Analyse grammaticale de la particule "de"

Bonjour à tous,

Je suis étudiante en première année de Lettres et je rencontre des difficultés à distinguer la particule "de" article partitif - article indéfini ou préposition.

Le seul élément que je parviens à comprendre reste la règle de Port Royal qui stipule qu'après une préposition "de" on ne peut employer d'article "de". Il y a donc une omission d'article.
Pour le reste qu'en est il?

Quelqu'un pourrait il m'expliquer brièvement les règles qui distinguent le "de" article partitif de l'indéfini ou bien encore de la préposition?

En vous souhaitant une bonne soirée,

Marie
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Réponses

  • Voici les exemples que j'utilisais pour ne pas confondre "de" forme réduite de l'article partitif en contexte négatif avec la forme réduite de l'article indéfini pluriel ni avec une préposition :

    Elle ne veut pas de couleurs dans ses tableaux
    positif = "elle veut de la couleur dans ses tableaux", donc forme réduite de l'article partitif

    J'achète de bonnes pommes sur le marché
    Inversion : "j'achète des pommes bonnes" donc forme réduite de l'article indéfini pluriel dans un registre soutenu devant un adjectif épithète antéposé.

    Dans ce pays, il n'y a pas de fleurs
    positif = "dans ce pays il y a des fleurs", donc forme réduite de l'article indéfini pluriel dans un contexte négatif.

    Une tasse de café (= une tasse de du café),
    La robe étaient décorées de roses (= de des roses = par des roses)

    par souci d'euphonie les articles indéfinis et partitifs peuvent être omis dans des tours où la préposition de apparaît, donc préposition.
  • Je vous remercie Anne,

    Ca commence à s'éclaircir, je vais approfondir encore la chose :)

    Bonne journée à tous
  • Bonjour.
    Je voudrais vous demander une petite question sur la préposition 'de'.
    Dans la phrase soulignée, qui est extraite de 'Les misérables', il y a trois 'de' marqués en gros.
    Tant qu’on va et vient dans le pays natal, on s’imagine que ces rues vous sont indifférentes, que ces fenêtres, ces toits et ces portes ne vous sont de rien, que ces murs vous sont étrangers, que ces arbres sont les premiers arbres venus, que ces maisons où l’on n’entre pas vous sont inutiles, que ces pavés où l’on marche sont des pierres. Plus tard, quand on n’y est plus, on s’aperçoit que ces rues vous sont chères, que ces toits, ces fenêtres et ces portes vous manquent, que ces murailles vous sont nécessaires, que ces arbres sont vos bien-aimés, que ces maisons où l’on n’entrait pas on y entrait tous les jours, et qu’on a laissé de ses entrailles, de son sang et de son cœur dans ces pavés. Tous ces lieux qu’on ne voit plus, qu’on ne reverra jamais peut-être, et dont on a gardé l’image, prennent un charme douloureux, vous reviennent avec la mélancolie d’une apparition, vous font la terre sainte visible, et sont, pour ainsi dire, la forme même de la France ; et on les aime et on les évoque tels qu’ils sont, tels qu’ils étaient, et l’on s’y obstine, et l’on n’y veut rien changer, car on tient à la figure de la patrie comme au visage de sa mère.

    Le verbe 'laisser' étant transitif direct (... à mon avis), ces trois 'de' me paraissent agrammaticaux.

    Veuillez m'éclairer s'il vous plait.
    Merci, d'avance.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Il faut comprendre, en sous-entendu :
    on a laissé (quelque chose ou un peu, une partie) de ses entrailles, (quelque chose ou un peu) de son sang et (quelque chose ou un peu) de son cœur dans ces pavés.
    C'est une formule bien grammaticale.
    Par exemple, si on me donne le choix entre deux sortes de pêches, je peux dire :
    Je me demande si je veux de ces pêches-ci ou de ces pêches-là ?

    Il y a une parenté (au moins historique) avec la formule : il mange de la confiture.
  • Plus qu'un parenté, puisque selon le Tlfi, il s'agit d'un article partitif devant un nom déterminé par un article défini, un adjectif démonstratif ou possessif.
  • C'était bien la préposition 'de' au sens partitif !
    J'ai cru que le 'de' partitif se combine toujours avec l’article défini.
    Maintenant, j'ai compris.
    Merci, millefois lamaneur, et Anne !!!
  • Pas la préposition, mais l'article partitif lui-même. On s'en rend mieux compte si on enlève le possessif :
    On a laissé des entrailles, du sang et du cœur dans ces pavés
    On peut ajouter de la chair pour retrouver toutes les formes.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    C'est pourquoi je parlais de possible parenté historique car certains voient dans cet article partitif un avatar de la préposition "de", ce qui se sent encore assez bien dans la première phrase étudiée.
  • Anne345 a écrit:
    Pas la préposition, mais l'article partitif lui-même.

    Le 'de' dans 'de ses entrailles, de son sang et de son cœur' n'est-il pas la préposition ?
    Je commence à me sentir de nouveau embrouillé...
    Alors, quelle serait son appellation exacte ? article ?

    Merci, encore.
  • Anne345 a écrit:
    Inversion : "j'achète des pommes bonnes" donc forme réduite de l'article indéfini pluriel dans un registre soutenu devant un adjectif épithète antéposé.

    Soutenu ? Vraiment ? Il me semblait que la forme non réduite était rare et extrêmement familière et populaire.
  • La phrase n'a plus guère de sens coupée reste du texte !
    Mais la question n'est pas là.
    J'avais simplement copié-collé mon cours de l'époque. C'est ce qui est effectivement dit dans la Grammaire du Français de Denis Sancier-Chateau dont s'inspirait fortement la prof, page 53 si vous voulez vérifier.
  • BillMBillM Membre
    Le 'de' dans 'de ses entrailles, de son sang et de son cœur' n'est-il pas la préposition ?

    Il semble que cela dépende du grammairien. Sur ce, Wagner et Pinchon ont écrit : « Le terme du partitif correspond à une valeur de sens de la préposition de, mains non à une forme particulière de l'article. »

    Grevisse (13e) n'en parle pas, mais il donne la règle usuelle : « On n'emploie pas simultanément deux déterminants appartenant à la catégorie de l'article, du possessif, du démonstratif, de l'interrogatif, de l'exlamatif et du relatif. » Si l'on classe le de partitif parmi les articles, il fait exception à cette règle.

    Peut-être que l'on doit le ranger parmi les prédéterminants, comme tout et quelques, mais je n'ai pas trouvé de grammairien qui l'ait fait.
  • JehanJehan Modérateur
    Pour sa part, avant un article, un possessif ou un démonstratif, Wilmet (Grammaire critique du français) ne considère pas ce de partitif comme une préposition, mais bien comme un article.

    Le Trésor de la Langue française également.
    DE, article partitif :
    A.− [Devant un nom concr. déterminé, au sing. ou au plur., par un art. déf., un adj. dém. ou poss.] Vous feriez mieux de nous donner de votre vin de Bordeaux (Balzac.)
    B.− [Devant un nom abstr. déterminé] Elle tâchait de donner à Lazare de son courage (Zola).
  • Enfin, je commence à discerner le 'de' préposition du 'de' article partitif qui est également préposé.
    Merci Jehan, et BillM.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Historiquement, il est clair pour tout le monde je crois que le "de" de l'article partitif est bien issu de la préposition "de". Qu'il conserve encore dans l'article partitif son rôle de préposition ou soit un simple outil grammatical ou prenne un autre nom, c'est plus une question de définition et de classification, mais ça ne change pas grand chose à sa nature. Ce qui complique le classement, c'est que sous le même terme d'article partitif, on englobe des situations assez différentes. Dans certaines phrases, la nature partitive de la préposition de est encore nette (c'est à mon avis le cas de votre phrase initiale), dans d'autres elle l'est moins et de se dilue dans un rôle flou de simple outil.
    Par exemple Wagner et Pinchon, déjà cités, montrent des exemples (§97) où le sens partitif de la préposition est encore très clair :
    Après les mots (verbes, nominaux) impliquant qu'on prélève certaine quantité d'une matière ou d'un objet quelconque, la préposition de prend une nuance partitive :
    Reprenez de ma soupe
    Reprenez de cette soupe
    Reprenez de la soupe

    [...].
    Ces exemples montrent :
    1. que du, de la, des sont à mettre sur le même plan que de mon, de ma, de mes, ou de ce, de cette, de ces. Le terme de partitif correspond à une valeur de sens de la préposition de, mais non à une forme particulière de l'article.
    2. que de est toujours à considérer comme une préposition dans les cas où l'on note l'alternance de/du, de la (je n'ai pas de pain ; j'ai du pain), ou l'alternance de/de mon, de ce (je ne mange pas de pain/ je ne mange pas de ce pain). Il s'agit dans ces cas d'une opposition déterminant/absence de déterminant. Le substantif employé avec déterminant correspond à la notion actualisée, le substantif seul évoque le concept.
    Ça rejoint ce que disait déjà Clédat dans sa Grammaire raisonnée de la langue française, §185 :
    185. La tendance analytique de la langue s'est encore manifestée par la création d'une tournure spéciale pour donner une indication superflue le plus souvent, — ce qui permettait aux Latins de s'en passer, — à savoir qu'il s'agit non de l'objet dans son ensemble, mais d'une partie indéterminée de l'objet (qui lui-même peut être plus ou moins déterminé). Cette tournure consiste dans l'intercalation de la préposition de, employée elliptiquement avec le sens de: « une certaine quantité de ». Exemples : « J'ai bu de la bière; j'ai mangé d'une volaille que vous aviez envoyée ».

    186. — On a l'habitude d'appeler « du, de la, des », dans cet emploi, articles partitifs, mais en réalité c'est la préposition de qui seule est partitive ; et elle peut se joindre aussi bien à l'article indéfini qu'à l'article défini.
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