Article devant nom propre dans le parler paysan

bonsoir,

dans le parler paysan on a souvent tendance à mettre un article devant un nom propre

ex: la René, la Germaine,

Mais savez-vous d'où cela vient et surtout si cela est un signe d'affection ou si cela n' a aucune valeur si ce n'est d'indiquer que le nom est identifié par le locuteur?

Réponses

  • L'article français vient du démonstratif latin "ille, illa, illud", qui a souvent une valeur laudative. Ille Cicero : le fameux Cicéron...
    Il me semble que l'article employé de cette manière est une survivance de cet emploi du démonstratif. Il est vrai que la notoriété restreinte au village peut prêter à sourire.
  • Bonjour.

    Dans certains villages où tout le monde s'appelait par le prénom tandis que plusieurs personnes portaient le même prénom, l'article défini placé devant celui-ci remplissait totalement sa fonction de "détermination d'une entité identifiable" et l'on disait, par exemple, "la Germaine au René" (Germaine, celle dont le mari s'appelle René), ou "le René du Praz" (René, celui qui habite près du lieudit le Praz). Mais ce n'est qu'un cas particulier qui ne peut suffire à expliquer l'emploi de l'article quand il n'y a plus qu'une personne de désignée (le René).
    Valeur laudative : je ne me permettrai(s) pas de contredire Lucretius. Mais peut-être voudra-t-il bien nous dire si, dans certains cas, ce ne pourrait être le contraire, comme par exemple dans "Je lui ai dit son fait, au René" au lieu de "J'ai dit à René ce que je pensais de lui" ?
  • Volapuk a écrit:
    Bonjour.

    Valeur laudative : je ne me permettrai(s) pas de contredire Lucretius. Mais peut-être voudra-t-il bien nous dire si, dans certains cas, ce ne pourrait être le contraire, comme par exemple dans "Je lui ai dit son fait, au René" au lieu de "J'ai dit à René ce que je pensais de lui" ?
    La valeur laudative est originelle, et je pense par suite, réversible. On peut mimer par moquerie ou dérision une certaine déférence. C'est pourquoi j'ai dit que la notoriété restreinte à un village pouvait prêter à sourire. Tout ce que je dis ne repose que sur une supposition, et je me base sur la valeur originelle de l'article, en comparant avec les survivances de cet emploi (Par ex on dit encore : La Calas); donc on peut parfaitement le contredire, surtout si on se base sur des informations plus précises.
    Je pense que la connotation légèrement péjorative "Je lui ai dit son fait, au René" , et qui n'est pas nécessairement témoignage de malveillance, est issue par antiphrase du "ille" laudatif.
    Dans le cas que tu indiques: "la Germaine au René", il s'agit d'une valeur cataphorique, normale pour l'article. Je ne vois pas de continuité ente l'emploi cataphorique, et l'emploi simple, dépourvu de complément du nom.
  • Lucretius a écrit:
    La valeur laudative est originelle, et je pense par suite, réversible. [...]Je pense que la connotation légèrement péjorative "Je lui ai dit son fait, au René" [...] est issue par antiphrase du "ille" laudatif.
    Dans le cas : "la Germaine au René", il s'agit d'une valeur cataphorique, normale pour l'article. Je ne vois pas de continuité ente l'emploi cataphorique, et l'emploi simple, dépourvu de complément du nom.
    Excellentes réponses à mes plus ou moins bonnes questions : j'ai trouvé le bon site !
    Un seul regret : que certaines de mes questions restent sans réponse ("sémantique")... Hors l'absence d'obligation, peut-il y avoir une autre explication ?
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