Proust, Du côté de chez Swann, II, Un amour de Swann - Sur le point de frapper contre les volets...

Bonjour à tous,

Je souhaiterai un plan, ou encore mieux le commentaire du passage ci dessous, qui est d'ailleurs tombé cette année pour les ES/S de Première au Liban :
Sur le point de frapper contre les volets, il eut un moment de honte en pensant qu'Odette allait savoir qu'il avait eu des soupçons, qu'il était revenu, qu'il s'était posté dans la rue. Elle lui avait dit souvent l'horreur qu'elle avait des jaloux, des amants qui espionnent. Ce qu'il fallait faire était bien maladroit et elle allait le détester désormais, tandis qu'en ce moment encore, tant qu'il n'avait pas frappé, peut-être, même en le trompant, l'aimait-elle. Que de bonheurs possibles dont on sacrifie ainsi la réalisation à l'impatience d'un plaisir immédiat ! Mais le désir de connaître la vérité était plus fort et lui sembla plus noble. Il savait que la réalité de circonstances qu'il eût donné sa vie pour restituer exactement, était lisible derrière cette fenêtre striée de lumière, comme sous la couverture enluminée d'or d'un de ces manuscrits précieux à la richesse artistique elle-même desquels le savant qui les consulte ne peur rester indifférent. Il éprouvait une volupté à connaître la vérité qui le passionnait dans cet exemplaire unique, éphémère et précieux, d'une matière translucide, si chaude et si belle. Et puis l'avantage qu'il se sentait - qu'il avait tant besoin de se sentir - sur eux, était peut-être moins de savoir, que de pouvoir leur montrer qu'il savait. Il se haussa sur la pointe des pieds. Il frappa. On n'avait pas entendu, il refrappa plus fort, la conversation s'arrêta. Une voix d'homme dont il chercha à distinguer auquel de ceux des amis d'Odette qu'il connaissait elle pouvait appartenir demanda :
- Qui est là ?
Il n'était pas sûr de la reconnaître. Il frappa encore une fois. On ouvrit la fenêtre, puis les volets. Maintenant, il n'y avait plus moyen de reculer et, puisqu'elle allait tout savoir, pour ne pas avoir l'air trop malheureux, trop jaloux et curieux, il se contenta de crier d'un air négligent et gai :
- Ne vous dérangez pas, je passais pas là, j'ai vu de la lumière, j'ai voulu savoir si vous n'étiez plus souffrante.
Il regarda. Devant lui, deux vieux messieurs étaient à la fenêtre, l'un tenant une lampe, et alors, il vit une chambre, une chambre inconnue. Ayant l'habitude, quand il venait chez Odette très tard, de reconnaître sa fenêtre à ce que c'était la seule éclairée entre les fenêtres toutes pareilles, il s'était trompé et avait frappé à la fenêtre suivante qui appartenait à la maison voisine.
J'ai pensé
I) Une scène véritablement comique
II) L'amour doit-il toujours être pris au sérieux ?
«1

Réponses

  • Dydin3Dydin3 Membre
    Bonjour,
    Pour m'entraîner pour le bac j'essaye de faire les sujets des centres étrangers. Celui-ci traite du roman et de ses personnages.

    Voici l'extrait à commenter :

    ________________________________________________________
    Texte C : Marcel Proust, Un amour de Swann, 1913.

    [L'intrigue se déroule à Paris à la fin du dix-neuvième siècle. Charles Swann, membre de la haute société, a entamé une liaison avec Odette de Crécy, une femme aux mœurs légères. Un soir, elle lui demande de la quitter plus tôt que d'habitude, prétextant qu'elle est souffrante et a besoin de dormir. Swann, la soupçonnant d'attendre un autre homme retourné un peu plus tard devant chez elle.]

    Sur le point de frapper les volets, il eut un moment de honte en pensant qu'Odette allait savoir qu'il avait eu des soupçons, qu'il était revenu, qu'il s'était posté dans la rue. Elle lui avait dit souvent l'horreur qu'elle avait des jaloux, des amants qui espionnent. Ce qu'il allait faire était bien maladroit, et elle allait le détester désormais, tandis qu'en ce moment encore, tant qu'il n'avait pas frappé, peut-être, même en le trompant, l'aimait-elle. Que de bonheurs possibles dont on sacrifie ainsi la réalisation à l'impatience d'un plaisir immédiat ! Mais le désir de connaître la vérité était plus fort et lui sembla plus noble. Il savait que la réalité de circonstances, qu'il eût donné sa vie pour restituer exactement, était lisible derrière cette fenêtre1 striée de lumière comme sous la couverture enluminée d'or d'un de ces manuscrits précieux à la richesse artistique elle-même desquels le savant qui les consulte ne peut rester indifférent2. II éprouvait une volupté à connaître la vérité qui le passionnait dans cet exemplaire unique, éphémère et précieux, d'une matière translucide si chaude et si belle. Et puis l'avantage qu'il se sentait - qu'il avait tant besoin de se sentir - sur eux, était peut-être moins de savoir, que de pouvoir leur montrer qu'il savait. II se haussa sur la pointe des pieds. II frappa. On n'avait pas entendu, il refrappa plus fort, la conversation s'arrêta. Une voix d'homme dont il chercha à distinguer auquel de ceux des amis d'Odette qu'il connaissait elle pouvait appartenir, demanda :
    « Qui est là ?»
    Il n'était pas sûr de la reconnaître, il frappa encore une fois. On ouvrit la fenêtre, puis les volets. Maintenant, il n'y avait plus moyen de reculer et, puisqu'elle allait tout savoir, pour ne pas avoir l'air trop malheureux, trop jaloux et curieux, il se contenta de crier d'un air négligent et gai :
    « Ne vous dérangez pas, je passais par là, j'ai vu de la lumière, j'ai voulu savoir si vous n'étiez plus souffrante. »
    II regarda. Devant lui, deux vieux messieurs étaient à la fenêtre, l'un tenant une lampe, et alors, il vit la chambre, une chambre inconnue. Ayant l'habitude, quand il venait chez Odette très tard, de reconnaître sa fenêtre à ce que c'était la seule éclairée entre les fenêtres toutes pareilles, il s'était trompé et avait frappé à la fenêtre suivante qui appartenait à la maison voisine.

    Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Du côté de chez Swann.

    1 - La phrase peut se comprendre ainsi : Il savait que la réalité des faite [...] était visible derrière cette fenêtre.
    2 - indifférent : le savant ne peut rester indifférent à la richesse artistique des manuscrits..
    ______________________________________________________


    J'ai élaboré un plan mais je ne sais pas s'il est correct :


    I- Le personnage de Charles
    1. Un homme jaloux
    2. Un homme plein de questions
    3. L'obsession de la vérité

    II- Une intrigue originale
    1. Une intrigue pleine de suspense
    2. Un cadre spatio-temporel propice à l'intrigue
    3. Une chute originale


    Voilà j'aimerai que quelqu'un me corrige et m'aide éventuellement à construire un plan correct.

    Merci d'avance.
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Je crois que tu n'attires pas assez l'attention sur deux éléments importants :
    1- une scène de comédie
    2 - un personnage traditionnel de comédie : l'amoureux jaloux ridicule traité cependant avec humanité : ses tiraillements, sa souffrance intérieure, sa monomanie...
  • Dydin3Dydin3 Membre
    Merci beaucoup de m'avoir répondu Jean-Luc :)

    Cela m'aide beaucoup, je n'ai pas l'habitude de commenter des extraits de roman. Il ne m'était pas venu à l'idée que le personnage de Charles est un personnage traditionnel de comédie..

    Un plan correct serait alors :

    I- Le personnage de Charles
    1. Un personnage traditionnel de comédie
    2. Ses tiraillements
    3. Sa monomanie

    II- Une scène comique
    1. Une intrigue pleine de suspense
    2. Un cadre spatio-temporel propice à l'intrigue
    3. Une chute originale
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    C'est mieux. Attention, Charles ne reprend un personnage de comédie que dans cette scène.

    En effet la moralité d'Un Amour de Swann est que nos jugements esthétiques interfèrent avec notre vision de la réalité. Swann est tombé amoureux d'Odette de Crécy, une demi-mondaine qui n'est pas son genre, pour avoir vu une ressemblance entre elle et la Zéphora, la fille de Jéthro, dans la fresque de Botticelli qui se trouve dans la chapelle Sixtine.
  • Dydin3Dydin3 Membre
    Merci Jean-Luc pour votre aide :)

    Je comprends mieux maintenant.
  • Voilà le plan d'une amie (très bonne en français)
    I- Des émotions poussées à l'extrême...:
    1- des sentiments profonds
    2- l'exagération
    3- la jalousie
    II- ...qui brouillent les pistes pour le personnage et le lecteur:
    1- l'obsession
    2- la focalisation du narrateur
    3- la vérité se dévoile (comique de la scène)
    J'espère que ça va t'aider.
  • Bonjour,

    J'ai fait un commentaire sur ce texte et je voulais savoir ce que vous en pensiez, car j'ai l'impression qu'il est bien raté...
    Je vous remercie de votre aide :

    Problématique : Comment Proust a-t-il dépeint ici une scène très intense, tant par la profusion des sentiments qui s'y trouvent que par l'habilité avec laquelle elle est décrite?

    I. Une scène habilement menée
    A. Une scène très immersive
    B. Le suspens de l'extrait
    C. Une chute bien amenée.

    II. Un personnage dominé par ses sentiments
    A. Le doute
    B. La fierté
    C. La jalousie

    J'espère sincèrement que vous pourrez m'aider, on est à 2 mois du bac et je commence réellement à douter des mes capacités :S...
  • Bonjour à tous,

    en vue du bac de francais, j'ai décidé cet après midi de m'entraîner en faisant un commentaire de Marcel Proust. Ce sujet est tombé en 2008 en Polynésie.
    Voici le sujet en question

    Texte C : Marcel Proust, Un Amour de Swan, 1913.
    L'intrigue se déroule à Paris à la fin du dix-neuvième siècle. Charles Swann, membre de la haute société, a entamé une liaison avec Odette de Crécy, une femme aux mœurs légères. Un soir, elle lui demande de la quitter plus tôt que d'habitude, prétextant qu'elle est souffrante et a besoin de dormir. Swann, la soupçonnant d'attendre un autre homme retourné un peu plus tard devant chez elle.

    Sur le point de frapper les volets, il eut un moment de honte en pensant qu'Odette allait savoir qu'il avait eu des soupçons, qu'il était revenu, qu'il s'était posté dans la rue. Elle lui avait dit souvent l'horreur qu'elle avait des jaloux, des amants qui espionnent. Ce qu'il allait faire était bien maladroit, et elle allait le détester désormais, tandis qu'en ce moment encore, tant qu'il n'avait pas frappé, peut-être, même en le trompant, l'aimait-elle. Que de bonheurs possibles dont on sacrifie ainsi la réalisation à l'impatience d'un plaisir immédiat ! Mais le désir de connaître la vérité était plus fort et lui sembla plus noble. Il savait que la réalité de circonstances, qu'il eût donné sa vie pour restituer exactement, était lisible derrière cette fenêtre1 striée de lumière comme sous la couverture enluminée d'or d'un de ces manuscrits précieux à la richesse artistique elle-même desquels le savant qui les consulte ne peut rester indifférent2. II éprouvait une volupté à connaître la vérité qui le passionnait dans cet exemplaire unique, éphémère et précieux, d'une matière translucide si chaude et si belle. Et puis l'avantage qu'il se sentait - qu'il avait tant besoin de se sentir - sur eux, était peut-être moins de savoir, que de pouvoir leur montrer qu'il savait. II se haussa sur la pointe des pieds. II frappa. On n'avait pas entendu, il refrappa plus fort, la conversation s'arrêta. Une voix d'homme dont il chercha à distinguer auquel de ceux des amis d'Odette qu'il connaissait elle pouvait appartenir, demanda :
    « Qui est là ?»
    Il n'était pas sûr de la reconnaître, il frappa encore une fois. On ouvrit la fenêtre, puis les volets. Maintenant, il n'y avait plus moyen de reculer et, puisqu'elle allait tout savoir, pour ne pas avoir l'air trop malheureux, trop jaloux et curieux, il se contenta de crier d'un air négligent et gai :
    « Ne vous dérangez pas, je passais par là, j'ai vu de la lumière, j'ai voulu savoir si vous n'étiez plus souffrante. »
    II regarda. Devant lui, deux vieux messieurs étaient à la fenêtre, l'un tenant une lampe, et alors, il vit la chambre, une chambre inconnue. Ayant l'habitude, quand il venait chez Odette très tard, de reconnaître sa fenêtre à ce que c'était la seule éclairée entre les fenêtres toutes pareilles, il s'était trompé et avait frappé à la fenêtre suivante qui appartenait à la maison voisine.1 La phrase peut se comprendre ainsi : Il savait que la réalité des faite [...] était visible derrière cette fenêtre.
    2 Indifférent : le savant ne peut rester indifférent à la richesse artistique des manuscrits.


    a partir de là j'ai commencé à étudier genre, registres, discours mais les axes ne découlent pas. J'aurais besoin d'aide merci beaucoup.
  • Dydin3 a écrit:
    Merci beaucoup de m'avoir répondu Jean-Luc :)

    Cela m'aide beaucoup, je n'ai pas l'habitude de commenter des extraits de roman. Il ne m'était pas venu à l'idée que le personnage de Charles est un personnage traditionnel de comédie..

    Un plan correct serait alors :

    I- Le personnage de Charles
    1. Un personnage traditionnel de comédie
    2. Ses tiraillements
    3. Sa monomanie

    II- Une scène comique
    1. Une intrigue pleine de suspense
    2. Un cadre spatio-temporel propice à l'intrigue
    3. Une chute originale
    Salut,
    J'ai le même devoir à faire et j'ai trouvé ton plan très bon, j'ai pu rédiger la majorité de mon commentaire étant donné que j'avais relevé les informations importantes de l'extrait et qu'il me fallait juste un plan pour bien les organiser :) Est ce que tu pourrais juste développer la partie "un personnage traditionnel de comédie", je ne vois pas ce que je pourrais mettre à intérieure de cette partie ..
    Cordialement
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Charles est un personnage traditionnel de la comédie : le jaloux trompé, en un mot le cocu ridicule...
  • Merci de votre réponse :)
    Mais je ne voix pas quels exemples utiliser pour appuyer cette affirmation, où se trouve le ridicule dans cet extraits ? Sont-elles caractérisées par ses hésitations ?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Il s'agit simplement de relever en ce début de commentaire (qui ne doit pas dévoiler la fin) que Charles s'inscrit dans une tradition farcesque, celle de l'amant trompé. Pense à l'Ecole des femmes ou au Barbier de Séville, à tous ces hommes d'un certain âge qui veulent imposer leur désir à une femme en particulier en comptant sur leur argent ou leur situation sociale. La jalousie est odieuse parce qu'elle conduit à la violation de la vie privée, elle est ridicule en ce qu'elle aveugle lamentablement... Mais elle est aussi lamentable par ce qu'elle fait souffrir.

    Ce texte est tout en nuances.
  • kisokakisoka Membre
    Bonjour à tous,

    Je suis en train de rédiger ma question de corpus sur ce texte en ce moment, mais je bloque sur un point celui du discours indirect libre. Je n'arrive pas à le cerner tout au long du texte.

    merci de m'aider le plus rapidement possible, s'il vous plaît
    KISOKA :)
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Et quelle est cette question ? sur quel corpus ?
  • kisokakisoka Membre
    désolé de ne pas avoir précisé, il s'agit d'Un Amour de Swann de Proust à partir de "Sur le point de frapper contre les volets[...]qui appartenait à la maison voisine" et la question était : Quels moyens les auteurs ont-ils choisis pour faire percevoir aux lecteurs les sentiments et les pensées des personnages principaux?
    (Proust, Du côté de chez Swann, II, Un amour de Swann - Sur le point de frapper contre les volets...) :)
    Il y avait aussi comme corpus La princesse de Clèves et La Confession d'un enfant du siècle
Connectez-vous ou Inscrivez-vous pour répondre.