Grammaire française Participe passé

Bonjour!
Je commence les exercices d'AF du Cned pour le capes, et j'ai un petit problème avec l'évolution *aucellum>oisel. Je l'ai pratiquement terminée, sauf que je ne comprends pas l'évolution de "au" en "oi"... Pour le reste, ce n'est pas tellement difficile, mais cette graphie me pose un problème... Je me trompe certainement, mais j'ai l'impression que graphiquement parlant il s'agit d'une semi-consonne [w], mais comment le prouver, et d'où cela vient-il?

Réponses

  • JehanJehan Modérateur
    Bonjour, Panno.

    N'étant pas spécialiste, je ne saurais te répondre avec précision.
    Mais voici ce que j'avais écrit sur ce forum à ce propos, dans une autre discussion:
    J'avoue ignorer pour quelles raisons précises a été choisie la graphie oi pour noter le son [wa]. Sans doute des spécialistes d'ancien français pourraient-ils nous le dire. Mais les sons originels qui ont abouti à cette séquence [wa] sont très variés : fidem→ foi , quietum → coi, vocem→ voix, nucem → noix, mensem → mois... Et aussi la diphtongue latine au : gaudia → joie, claustrum → cloître... Et aucellum → oiseau...
  • D'après la Phonétique historique du français de Pierret, le [au] > [o] au contact d'un yod devient "oi", et comme la palatalisation de [k] fournit un yod au moment de l'affrication, je me demande si ce n'est pas de cela qu'il s'agit... mais enfin, c'est un peu tiré par les cheveux, et je ne suis vraiment pas sûre de moi...
  • Le son oi [wa] est bien formé de la semi-consonne [w] (plus la voyelle a) ; j'ignore le pourquoi de cette graphie :)
  • JehanJehan Modérateur
    Panno parle d'un yod, mais la première prononciation de oi me semble en fait avoir été [w?]. L'apparition graphique du i reste décidément bien mystérieuse...
  • Le K peut donner un yod ; mais là il donne un Z (oisel a-t-il précédé oiseau ? c'est plus proche de la finale llum)
    Il me semble Panno que si le K avait dérivé en yod, on aurait un mot du genre noyau (c'est ce que j'ai trouvé de plus ressemblant à oiseau comportant un yod)
  • non, le [k] n'a pas dérivé en yod, simplement au moment de la dépalatalisation de l'affriquée, ce qui donne [dz], un yod de passage s'est glissé, [ydz] et a disparu au moment de la simplification de l'affriquée [z]... Mais je me dis qu'au moment où ce yod de passage a fait son apparition, il a peut-être influencé la formation [au]>[o], d'où la présence du "i".
    Je ne vois pas d'autres explications, et jai cherché dans tous les livres que j'ai à ma disposition... Je trouve que ce point précisément n'est pas très bien explicité...
  • Désolée je ne peux t'éclairer plus ; mes cours de phonétique sont trop lointains...
  • webmestrewebmestre Administrateur
    Bonsoir,

    Voici ce que j’ai trouvé sur Wikisource (chapitre 1) :
    Au
    [...] Au + c, au + consonne + yod aboutissent à la diphtongue oi.

    Ex. : aucellum (latin classique avicellum) > oisel ; *gaudiosum > joïous, joyeux.
    Rien de plus pour l’instant, à part pour gaudia > joie, dans le Précis de phonétique historique de N. Laborderie :
    dans gaudia i > y, dy > yy [...], la diphtongue latine au se simplifie en o ouvert au Ve siècle après la diphtongaison conditionnée par y, ce o ouvert + y > oi diphtongue de coalescence [...].

    (Page 114)
    Jehan, pour fidem > foi, mensem > mois et gaudia > joie, ce site devrait vous intéresser.
  • JehanJehan Modérateur
    Merci, Webmestre... Très intéressant, en effet ! :)
  • Ah merci!! Je me disais bien que j'étais sur la bonne voie! Merci beaucoup! Je vais pouvoir terminer cet exercice dès aujourd'hui!
  • Bonjour à tous!je n'explique toujours pas l apparition du s son (z).merci pour votre aide
  • Bonsoir!
    Cela vient de la sonorisation de la consone intervocalique
  • Bonjour
    j'ai quelques soucis pour expliquer l'évolution des voyelles dans les mots civitatem et virtutem pourriez vous m'éxpliquer? merci
  • Pour expliquer le mot plusieurs faits doivent être pris en considération:
    1- La diphtongue latine initiale [au] s'est réduite à un [o] ouvert vers la fin du Ve siècle (d'où la lettre O).
    2 - La graphie CE(llum) note un groupe [k]+[e], où [k] est en position intervocalique et suivi d'une voyelle palatale. Il s'est donc palatalisé à partir de la première moitié du IIIe siècle et a avancé son point d'articulation jusque vers la zone dentale, donnant d'abord naissance à un [t] palatalisé. Cette avance de la consonne se poursuivant, le [t] palatalisé est devenu un [t'] demi palatalisé. C'est alors qu'entre la semi palatale et la voyelle qui le précède apparait un yod vocalique "de transition" noté (d'où la graphie OI) qui va constituer avec le [o] initial une diphtongue de coalescence.
    A la fin du IIIe siècle, le [t'] semi palatal dégage en avant un son sifflant, constituant ainsi une affriquée [ts'].
    A la fin du IVe siècle, cette affriquée intervocalique se sonorise en [dz'] et se dépalatalise en [dz] à la fin du VIIe siècle, avant de se simplifier en [z] fin XIIe-début XIIIe. Ce son [z] est transcrit par la lettre S.
    3- Dans la diphtongue de coalescence [oi], le [o] ouvert s'est d'abord fermé en [o] fermé au contact de . La diphtongue [oi] évolue en [oe] puis [ue]...[we] puis [wa] comme la diphtongue issue de la diphtongaison spontanée de [e] fermé tonique libre. La graphie OI a été conservée.

    Ce qui explique l'orthographe OIS(el).

    Pour ce qui est de (ois)EL, on note que le [e] bref tonique latin a bien produit un [e] ouvert tonique au moment de la modification du système vocalique latin entre le Ier et le IIIe. Mais ce [e] tonique étant entravé par la géminée [ll] (les deux L), il ne s'est pas diphtongué et a ainsi donné le [e] ouvert que nous prononçons aujourd'hui.

    Les lecteurs un peu plus aguerris ont compris que la forme du mot s'explique aussi par:
    - la chute du [m] final dès le latin archaïque;
    - la fermeture du final en [o] fermé au Ve;
    - l'amuïssement de ce [o] vers le VIIe siècle.
    A cette époque, la géminée [ll] devenue finale après amuïssement du [o] s'est simplifiée en [l] (c'est le L final de OISEL).
    exlig a écrit:
    Bonjour
    j'ai quelques soucis pour expliquer l'évolution des voyelles dans les mots civitatem et virtutem pourriez vous m'éxpliquer? merci
    Très facile pour les trois voyelles de VIRTUTE(M):

    - le bref initial latin s'ouvre en un [e] fermé entre le Ier et le IIIe siècles, lors de la modification du système vocalique latin. Ce [e] initial fermé est entravé, donc il se conserve puis s'ouvre en [e] ouvert vers le XIIe siècle.

    - Le long tonique latin donne un (prononcer "OU") entre le Ier et le IIIe siècles. C'est au VIIIe siècle, sans doute, qu'il se labialise en [ü] (prononcer "U").

    - Le [e] final (puisque le [m] désinentiel n'est plus prononcé depuis le latin archaïque) s'est amuï tout a fait normalement au VIIe siècle.

    Très simple aussi pour les voyelles de CIVITATE(M):

    - Le premier long latin (CIV-), atone en position initiale, est une voyelle d'aperture extrême (en l'espèce, il s'agit de la plus fermée des palatales) qui a donc conservé son timbre.

    - Le deuxième (-VIT-) est une prétonique interne qui s'efface vers le IVe siècle. Sa disparition constitue un groupe de consonne [vt] où le [v] en position implosive s'amuït).

    - Le [a] est une voyelle tonique libre qui s'est donc spontanément diphtonguée en [ae] (VIe siècle). Cette diphtongue se réduit au VIe siècle à un [e] ouvert tonique, qui s'est fermé en [e] fermé vers XIe-XIIe siècles. Ce [e] fermé tonique étant en passé en position finale (voir explication ci-dessous), il a gardé son timbre fermé (à comparer avec MARE > MER, où le [e] fermé s'est ouvert en [e] ouvert vers XVIe-XVIIe siècle, sous l'influence du [r] final).

    - Le [e] final s'est amuï au VIIe siècle. Le [t] occlusive dentale sourde qui était d'abord intervocalique s'est sonorisé en occlusive dentale sonore [d] à la fin du IVe, puis il a continué à s'affaiblir en un "D constrictif" vers le VIe siècle. Lorsque le [e] final s'amuït, ce " D constrictif" sonore devient un "T constrictif", donc une sourde qui s'efface au IXe siècle.
    Dès lors, le [e] fermé tonique (voir plus haut) est resté fermé, puisqu'en position finale.

    La question portant sur le voyelles, je n'ai pas parlé de l'évolution de la consonne V, prononcée [w] en latin:en position intervocalique, elle produit d'abord un "B constrictif" (fin Ier-IIe siècles) qui se renforce en [v] dans la deuxième moitié du IIIe siècle. Ce [v] est devenu implosif en entrant en contact avec le [t], à la suite de l'amuïssement du prétonique interne: cette position faible a provoqué sa disparition.
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