Grammaire du français

Pluriel en -oux : pourquoi sont-ils sept ?

Bonjour...

A bien y réfléchir, quelque chose m'intrigue.

Des bijoux, des cailloux, des choux, des genoux, des hiboux, des joujoux, des poux...
La litanie des exceptions est bien connue.

Mais pourquoi précisément ces noms-là plutôt que d' autres noms en -ou?
Il me semble avoir lu jadis que ces sept exceptions avaient été officialisées sous le Second Empire...

Je ne parviens pas à trouver une logique et une cohérence là-dedans.
Serait-il possible qu'on ait pondu ça simplement pour embêter les écoliers ?
Si vous avez des explications et des avis là-dessus, merci d'avance de les partager...

Réponses

  • A mon avis c'était juste pour nous embêter un peu ;). Non je rigole, quoique...
    Comme partout il y a des exceptions (c'est la même problème pour les pluriel an -aux par exemple), et je n'ai aucune idée de la raison de leur existence ! Mais ce serait intéressant de savoir, bon sujet Jehan :).
  • JehanJehan Modérateur
    Bonjour, Titigoth.

    C'est vrai, il y a souvent des exceptions. Mais ici, c'est une exception à rebours, et c'est ça que je trouve intéressant... Tous les noms en -eau font leur pluriel en -x, sans exception. Pour les noms en au, al, eu, c'est le pluriel en -x qui est la règle, et le pluriel en -s l'exception.

    Mais pour les noms en -ou, c'est le contraire : c'est le -x l'exception !
  • “au Moyen Age, on écrivait un chol/des chous. Puis les scribes ont remplacé certaines finales -us par -x pour économiser du parchemin. Ils écrivaient chox au lieu de chous. Plus tard, on a remis un u à chox pour être conforme à la prononciation, car on disait ‘chou’, tout en gardant le x dont on avait oublié l’origine.”
    lortograf-nait-dans-les-chous

    Mais n'oubliez pas les Ripoux !
  • JehanJehan Modérateur
    Bonsoir, Anne.

    J'ai épluché votre lien encore une fois si intéressant... Mais je trouve que nous ne sommes pas beaucoup plus avancés. Personne en fait ne semble avoir d'explication rationnelle quant au choix de ces sept mots-là.

    Je connaissais déjà l'explication générale des pluriels en x, venus d'une abréviation de copiste pour la si commune finale -us (surtout avec les textes latins !). La présence d'un l vocalisé en u dans le radical, si elle explique le pluriel des noms en -eau (latin -ellus), et en -al (cheval, chevau→ chevaus → chevax → chevaux.) ne peut rendre compte de la totalité des 7 pluriels en X des noms en -ou.

    Certes, on a bien caulem → chol → chou
    genuculum → genouil → genou
    pediculum → pouil → pou

    On notera que "verrou" (veruculum → verouil ) a fait un court moment partie de notre club très select, mais qu'il en a été mystérieusement évincé par la suite. En revanche, col/cou licol/licou, fol/fou n'ont semble-t-il jamais eu l'honneur d'afficher un X au pluriel. Et même si ça a été le cas, pourquoi ne l'ont-ils pas gardé ?

    Pour "caillou", on a peut-être argué qu'il venait de "calculus", avec un joli l à la fin du radical. Or, il vient en fait de "caliavum".

    Quant aux trois autres...

    "bijou" serait un mot breton. Alors, pourquoi lui et pas "biniou" ?
    "hibou" serait une simple onomatopée. Alors, pourquoi lui et pas "coucou"?
    "joujou" est un redoublement enfantin. Alors, pourquoi lui et pas toutou, loulou, nounou ?

    Le mystère reste entier.

    Quant aux Ripoux... Avec la majuscule, c'est le titre du film de Zidi.
    Sans majuscule (voir le Robert) on a "des ripous" tout à fait honnêtes... Si j'ose dire ! :)
  • Il est assez étonnant de trouver le plur. en x dans des mots du XXe s. : un ripou [altération argotique de pourri], des ripoux ; des tripoux en concurrence avec des tripous [emprunté de l’auvergnat ; ne s’emploie qu’au plur.].
    (Grevisse)

    Et sur Google ripoux l'emporte largement...
  • Il y a six mois.
    en particulier
    Un gros travail de Gaetan solo : [lien invalide]
  • JehanJehan Modérateur
    Merci pour ces liens, JSC.

    Gaetan Solo a vraiment fait un très beau travail de compilation.
    Hélas, cela ne répond toujours pas à mon interrogation de départ.
    Pourquoi seulement ces sept noms en -ou (disons neuf avec ripoux et tripoux),
    et pas les autres, qui sont bien plus nombreux ? De fait, comme le X était
    à l'origine une abréviation pour us, ils auraient dû logiquement tous prendre un x au pluriel,
    comme tous les noms en -eau, par exemple.

    Gaetan Solo a eu la bonne idée d'illustrer son travail par cette poésie de Robert DESNOS
    (que je ne manquais pas d'ailleurs d'apprendre à mes élèves) :

    Ce sont les mères des hiboux
    Qui désiraient chercher les poux
    De leurs enfants, leurs petits choux
    En les tenant sur les genoux.

    Leurs yeux d'or valent des bijoux,
    Leur bec est dur comme cailloux,
    Ils sont doux comme des joujoux,
    Mais aux hiboux point de genoux !

    Votre histoire se passait où ?
    Chez les Zoulous ? Les Andalous ?
    Ou dans la cabane bambou ?
    À Moscou ? Ou à Tombouctou ?
    En Anjou ou dans le Poitou ?
    Au Pérou ou chez les Mandchous ?
    Hou ! Hou !
    Pas du tout, c'était chez les fous.


    Conclusion : tout ceci, effectivement, m'a bien l'air d'une histoire de fous ! :lol:
  • La Nouvelle grammaire française sur un plan très méthodique (1864, page 12) et l'Abrégé de la grammaire française (1854, page 10) de François Noel , Charles Pierre Chapsal n'en citent que 6 : bijou, caillou, chou, genou, hibou et pou.
    Aors que l'Errata du dictionnaire de l'Académie française de B Pautex, Académie française (1862, page 127) cite aussi joujou et précise
    "Autrefois verrou, genou, pou, prenaient tous trois une s au pluriel : verrouils, genouils, pouils ; nous avons encore verrouiller, s'agenouiller, pouilleux, épouiller. Il est à désirer que tous les trois se terminent pas une s, comme précédemment, en supprimant il. "
    .

    N'importe quoi ?
  • UNE s ! J'adore ! vive l'Académie
  • extrait de Wikipedia - l'avis de Nina Catach - à lire...

    La linguiste (et historienne de l’orthographe française) Nina Catach (1923-1997), avance les explications suivantes :
    « Pour les mots en -ou, comme clou(s) / pluriel clous, l’Académie donne le pluriel en s, sauf pour ceux qui finissaient anciennement par un l mouillé, comme pou / poux (ancien français pouil), genou / genoux, verrou / verroux (Acad. genouil, verrouil jusqu’en 1762, puis pluriel verrous). Pour chou(x), la présence ancienne du l final (1606 choul) a également favorisé le maintien du x final au pluriel (cf. ciel / cieux)[4]. »

    [...]

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Pluriel_des_noms_communs_fran%C3%A7ais_en_%C2%AB_ou_%C2%BB
    Nina Catach n’a pas été entendue puisque la réforme orthographique de 1990 n’a pas touché à bijoux, cailloux, choux, genoux, hiboux, joujoux, poux…
  • PortiaPortia Membre
    L'usage crée les habitudes et on ne rabote pas les habitudes sauf si elles sont d'une importance capitale. 7 mots isolés ne sont qu'une charmante fantaisie.
  • Il faut signaler que l'Académie française a condamné en 1908 les sept pluriels en OUX. Quelle audace pour une institution souvent considérée comme passablement sclérosée ! Mais elle n'a pas insisté... :rolleyes:
  • JehanJehan Modérateur
    Très étonnant... Je croyais pourtant qu'au début du XXe siècle elle avait freiné des quatre fers quant aux propositions de réforme orthographique de cette époque. Quelles sont tes sources ?
  • Une fois n'est pas coutume ! Voici deux références trouvées avec Google :
    http://www.teluq.ca/diverscite/naviRess/ortho/tableau.htm (colonne Observations)
    [lien invalide] (Le X final)

    Je suppose donc que cette information est exacte. Cela dit, je n'en ai pas trouvé trace sur le site de l'Académie française elle-même. Maintenant, il n'est peut-être pas bien référencé... :rolleyes:
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Je suppose au contraire que cette information est inexacte, comme beaucoup de choses qu'on trouve sur la Toile ou même dans les livres et qui n'ont pas été dûment vérifiées.
    Je pense plutôt qu'il s'agit d'une confusion entre les vœux émis par les diverses commissions de simplification de l'orthographe, très actives à cette période, vœux éventuellement partagés à titre individuel par certains Académiciens, mais certainement pas repris collégialement par l'Académie.
    Cf.
    https://www.persee.fr/doc/hel_0750-8069_2003_num_25_1_2113
    pour le côté historique.
    On peut lire sur Gallica le rapport de 1905 de la Commission chargée de préparer la simplification de l'orthographe et qui bien sûr préconise l'abandon des "x" pour les sept noms.
    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k69990n/f1.image.r=
    Enfin, en 1908, je trouve cet article du Temps, le 5 novembre, mais on voit que la question est loin d'être réglée :
    [liens invalides]
  • Félicitations à Lamaneur pour sa documentation ! Jusqu'à preuve du contraire, il semble bien en effet que ce soit un avis rendu en commission pour la suppression des sept pluriels en OUX, peut-être même une commission de l'Académie. Mais celle-ci ne se serait pas prononcée collégialement en faveur de cette suppression.

    Depuis 1835 (dernière grande réforme), l'attitude générale de l'Académie vis-à-vis des propositions de réforme orthographique peut se résumer ainsi :
    "Il est urgent de ne rien faire !" :rolleyes:
  • Ou encore : Il n'est pas vraiment urgent de faire quelque chose.
  • Je réponds ici au sujet : pourquoi les pluriels en OUX sont-ils au nombre de sept ?

    Tout simplement pour rappeler les sept jours de la semaine ou les sept nains de Blanche-Neige ! Et les sept noms précis ont bien sûr été tirés au sort.

    Vous voyez : notre orthographe est vraiment merveilleuse ! Il ne faut surtout pas la changer... :)
  • Vous voyez : notre orthographe est vraiment merveilleuse ! Il ne faut surtout pas la changer...
    Assurément. On risquerait de faire des fautes. :)
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