Un lapin est transporté attaché : "attaché", attribut du sujet ou complément du verbe ?

Bonjour,

Dans les phrases suivantes :
- un lapin est transporté attaché par un homme,
- un lapin est transporté mort dans un sac

Quelle est la fonction des mots "attaché" et "mort" ? Complément du verbe ou attribut du sujet ?

Merci !
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Réponses

  • Les deux sont des appositions à "lapin".
  • Ne pouvons-nous pas considérer que "attaché" et "mort" sont là pour apporter une précision sur les conditions dans lesquelles le lapin est transporté ? Auquel cas, la fonction de ces mots pourraient être de compléter le verbe.
  • Un adjectif ne peut être ni apposition ni complément circonstanciel.
    Je dirais donc épithète détachée.
  • Il me semble que le pluriel peut donner directement la réponse: ils sont transportés attachés.
  • Je vous remercie pour vos réponses.
  • JehanJehan Modérateur
    En fait, il ne s'agit pas d'une épithète détachée : il n'y a aucune virgule.
    Il s'agit d'un attribut du sujet. Le sujet est qualifié par l'intermédiaire d'un verbe qui n'est pas forcément un verbe d'état, comme le précise la grammaire Robert & Nathan.
    Exemples :
    "Il a été déclaré coupable."
    "Il est né riche."

    Autre exemple dans Riegel :
    "Paul est sorti furieux."

    Et donc aussi, me semble-t-il :
    "Un lapin est transporté attaché par un homme.'
    "Un lapin est transporté mort dans un sac."
  • Justement l'absence de virgule(s) me choquait, le lapin est-il attaché par un homme ou transporté par un homme ? Est-il mort dans un sac ou transporté dans un sac ?

    L'interprétation attribut du sujet signifierait que dans Un homme transporte un lapin attaché, attaché est attribut de l'objet et non épithète. On transporte un lapin mort dans un sac, mort aussi serait attribut de l'objet. Et donc que tout verbe transitif deviendrait attributif au passif...
  • JehanJehan Modérateur
    Je penche toujours, ici, pour attribut.


    Attribut.

    Un homme transporte le lapin attachéUn homme le transporte attaché.
    Attaché, attribut du COD...

    Le lapin est transporté attaché par un homme.
    Attaché, attribut du sujet du verbe passif.


    Epithète.
    Les mêmes transformations sont impossibles :
    L'homme transporte le lapin blancL'homme le transporte blanc.

    Le lapin est transporté blanc par un homme.


    Autre exemple, deux sens possibles pour une même phrase,
    selon la fonction du participe adjectivé "mort" :

    Epithète
    On rapporte le lapin mortLe lapin mort est rapporté.

    Attribut
    On rapporte le lapin mortLe lapin est rapporté mort.
  • Le test du remplacement par un pronom sert à distinguer une épithète liée d'un attribut, pas une épithète détachée.
    Mais surtout, ce qui manque dans cette interprétation d'attribut, c'est le rôle joué par le verbe dans la relation entre le sujet et l'attribut. Il n'y en a pas, puisque l'adjectif peut être supprimé.
  • Anne a raison.

    "Un lapin est transporté attaché" n'a rien à voir avec "il est déclaré coupable" mais se rapproche d'"il est né riche".
    Dans le premier cas, "coupable" est bien attribut du COD, car c'est la déclaration qui le désigne coupable.
    En revanche, dans "il est né riche", "riche" n'est certainement pas attribut, car la phrase ne veut pas dire que c'est la naissance qui l'a rendu riche, mais qu'il l'était en naissant, ou dès sa naissance.
    De même pour notre lapin.

    Il s'agit bien dans les deux cas d'épithètes détachées. J'ai employé le terme d'appositions plus haut, mais par une confusion dont je m'excuse.
    Notons que, dans "Un lapin est transporté attaché", l'épithète... détachée (elle!) a une certaine valeur circonstancielle (de manière).
  • Contrairement à Anne, l'absence de virgules ne me choque pas du tout. À l'oral, ce genre de phrases se ferait sans aucune rupture, aucune pose. Par ailleurs contrairement aux épithètes détachées traditionnelles, le déplacement est beaucoup plus malaisé. Et si on déplace l'adjectif "mort" par exemple, ce sera soit de manière à en faire une épithète liée, soit de manière à la détacher réellement, ce qui rend alors la virgule obligatoire.
    Néanmoins, analyser cela en terme d 'attribut me parait irrecevable, pour les raisons indiquées par Anne.
    Donc ce serait un genre bâtard d'épithète déliée sans détachement véritable. Il me parait fort possible en tout cas, que ce cas puisse constituer une catégorie autre.

    Je précise :
    un lapin est transporté mort dans un sac
    Il s'agit de préciser l'état du lapin quand il est transporté. L'adjectif a beau se rapporter au nom, il ne s'y rapporte ici que dans la mesure où il est sujet du verbe. Il y a un genre d'adhérence entre l'adjectif et le verbe, qui lui donne presque une fonction adverbiale.
    Dans une épithète détachée, l'adjectif donne une information supplémentaire : il ne s'agit pas de donner une qualité inhérente à ce que désigne le nom (comme pour une épithète liée). Mais il ne s'agit pas non plus de se rapporter à l'état du sujet, pendant la durée du procès indiqué par le verbe.
    Ex : honteuse, elle s'enfuit.
    "Honteuse" indique ici la cause de la fuite. C'est comme s'il y avait deux propositions.

    Pourtant on pourrait dire :
    Elle s'enfuit honteuse.

    Du coup, je vois s'effondrer l'idée que j'ai eu avant, que la pause marquée par une virgule était un critère. Juste après le verbe, une épithète détachée ne se détache pas. Et finalement, je crois que tout cela n'est que finasserie, et que oui probablement, c'est une épithète déliée.
  • Bonjour à tous,

    Il se pourrait que l'appellation « attribut périphérique » permette de mettre tout le monde d'accord.

    Lisez cette discussion : Différence entre un attribut du sujet (périphérique) et un complément adverbial.

    Édit : je redonne le lien du document : ici.

    Muriel
  • JehanJehan Modérateur
    D'accord avec Muriel : attribut périphérique.
    Je ne me souvenais plus de cette discussion.
    Dans le cas d'un tel attribut, la suppression de l'adjectif est possible.
    Mais on ne parlera sûrement pas d'épithète détachée, malgré la nuance circonstancielle : l'absence de virgule et le relatif manque de mobilité interdisent cette appellation.

    Riegel parle de verbes "occasionnellement attributifs" ou "à élargissement attributif".
    Ils se construisent avec un élément qui fonctionne comme l'attribut de leur sujet.
  • En lisant les exemples de Lucretius, j'ai pensé à une chose. L'introduction temporaire d' être au participe présent ou au gérondif permettrait, il me semble, de faire une distinction :
    Sur les exemples de Lucretius, cela donnerait :

    - Honteuse, elle s'enfuit → b]Étant[/b honteuse, elle s'enfuit → participe présent → épithète détachée.
    - Elle s'enfuit honteuse → Elle s'enfuit b]en étant[/b honteuse → gérondif → attribut périphérique.

    Cela "marche" aussi avec le lapin :
    - Attaché, un lapin est transporté par un homme → b]Étant[/b attaché, un lapin est transporté par un homme → participe présent → épithète détachée.
    - Un lapin est tranporté attaché par un homme → Un lapin est transporté b]en étant[/b attaché par un homme → gérondif → attribut périphérique.
  • Je trouve cela convaincant.
    Néanmoins, je me demande s'il existe aussi un attribut du COD périphérique.
    Ex : il l'a retrouvé mort dans un sac.
    On peut enlever l'adjectif.
    Il l'a retrouvé dans un sac.
    Contrairement à un attribut du COD traditionnel :
    je le trouve fade.
    On peut dire je le trouve, mais le sens du verbe s'en trouve totalement modifié.
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