Fiches méthode Bac de français 2020

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Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour,

    Je crois que tu devrais parler dans II de l'abolition de la grille, des frontières.
    Il te faut expliciter l'implicite et justement l'allusion à la peinture devrait te mettre sur la voie : une définition de l'art, une beauté bizarre qui se révèle sous l'apprêt... L'enfant riche, l'art officiel et artificiel, rejoint la spontanéité et la force de l'art naturel, l'enfant pauvre... encore faut-il qu'il fasse l'effort de dépasser les limites de son environnement culturel...
  • Merci beaucoup pour toutes les indications apportées ! :)
    J'ai rendu mon commentaire, j'espère que j'aurai une bonne note
  • Qualifié de poète maudit, Charles Baudelaire (XIXème siècle) a mené une vie de bohème au cour de laquelle il a du remplir parfois d'autres fonctions que celle de poète pour subsister: journaliste, traducteur d'Edgar Poe, critique d'art... «Le joujou du pauvre» est le19ème poème en prose du recueil Le Spleen de Paris publié en 1869 et inspiré pour sa forme du travail d'Aloysuis Bertrand comme le revendique notre poète dans une lettre à A. Housaye. Dans l'extrait que nous allons étudier, deux enfants, un riche et un pauvre, séparés par une grille se rapprochent grâce au jouet du pauvre: un rat vivant. Comment à travers l'anecdote qui joue sur les symboles peut-on lire un message allégorique ? Tout d'abord nous analyserons la figure dominante de l'antithèse puis nous verrons comment à travers un regard neuf sur le monde le poète autorise un rapprochement entre deux sphères opposées.


    I- Deux mondes que tout oppose

    Dans son poème, Baudelaire oppose richesse et pauvreté à trois niveaux comme le signale la symétrie rigoureuse de la construction du texte: les lieux, les enfants, les jouets.

    A/ Les lieux

    La description du lieu de vie du premier petit garçon est aux lignes 1 et 2 tandis que celle du garçon pauvre tient uniquement en une seule ligne (l.9), soit une description plus riche pour le premier enfant. Ainsi Baudelaire oppose déjà richesse et pauvreté, où le milieu bas, sans importance est peu évoqué. En effet, dans le premier paragraphe le poète dépeint un espace clos et domestiqué «d'un joli château» qui s'oppose à un espace extérieur et sauvage de la route. Cette description est annoncée par des marqueurs spatiaux-temporels «Sur une route, derrière la grille»(l.1) et «De l'autre côté de la grille, sur la route»(l.9) formant un chiasme et traduisant une nouvelle opposition, un effet de miroir par un retournement de situation: on passe de l'enfant riche à l'enfant pauvre. Mais aussi par « A travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes» (l.13) insistant sur le clivage entre ces deux mondes. La grille joue donc le rôle du miroir déformant renvoyant non pas à une image exacte mais son inverse, les enfants sont ainsi prisonniers des rapports sociaux. Baudelaire, non seulement d'employer des termes mélioratifs pour décrire l'enfant riche, utilise un rythme ternaire en crescendo donnant un effet d'importance et de solennité. Le champs lexical de la beauté et du luxe du lieu accueillant : «vaste jardin» (l.1), «blancheur», «joli château»(l.2) s'oppose aux «chardons» et aux «orties» du second lieu, environnement hostile et bien moins attrayant.

    B/ Les enfants

    Les deux paragraphes concernant la description des enfants sont disproportionnés, celle de l'enfant riche est plus importante que celle de l'enfant pauvre (l.2 à5 – l.10 à 12) créant une impression de supériorité . De plus cette disposition en paragraphes crée un face à face entre les deux enfants. La grammaire quant à elle apporte un effet d'attente, on ne sait pas de suite que l'on va parler d’enfant, en effet, dans le premier paragraphe, le sujet est inversé et dans le second, le poète emploie un présentatif : « il y avait » (l.9). De nouveau la beauté de l'enfant riche «joli» (l.1), «beau et frais» (l.2) « coquetterie» (l.3) s'oppose aux termes péjoratifs désignant l'enfant pauvre «sale», «marmots-parias» (l.10), «souillon» (l.16). L'emploi du superlatif à la ligne 3 «si pleins de coquetterie» révèle une osmose entre le milieu et son personnage – valable aussi pour l'enfant pauvre-, tout chez l'enfant riche est porteur de noblesse et de beauté, la richesse est jusque dans les vêtements portés. Baudelaire accentue encore cette idée par un autre superlatif : «si jolis» (l.4) tandis que l'enfant pauvre semble malade « sale, chétif...» (l.10)

    C/ Les jouets

    La description du jouet du riche de la ligne 5 à 7 est principalement constituée d'une accumulation d'adjectifs «verni, doré, vêtu d'une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries» traduisant encore une fois la beauté de paire avec la richesse -restant cependant en surface- et de termes hyperboliques avec : «joujou splendide» (l.6) et «joujou préféré». Le premier enfant ne se soucie pas de son jouet complétement inanimé «A côté de lui» (l.5) -marqueur spatial-, «ne s'occupait pas» -négation- alors que l'enfant pauvre quant à lui l'«agitait» et le «secouait». La notion de mouvements, marquée par ces verbes, traduit l'intérêt porté au joujou par celui-ci. La personnification «aussi frais que son maître» est une antithèse à la notion de mort du jouet qui «gisait sur l'herbe» pour l'enfant riche devenant ainsi en quelque sorte son double inanimé. A l'opposé le rat, présenté après une longue attente dans le dernier paragraphe, connote la misère et la maladie mais malgré tout la vie avec une surprise à laquelle ne s'attend pas le lecteur: le jouet est «un rat vivant !»(l.16) provoquant de l'effroi.
    Contre toute attente, par son anecdote, le poète va permettre un rapprochement là où les clivages sociaux l'interdisent.



    II- Un rapprochement allégorique

    Le poète dépasse les préjugés sociaux et s'intéresse à une scène qui unit deux enfants en proposant un regard neuf sur le monde. Loin de n'offrir qu'une morale sur la société, Baudelaire propose ici une leçon d'esthétique.


    A/ Le fin du clivage entre les deux enfants

    La fin du clivage s'opère grâce au rat : les enfants ont le même attrait pour ce jouet vivant. L'intérêt de l'enfant riche vis à vis du rat est très important et crée un paradoxe souligné par «mais» car il délaisse complètement son joujou préféré (« à côté de lui », «gisait», « ne s'occupait pas » l.5-6-7) pour s'intéresser à celui de l'enfant pauvre. Baudelaire souligne ici le triomphe de la vie avec le « rat vivant ! »à la ligne 16 créant un effet de surprise due au suspens maintenu jusque là, en effet, le jouet n'est pas nommé dès le début, on a: «son propre joujou» l.14, «un objet rare et inconnu»l.15 qui attise la curiosité du lecteur puis enfin «ce joujou» à la linge16. Le rat vivant, bien que laid, l'emporte sur l'inerte comme on peut le constater par la série de verbes : «agaçait, agitait et secouait»(l.16). A la fin du texte les deux personnages se rapprochent et il y a une idée de réciprocité avec l'emploi de l'adverbe « fraternellement » (l.17), ainsi que le terme d'« égale blancheur» renvoyant aussi à la pureté, l'innocence et la candeur de l'enfance. Ces deux enfants de milieux sociaux complètement différents sont mis sur le même plan et on ne distingue plus « l'enfant pauvre » de « l'enfant riche » (l.14), mais on a : «les deux enfants» à la ligne 18 ainsi que «l'un à l'autre». Cette phrase, mise en valeur car étant un paragraphe à elle toute seule, souligne une fin heureuse que reprend l'idée d'union et de symétrie de «se riaient».


    B/ De l’anecdote à la morale

    Derrière cette anecdote se cache une véritable leçon. En effet, Baudelaire dépasse la description par une lecture allégorique illustrée par «ces barreaux symboliques séparant deux mondes»(l.13) avec d'un côté la société, et de l'autre les exclus. Cet effet de généralisation est repris par l'emploi de termes singuliers au début du texte comme « un enfant pauvre », «l'enfant riche» puis l'emploi de termes au pluriel avec « ces marmots-parias » (l.10), et «ces enfants là» (l.4). De plus l'espace dans lequel évolue cette histoire n'est pas situé précisément, on a « un joli château » à la ligne 2 et de nouveau l'emploi d'un déterminant indéfini pour «un enfant beau et frais» ne cantonnant pas cette anecdote à un lieu et à des personnages précis dans ce même but toujours de généralisation pour pouvoir en tirer une morale. Le poète prône l'égalité sociale et le fait que l'on puisse se contenter de peu, ici le rat vivant l'emporte sur le splendide jouet doré et inanimé. L'abondance matérielle n'assure ni la satisfaction ni le bonheur qui lui peut se retrouver dans la pauvreté et le dénuement.


    C/ Un jugement esthétique

    Dans son poème «Le joujou du pauvre», Baudelaire a un regard sans préjugés sociaux avec un « œil impartial » (l.10). L'artiste propose un regard neuf comme on le constate dans le texte avec une insistance sur la vision notamment dans le second paragraphe avec l' «œil impartial» et l' «œil du connaisseur»(l.11) mais aussi avec le «spectacle» (l.4) et l'emploi du verbe «examinait» à la ligne 15. Tout cela crée un analogie avec la « peinture idéale » (l.11) et ce regard esthétique s'oppose au regard social commun. L'évocation de la « pâte » à la ligne 5 peut faire penser à une matière plastique et rappelle ainsi le travail du peintre. Tout comme les enfants qui sont innocents, purs et non corrompus par les préjugés sociaux, le poète voit la beauté dans la laideur, s'intéresse à la marge et au bizarre : on s'émerveille devant le rat! L'on peut citer ici les propres paroles de Baudelaire : « Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or » illustrant le sujet.



    Les caractéristiques du poème en vers sont abandonnées au profit de l'abondance de symboles du poème en prose plus apte à décrire la vie moderne. Ici le poète associe volontairement les contraires : le monde de la richesse, du luxe et de la beauté s’opposant à celui de la pauvreté, de la misère et de la laideur. Cependant Baudelaire dépasse l'antithèse avec une leçon d'esthétique qui rompt les préjugés sociaux. En effet ces «barreaux symboliques» sont abolis par un rapprochement allégorique, et ces deux enfants issus de mondes opposés deviennent égaux. La beauté que le poète fait apparaître chez l'enfant pauvre grâce à son œil impartial, au dessus des préjugés, relève du même procédé que dans « Une charogne », poème versifié des Fleurs du Mal.


    Ceci est la correction du commentaire que j'ai complétée et rédigée -je m'excuse d'ailleurs pour les éventuelles fautes - et j'espère qu'il pourra aider quelques personnes ! :D

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