Poème : qu'en pensez-vous ?

Voici quelques textes que j'ai composés. J'ai toujours hésité avant que de ne les faire lire... Dites-moi donc, s'il-vous-plaît, ce que vous en pensez, en bien ou en mal, je suis à votre écoute.
J’ai le cœur qui claque tout contre les cotes
Et le bras qui me frappe la face timide
Il faut que je me lève et que j’aille avide
Accoster ce spectre qui m’attend à ses côtés

Le ciel est sombre La lumière trop brillante
Ma voix s’effondre et mes frissons s’enflent
J’ai la main qui ment et la joue rutilante
La chair triste sur sa propre chair s’épanche

Ma pensée est nue et mes habits sont blancs
J’ai le corps qui creuse le temps et l’âme
Ah l’âme ! qui prend l’espace vaste et grand
Pour un asile infini pour une fuite infâme

Un regard et je meurs Une voix et je tremble
Ma nuque est raide comme lointainement tirée
Je forme en moi-même entouré par les membres
Un trou noir effaré dans le silence atterré

Je me hais L’immobilité lentement m’assassine
Et je me noie dans le sang de ma solitude
Sans même hurler et mes lèvres crispées dessinent
Le sépulcre affreux devant lequel tout corps se dénude.
Accroupie, le dos lourd, les mains jointes
Vers le ciel, encothurnée d’une large pierraille,
La caryatide de la pensée soutient, sans craintes,
L’éternel ampleur du temple au fronton d’étoiles.

Les pieds serrés, tremblant de force, écrasent
Le stylobate abattu et fracassé ; et les jambes,
Galbant leurs soléaires soleils, imposent l’embrase-
-ment aux stupides colonnes s’avachissant des membres.

Incroyable forcenée déployant avec fougue ses
Immenses ailes des omoplates aux chevilles
Frêles, l’intense pilastre au visage d’ange s’é-
-lève au-dessus des ruines, impassibles broussailles,

Puis, brandissant, le regard fier, superbe et bom-
-bant le puissant plastron irien, sa haute oreille
Aux tympans percutants de gloire divine, elle bon-
-dit au sein des péristyles saillants, et, sereine,

La caryatide écoute le corps de la cathédrale s’écrouler.
Le corps silencieux déploie sa licencieuse corpulence
Contre les scintillances pétrées appose ses membres bleuis
Et pousse et pousse l’immense roc à briser ses lances
Jusqu’à la cime perdue d’un quelconque pic ébloui

Dans la taciturnité éternelle de l’instant tant inouï
Des milliers de mètres à braver et gravir de sa seule puissance !
L’homme s’évade et avale avec euphorie l’éther épanoui
De la cime ennuagée de l’Infini et surplombe l’Existence

Et soudain aveuglé par l’éclat subit d’une démente fontaine
De soleil l’Hercule évanoui rate son pas et traîne
Sous la pierre qui roule à raz la vélocité le long du sommet

Et qui l’écrase en un chaos de chair d’échos d’éclats d’accords
Et qui s’enfonce dans une forêt l’Hercule collé à son corps…
La Pensée est une pierre sans cesse poussée vers les Sommets.
J'en ai d'autres. Mais, d'abord, j'aimerais savoir si ces quelques vers valent le coup d'être lus.

Merci d'avance pour toutes les réponses ! :) :)
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Réponses

  • Oui ça vaut le coup ! Et j'ADORE ta façon de couper les mots pour les rimes. J'avais encore jamais vu ça ! J'essaierai de t'en dire un peu plus demain
  • Oui, ça vaut le coup, Godwin ! Il y a une telle musique dans tes vers... C'est vraiment frappant. ;)
  • Merci et mille mercis Léah et Mozart. Je ne pensais pas avoir un quelconque talent. J'écris, c'est tout. En tout cas, j'ai hâte, vraiment hâte d'entendre vos critiques !

    :)
  • Bonjour,
    Pour moi ce n'est pas de la poésie, c'est du collage; Raté en plus.
    C'est pour cela que la poésie ne représente rien aujourd'hui qu'un ramassis de ciels, de coeurs, de lumière, d'éther etc...
    Aucun investissement.
    La poésie est là où l'indice abandonné d'un mot exprime un sens dévastateur, en un mot c'est l'inconnu.
    Pas besoin de ces mots d'un autre siècle (et je parle pas du vingtième) pour creuser la matière, au contraire même, les
    mots du vrai mystère sont constamment devant nos yeux, tous les jours.
  • C'est au contraire la façon très contemporaine de couper les vers (clin d'œil à la bonne vieille rime) et les mots un tant soit peu recherchés, mais si beaux, qui font le charme de ces textes.
    Les mots du quotidien OK mais pourquoi renier les autres ?
    "l''indice abandonné d'un mot exprime un sens dévastateur," ça vaut pas plus cher ;-)
  • C'est faire fausse route que de rechercher à chaque moment l'emphase poétique, c'est très laid finalement. Et puis ces mots que les mauvais poètes se croient obligés d'utiliser à tour de bras : âme, infini, coeur, éther, etc (il y en a trop). Tout cela ne signifie plus rien, rien du tout. C'est absurde et ridicule. Supprimez tous ces mots là et vous ferez peut-être un vrai poème.
    Ce qui est beau c'est quand les mots de tous les jours réussissent à établir une tension presque icompréhensible. Une vérité imprévisible.
    C'est étrange comme les faux poètes croient dur comme fer aux mots et à leur folie, qui les écarte dangeureusement du vide.

    "Démuni, comme un oiseau sans bec au bord d'un champ." Eugène Guillevic
  • Oui OK sur les mots
    Mais laissez notre jeune ami faire ses gammes et voyez dans son poème La promesse de l'Aube
  • Comment pourrais-je l'en empêcher ?!

    Godwin, je ne veux pas vous agresser. Pensez à ce que j'ai dit plus haut. Ne faîtes pas de gammes, banissez tous les mots qui font poème, laissez-vous en prise avec votre réalité, rester longtemps devant la page blanche, mordez dedans.
  • Bonsoir à tous,

    Quant à moi, je ne pense pas que la poésie, et notamment celle de notre Godwin, ne soit strictement une affaire de mots. Les mots seuls ne font pas la poésie. Et si untel veut utiliser tels mots, c'est son droit, et peut-être même le ressent-il comme un devoir. Vous savez, la poésie, c'est aussi la musique des mots. La musique qui résonne lorsque l'on lit le texte à voix haute. Mais également la musique, implicite, des mots avec les mots, des oppositions, des chocs de deux mots mis ensemble.

    Enfin, écoutez donc cela :
    Un regard et je meurs Une voix et je tremble
    Ma nuque est raide comme lointainement tirée
    Je forme en moi-même entouré par les membres
    Un trou noir effaré dans le silence atterré
    Et je m'excuse, Alain, mais dans ce quatrain, ce sont les mots du quotidien qui sont employés (mis à part "atterré" peut-être...
    La caryatide écoute le corps de la cathédrale s’écrouler.
    Ici, l'allitération en [c] souligne la chute violente de la cathédrale, non ?
    Et qui l’écrase en un chaos de chair d’échos d’éclats d’accords
    Ici également d'ailleurs... :P
    Le corps silencieux déploie sa licencieuse corpulence
    Et là : corps répond à corpulence, et silencieux à licencieuse...
    De même que précédemment, atterré renvoyait à effaré, reprenant au dessus : regard...

    Moi, je pense que Alain ne comprend pas la musique, ce qui n'est pas grave... Mais dans ce cas, il ne faut pas critiquer les mots !
    « Les mots que j’emploie / Ce sont les mots de tous les jours, et ce ne sont point les mêmes. », Paul CLAUDEL. ;)
  • En,tièrement d'accord Mozart. D'ailleurs, si les mots de tous les jours à eux seuls faisaient la poésie, ça se saurait chez les poètes ! Si ceux qui "font poème" faisaient la poésie, on le saurait tout autant. Ça ne me gêne pas de voir une cariatide ou un tanagra à côté d'une HLM... et ça peut faire un poème si c'est écrit comme il faut, dans l'ordre, ou mieux dans le désordre
    Mais une phrase comme
    La Pensée est une pierre sans cesse poussée vers les Sommets malgré ses mots "de tous les jours" pour moi ça fait pas poésie. Alors que
    J’ai le cœur qui claque tout contre les cotes c'est déjà beaucoup mieux !
    Enfin, Godwin a lu Baudelaire et les Parnassiens; C'est une bonne influence...
  • Bonjour,
    Ce que je dis concernant les mots est un excellent principe pas une doctrine. Il faut s'exorciser soi-même du démon de la fausse poésie, éloigner de soi son charlatanisme, refuser la parure facile que ne manquent pas de nous jeter aux yeux ces affections d'un autre siècle. Mais tous les mots peuvent surgir tant que leur présence devient simplement nécessaire, en musique ou en sens.
    Moi, je pense que Alain ne comprend pas la musique
    Je suis musicien et sans musique on ne peut pas écrire.
    Un trou noir effaré dans le silence atterré
    Faut oser ! Moi je trouve cela vieux.
  • Ben donne-nous des exemples de djeun !
  • Nous revoilà dans notre bon vieux combat des anciens et des modernes !



    Toutefois je pense que la poésie est au-dessus de cette lutte... Pourquoi ? Parce que la poésie est avant tout subjectivité, individualité, sentiments. Et si Godwin préfère exprimer son être ainsi, avec des mots qui sonnent justes, et des vers, certes, qui ont une consonnance parfois lointaine (pour ceux qui ne connaissent de la poésie que celles du XIXème) ? C'est son droit. Je ne pense pas qu'il cherche à réinventer la poésie.

    Ce serait intéressant que nos fameux lecteurs réguliers nous donnent leur avis... N'est-ce pas Jean-Luc, Edy, Krystyna, etc ?

    ;) :D
  • Réinventer la Poésie... depuis Rimbaud, Mallarmé et Lautréamont c'est assez périlleux !
  • Rebonjour à tous ! Je ne sais comment répondre à vos réactions, sinon par des poèmes. Il faut savoir cependant, que tout mot, aussi "quotidien" soit-il, est lourd d'une histoire, d'une phonologie, d'une série de sens parfois inconnu(s), étymologiques, archaïques, ou néologiques : aucun mot n'est clairement "quotidien", et surtout dans la poésie, car, dans le cadre du vers, de la prose poétique, ils ne sont plus DU TOUT utilitaire, ils sont NOUVEAUX, sans cesse changeants, et pour chacun DIFFERENTS.
    Tel était mon amie. Jamais plus je ne vis
    Son visage rieur et ses yeux de remords ;
    Elle s'était évanouie, sans âme sans avis,
    Et j'ignore, à regrets, où sa chair en démords.

    Et seul, vague somnambule à l'aile ravie,
    Maintenant j'erre, et nu, murmure matamore,
    Je traîne creusement l'âme, plaine de vie,
    Pâle, bien que cruelle, et je me remémore :

    Les rires, ces éclats fantômes de l'Envie,
    Les impatientes joies qui jaillissent des vi-
    - Sages furieux contre ce Temps qui nous mord,

    Et, ce regard tragique, brave archet de la Vie,
    Qu'elle me susurre alors que je la convie
    A vivre, à saisir la faulx qui la frappe à mort.
    HUMANITE
    Dans l'arche le déluge tonne
    La pensée frappe Noé
    Et la vague vorace résonne
    Dans les hublots diminués

    La vigne au coeur Noé chante
    Pendant que la chair lui tangue
    Et que la nuit feule et vente
    Et que l'âme va battant la langue

    L'ombre gémit le temps s'ennuie
    La pluie conspire dans les yeux
    Comme si chaque front à la vie
    Confrontait son désir silencieux

    Mais Noé les bras ouverts tourné
    Vers les Cieux sombre et content
    D'une lèvre pense "Liberté !"
    Et de l'autre verse un étang !...
    REND-COEUR
    Mes rives prochaines sont des lèvres grises
    D'infernales agitations de membres émus
    Je me jette dans ces bras d'affres brises
    Comme dans l'Oubli effroyable femme nue

    Je ne suis plus qu'une aile incertaine et perdue
    Voletant sur des eaux volages et surprises
    Se déchirant la poitrine sur un vide pendu
    Où ne battent plus que les secondes en crise

    L'océan me prête sa rose nuque pour naviguer
    Les vaines vagues palpitent sous ma rame aigüe
    J'erre et sous mon aile inquiète les femmes gaies
    Hurlent leurs seins dans leurs chevelures déçues

    Les mains crispées du désir incroyable de mourir
    Elles s'arrachent la chair sanglantes et terribles
    Et tout en se griffant les couinements de rire
    Des rouges élans de leurs morsures m'épient horribles

    Je vais et leur rage sublime supplie mon calme
    D'unir mon nom à leurs ombres malsaines et pâles
    L'abysse est sous mon pas L'abîme me tend sa lame
    Je vais mes lèvres à demi sur leurs rages égales

    Je me traverse et les hyènes ivres de charognes
    Se crèvent les yeux leurs ongles vomissant de furie
    Des lambeaux de regard des loques de hargnes
    Mains de feux Oeil de vide Coeur de folie

    Elles vont s'abîmant en eux-mêmes éparses et nues
    Nombrils creux grouillant de girons écrabouillés
    Et crient des crânes sans langues en râles crûs
    Comme si l'univers n'était plus qu'une mâchoire rouillée

    Les femmes ne sont que des cercles bruyants
    Le Temps coule la vie s'écoule et roule mon corps
    Sur l'étroite pente du déchirement des sangs
    Je pars d'autres pensées encore attendent encore...
    :)
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