Baudelaire, Allégorie

Je dois faire un commentaire sur ce poème
C’est une femme belle et de riche encolure,
Qui laisse dans son vin traîner sa chevelure.
Les griffes de l’amour, les poisons du tripot,
Tout glisse et tout s’émousse au granit de sa peau.
Elle rit à la mort et nargue la Débauche,
Ces monstres dont la main, qui toujours gratte et fauche,
Dans ses jeux destructeurs a pourtant respecté
De ce corps ferme et droit la rude majesté.
Elle marche en déesse et repose en sultane ;
Elle a dans le plaisir la foi mahométane,
Et dans ses bras ouverts, que remplissent ses seins,
Elle appelle des yeux la race des humains.
Elle croit, elle sait, cette vierge inféconde
Et pourtant nécessaire à la marche du monde,
Que la beauté du corps est un sublime don
Qui de toute infamie arrache le pardon.
Elle ignore l’Enfer comme le Purgatoire,
Et quand l’heure viendra d’entrer dans la Nuit noire,
Elle regardera la face de la Mort,
Ainsi qu’un nouveau-né, - sans haine et sans remord.
J’ai déjà l’introduction et la problématique:
"Allégorie" est un poème de Charles Baudelaire.Il fut publié dans les Fleurs du mal en 1857 pour la première fois puis en 1861.Il fait parti de la section Fleurs du mal.
En quoi ce poème est-il un poème moderne ?

I. Un poème novateur
a. Sa forme
b. Son thème

II. Un poème provocateur

III. Néanmoins il respecte les règles de la poésie classique

Pouvez-vous m’aider s’il vous plait ?

Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour,

    Ce n'est pas une bonne idée de séparer le fond et la forme.
    En fait il faut que tu attribues un sens à ce poème en forme d'énigme.
    Je te propose un parcours de lecture possible :
    1 - le portrait d'une femme sensuelle
    2 - qui fréquente un monde immoral
    3 - l'âme du poète ou sa poésie ?
  • Pour la première partie ?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Je t'ai indiqué trois axes possibles.
  • Merci beaucoup
  • Bonjour,
    Je suis entrain de réaliser une anthologie poétique concernant les sept péchés capitaux. Je suis arrivé au péché de la luxure et j'étais entrain d'analysé le poème de Baudelaire Allégorie. Il me manque des explications pour bien saisir ce poème, j'ai compris que c'est le portait monolithique d'une prostituée et qui est fière de son corps. Cependant, je n'arrive pas à comprendre en détails cette oeuvre. Grâce à mes recherches, j'ai su que ce poète avait souvent des relations sexuelles et peut être qu'il envie cette "prostituée fictive " ?

    Voici le poème
    Allégorie

    C'est une femme belle et de riche encolure,
    Qui laisse dans son vin traîner sa chevelure.
    Les griffes de l'amour, les poisons du tripot,
    Tout glisse et tout s'émousse au granit de sa peau.
    Elle rit à la mort et nargue la Débauche,
    Ces monstres dont la main, qui toujours gratte et fauche,
    Dans ses jeux destructeurs a pourtant respecté
    De ce corps ferme et droit la rude majesté.
    Elle marche en déesse et repose en sultane ;
    Elle a dans le plaisir la foi mahométane,
    Et dans ses bras ouverts, que remplissent ses seins,
    Elle appelle des yeux la race des humains.
    Elle croit, elle sait, cette vierge inféconde
    Et pourtant nécessaire à la marche du monde,
    Que la beauté du corps est un sublime don
    Qui de toute infamie arrache le pardon.
    Elle ignore l'Enfer comme le Purgatoire,
    Et quand l'heure viendra d'entrer dans la Nuit noire,
    Elle regardera la face de la Mort,
    Ainsi qu'un nouveau-né, - sans haine et sans remord.


    J'espère que vous pourrez m'aider :)
  • Baudelaire ne l'envie pas, mais il la respecte. Oui, il fréquentait volontiers les prostituées et sa maîtresse Jeanne Duval en était pratiquement une. Disons qu'elle avait la cuisse légère...

    Pour en revenir au poème, elle assume pleinement ce qu'elle fait, "le plus vieux métier du monde", nécessaire aux hommes. Nul remords, nul péché. Courage. Fière de sa beauté, etc.

    Etudie bien le champ lexical à valeur méliorative.
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Il ne faut pas négliger le titre.
    Une allégorie est
    Wikipedia a écrit:
    une forme de représentation indirecte qui emploie une chose (une personne, un être animé ou inanimé, une action) comme signe d'une autre chose, cette dernière étant souvent une idée abstraite ou une notion morale difficile à représenter directement. Elle représente donc une idée abstraite par du concret. En littérature, l'allégorie est une figure rhétorique qui consiste à exprimer une idée en utilisant une histoire ou une représentation qui doit servir de support comparatif.
    Baudelaire utilise donc la peinture de la prostituée fière et majestueuse pour évoquer une autre notion.
    Laquelle ? La poésie ? Son âme ?
  • YvainYvain Membre
    Non seulement il ne faut pas négliger le titre, mais c'est même l'essentiel ! C'est d'ailleurs en cela que je ne prise pas beaucoup Baudelaire : ses procédés sont trop peu discrets, trop travaillés en quelque sorte ; une sorte de creuset où l'on verrait encore s'agiter les vils métaux qui vont constituer l'or...
    Mais il est vrai qu'il n'avait que 20 ans de moins qu'Hugo.
  • Merci à vous pour vos réponses !

    Jean-Luc merci pour votre éclaircissement. Baudelaire écrit le portait de cette prostituée pour peut être s'identifier à elle? Baudelaire serait un homme de luxure ?

    Fandixhuit, ce poème représente donc la grandeur de cette prostituée. Ce n'est donc pas un poème sur le péché de la luxure?
  • YvainYvain Membre
    Vous n'avez pas fait attention à ce que Jean-Luc vous a laissé entendre dans ses dernières lignes.
  • Arsenalfc a écrit:
    Merci à vous pour vos réponses !

    Fandixhuit, ce poème représente donc la grandeur de cette prostituée. Ce n'est donc pas un poème sur le péché de la luxure?

    Non, la luxure n'est pas un péché pour lui, pas ici en tout cas.

    Ceci dit, Baudelaire était très ambivalent, partagé entre son désir de "choquer le bourgeois" (avec ce poème par exemple) et un sens aigu du "mal", du "péché", etc.

    Dans le poème "Femmes damnées" (tu le trouveras sur le net), il dit dans la dernière strophe :

    "Vous que dans votre enfer mon âme a poursuivies,
    Pauvres sœurs, je vous aime autant que je vous plains,
    Pour vos mornes douleurs, vos soifs inassouvies,
    Et les urnes d'amour dont vos grands cœurs sont pleins."

    => Il se considère comme leur frère, s'identifie à elles.
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    En effet Baudelaire est un révolté qui s'accomplit dans la transgression.
    Son désir d'infini peut prendre des formes surprenantes.
    A noter aussi sa fraternité avec les vaincus.
  • Un grand merci ! J'ai saisi le poème grâce à vos réponses.

    Je suis également entrain d'étudier l'oeuvre de Baudelaire A une madone. D'après mes informations, le poète a écrit cette oeuvre lors du départ de son amante, Marie Daubrun, avec Banville.

    Pourriez-vous me donner plus d'éclaircissements sur ce poème, je ne comprends pas pourquoi c'est un poème qui parle de l'envie, de la jalousie..

  • A une Madone

    Ex-voto dans le goût espagnol

    Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse,
    Un autel souterrain au fond de ma détresse,
    Et creuser dans le coin le plus noir de mon coeur,
    Loin du désir mondain et du regard moqueur,
    Une niche, d'azur et d'or tout émaillée,
    Où tu te dresseras, Statue émerveillée.
    Avec mes Vers polis, treillis d'un pur métal
    Savamment constellé de rimes de cristal,
    Je ferai pour ta tête une énorme Couronne ;
    Et dans ma jalousie, ô mortelle Madone,
    Je saurai te tailler un Manteau, de façon
    Barbare, roide et lourd, et doublé de soupçon,
    Qui, comme une guérite, enfermera tes charmes ;
    Non de Perles brodé, mais de toutes mes Larmes !
    Ta Robe, ce sera mon Désir, frémissant,
    Onduleux, mon Désir qui monte et qui descend,
    Aux pointes se balance, aux vallons se repose,
    Et revêt d'un baiser tout ton corps blanc et rose.
    Je te ferai de mon Respect de beaux Souliers
    De satin, par tes pieds divins humiliés,
    Qui, les emprisonnant dans une molle étreinte,
    Comme un moule fidèle en garderont l'empreinte.
    Si je ne puis, malgré tout mon art diligent,
    Pour Marchepied tailler une Lune d'argent,
    Je mettrai le Serpent qui me mord les entrailles
    Sous tes talons, afin que tu foules et railles,
    Reine victorieuse et féconde en rachats,
    Ce monstre tout gonflé de haine et de crachats.
    Tu verras mes Pensers, rangés comme les Cierges
    Devant l'autel fleuri de la Reine des Vierges,
    Étoilant de reflets le plafond peint en bleu,
    Te regarder toujours avec des yeux de feu ;
    Et comme tout en moi te chérit et t'admire,
    Tout se fera Benjoin, Encens, Oliban, Myrrhe,
    Et sans cesse vers toi, sommet blanc et neigeux,
    En Vapeurs montera mon Esprit orageux.

    Enfin, pour compléter ton rôle de Marie,
    Et pour mêler l'amour avec la barbarie,
    Volupté noire ! des sept Péchés capitaux,
    Bourreau plein de remords, je ferai sept Couteaux
    Bien affilés, et, comme un jongleur insensible,
    Prenant le plus profond de ton amour pour cible,
    Je les planterai tous dans ton Coeur pantelant,
    Dans ton Coeur sanglotant, dans ton Coeur ruisselant !

    Ex-voto dans le goût espagnol

    Un tableau de madone composite.

    Une statuette sur laquelle le poète exerce sa vengeance.

    Mélange de souffrance subie et infligée.
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