Montaigne, Essais, III, chapitre 11 - Des boiteux

Bonjour !
Je dois commenter le texte suivant :
Il s'engendre beaucoup d'abus au monde ou, pour le dire plus hardiment, tous les abus du monde s'engendrent de ce qu'on nous apprend à craindre de faire profession de notre ignorance, et que nous sommes tenus d'accepter tout ce que nous ne pouvons réfuter. Nous parlons de toutes choses par précepte et résolution. Le style à Rome portait que cela même qu'un témoin déposait pour l'avoir vu de ses yeux, et ce qu'un juge ordonnait de sa plus certaine science, était conçu en cette façon de parler : Il me semble ». On me fait haïr les choses vraisemblables quand on me les plante pour infaillibles. J'aime ces mots, qui amollissent et modèrent la témérité de nos propositions : A l'aventure, Aucunement, Quelque, On dit, Je pense, et semblables. Et si j'eusse eu à dresser des enfants, je leur eusse tant mis en la bouche cette façon de répondre enquêteuse, non résolutive : « Qu'est-ce à dire ? Je ne l'entends pas. Il pourrait être. Est-il vrai ? » qu'ils eussent plutôt gardé la forme d'apprentis à soixante ans que de représenter les docteurs à dix ans, comme ils font. Qui veut guérir de l'ignorance, il faut la confesser. Iris est fille de Thaumantis. L'admiration [ndt, L'étonnement] est fondement de toute philosophie, l'inquisition [ndt, la recherche] le bout. Voire dea [ndt, Mais en vérité], il y a quelque ignorance forte et généreuse qui ne doit rien en honneur et en courage à la science, ignorance pour laquelle concevoir il n'y a pas moins de science que pour concevoir la science.
Je pensais à la problématique suivante : Si l'ignorance est la base et l'aboutissement de toute philosophie, a-t-elle une utilité, et sur quoi repose-t-elle?

Je voudrais votre avis, ainsi que , comme il me semble, dans le cas (infiniment probable ) où cette problématique ne serait pas tout a fait pertinente, vos propositions si possible .

Merci d'avance, je suis vraiment perdue, un peu d'aide ne serait pas de refus =)

Réponses

  • 1 - Vous n'avez aucune raison de croire que votre problématique n'est pas pertinente et je vous engage à la soutenir.
    2 - Je ne suis pas du tout de votre avis. Montaigne est un de mes vieux copains, et il lui est arrivé souvent de dire ce que je pensais, comme ici, et de le dire bien mieux que je n'aurais su faire.
    3 - Montaigne écrit en français et il est outrecuidant de le traduire (moins on comprend, plus on explique): l'admiration n'est pas l'étonnement et l'inquisition n'est pas la recherche.
    4 - Ce serait un contre sens que d'attribuer à Montaigne l'idée que l'ignorance serait la base et l'aboutissement de toute philosophie alors qui'l écrit que l'ignorance en est la base et l'inquisition le bout. La stupidité des notes prétendument explicatives vous a induite en erreur et vous avez eu tort de les substituer au texte clairement écrit en français en les y incorporant.
    5 - L'imbécilité des notes indique que celui qui les a mises éternue en lisant et ne veut pas comprendre ce qui est écrit. C'est presque une indication qui montre que l'essentiel est là. Pourquoi est-ce que l'ignorance conduit à l'inquisition ? Pourquoi est-ce que l'igrorance se transforme en mystère, le mystère en religion et la religion en inquisition ? Peut-être parce qu'on ne peut pas se résigner à ignorer. C'est pourquoi votre énoncé "la philosophie a-t-elle une utiité et sur quoi repose-t-elle ?" me parait très bien posé. Reste à savoir ce que vous allez répondre.
  • Oh je m'excuse, quelques rectifications s'imposent ...
    J'ai eu la stupidité de copier coller l'extrait qui m'interessait d'internet, voila donc ce que ca a donné ...

    La phrase exacte est " L'admiration est le fondement de toute philosophie, l'inquisition le progrès, l'ignorance le bout."

    Mais cela revient à une représentation cyclique (puisque l'étonnement, ou plutôt l'admiration, trouve son origine dans l'ignorance...), et donc certainement à l'idée qu'il nous faut vivre dans une perpétuelle inquisition .

    La philosophie étant une quête perpétuelle de la vérité, la recherche prend plus d'importance que le but, qui quoi qu'il en soit, ne sera jamais atteint, à savoir la détention absolue de la vérité.
    L'homme n'est il pas toujours en devenir ?
    Car enfin, nous disait Amin Maalouf, "L'enfer, c'est la solution." ...
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