Fiches méthode Bac de français 2020

Peut-on dire que l'Invitation au voyage de Baudelaire (Fleurs du mal) est une ballade ?
L’Invitation au voyage

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
— Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
[list=*]
[*]Baudelaire, Les Fleurs du Mal, « L’Invitation au voyage »[/*]
[/list]
«134

Réponses

  • CaroCaro Membre
    Je crois qu'un poème à 28 vers c'est une Ballade.
  • Il faut un peu plus que 28 vers pour faire un balade... Une recherche te donnera tout ce qu'il faut savoir !
  • cactuscactus Membre
    Merci beaucoup à vous deux

    J'ai déjà fait une recherche : ballade = 3 strophes + 1 refrain d'1 ou 2 vers après chaque strophes + 1 strophe finale l'envoi

    Dans ce poème que voici, il y a des refrains c'est cela qui m'a fait penser que cela pouvait être une ballade. Mais je n'en suis pas sure.
    L'invitation au voyage

    1. Mon enfant, ma soeur,
    2. Songe à la douceur
    3. D'aller là-bas
    4. Vivre ensemble!
    5. Aimer à loisir,
    6. Aimer et mourir
    7. Au pays qui te ressemble!
    8. Les soleils mouillés
    9. De ces ciels brouillés
    10. Pour mon esprit ont les charmes
    11. Si mystérieux
    12. De tes traîtres yeux,
    13. Brillant à travers leurs larmes.

    14. Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
    15. Luxe, calme et volupté.

    16. Des meubles luisants,
    17. Polis par les ans,
    18. Décoreraient notre chambre;
    19. Les plus rares fleurs
    20. Mêlant leurs odeurs
    21. Aux vagues senteurs de l'ambre,
    22. Les riches plafonds,
    23. Les miroirs profonds,
    24. La splendeur orientale,
    25. Tout y parlerait
    26. A l'âme en secret
    27. Sa douce langue natale.

    28. Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
    29. Luxe, calme et volupté.

    30. Vois sur ces canaux
    31. Dormir ces vaisseaux
    32. Dont l'humeur est vagabonde;
    33. C'est pour assouvir
    34. Ton moindre désir
    35. Qu'ils viennent du bout du monde.
    36. Les soleils couchants
    37. Revêtent les champs,
    38. Les canaux, la ville entière,
    39. D'hyacinthe et d'or;
    40. Le monde s'endort
    41. Dans une chaude lumière.

    42. Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
    43. Luxe, calme et volupté.


    Charles BAUDELAIRE, Les Fleurs du mal,
    "Spleen et idéal", LIII
  • CaroCaro Membre
    Ok donc je m'étais trompé, je vais prendre ta définition cactus, merci.
  • Ballade ou balade?
  • cactuscactus Membre
    Je ne pense pas que tu te sois trompé j'ai trouvé une autre définition qui disait que la ballade contenait 28 vers et une autre qui disait que cela variait !
    La ballade est donc un vrai mystère !!!
  • cactuscactus Membre
    Ballade ! et non balade promenade !
  • La ballade est un poème à forme fixe qui répond à des règles strictes

    Petite ballade
    Quatre strophes :
    3 huitains et un envoi de 4 vers
    Le refrain doit terminer chaque strophe ; l'envoi est adressé à un prince ou un seigneur, voire même à Dieu
    Le tout sur trois rimes
    Le mètre est régulier : octosyllabes

    Grande ballade
    Quatre strophes
    3 dizains et un envoi de 5 vers
    Un refrain comme pour la petite ballade
    Le tout sur 4 rimes à disposition symétrique
    Le mètre est régulier : décasyllabes

    Le poème de Baudelaire ne répond pas à ces règles.
  • cactus a écrit:
    Ballade ! et non balade promenade !
    L'idée n'est pas si saugrenue!
    "Là-bas", "au pays", "langue natale", "les champs, les canaux, la ville entière".

    Et le "là" du refrain, c'est où exactement, à ton avis?
  • cactuscactus Membre
    Merci à tous c'est très gentil de m'avoir aidé !

    Non pas du tout saugrenue ton idée, elle est même très poétique ! Je pense que le "là" désigne le pays "imaginaire" dans lequel Baudelaire invite en quelque sorte sa bien-aimée !

    Encore Merci à tous !
  • "voyage" ~ Balade....
  • Lilo28Lilo28 Membre
    Bonjour,

    Je suis en train de faire la lecture analytique de L'Invitation au Voyage de Baudelaire et j'aimerais bien une aide pour les axes car je ne vois pas grand chose en dehors de la forme stricte.

    Et pour mon analyse textuelle, voilà ce que j'ai mis:

    - ballade, mais pas au sens strict du terme ( car sans envoi, mais avec un refrain, et l'inspiratrice est interpellée au début "mon enfant, ma soeur");
    - utilisation des 1ere et 2e personne du singulier, le poète s'adresse directement à la femme; l'adjectif possessif "notre" pour "notre chambre" fait penser à un couple;
    - la première strophe est au présent et à l'impératif, ce qui traduit l'invitation (impératif); l'énoncé est ancré au présent d'énonciation (présent);
    - la deuxième strophe est au conditionnel ce qui reflète le reve, le voyage imaginaire;
    - la dernière strophe est de nouveau à l'impératif et présent, mais la situation est toujours imaginaire, cela donne donc un caractère réel au reve, le poète est perdu dans son reve qu'il prend pour réalité;
    - chaque strophe est un douzain, suivi d'un distique (le refrain qui donne une musicalité au poème);
    - les douzains font alterner 2 pentasyllabes et un heptasyllabe;
    - le système de rimes des douzains est : deux vers, quatre vers en rimes embrassées, puis encore deux vers, et quatre vers de rimes embrassées.


    Voilà ce que j'ai tiré du texte. Mais je n'arrive pas à faire de véritable lien avec le sens et la portée du poème. De plus, je voulais m'assurer de la pertinence et de la véracité de mes remarques.
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Lilo,

    Voilà quelques notes personnelles qui pourraient t'aider :

    Introduction
    Ce poème est extrait de « Spleen et Idéal », première partie des Fleurs du mal de Baudelaire. Il est inspiré par Marie Daubrun, une actrice : l'amour est ici spirituel et non sensuel. Le voyage auquel le poète invite sa bien-aimée n'est qu'une promesse de voyage s'épanouissant dans le rêve. C'est une invitation à se rendre dans un lieu privilégié, un lieu d'élection idéal censé apporter un remède, un réconfort au poète aux prises avec le spleen. Il est représentatif de l'Idéal mais prend ses racines dans le Spleen. La quête de ce lieu passe par l'évocation de la femme aimée, Baudelaire s'adresse à celle qui en principe partage sa vision. Il s'agit d'une rêverie devant des tableaux de Vermeer, Ruysdael, en effet ce lieu pourrait être la Hollande, "Pays singulier noyé dans les brumes de notre Nord et qu'on pourrait appeler Chine de l'Europe" Petits Poèmes en Prose. C'est un moderne « embarquement pour Cythère » où il s'agit d'aller vivre avec la femme aimée, muse du poète, loin des dures réalités ordinaires.

    I-Des tableaux : Un triptyque (tableau en 3 parties)
    femme-paysage : 1re strophe
    2 mouvements dans le poème:
    -l'invitation elle-même → v6
    -pays mystérieux → v12
    Ils obéissent au même modèle, le rythme est le même.
    Ce qui fait le lien entre les deux c'est la correspondance entre Marie Daubrun et la description du paysage: "pays qui te ressemble". C'est sa ressemblance avec le tableau qui fait d'elle un lieu d'élection, un port natal. Cette correspondance entre Marie Daubrun se rapporte au monde et à l'âme. Elle est une sorte d'équilibre dans la vie de Baudelaire entre Jeanne Duval qui est le péché, la lourdeur de la chair, et Mme Sabatier qui est au contraire l'Idéal.
    La femme est un double du poète: enfant à protéger, soeur, elle évoque la douceur. Qualité commune au paysage et à la femme, ce qui permet la communion de l'un avec l'autre.
    L'affectif et l'esthétique sont associés à une fascination: charme, mystérieux, traître. La beauté du regard a quelque chose de magique. la douceur dont est qualifiée Marie D. s'oppose à traître qui ne peut s'expliquer que parce qu'il est employé avec charme et mystérieux.
    Le pays où les amants se retrouvent est un pays où le temps est suspendu, un pays non soumis aux atteintes du temps, un lointain « là-bas ».
    Lumière et eau:
    « soleils mouillés » : oxymore et preuve que l'on est devant un tableau (pluriel), de même terme pictural de « ciels ».
    éclat de l'oeil mouillé par les larmes
    Musique des vers : dans les allitérations (soleils mouillés, ciels brouillés ), dans la multiplicité des consonnes liquides qui suggèrent l'humidité.
    Refrain : il renvoie à la strophe et la resume, il est toujours le même et il a, à chaque fois, le même sens. Il annonce la suite des 2 autres strophes.
    Un intérieur : 2ème strophe
    On laisse la lumière des ciels et on passe à la peinture d'un intérieur. Jeu de lumière d'un intérieur: luisant, poli, miroirs.
    Le jeu des lumières unifie les 3 strophes :
    1e: yeux de Marie D.
    2e: meubles luisants...
    3e: lumière du soleil couchant
    Baudelaire invite au conditionnel Marie D. à se représenter le lieu où ils vivraient. Idée de calme et de volupté dans cette 2e strophe. Ce qui fait la beauté de cet intérieur est inséparable de l'ordre et du calme. Ordre calme et volupté sont d'ailleurs cités dans le refrain.
    Cette maîtrise est rendue sensible dans le rythme du refrain. Le mouvement est d'abord ralenti puis suivi d'une accélération en trois élans: luxe, calme, volupté.
    Beauté et volupté font écho
    ordre et beauté-calme et volupté.
    Idéal de vie sensuelle, raffinée, dans un monde clos où les amants pourront « s'aimer à loisir », « s'aimer et mourir ». Tranquillité d'une maison hollandaise comme a pu la peindre Vermeer.
    Il y a 2 sens: toucher (poli) et vue
    Puis il y a les sensations olfactives qui arrivent avec les fleurs.
    Les senteurs elles-mêmes se mêlent entre elles. Connotation de la richesse, de l'exotisme pour le parfum.
    Vague rappelle ce qu'il y avait d'indécis dans le paysage de la 1re strophe.
    A la fin de la strophe une correspondance est posée entre la splendeur du lieu et l'âme du poète.
    L'âme entend dans cet univers un langage secret "comme de confuses paroles", c'est bien la douce langue natale.
    douceur de l'amour entre le poète et Marie D.. Double jeu des correspondances verticales ou l'âme se reconnaît et des correspondances horizontales entre les éléments qui composent la chambre.
    Intérieur évoqué, refuge sentimental des amants, lieu esthétique. Parce que ce lieu de beauté est un domaine où l'âme trouve son épanouissement.
    La ville (portuaire) : 3ème strophe
    vois v29 → songe a la douceur v2
    C'est l'invitation en elle-même. "Songe" est devenu "vois", donc les amants sont sur place et contemplent la ville depuis la chambre que B. a décrite dans la 2e strophe. Il voit des bateaux. Le regard de la femme ouvre le domaine du rêve, ouvre sur le monde. Le fil directeur de ce poème c'est la correspondance entre la femme et le monde.
    La dernière strophe c'est celle de l'offrande à la femme placée au centre du tableau. Offrande de toutes les richesses pour "assouvir ton moindre désir".
    Moment du poème ou tout s'apaise: dormir, couchant, s'endort. La douceur a quelque chose de léthargique, endormissement qui est celui de la fin d'un jour paisible. Plénitude de l'assouvissement. Refrain: calme et volupté.
    C'est la vision d'un couchant car c'est un tableau: les soleils (pluriel). Ils sont peut-être dans une galerie de tableaux. Une ville qui évoque des peintres hollandais (Ruysdael) même qualité de lumière: dominantes rouges et or des couleurs qui colorent "les champs, les canaux, la ville entière [...] le monde".

    II-Un lieu magique :
    -Imaginaire, souhait de voyage, « là-bas », l'Orient et ses mystères (comme pour Chateaubriand, Nerval, Flaubert).
    -Le lieu est idéal parce qu'imaginaire.
    -Correspondance entre la femme aimée et le paysage qui permet une évasion, d'ailleurs les lieux clos se dilatent : l'oeil de la femme s'élargit en paysage, l'intérieur s'épanouit par les parfums et le jeu des miroirs, la Hollande évoque l'Orient.
    -Lointain, chargé d'exotisme, pays où l'on parle la « langue natale », celle du paradis perdu
    -Parfait : concilie les contraires (calme-volupté ; charme-traîtres yeux...)

    III-Un balancement jusqu'à l'idéal :
    Composition originale : 3 strophes en douzains séparées par un refrain, heptasyllabes et pentasyllabes, vers impairs : le poème présente une forte musicalité. Rimes riches qui favorisent l'effet d'écho.
    -L'impression de paix et de tendresse est suggérée par les sonorités douces en "on" et les allitérations en "m"
    -Bonheur des sens (lumière, paysage ; sensation de chaleur (v.39,40) ; voluptés)
    -Plénitude : 3ème § présent de l'indicatif → bonheur atteint
    recherche d'un état parfait: v.25,26:harmonie parfaite entre homme et âme
    -Une dilatation du temps et de l'espace : on ne sent pas le temps (v.4:"aimer à loisir") qui semble être suspendu dans le sommeil considéré comme une petite mort. Notons la présence des infinitifs « vivre », « aimer », « mourir » qui empêche toute actualisation dans une période précise.
    - impression de bercement, temps étale, proche de l'éternité.

    Conclusion
    Pour Baudelaire, les plus beaux voyages sont ceux que l'on imagine idéalement loin des contingences et des lourdeurs du réel. Ce voyage atteindra à la plénitude si la femme aimée est présente. Le poète considère ici une femme très proche de son coeur et de son esprit, une muse inspiratrice. Baudelaire est à la recherche d'un art de vivre raffiné qui doit nourrir la satisfaction des sens et la contemplation esthétique. Les derniers vers de la 3e strophe apparaissent comme une conclusion parce que ce poème qui ressemblait à une berceuse s'achève sur le sommeil qui est sans doute aussi celui du couple. Pour un temps éphémère (mais une éternité dans le poème, car le sommeil est voisin de la mort) le poète a vaincu la terrible solitude et atteint à la plénitude affective dans l'amour fusionnel et la contemplation du beau partagé.
  • Lilo28Lilo28 Membre
    Je vous remercie vraiment pour votre aide. C'était le poème que je comprenais le moins, mais maintenant j'y vois beaucoup plus clair. Encore merci.
  • katskats Membre
    bonjour, j'étudie pour le bac de français, l'"invitation au voyage" de Baudelaire.
    Je dois trouver un plan, qui pourrait convenir pour l'oral.
    Voici ce à quoi je pense :

    I- La Magie d'un lieu
    a) Un lieu miroir : la correspondance femme / paysage
    b) une relation fusionnelle
    c) un lieu idéal car imaginaire

    II - Le paradis Baudelairien
    a) Un paradis originel
    b) La tentation de l'exotisme
    c) Une réconciliation des contraires

    III-Le Bonheur Baudelairien
    a)La richesse des sensations
    b) Les clés du bonheur baudelairien
    c) un univers harmonieux.


    POuvez vous me dire ce que vous en pensez ? Si jamais quelqu'un a d'autres idées de plan, je serai ravie de les connaitre ! ;)
    L'invitation au voyage

    Mon enfant, ma soeur,
    Songe à la douceur
    D'aller là-bas vivre ensemble !
    Aimer à loisir,
    Aimer et mourir
    Au pays qui te ressemble !
    Les soleils mouillés
    De ces ciels brouillés
    Pour mon esprit ont les charmes
    Si mystérieux
    De tes traîtres yeux,
    Brillant à travers leurs larmes.

    Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
    Luxe, calme et volupté.

    Des meubles luisants,
    Polis par les ans,
    Décoreraient notre chambre ;
    Les plus rares fleurs
    Mêlant leurs odeurs
    Aux vagues senteurs de l'ambre,
    Les riches plafonds,
    Les miroirs profonds,
    La splendeur orientale,
    Tout y parlerait
    À l'âme en secret
    Sa douce langue natale.

    Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
    Luxe, calme et volupté.

    Vois sur ces canaux
    Dormir ces vaisseaux
    Dont l'humeur est vagabonde ;
    C'est pour assouvir
    Ton moindre désir
    Qu'ils viennent du bout du monde.
    - Les soleils couchants
    Revêtent les champs,
    Les canaux, la ville entière,
    D'hyacinthe et d'or ;
    Le monde s'endort
    Dans une chaude lumière.

    Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
    Luxe, calme et volupté.
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