Quelle traduction pour Dostoïevski ?

Bonsoir,

Ce forum a l'air vraiment très sympa et les discussions très enrichissantes ! Etant pleinement absorbé par la littérature depuis maintenant un peu plus d'un an, et bien je suis très content de trouver un forum comme celui-ci ! Ca manque...

Alors voilà, j'aurais aimé savoir quelle sont les traductions généralement recommandées pour les romans de Dostoïevski.

A ce jour, j'ai pioché dans la collection folio (je n'ai pas les noms des traducteurs en tête, désolé). J'ai lu "Crime et châtiment", "Le sous-sol", "Les nuits blanches" et "La femme d'un autre et le mari sous le lit". J'ai adoré, bien sûr. "Crime et châtiment" étant un de mes romans préférés mais je me suis aperçu dernièrement qu'il y avait des traductions plus récentes d'André Markowicz chez Actes Sud.
Et, dans la librairie où je vais dorénavant faire mes emplettes, c'est cette collection qui est largement mis en évidence...


Quelle traduction me conseilleriez-vous ?
Y en a-t-il une qui fasse l'unanimité ?
Si non, pourriez-vous me décrire brièvement les principales différences que avez pu relever ?

Et, question existentielle..., est-ce que ça vaut la peine que je relise "Crime et Châtiment" traduit par Markowicz (si cette traduction s'avère être la meilleure) ?
Bon, je pense que je le relirai un jour où l'autre de toute façon. C'est clair. Alors à ce moment là, j'opterai pour l'autre traduction. Mais disons que je ne m'intéresse à littérature que depuis peu, et vu la quantité de livres que j'ai hâte de découvrir...je ne pense pas le relire dans l'immédiat.

Merci pour vos réponses !

Réponses

  • Les traductions de Markowicz sont très agréables à lire. Mais je ne sais pas le russe.
  • J'aime beaucoup aussi la traduction de Markowicz;)
  • Markowicz sans hésiter !
    Eh oui, ce forum est une caverne d'Ali Baba !
  • Merci pour vos réponses !

    Le prochain sur ma liste : les frères Karamazov.
  • Werther a écrit:
    Merci pour vos réponses !

    Le prochain sur ma liste : les frères Karamazov.
    Pareil pour moi!

    En ce qui concerne la traduction de "Crime et châtiment", j'ai lu celle de Élisabeth Guertik de l'édition Livre de poche, qui a été agréable à lire.
    Mais j'ai bien l'impression que Markowicz est beaucoup apprécié, je n'ai pas encore lu de ses traductions, je le ferais bientôt !
  • Je vous conseille "Souvenirs de la maison des morts"...
    Ce n'est pas un roman puisque Dostoïevski y parle de son séjour au bagne, mais c'est absolument magnifique...
  • NENE Membre
    Je lis Notes d'un souterrain mais la traduction de Lily Denis me semble moyenne. Le style d'écriture de Dostoïevski, bien qu'ayant eu des problèmes d'écriture, ne me semblait pas si malhabile dans les frères Karamazov. J'ai vraiment du mal à m'imprégner dans le monologue...
  • Quelle traduction conseilleriez-vous pour les romans de Dostoievski, surtout Les Freres Karamazov?

    J'ai lu cette article-ci (et les commentaires) [lien invalide] et je me demandais si c'est Markowicz (Actes Sud) mais quelqu'un m'a dit que la meilleure c'est la traduction dans La Pleiade http://www.la-pleiade.fr/Catalogue/GALLIMARD/Bibliotheque-de-la-Pleiade/Les-Freres-Karamazov (il y a beaucoup d'exemplaires sur Abebooks pour moins que 20 euro, moins que les deux volumes d'Actes Sud.

    Merci en avance,
    Andrew
  • Comateen a écrit:
    Je vous conseille "Souvenirs de la maison des morts"...
    Ce n'est pas un roman puisque Dostoïevski y parle de son séjour au bagne, mais c'est absolument magnifique...
    La version originale est disponible en russe via la page Wiki. Ce texte est magnifique. C'est un peu l'archipel du Goulag - un siècle auparavant. A la question de notre ami, je me suis exercé à traduire le préambule du "carnet de la maison des morts", et c'est pour moi impossible, pas tant sur le plan linguistique, mais quant au choix des mots. Comment traduire au plus juste l'émotion et le ressenti de l'auteur ?
    В отдаленных краях Сибири, среди степей, гор или непроходимых лесов, попадаются изредка маленькие города, с одной, много с двумя тысячами жителей, деревянные, невзрачные, с двумя церквами — одной в городе, другой на кладбище, — города, похожие более на хорошее подмосковное село, чем на город (...) Люди живут простые, нелиберальные; порядки старые, крепкие, веками освященные.

    Dans les coins reculés de Sibérie, parmi les steppes, les montagnes ou bien les forêts profondes, se trouvent parfois de petites villes de bois, minables avec un, au mieux deux milliers d'habitants, deux églises - l'une dans la ville, l'autre au cimetière, des villes se rapprochant bien plus des bons villages des faubourgs moscovites que de la (véritable) ville (...) les gens vivent simplement, sans largesse d'esprit (non libéral) : les vieux décrets, solides, par les siècles consacrés.

    Il y a autant d'alternatives que de mots - et lequel choisir ? Je pense que le lecteur doit faire la part des choses : soit il recherche la littéralité au détriment de la qualité de lecture, tentant d'approcher la pensée, l'âme slave et l'écriture de l'époque, soit il opte pour une traduction moderne afin de parcourir le récit comme on marche le long d'un canal - la ballade du dimanche sans effort. C'est un choix. Mais ревенон анон мутон - objectivement, je doute qu'il puisse exister en français meilleure approche. Markowicz est un poète. Il sait toucher la fibre du lecteur sans verser dans le pathos. Je recommande aussi ++

    Pour ceux qui ont lu "le songe d'un homme ridicule" de Markowicz, j'encourage la comparaison avec cette traduction, laquelle tend vers un français consensuel, sans saveur - une lecture facile, mais qui ne parvient pas à rendre l'essence profonde du prime récit.
  • Bonjour, je suis tombée par hasard, dans mes recherches sur les traducteurs de Dostoieski sur ce Forum et votre question, et me suis inscrite!

    D'après mes recherches, le premier traducteur des auteurs russes est Charles Neyroud, un Suisse, en 1886, et j'ai lu des extraits des Souvenis de la Maison des Morts qui m'ont plu.

    J'ai ensuite lu des extraits de Crime et Châtiment par Pierre Pascal, qui fait partie de l'école française de traduction, et je n'ai pas aimé. Trop 'adapté' pour plaire au public francophone.

    Maintenant je lis l'Idiot traduit par André Markowicz (après 1982) et j'adore le style! Mais c'est parce que j'aime beaucoup la littérature française du XIXe siècle, et en lisant l'Idiot je retrouve les mots et les atmosphères de Stendhal; c'est peut-être pour cela.

    Ce traducteur, qui fait partie de l'école allemande de traduction, s'efforce de respecter la culture et l'esprit russes de l'époque, et c'est ce qui me plaît. Je finis les 1307 pages de l'Idiot avec regret!

    Vous savez peut-être déjà tout ça, c'est juste une opinion personnelle!


    PS. Idéalement, une traduction devrait se faire à l'époque de la parution d'un livre, ce serait merveilleux de revivre l'époque, en plus de la culture et de l'esprit!

  • Bonjour.

    J'ai en préparation un article consacré à Dostoïevski, qui comprendra comme à l'accoutumée sa biographie, sa bibliographie, quelques éléments critiques, et surtout l'historique des traductions françaises. Je pourrais mettre ici ce chapitre consacré à l'historique des traductions.

    Du point de vue totalement subjectif, les traductions que je préfère sont les classiques retenues pour la bibliothèque de La Pléiade, celles qui sont également disponibles en livre de poche chez Gallimard dans la collection Folio. Elles sont intermédiaires entre les traductions historiques du XIXe siècle, souvent fautives ou incomplètes et celles, plus modernes et peut-être plus accessibles à un jeune lecteur contemporain (quoique j'en doute un peu). Ce sont celles :

    • d'Henri Mongault, écrivain et traducteur connu pour ses traductions de Tolstoï, Dostoïevski, Gogol et Tourguéniev qui a reçu le prix de l’Académie Française pour son travail sur Anna Karénine en 1933,
    • de Sylvie Luneau qui a notamment traduit Gogol, Leskov, Saltykov-Chtchédrine, mais aussi Léon Chestov, Serge Aksakov ou encore Pavel Melnikov-Petcherski,
    • de Gustave Aucouturier, journaliste à l’AFP, qui a consacré toute sa retraite aux traductions de Gogol, Griboïedov, Pouchkine et Lermontov, ainsi qu’au Journaux et carnets de Tolstoï et qui a dirigé l’album Pléiade consacré à Dostoïevski, à qui Jacques Catteau a consacré une brève nécrologie élogieuse et dont le fils, Michel Aucouturier - qui a également travaillé pour La Pléiade -, était surtout connu pour ses travaux sur Boris Pasternak,
    • et enfin de Boris de Schlœzer, musicologue et écrivain, l’un des grands traducteurs de nos auteurs russes, Tolstoï, Dostoïevski, Tchekhov et Gogol en tête, mais également de l’écrivain et polémiste Vassili Rozanov ainsi que de l’écrivain et philosophe Léon Chestov, ces deux derniers moins connus du grand public français.

    On peut également citer Lucie Desormonts, Doussia Ergaz, Vladimir Pozner, Albert Mousset et Pierre Pascal qui ont œuvré à ces traductions françaises d'excellente facture.


  • Il serait intéressant de lire des exemples de traduction d'un même passage par ces traducteurs pour se rendre compte des différences.

    Quelle est la contrepartie, par exemple, d'une traduction plus accessible ? Le traducteur cherche-t-il à préserver la concision de l'original au prix d'approximations et en s'appuyant sur le contexte, ou les mots intraduisibles directement sont-ils exprimés par des phrases complexes mais néanmoins sans vocabulaire trop exotique ?

    La plupart des lecteurs ne connaissent qu'une seule traduction des oeuvres étrangères, et je n'ai jamais fait particulièrement attention au nom du traducteur avant de lire tes articles très intéressants.

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