Fiches méthode Bac de français 2021

Bonjour à tous,

Durant les vacances j'ai un commentaire comparé à effectuer sur 2 poèmes de Charles Baudelaire : " l'invitation au voyage" tiré des Fleurs du Mal et " linvitation au voyage" tiré des Petits poèmes en prose.
Unique problème, je n'ai jamais fait de commentaire comparé et la classe n'a eu aucune explication à ce sujet..
Donc je fais un appel au peuple, si une quelconque personne serait succeptible de me retracer les grandes lignes brièvement ça m'enleverait une épigne du pied ;)

Je vous remercie par avance
Les Fleurs du mal

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés [?122?]
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde. [?123?]
— Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Petits Poèmes en prose

Il est un pays superbe, un pays de Cocagne, dit-on, que je rêve de visiter avec une vieille amie. Pays singulier, noyé dans les brumes de notre Nord, et qu’on pourrait appeler l’Orient de l’Occident, la Chine de l’Europe, tant la chaude et capricieuse fantaisie s’y est donné carrière, tant elle l’a patiemment et opiniâtrement illustré de ses savantes et délicates végétations.

Un vrai pays de Cocagne, où tout est beau, riche, tranquille, honnête ; où le luxe a plaisir à se mirer dans l’ordre ; où la vie est grasse et douce à respirer ; d’où le désordre, la turbulence et l’imprévu sont exclus ; où le bonheur est marié au silence ; où la cuisine elle-même est poétique, grasse et excitante à la fois ; où tout vous ressemble, mon cher ange.

Tu connais cette maladie fiévreuse qui s’empare de nous dans les froides misères, cette nostalgie du pays qu’on ignore, cette angoisse de la curiosité ? Il est une contrée qui te ressemble, où tout est beau, riche, tranquille et honnête, où la fantaisie a bâti et décoré

[?50?]une Chine occidentale, où la vie est douce à respirer, où le bonheur est marié au silence. C’est là qu’il faut aller vivre, c’est là qu’il faut aller mourir !

Oui, c’est là qu’il faut aller respirer, rêver et allonger les heures par l’infini des sensations. Un musicien a écrit l’Invitation à la valse ; quel est celui qui composera l’Invitation au voyage, qu’on puisse offrir à la femme aimée, à la sœur d’élection ?

Oui, c’est dans cette atmosphère qu’il ferait bon vivre, — là-bas, où les heures plus lentes contiennent plus de pensées, où les horloges sonnent le bonheur avec une plus profonde et plus significative solennité.

Sur des panneaux luisants, ou sur des cuirs dorés et d’une richesse sombre, vivent discrètement des peintures béates, calmes et profondes, comme les âmes des artistes qui les créèrent. Les soleils couchants, qui colorent si richement la salle à manger ou le salon, sont tamisés par de belles étoffes ou par ces hautes fenêtres ouvragées que le plomb divise en nombreux compartiments. Les meubles sont vastes, curieux, bizarres, armés de serrures et de secrets comme des âmes raffinées. Les miroirs, les métaux, les étoffes, l’orfévrerie et la faïence y jouent pour les yeux une symphonie muette et mystérieuse ; et de toutes choses, de tous les coins, des fissures des tiroirs et des plis des étoffes s’échappe un parfum singulier, un revenez-y de Sumatra, qui est comme l’âme de l’appartement.

Un vrai pays de Cocagne, te dis-je, où tout est riche, propre et luisant, comme une belle conscience, comme [?51?]une magnifique batterie de cuisine, comme une splendide orfévrerie, comme une bijouterie bariolée ! Les trésors du monde y affluent, comme dans la maison d’un homme laborieux et qui a bien mérité du monde entier. Pays singulier, supérieur aux autres, comme l’Art l’est à la Nature, où celle-ci est réformée par le rêve, où elle est corrigée, embellie, refondue.

Qu’ils cherchent, qu’ils cherchent encore, qu’ils reculent sans cesse les limites de leur bonheur, ces alchimistes de l’horticulture ! Qu’ils proposent des prix de soixante et de cent mille florins pour qui résoudra leurs ambitieux problèmes ! Moi, j’ai trouvé ma tulipe noire et mon dahlia bleu !

Fleur incomparable, tulipe retrouvée, allégorique dahlia, c’est là, n’est-ce pas, dans ce beau pays si calme et si rêveur, qu’il faudrait aller vivre et fleurir ? Ne serais-tu pas encadrée dans ton analogie, et ne pourrais-tu pas te mirer, pour parler comme les mystiques, dans ta propre correspondance ?

Des rêves ! toujours des rêves ! et plus l’âme est ambitieuse et délicate, plus les rêves l’éloignent du possible. Chaque homme porte en lui sa dose d’opium naturel, incessamment sécrétée et renouvelée, et, de la naissance à la mort, combien comptons-nous d’heures remplies par la jouissance positive, par l’action réussie et décidée ? Vivrons-nous jamais, passerons-nous jamais dans ce tableau qu’a peint mon esprit, ce tableau qui te ressemble ?

Ces trésors, ces meubles, ce luxe, cet ordre, ces [?52?]parfums, ces fleurs miraculeuses, c’est toi. C’est encore toi, ces grands fleuves et ces canaux tranquilles. Ces énormes navires qu’ils charrient, tout chargés de richesses, et d’où montent les chants monotones de la manœuvre, ce sont mes pensées qui dorment ou qui roulent sur ton sein. Tu les conduis doucement vers la mer qui est l’Infini, tout en réfléchissant les profondeurs du ciel dans la limpidité de ta belle âme ; — et quand, fatigués par la houle et gorgés des produits de l’Orient, ils rentrent au port natal, ce sont encore mes pensées enrichies qui reviennent de l’infini vers toi.

Réponses

  • ComateenComateen Modérateur
    Tu dois les comparer selon les thèmes et les questions qu'ils posent, en mettant en valeurs leurs ressemblances et divergences; mais ne fais surtout pas de plan dans lequel tu parlerais dans une partie d'un texte, et dans une autre du deuxième texte ;). Il faut à chaque fois les confronter.
  • merci Comateen ;)
  • AiikoAiiko Membre
    Voila je suis nouvelle sur le forum et moi aussi j'ai le même commentaire comparé a faire pour la rentrée sauf après plusieurs lectures de ces deux textes je n'arrive toujours pas à dégager des axes . Je bloque =( . Pourriez vous me donner des pistes pour approfondir un résonnement sur ces textes de Baudelaire s'il vous plais .
  • MileyMiley Membre
    Bonjour, j'ai vu en cours que La section Spleen et idéal parlait essentiement de Jeanne Duval, une femme métisse très sensuelle qui fut l'amante de Baudelaire. Cependant j'ai appris que le poeme L'inviation au voyage, pourtant dans cette rubrique était inspiré de Marie Dubrin. Comment cela est ce possible?
  • Baudelaire avait trois muses : Jeanne Duval, Marie Daubrun (Lorsque Baudelaire fait référence à des yeux verts dans ses poèmes, il est fort probable qu'il la désigne), et Apollonie Sabatier. Il est faux de penser qu'à chacune de ces femmes correspond une section des Fleurs du Mal. Dans la partie Spleen et Idéal, on peut trouver -entre autres- des poèmes inspirés des trois.
  • Bonjour a tous!

    Ces deux textes font partie des textes que j'ai du etudier cette annee pour l'oral du bac, dans la partie Reecritures.
    Auriez-vous des idees de problematiques qui pourraient tomber sur la comparaison de ces deux textes?
    Merci d'avance!
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour,

    Normalement à l'oral de l'EAF, tu n'es interrogée que sur un texte. Une comparaison avec le second ne pourrait avoir lieu que dans la deuxième partie de l'entretien si l'examinateur t'interroge sur l'intérêt des réécritures ou sur la nouveauté des Petits poèmes en prose, sur leur réussite...
  • C'est vraiment sûr?
    Parce que pour cet objet d'étude ( Les réécritures ) il n'y a aucun intérêt à nous interroger sur un seul texte ! D'autant plus qu'on les étudie tous les deux en même temps !
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