était pas son fort, alors il balbutiait le Pater Noster de son enfance. Il s’en sentait plus léger, comme les feuilles d’automne qui un temps virevoltent, décrivent une jolie arabesque, puis malheureusement se ramassent à la pelle, et finissent en petit tas dans le caniveau.
Joie …Tristesse …Amours … Nostalgie ...
Maintenant, dans la maison du berger perdue dans les alpages, en faisant du feu dans la cheminée, il le savait... Il n’irait jamais à Paris."
21 novembre 1898
En fait, je ne sais pas si chaque paragraphe correspond à une œuvre littéraire ou si le tout est un extrait d'une œuvre. Je pencherais pour la première solution. Des paragraphes ont peut-être le même auteur ?
Pouvez-vous m'aider à retrouver les auteurs (classiques) et leur œuvre (connue).
C'est juste une petite énigme entre ami(e)s mais comme je ne suis pas très douée dans ce genre d'exercice, j'appelle au secours !!!

Merci

Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Emeline,

    Ce texte est à l'évidence un patchwork intertextuel qui utilise des titres d'oeuvres pour assurer son propre énoncé.

    A titre d'exemple dans le premier paragraphe :
    Contemplations d'Hugo
    Cultiver son jardin : allusion à la fin de Candide de Voltaire
    Art d'être grand-père d'Hugo
    L'homme qui rit, roman d'Hugo
    Bouteille à la mer de Vigny
    Voyageur sans bagages d'Anouilh
    Et tu pourrais continuer avec la Mouette de Tchékov, l'Albatros de Baudelaire...

    Véritable oeuvre ou canular littéraire ? Je ne sais.
  • Ah ! OK merci.
    Donc dans le premier paragraphe il y a 6 titres d'oeuvre et ainsi de suite pour les autres paragraphes. Oui bien sûr c'est évident, maintenant que je relis. A moi de trouver les autres....
    (un bon petit diable, le petit chose....) pas mal fait en somme !
  • Bonjour,

    Mon souci maintenant c'est de "sortir" de ce texte tous les écrivains français du XIXème ainsi que le titre de leurs oeuvres.

    J'ai trouvé : Balzac (1 oeuvre)- Baudelaire (2) - Chateaubriand (?)- Daudet (1)- Hugo (5) -Sand (1)- Stendhal (1) -Comtesse de Ségur (1)- Lamartine (1)- Rimbaud (1)- Vigny (1)

    Mais j'en oublie très certainement.....
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Emeline,

    Quelques pistes supplémentaires bien que je ne sache pas si tu les as déjà identifiées :

    Voyage en Orient Flaubert et Nerval
    René Chateaubriand
    Aurélia Nerval
    Mont des Oliviers Vigny
    Chatterton Vigny
    Paradis artificiels Baudelaire
    Une (vieille) Maîtresse Barbey d'Aurevilly
    Lucrèce Borgia Hugo
    Travailleurs de la mer Hugo
    Quatre-vingt-treize Hugo
    Année terrible Hugo
    Châtiments Hugo
    Conscience Hugo
    Feuilles d'Automne Hugo
    Maison du berger Vigny

    Il pourrait y avoir des pièces parnassiennes…

    Jean-Luc
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Quelques trouvailles supplémentaires issues d'une deuxième lecture :

    Sagesse Verlaine
    Paysans Balzac
    Peau de chagrin Balzac
    Indes noires Jules Verne
    Voyage en Amérique Chateaubriand
  • J'ai bien sûr trouvé les principales, celles qui sautent aux yeux, par contre il m'en manquait pas mal notamment de Hugo, Nerval et Vigny. Merci d'avoir complété ma liste.
    Par contre, je me retrouve avec trois "voyage en Orient" : Flaubert, Lamartine et Nerval ! alors lequel choisir ?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Pourquoi choisir ?
    Le voyage en Orient était à la mode au XIXe siècle. Il n'est donc pas étonnant que plusieurs auteurs aient produit leur version.
    Tu pourrais ajouter l'Itinéraire de Paris à Jérusalem de Chateaubriand.
    Pense aussi à Byron, Delacroix...

    Bien entendu ces dernières références ne sont que pour la culture générale. :)
  • Pourquoi choisir ? parce que dans mon énigme, je doute que les trois "voyage en Orient soient pris en compte mais bon je verrai bien.....
    Je vais trier tout ça et classer par ordre alphabétique les auteurs avec leurs oeuvres.
    Merci de votre aide.
  • Coucou c'est encore moi :rolleyes:

    J'ai un doute avec "Monsieur Horace", le mettre avec Hugo ou un autre auteur, je ne sais pas.
    Et puis comme il y a "Aurélia" de Nerval et "Salomé" de Wilde, "Fatima" a peut-être eu le droit à une oeuvre elle aussi mais de qui ?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Emeline,

    Si ta consigne est d'identifier tous les écrivains français du XIXe siècle, alors Wilde est à la limite car il est irlandais même s'il est vrai qu'il a produit Salomé en français.
    Fatima n'évoque rien pour moi. En tant que fille du Prophète, elle n'a pas été un sujet pour la littérature française. Quant à la ville portugaise des apparitions, elle entre dans l'histoire au XXe siècle.
    Horace à ma connaissance n'est qu'une tragédie de Corneille donc appartenant au XVIIe siècle.
    Peut-être pourrais-tu ajouter la prière de Francis Jammes sans que je puisse t'assurer qu'elle ait été écrite avant 1900.
    De même il existe un poème de Musset qui s'appelle tristesse.
  • Zut, bien sûr Wilde est irlandais et ça n'arrange pas mes affaires ! c'est Salomé qui m'a trompée... donc pas de Fatima, c'est également ce que je pensais.
    Quant à monsieur Horace, je l'ai trouvé chez George Sand, le titre du livre est Horace (je ne connaissais pas).
    Encore merci
  • Bonsoir !
    Je me suis aussi bien amusée à ce petit jeu, et j'ai relevé à peu près les mêmes oeuvres que vous. A rajouter peut-être :
    Voyage en Amérique, Chateaubriand... ou Tocqueville, au choix !
    L'age de raison, Simone de Beauvoir
    Le medecin malgré lui, Moliere
    Desert, Le Clezio
    Les méditations, Lamartine (enfin ça ne doit pas être le titre exact...)
    Ceci dit, vous étiez partis sur des écrivains du XIXème, donc... à voir !
    Bon courage en tout cas, et bonne soirée !
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Emeline et Cassandra

    L'ouvrage de Lamartine est exactement "Méditations poétiques".
    Je ne connaissais pas non plus "Horace" de George Sand publié en 1841.
    Mais on apprend à tout âge, c'est le plaisir et le bénéfice de ces échanges sur internet.

    Merci donc à vous deux et bonne soirée !
  • Merci beaucoup pour la correction ! Et juste pour info, il y a aussi dans les Contemplations un poème intitulé "A propos d'Horace".
    Bonne nuit à tous les deux !
  • Bonsoir,

    Je viens de boucler cette énigme, j'ai pratiquement trouvé tous les titres (avec l'aide de Jean-Luc quand même). Le but de l'énigme était de classer alphabétiquement les auteurs et d'ajouter le nombre des ouvrages trouvés aux autres existants sur les étagères d'une bibliothèque.
    Au final les dates de naissance et de mort de deux personnages du texte devaient apparaître. J'ai trouvé celles de Chateaubriand et de Jules Verne et j'ai eu bon :)
    J'ai passé un très bon moment !

    Encore merci et bonne soirée
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