Je vais au cinéma - Complément d'objet ou complément circonstanciel ?

Bonjour ! =D

J'espère ne pas me tromper de section, auquel cas, je vous prie de bien vouloir me pardonner.

J'en appelle aux linguistes et autres grammairiens, j'ai un énorme trou de mémoire sur de la terminologie.

Comment appelle-t-on les compléments essentiels des verbes comme venir, aller... qui n'appellent pas vraiment de complément d'objet ?

Quand on dit par exemple "Je vais au cinéma"
"Au cinéma" n'est pas vraiment un Complément d'Objet, pourtant il appartient bien à la valence et ne peut pas être décrit comme un complément circonstanciel du lieu. :/

Bref, quelqu'un pourrait il m'aider svp ? :)
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Réponses

  • JehanJehan Modérateur
    Bonjour.

    Traditionnellement, "au cinéma" répond bien à la question "où", et serait classé sans nul doute dans les CC de lieu. Mais comme il n'est ni déplaçable ni supprimable, on dirait - toujours dans l'optique traditionnelle - qu'il s'agit d'un CC de verbe plutôt qu'un CC de phrase.

    Selon la nouvelle terminologie, ce serait bien un COI, un complément essentiel et non circonstanciel.

    Donc, sémantiquement et traditionnellement : CC de lieu du verbe "vais".
    Sinon, "officiellement" : COI du verbe "vais".

    Mais tu auras sûrement d'autres avis...
  • MurielMuriel Membre
    Bonsoir,

    Oui, c'est toujours aussi dur de s'y habituer... =D

    Pour info, une discussion contenant les extraits de Riegel : Jouer avec : COI ?.
    Extrait du message d'Edy :
    [...]
    Je me propose d’étudier Riegel sur ce sujet. J’ai déjà relevé :

    1 C’est un COI dans « Cet enfant va À L’ÉCOLE » alors que c’est un CC dans « Cet enfant travaille bien À L’ÉCOLE ».
    [...]
    Muriel
  • Merci à vous deux =D

    Effectivement, c'était du côté de la nouvelle terminologie que je cherchais :P

    C'est donc un COI.
    Je pensais qu'il y avait un terme spécifique à ces compléments essentiels de la valence des verbes de mouvements :/
  • JehanJehan Modérateur
    On pourrait bien appeler ça un COI de lieu, non ?
    La vieille école fait de la résistance ! :P
  • MurielMuriel Membre
    Un complément de destination, ce serait chouette, non ? =D

    Je vis à Paris → CCL→ j'y vis ;

    Je vais à Paris → COI (mon CCD) → je m'y dirige.

    (Tous les droits de mon futur livre de grammaire sont réservés ! :lol:)
  • Muriel a écrit:
    Un complément de destination, ce serait chouette, non ? =D
    Je vis à Paris → CCL→ j'y vis ;
    Je vais à Paris → COI (mon CCD) → je m'y dirige.
    (Tous les droits de mon futur livre de grammaire sont réservés ! :lol:)
    Je vis à Paris > j'y vis. On a conservé le verbe vivre et remplacé à Paris par y adverbe de lieu. Très bien.

    Après Je vais à Paris, on attendait de la même façon j'y vais, qui me paraît correct. On a préféré changer de verbe, pourquoi pas.
    Mais se diriger n'a pas le sens d'aller et se construit, que je sache, avec vers et non à. Se diriger indique une orientation, non une destination : pour aller à Bordeaux en venant de La Rochelle, il faut se diriger vers Rochefort puis vers Saintes (et enfin Bordeaux, hein, quand même !) Il faudra donc créer aussi un complément d'orientation !

    Ma questions de locuteur lambda enc..... de mouches est :
    - est-ce que pour dire autrement que je vais à Paris, je m'y dirige est pertinent ?

    Élargissons la question : quand peut-on employer y (qui signifie selon le petit Robert dans ce lieu et non vers ce lieu) sans risque de contresens, et quand, à coup sûr, est-ce impossible (je pense que cela dépend du sens, compris très précisément, des verbes avec lesquels on entend l'employer, ou de ce que l'on veut effectivement signifier) ?

    Je cours à Paris > j'y cours. Tout à fait correct. Mais Je cours vers Paris > j'y cours? Selon moi, impossible.

    On peut tout aussi bien dire je vais à Paris ou je vais vers Paris, mais le sens n'est pas exactement le même et j'y vais peut seulement avoir la même signification que celle du premier cas.

    Je me dirige vers Paris est tout à fait correct. Mais je me dirige à Paris est sans contredit impossible. Alors, quid de je m'y dirige ?

    Avec mes excuses pour cette controverse peut-être vaine et stupide, et mes remerciements pour les éventuelles réponses.
  • Un épais brouillard continue à noyer la ligne de faîte des objets seconds et des circonstanciels obligatoires.
    Ou – solution maximaliste – on ne conserve que des objets seconds : habiter chez sa mère, aller/séjourner/vivre à Paris.
    (Wilmet)
  • Bonjour.

    J'espère très vivement que toute cette discussion est un troll (ou un poisson d'avril oublié dans le bas du frigo).

    Par quelle aberration conceptuelle "au cinéma" pourrait-il être autre chose qu'un complément de lieu?

    Le lieu ne se limite pas au lieu où l'on est (comme le savent bien les latinistes et hellénistes). Il y a également le lieu où l'on va, le lieu d'où l'on vient et le lieu par où l'on passe.

    Je suis à Paris.
    Je vais à Paris.
    Je viens de Paris.
    Je passe par Paris.

    Quatre types de compléments de lieu... Le COI n'a absolument rien à voir avec ça. Si?
  • Du point de vue du sens, bien sûr il s'agit de lieu.
    Mais en ce qui concerne la construction, on apprend en général aux enfants que
    – le COI est un complément essentiel introduit par une préposition " à " ou " de " ; comme le COD, il est difficile de le supprimer ou de le déplacer.
    – le CC est généralement introduit par une préposition, il peut être supprimé et déplacé ; il est désigné selon sa signification : CC de lieu, de temps...
    .

    Selon ces règles Paris serait donc un COI.

    Tous les grammairiens ne sont évidemmment pas d'accord... et les enseignants du primaire ont quelques soucis. Il y a eu plusieurs sujets à ce propos.
  • JehanJehan Modérateur
    Bonsoir

    Au point de vue purement sémantique, c'est bien un complément de lieu, nous sommes tous d'accord là-dessus.

    Plutôt que le sens (Après tout, avec ce critère, on pourrait qualifier également "Je regagne Paris" de complément de lieu ) la nomenclature récente préfère prendre en compte le fonctionnement desdits compléments.

    Alors que la vieille école distinguait les CC de verbe (impossibles à déplacer, comme celui-ci ) et les CC de phrase (supprimables et déplaçables en tête de phrase), la nouvelle nomenclature ne garde l'appellation "compléments circonstanciels" que pour les complément de phrase. Et elle nomme "compléments essentiels" les non-amovibles dépendant étroitement du verbe, comme celui-ci.

    Et quel que soit leur sens, s'ils fonctionnent ainsi, ils seront appelés COD s'ils sont construits directement, sans préposition (Je regagne Paris, je traverse Paris, j'habite Paris. ) et COI s'ils sont construits indirectement, avec préposition (Je reviens à Paris., je passe par Paris, j'habite à Paris.)

    Il y a donc ainsi, à l'occasion, des COI de lieu.

    Je conçois que c'est un peu déroutant.
    Comme dit Muriel, les habitués de la nomenclature classique, comme vous et moi, peuvent avoir du mal à s'y faire. Mais cela n'a rien d'un poisson d'avril en juin !
  • MurielMuriel Membre
    Bonsoir,

    Il y a les fiches de monsieur Bouillon (en général, je les aime bien), il dit ceci (et se garde bien de parler de COI) (le gras est de moi) :
    [...]
    4) Les autres compléments de verbe

    Il existe une frange de compléments qui sont intuitivement " sentis " comme circonstanciels, à cause de leur sens (lieu, temps, mesure), mais qui sont des compléments de verbe, non supprimables, non détachables, en liaison étroite avec le sens du verbe. Ce ne sont pourtant pas des compléments d'objet : quand ils sont directs, ils ne participent pas à la transformation passive, et n'entraînent pas l'accord du participe passé ; ils s'ajoutent aux compléments d'objet ; on peut leur substituer des adverbes, ou les chercher par un questionnement adverbial. Ce sont donc des fonctions adverbiales.

    On peut les appeler compléments essentiels de lieu, temps, mesure, etc. :

    Il va (se rend, demeure...) à Paris. / Il vient de Paris. / Il habite Paris. (où ?)

    Le cours d'histoire dure deux heures. (combien de temps ?)

    Il mesure un mètre soixante et pèse cent vingt kilos. (combien ?)

    Cet appareil coûte cent francs.

    J'ai revendu ce tableau deux millions à un amateur japonais. (COD 1er + c. ess. mesure + COI 2nd)
    [...]
    http://bbouillon.free.fr/univ/gram/Fichiers/plan-fct.htm
    Muriel
  • JehanJehan Modérateur
    Ce ne sont pourtant pas des compléments d'objet : quand ils sont directs, ils ne participent pas à la transformation passive..
    Pour les compléments essentiels de mesure ou de temps, d'accord.
    Mais pour le complément essentiel de lieu, la transformation est possible :

    Deux millions de personnes habitent Paris.

    Paris est habité par deux millions de personnes.
  • Je vais au cinéma et un complément circonstanciel essentiel de lieu,
    au même titre que : "le poulet pèse trois kilos", "j'habite Paris."et autres verbes appelant nécessairement un complément qui se distingue du complément d'objet.

    Mes références: Censier Chateau
  • Ce n'est pas ce que dit Riegel dans le paragraphe « Le complément circonstanciel dans les grammaires traditionnelles » :
    Aussi bien chaque fois qu’un constituant de la phrase joue l’un des rôles sémantiques qui constituent le catalogue des circonstances où ce s’effectue un procès verbal (lieu, temps, instruments, but, etc.) ce constituant se trouve-t-il ipso facto étiqueté complément circonstanciel. Du coup on s’interdit de distinguer entre le complément d’objet indirect du verbe aller dans Cet enfant va à l’école et le complément circonstanciel dans Cet enfant travaille bien à l’école sous le prétexte que les deux constituants jouent le rôle sémantique de lieu dans les deux phrases et qu’il répondent à la question où ? (…)
    Ce qui ne fait que confirmer que tous les grammairiens ne sont pas d’accord, et le désarroi des enseignants qui après avoir abandonné Sancier-Château pour Riegel, retrouvent une grammaire traditionnelle en classe !
  • C'est pourquoi je préfère m'en tenir à l'approche traditionnelle, sûrement imparfaite, mais cohérente et claire, que j'avais apprise en CM1 / CM2 (!) dans les années 70, et qui permettait l'analyse "grammaticale" et "logique" de la plupart des phrases au prix d'un effort d'apprentissage très raisonnable et avec un minimum de jargon. Depuis, j'ai vu trop de réformes imposées à la va-vite, et abandonnées cinq ans plus tard.
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