Grammaire du français

L’on

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Réponses

  • Merci beaucoup et joyeux Noël.
  • dans la phrase suivante:

    "deux fichiers ne peuvent pas avoir le même nom dans le même dossier, et il faut faire attention à l'extension. Ce qui veut dire que l'on ne va presque jamais garder le nom de départ du fichier, car deux visiteurs différents pourraient avoir un fichier du même nom".

    pourquoi il y a le " l ' " devant "on", est ce qu'il y a une règle ou une base pour son utilisation?
  • Il n'y a pas d'obligation.

    On emploie que l'on par souci d'élégance, parfois pour éviter de faire entendre qu'on,
    qui se prononce comme le mot familier et parfois grossier con !

    Par exemple, "dès qu'on t'ouvre la porte" se prononce comme "des cons t'ouvrent la porte".
    Alors, on choisit parfois d'écrire : "dès que l'on t'ouvre la porte".

    Même chose avec "ce qu'on comprend"
    qui s'entend comme "ce con comprend".
    Et puis, "qu'on-com" ne sonne pas très bien...
    Alors, on choisit d'écrire plutôt "ce que l'on comprend".

    Mais encore une fois, rien d'obligatoire !
    Je dois l'avouer: Jerry. :lol:
    La grammaire est un jeu :)
  • JehanJehan Modérateur
    diana*maya a écrit :
    pourquoi il y a le " l ' " devant "on", est ce qu'il y a une règle ou une base pour son utilisation?

    Il te suffit de lire les messages de cette discussion pour être renseignée.
    En particulier ce que j'avais écrit plus haut et qu'Oracion vient de rappeler à l'instant.
  • UrsusUrsus Membre
    Et puis, "qu'on-com" ne sonne pas très bien...

    Il y a un contre-accent, oui. De là à dire que ça ne sonne pas bien... Chacun ses goûts ! :D
  • JehanJehan Modérateur
    Le contre-accent ne me semble pas être une succession de syllabes identiques comme c'est le cas ici.
    CONTRE-ACCENT : Notion d'abord empruntée à Henri Morier, le contre-accent est " une suite immédiate de deux accents " très marquée en français parce que " la séquence progressive, linéaire, dans une langue à accent (final) de groupe, éloigne généralement les accents l'un de l'autre. " (CR, p. 254). On en distingue quatre figures principales :
    (Lien image invalide)

    Ici, c'est plutôt un kakemphaton, rapprochement malencontreux de syllabes créant un calembour involontaire :
    Ce qu'on comprend bien = Ce concon prend bien...
  • UrsusUrsus Membre
    C'est ici aussi une succession de deux consonnes identiques, ce qui engendre un contre-accent prosodique-prosodique. Selon Henri Morier le contre-accent est anarchique, violent, et Fernand Carton dans son Introduction à la phonétique du français affirme que le français tend à éviter la succession immédiate de deux accents. C'est à cela que j'ai pensé en lisant que ça ne sonnait pas très bien, mais bien sûr il y a aussi le calembours (merci pour le terme plus précis, cette fois je ne l'oublierai pas :D).

    Mais bon, j'avoue mes doutes de quant aux justifications de ce l'. Des hiatus, des calembours involontaires, des contre-accents, on en fait partout, pourquoi tant de précautions pour ce monosyllabe ? J'ai de plus en plus l'impression qu'il s'agit surtout d'un distinguo, qui dit, parfois bien fort : "je sais bien écrire".
  • BillMBillM Membre
    André Goosse a écrit un article sur Les emplois modernes de l'on; la plupart de ses pages sont visibles sur books.google.fr. Il a décrit des règles suggérées par les grammairiens, et donné nombre d'exemples où les écrivains ne se souciaient guère de ces règles. Malheuresement sa conclusion est parmi les pages cachées.

    Si quelqu'un voulait l'acheter, il y a une étude plus récente, en anglais, sur l'utilisation de l'on dans la langue parlée.
  • Bonjour,

    Je sais ce qu'on dit (ou ce que l'on dit) habituellement à propos de "on" et de "l'on", l'origine (supposée ou réelle) du "l" (l'homme), et la recommandation ordinaire des grammairiens, à savoir de l'utiliser pour éviter le hiatus ou la syllabe réputée malsonnante "kon".

    Mais voilà, je trouve cette règle ridicule. Pour le hiatus, passe encore, à la rigueur pour "kon kon", comme dans "un ouvrage que l'on consulte toujours avec intérêt", en revanche l'idée qu'il faudrait éviter absolument le son "kon" parce que celui-ci évoque le sexe de la femme et est donc malséant me semble grotesque (au passage ce n'est d'ailleurs plus le sens QU'ON donne à ce mot, ce qui signifie que cette règle n'est pas seulement pudibonde mais encore d'une pudibonderie obsolète).

    Ne faudrait-il pas également éviter le son "ku" dans des verbes comme accumuler, par exemple ? Franchement, c'est ridicule, qui songe à de tels rapprochements ?

    Or donc, si je continue à utiliser "l'on" selon les recommandations lorsque je prête ma plume à quelqu'un d'autre, je suis fortement tenté, lorsque j'écris en mon nom, d'ignorer superbement cette "règle" et d'écrire "qu'on" comme le firent avant moi toute une quantité d'auteurs qui avaient d'autres préoccupations que de suivre les recommandations improbables de grammairiens effrayés par l'intempestif surgissement du con.

    Je poste ces réflexions plus ou moins intéressantes parce que je suis curieux de savoir si d'autres ont la même attitude ou seraient tentés de l'avoir en découvrant mes arguments massue à ce sujet. Merci. :)
  • JehanJehan Modérateur
    Tu as raison de mettre le mot "règle" entre guillemets, puisque justement ce n'en est pas une.
    Rien d'obligatoire dans l'utilisation de l'on.
    Chacun fait comme il lui plait, on l'utilise si l'on veut...
    Et pas forcément par pudibonderie exacerbée.
    Le cas doit même être plutôt rare.

    Et puis, c'est bien pratique parfois pour la rime et la fluidité du vers :

    Et m'esquivant des salons,
    Où l'on déblatère, où l'on
    Tient des propos byzantins,
    J'vais faire un tour au jardin.


    (G. BRASSENS)
  • Et pas forcément par pudibonderie exacerbée.
    Le cas doit même être plutôt rare.

    Pourtant c'est bien l'évitement du "con" qui est derrière cette recommandation...
    La syllabe "kon" n'est pas objectivement malsonnante, comme peut éventuellement l'être le hiatus, un peu délicat à prononcer, comme dans ton exemple avec "où on".
    Sinon je sais bien qu'on fait comme on veut, je me demande s'il y a des "résistants" comme moi ou pas. Et puis je peux bien l'avouer, je suis souvent tenté par "l'on" quand même, et donc je cherchais un soutien dans mon non-conformisme. :)
  • JehanJehan Modérateur
    Bien curieux, alors, de savoir pourquoi tu es tout de même "souvent tenté"... :P
  • Tu n'as peut-être pas encore eu l'occasion de lire ce qui précède, mais j'en suis, un peu. Mais de manière personnelle, car je ne vois pas bien pourquoi reprocher à quelqu'un sa façon de parler :) Ces explications de l'emploi du l' souffrent de trop de faiblesses : l'acharnement contre l'hiatus n'explique pas tous les emplois, et puis il y a ce que tu dis. Je lui sens plutôt – mais ça ne peut guère être plus qu'une forte impression – une valeur sociale, il permet de se distinguer. Après, comme le montre Jehan, il peut prendre une valeur particulière en contexte, comme dans ce poème où il étend, par ses échos, l'impersonnalité à l'ensemble de ce qui est décrit, quelque chose comme ça.
  • JehanJehan Modérateur
    L'emploi de l'on dans cet extrait ne me paraît pas motivé par le sens (qui serait le même avec un simple on) mais comme je l'ai dit par le son (rime suffisante, fluidité du vers).
  • Ma dernière phrase, veuillez m'en excuser, donne l'impression que j'ai voulu remplacer votre lecture par la mienne. J'aurais dû dire que je le lirais plutôt comme ça, parce que la fluidité, ça ne me parle pas à moi (et ça n'a rien d'évident), ni la position théorique qui consiste à séparer le son du sens. Question de point de vue, je ne voulais pas imposer le mien. Sinon, à moins d'entendre une contamination de sens par ces échos, je ne vois pas bien qui est impersonnel dans cette phrase à part le sujet. Je suis d'accord pour la rime suffisante, mais là encore, ce que je lis c'est surtout un renforcement du rapport entre salons et l'on, pas une plus-value esthétique. Voilà. :)
  • JehanJehan Modérateur
    L'un n'empêche pas l'autre, et les vers de Brassens sont émaillés de tels échos sonores subtilement signifiants. Il était également attentif à la diction, à ce que le vers "coule" bien, et une consonne liquide comme le l' peut parfois aider à cette fluidité. Donc, il a très bien pu faire d'une pierre deux coups : faire son, faire sens.

    Notons, pour réconcilier les points de vue antagonistes, que les deux formes sont conjointement employées, dans cet autre couplet du même auteur :

    Et dans les salons où l'on cause,
    Tant pis si on
    Fait le procès de ma morose
    Délectation.
  • Bonjour,

    Je n'ai rien lu de ce qui précède, pardon ! :)

    Perso, je mets "l" devant une voyelle pour éviter le hiatus. La langue française se doit d'être fluide et musicale.

    A+
  • JehanJehan Modérateur
    Dans le cas présent (on / l'on)... Tu veux plutôt dire après un mot terminé par une voyelle ?

    P.-S. Pour éviter "le hiatus", tu peux aussi écrire "l'hiatus",
    puisque le h de ce mot est, au choix, muet ou aspiré. ;)
  • Pardon ! Oui, bien sûr ! Après ! :D
  • Ursus a écrit:
    Tu n'as peut-être pas encore eu l'occasion de lire ce qui précède, mais j'en suis, un peu. Mais de manière personnelle, car je ne vois pas bien pourquoi reprocher à quelqu'un sa façon de parler :) Ces explications de l'emploi du l' souffrent de trop de faiblesses : l'acharnement contre l'hiatus n'explique pas tous les emplois, et puis il y a ce que tu dis. Je lui sens plutôt – mais ça ne peut guère être plus qu'une forte impression – une valeur sociale, il permet de se distinguer.

    Tout à fait. Et ce que j'ajoute, c'est un jugement de valeur négatif sur cette façon de se distinguer, que je trouve en réalité d'une niaiserie vulgaire, une sorte de pudibonderie bourgeoise ridicule.

    Imaginez que quelqu'un vous dise qu'il préfère, lorsque c'est possible, éviter le verbe "accumuler" et utiliser un synonyme, afin d'éviter le son "cu". Est-ce que vous diriez que cette personne est "élégante" (on a utilisé ce concept d'élégance plus haut dans la discussion pour justifier l'évitement de "con") ?
    Jehan a écrit:
    Bien curieux, alors, de savoir pourquoi tu es tout de même "souvent tenté"...

    Je crains que ceux qui me lisent pensent que je suis ignare et ne connais pas cette règle. :) C'est un problème que j'ai souvent rencontré dans mon maniement professionel de la langue française : je choisis parfois des options qui ne sont pas optimales simplement parce que je sais que je serai jugé par des gens qui jugeront plus favorablement l'option non optimale que l'option optimale.

    C'est un peu comme l'habillement. On a beau avoir une certaine idée de l'esthétique vestimentaire, on ne s'habille pas que pour soi et il faut faire avec la perception des autres...
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