Les types de focalisation

1/ " Toute sa personne était une grimace. Une grosse tête hérissée de cheveux roux, entre les épaules une bosse énorme (...)"
D'après Victor Hugo, Les Misérables.

2/ " Avant-hier, je me promenais vers le pont d'Iléna....Il faisait un grand vent....Je suivais de l'oeil un batelet rempli de sable, qui voulait passer la dernière arche (...) ".
D'après Stendhal, Correspondance.

3/ " Le lendemain, les jours suivants, Etienne reprit son travail à la fosse. Il s"accoutumait, son existence se réglait sur cette besogne (...).
D'après Emile Zola, Germinal, 3 ème partie.

4/ " Il arriva chez nous un dimanche de novembre 189... je continue à dire"chez nous" , bien que la maison ne nous appartient plus."
D'après Alain Fournier, Le Grand Meaulnes,

5/ " Avant que d'entendre l'histoire de ma vie, écoute ami lecteur, un conte que je vais te faire (...)
D'après Lesage, Gil Blas, (1715-35), livre1

6/ "Depuis un mois, j'erre à travers celle île magnifique, avec la sensation que je suis au bout du monde."
D'après G.de Maupassant, Boule de Suif.

a)Relevez et expliquez le type de focalisation dans les extraits proposés.
b)Relevez les marques du narrateur et du narrataire dans chaque extrait.

voila comment j'ai répondu :
1/focalisation externe :parce qu'il y a une description du physique du corps humain avec les mots : grosse tête hérissée - cheveux roux...
marque du narrateur et narrataire: il n'y a pas

2/focalisation zéro : parce que le narrateur décrit le lieu ou il était (le pont d'iléna), décrit le climat (grand vent ), et aussi description de ce qu'il voit ( je suivais de l'oeil ...)
les marques du narrateur: je- me- je suivais
les marques du narrataire : /

3/focalisation interne : parce qu'il parle sur l'intérieur d'Etienne par le mot: son existence
pas de marque de narrateur ni de narrataire

4/focalisation interne:/
marque du narrateur: nous
narrataire:/

5/focalisation zéro: qu'on raconte notre vie on est obligé de tout décrire et on est aussi omniscient
marques du narrateur: ma vie, mon ami, je, et le verbe écouter qui est conjugé en impératif parce qu'il ordonne le lecteur a entendre ce qui va relater
marques du narrataire:ami, te

6/focalisation zéro, description de l'endroit, et de la sensation ( le narrateur sait tout)
marques du narrateur: j', je suis
narrataire:/
«1

Réponses

  • En entrant 'marques du narrateur' dans le moteur de recherche de ce site (la fenêtre en haut à gauche), j'ai trouvé des liens, dont ceci.. Sur la page, il y a d'autres liens à ouvrir.
    En entrant 'focalisation' dans le mùoteur de recherche, tu trouveras aussi des liens intéressants.
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour,

    1/focalisation externe : OUI
    2/focalisation zéro : NON focalisation interne
    3/focalisation interne : NON Focalisation zéro
    4/focalisation interne : OUI
    5/focalisation zéro: NON, à mon avis interne
    6/focalisation zéro : NON focalisation interne
  • Soraya1Soraya1 Membre
    bonjour à tous.
    voilà, je suis un peu confuse concernant un passage dont je dois identifier (la focalisation) c'est que, déjà je ne maitrise pas cette leçon, vu sa complexité. je mélange toujours interne et externe.

    le passage est le suivant :

    texte extrait du roman la boite à merveilles de l'écrivain Marocain Ahmed Sefrioui.
    Salama ne daigna pas jeter un regard sur ma modeste personne. Je devais lui paraître ridiculement petit, ridiculement chétif. Salama appartenait à cette race disparue qui a donné naissance à la légende des géants. Elle avança d’un pas majestueux vers le grand divan, s’installa à la place d’honneur. Le buste droit, les mains à plat sur les genoux, elle resta muette, statique comme un bloc de granit.
    Pas un muscle de son visage ne bougeait, ses yeux se posaient avec lenteur sur chaque objet.
    J’en avais vaguement peur. Elle m’attirait à la fois et me mettait mal à l’aise. Pelotonné contre un coussin, j’attendais qu’elle parlât. Ses grosses lèvres que surmontait une légère moustache bougèrent imperceptiblement. Aucun son n’en sortit. Le désir de l’entendre parler me faisait trembler. Je ne me rendais même plus compte si ma mère et Lala Aicha se taisaient ou bavardaient comme de coutume. Elle ferma les yeux, les rouvrit et de sa voix d’homme déclara qu’après le thé, elle avait tout le temps d’entretenir ses petites sœurs des événements qui se préparaient. Elle ajouta :
    - Je peux vous affirmer que de grands événements se préparent.
    Un petit rire drôle, d’une folle gaîté échappa à Lalla Aïcha. Ce rire était si jeune, si frais, si printanier que Lalla Aïcha rougit de confusion. Elle se leva en hâte, alla chercher le sucre et la menthe.
    moi je pense qu'il s'agit de la focalisation interne puisqu'on découvre les événements en même temps que le narrateur (auteur) la présence d'une certaine description subjective le prouve aussi.

    alors si vous voulez bien me corriger si je me trompe.
    merci d'avance.


    Soraya
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Soraya,

    C'est bien une focalisation interne puisque nous découvrons la scène au travers des yeux d'un "je" qui raconte.
  • Soraya1Soraya1 Membre
    salut.
    merci beaucoup Jean-Luc, donc c'est bien une focalisation interne!
    merci encore.
  • J'ai des problèmes à déterminer la focalisation d'un passage, Est' ce qu'on peut parler de la focalisation dans le discours ou le dialogue ?
    Y-a-t'il une différence entre la focalisation et le point de vue?
    Donnez moi des exemples simples.
    Comment peut on identifier le changement de point de vue ?
  • * Focalisation externe

    L’histoire est racontée à travers le regard d’un narrateur extérieur à l’histoire qui n’y participe pas, qui ne fait pas parti de l'histoire racontée.

    * Focalisation interne

    L’histoire est racontée à travers le regard d’un personnage qui fait parti de l'histoire racontée.

    * Focalisation zéro (point de vue omniscient)

    Le narrateur sait tout et en sait même plus que les personnages ( leurs pensées, leurs sentiments etc.) Il peut faire parti de l'histoire ou non.

    On parle de scène quand il y a une dialogue.

    1. l'ellipse : Certains événements dans la narration sont passés sous silence et à ce moment on utilise une ellipse temporelle pour que le lecteur puisse se situer dans le texte. Exemple : « Le jour J (ellipse temporelle) arriva ». On peut supposer que les jours précédents n'ont pas été narrés.
    2. le sommaire : on résume en quelques lignes des événements de longue durée, le récit va plus vite que l'histoire.
    3. la scène : le temps de narration est égal au temps du récit. On raconte les événements tels qu'ils se sont passés. Exemple : dans un dialogue.
    4. la pause : le récit avance, mais l'histoire est suspendue, on omet une période de l'histoire. Exemple : lors d'une description.

    Je pense que lors d'un discours on peut parler de narrateur omniscient mais je ne suis pas sûre.
    Et les changements de focalisations se manifestent principalement par un changement du pronom personnel.

    Je = le plus souvent focalisation interne
    Il = le plus souvent focalisation externe ou omnisciente

    Voili voilà !! J'espère t'avoir aidée un peu !!
  • Bonjour; j'espère que vous etes bien.

    J'ai un travail de recherche concernant la focalisation et ses types( externe;interne et zéro)

    et la temporalité narrative.

    Je vous demande;si vous avez quelques informations d'aidez-moi.

    Merci d'avance

    HODHOD
  • Bonjour,

    Vois cette page du site : La focalisation.

    Muriel
  • Voila j'ai très bientôt un examen sur l'analyse narratologique (c'est a dire le type de focalisation, de narrateur et de temporalité) le seul problème c'est que je ne comprends pas. Je m'explique. J'ai donc trouvé de la théorie sur internet, mais quand on corrige les exercices en classe tout est faux. Voila alors pourriez vous me donner des conseils pour reconnaître sur quel type de focalisation on est, ou de temporalité et de la focalisation du narrateur car la théorie trouvé ne m'aide pas.
    Merci beaucoup de votre aide et passé une bonne journée.
  • Pour faire très très simple ... niveau collège :
    3 exemples simples pour les notions de FOCALISATION ou notions de POINT DE VUE.

    Exemple 1 :
    Il était assis à la terrasse du café. Tout à coup, il leva la tête. Une jeune femme arrivait en courant, lui sourit et resta debout.

    On est en focalisation externe, c'est ce que verrait n'importe quel spectateur présent.
    Exemple 2 :
    Il se demandait si elle serait en retard une fois de plus. Il n'aimait pas attendre.

    On est en focalisation interne. Le lecteur a accès aux pensées du personnage.
    Exemple 3 :
    Il était assis à la terrasse du café. Il se demandait si elle serait en retard une fois de plus. Il n'aimait pas attendre.
    Tout à coup il leva la tête. Sophie arrivait en pressant le pas, persuadée qu'il aimerait sa nouvelle coiffure. La coiffeuse avait insisté pour qu'elle coupe ses cheveux . Elle lui sourit parce qu'elle le trouvait élégant et elle resta debout.

    Le narrateur sait tout : il raconte la scène, il connaît ce qui a précédé la rencontre et il est dans les pensées des 2 personnages. Il est omniscient. La focalisation est dite focalisation zéro.
  • bonsoir,

    J'étais en train de m'informer sur le sujet des focalisations en lisant quelques textes et j'ai remarqué que la présence des verbes comme (voir, apercevoir, entendre...) peuvent nous aider à déterminer la focalisation interne.

    Pouvez-vous m'informer sur d'autres verbes, mots ou bien expressions qui peuvent nous mettre sur le bon chemin vers un repérage précis des deux autres focalisations (externe et zéro) ??


    concernant le "s" de"focalisation" dans le titre c'est juste une erreur de saisie :P :/
    j'ai essayé une rectification en vain :/
  • Verbes de perception mais aussi verbes d'opinion.
  • Ce n'est pas si simple : on peut avoir une focalisation interne sans marques subjectives (les portraits chez Zola, par exemple).
  • Est-ce que les verbes de perception et d'opinion marquent la focalisation interne ??


    Sur le plan théorique , il y'a 2 types de narrateur (narrateur personnage ou témoin et extérieur ) et 3 types de focalisation . Pourtant , j'ai souvent tendance à confondre la focalisation interne et omniscient du narrateur dans certains textes , pour interne , le narrateur regarde à travers les yeux d'un seul personnage et ressent ses émotions , alors que pour le narrateur omniscient , il connait tout du passé et du future des personnages . Cependant , la focalisation externe censé être objective n'est pas forcément évidente à trouver .

    Prenons cet exemple :
    LE PIED DE MOMIE

    J'étais entré par désœuvrement chez un de ces marchands de curiosités dits marchands de bric-à-brac dans l'argot parisien, si parfaitement inintelligible pour le reste de la France.
    Vous avez sans doute jeté l'œil, à travers le carreau, dans quelques-unes de ces boutiques devenues si nombreuses depuis qu'il est de mode d'acheter des meubles anciens, et que le moindre agent de change se croit obligé d'avoir sa chambre Moyen Âge.
    C'est quelque chose qui tient à la fois de la boutique du ferrailleur, du magasin du tapissier, du laboratoire de l'alchimiste et de l'atelier du peintre ; dans ces antres mystérieux où les volets filtrent un prudent demi-jour, ce qu'il y a de plus notoirement ancien, c'est la poussière ; les toiles d'araignées y sont plus authentiques que les guipures, et le vieux poirier y est plus jeune que l'acajou arrivé hier d'Amérique.
    Le magasin de mon marchand de bric-à-brac était un véritable Capharnaüm ; tous les siècles et tous les pays semblaient s'y être donné rendez-vous ; une lampe étrusque de terre rouge posait sur une armoire de Boule, aux panneaux d'ébène sévèrement rayés de filaments de cuivre ; une duchesse du temps de Louis XV allongeait nonchalamment ses pieds de biche sous une épaisse table du règne de Louis XIII, aux lourdes spirales de bois de chêne, aux sculptures entremêlées de feuillages et de chimères.
    Une armure damasquinée de Milan faisait miroiter dans un coin le ventre rubané de sa cuirasse ; des amours et des nymphes de biscuit, des magots de la Chine, des cornets de céladon et de craquelé, des tasses de Saxe et de vieux Sèvres encombraient les étagères et les encoignures.
    Sur les tablettes denticulées des dressoirs, rayonnaient d'immenses plats du Japon, aux dessins rouges et bleus, relevés de hachures d'or, côte à côte avec des émaux de Bernard Palissy, représentant des couleuvres, des grenouilles et des lézards en relief.
    Des armoires éventrées s'échappaient des cascades de lampas glacé d'argent, des flots de brocatelle criblée de grains lumineux par un oblique rayon de soleil ; des portraits de toutes les époques souriaient à travers leur vernis jaune dans des cadres plus ou moins fanés.
    Le marchand me suivait avec précaution dans le tortueux passage pratiqué entre les piles de meubles, abattant de la main l'essor hasardeux des basques de mon habit, surveillant mes coudes avec l'attention inquiète de l'antiquaire et de l'usurier.
    C'était une singulière figure que celle du marchand : un crâne immense, poli comme un genou, entouré d'une maigre auréole de cheveux blancs que faisait ressortir plus vivement le ton saumon-clair de la peau, lui donnait un faux air de bonhomie patriarcale, corrigée, du reste, par le scintillement de deux petits yeux jaunes qui tremblotaient dans leur orbite comme deux louis d'or sur du vif-argent.
    La courbure du nez avait une silhouette aquiline qui rappelait le type oriental ou juif. Ses mains, maigres, fluettes, veinées, pleines de nerfs en saillie comme les cordes d'un manche à violon, onglées de griffes semblables à celles qui terminent les ailes membraneuses des chauves-souris, avaient un mouvement d'oscillation sénile, inquiétant à voir ; mais ces mains agitées de tics fiévreux devenaient plus fermes que des tenailles d'acier ou des pinces de homard dès qu'elles soulevaient quelque objet précieux, une coupe d'onyx, un verre de Venise ou un plateau de cristal de Bohême ; ce vieux drôle avait un air si profondément rabbinique et cabalistique qu'on l'eût brûlé sur la mine, il y a trois siècles.
    « Ne m.achèterez-vous rien aujourd'hui, monsieur ? Voilà un kriss malais dont la lame ondule comme une flamme ; regardez ces rainures pour égoutter le sang, ces dentelures pratiquées en sens inverse pour arracher les entrailles en retirant le poignard ; c'est une arme féroce, d'un beau caractère et qui ferait très bien dans votre trophée ; cette épée à deux mains est très belle, elle est de Josepe de la Hera, et cette cauchelimarde à coquille fenestrée, quel superbe travail !
    – Non, j'ai assez d'armes et d'instruments de carnage ; je voudrais une figurine, un objet quelconque qui pût me servir de serre-papier, car je ne puis souffrir tous ces bronzes de pacotille que vendent les papetiers, et qu'on retrouve invariablement sur tous les bureaux. »
    Le vieux gnome, furetant dans ses vieilleries, étala devant moi des bronzes antiques ou soi-disant tels, des morceaux de malachite, de petites idoles indues ou chinoises, espèce de poussahs de jade, incarnation de Brahma ou de Wishnou merveilleusement propre à cet usage, assez peu divin, de tenir en place des journaux et des lettres.
    J'hésitais entre un dragon de porcelaine tout constellé de verrues, la gueule ornée de crocs et de barbelures, et un petit fétiche mexicain fort abominable, représentant au naturel le dieu Witziliputzili, quand j'aperçus un pied charmant que je pris d'abord pour un fragment de Vénus antique.
    Il avait ces belles teintes fauves et rousses qui donnent au bronze florentin cet aspect chaud et vivace, si préférable au ton vert-de-grisé des bronzes ordinaires qu'on prendrait volontiers pour des statues en putréfaction : des luisants satinés frissonnaient sur ses formes rondes et polies par les baisers amoureux de vingt siècles ; car ce devait être un airain de Corinthe, un ouvrage du meilleur temps, peut-être une fonte de Lysippe !
    « Ce pied fera mon affaire », dis-je au marchand, qui me regarda d'un air ironique et sournois en me tendant l'objet demandé pour que je pusse l'examiner plus à mon aise.
    Je fus surpris de sa légèreté ; ce n'était pas un pied de métal, mais bien un pied de chair, un pied embaumé, un pied de momie : en regardant de près, l'on pouvait distinguer le grain de la peau et la gaufrure presque imperceptible imprimée par la trame des bandelettes. Les doigts étaient fins, délicats, terminés par des ongles parfaits, purs et transparents comme des agathes ; le pouce, un peu séparé, contrariait heureusement le plan des autres doigts à la manière antique, et lui donnait une attitude dégagée, une sveltesse de pied d'oiseau ; la plante, à peine rayée de quelques hachures invisibles, montrait qu'elle n'avait jamais touché la terre, et ne s'était trouvée en contact qu'avec les plus fines nattes de roseaux du Nil et les plus mœlleux tapis de peaux de panthères.
    « Ha ! ha ! vous voulez le pied de la princesse Hermonthis, dit le marchand avec un ricanement étrange, en fixant sur moi ses yeux de hibou : ha ! ha ! ha ! pour un serre-papier ! idée originale, idée d'artiste ; qui aurait dit au vieux Pharaon que le pied de sa fille adorée servirait de serre-papier l'aurait bien surpris, lorsqu'il faisait creuser une montagne de granit pour y mettre le triple cercueil peint et doré, tout couvert d'hiéroglyphes avec de belles peintures du jugement des âmes, ajouta à demi-voix et comme se parlant à lui-même le petit marchand singulier.
    – Combien me vendrez-vous ce fragment de momie ?
    – Ah ! le plus cher que je pourrai, car c'est un morceau superbe ; si j'avais le pendant, vous ne l'auriez pas à moins de cinq cents francs : la fille d'un Pharaon, rien n'est plus rare.
    – Assurément cela n'est pas commun ; mais enfin combien en voulez-vous ? D'abord je vous avertis d'une chose, c'est que je ne possède pour trésor que cinq louis ; j'achèterai tout ce qui coûtera cinq louis, mais rien de plus.
    « Vous scruteriez les arrière-poches de mes gilets, et mes tiroirs les plus intimes, que vous n'y trouveriez pas seulement un misérable tigre à cinq griffes.
    – Cinq louis le pied de la princesse Hermonthis, c'est bien peu, très peu en vérité, un pied authentique, dit le marchand en hochant la tête et en imprimant à ses prunelles un mouvement rotatoire.
    « Allons, prenez-le, et je vous donne l'enveloppe par-dessus le marché, ajouta-t-il en le roulant dans un vieux lambeau de damas ; très beau, damas véritable, damas des Indes, qui n'a jamais été reteint ; c'est fort, c'est mœlleux », marmottait-il en promenant ses doigts sur le tissu éraillé par un reste d'habitude commerciale qui lui faisait vanter un objet de si peu de valeur qu'il le jugeait lui-même digne d'être donné.
    Il coula les pièces d'or dans une espèce d'aumônière du Moyen Age pendant à sa ceinture, en répétant : « Le pied de la princesse Hermonthis servir de serre-papier ! »
    Puis, arrêtant sur moi ses prunelles phosphoriques, il me dit avec une voix stridente comme le miaulement d'un chat qui vient d'avaler une arête : « Le vieux Pharaon ne sera pas content, il aimait sa fille, ce cher homme.
    – Vous en parlez comme si vous étiez son contemporain ; quoique vieux, vous ne remontez cependant pas aux pyramides d'Égypte », lui répondis-je en riant du seuil de la boutique.
    Je rentrai chez moi fort content de mon acquisition.
    Pour la mettre tout de suite à profit, je posai le pied de la divine princesse Hermonthis sur une liasse de papier, ébauche de vers, mosaïque indéchiffrable de ratures : articles commencés, lettres oubliées et mises à la poste dans le tiroir, erreur qui arrive souvent aux gens distraits ; l'effet était charmant, bizarre et romantique.
    Très satisfait de cet embellissement, je descendis dans la rue, et j'allai me promener avec la gravité convenable et la fierté d'un homme qui a sur tous les passants qu'il coudoie l'avantage ineffable de posséder un morceau de la princesse Hermonthis, fille de Pharaon.
    Je trouvai souverainement ridicules tous ceux qui ne possédaient pas, comme moi, un serre-papier aussi notoirement égyptien ; et la vraie occupation d'un homme sensé me paraissait d'avoir un pied de momie sur son bureau.
    Heureusement la rencontre de quelques amis vint me distraire de mon engouement de récent acquéreur ; je m'en allai dîner avec eux, car il m.eût été difficile de dîner avec moi.
    Quand je revins le soir, le cerveau marbré de quelques veines de gris de perle, une vague bouffée de parfum oriental me chatouilla délicatement l'appareil olfactif ; la chaleur de la chambre avait attiédi le natrum, le bitume et la myrrhe dans lesquels les paraschite inciseurs de cadavres avaient baigné le corps de la princesse ; c'était un parfum doux quoique pénétrant, un parfum que quatre mille ans n'avaient pu faire évaporer.
    Le rêve de l'Égypte était l'éternité : ses odeurs ont la solidité du granit, et durent autant.
    Je bus bientôt à pleines gorgées dans la coupe noire du sommeil ; pendant une heure ou deux tout resta opaque, l'oubli et le néant m'inondaient de leurs vagues sombres.
    Cependant mon obscurité intellectuelle s'éclaira, les songes commencèrent à m'effleurer de leur vol silencieux.
    Les yeux de mon âme s'ouvrirent, et je vis ma chambre telle qu'elle était effectivement ; j'aurais pu me croire éveillé, mais une vague perception me disait que je dormais et qu'il allait se passer quelque chose de bizarre.
    L'odeur de la myrrhe avait augmenté d'intensité, et je sentais un léger mal de tête que j'attribuais fort raisonnablement à quelques verres de vin de Champagne que nous avions bus aux dieux inconnus et à nos succès futurs.
    Je regardais dans ma chambre avec un sentiment d'attente que rien ne justifiait ; les meubles étaient parfaitement en place, la lampe brûlait sur la console, doucement estampée par la blancheur laiteuse de son globe de cristal dépoli ; les aquarelles miroitaient sous leur verre de Bohême ; les rideaux pendaient languissamment : tout avait l'air endormi et tranquille.
    Cependant, au bout de quelques instants, cet intérieur si calme parut se troubler, les boiseries craquaient furtivement ; la bûche enfouie sous la cendre lançait tout à coup un jet de gaz bleu, et les disques des patères semblaient des yeux de métal attentifs comme moi aux choses qui allaient se passer.
    Ma vue se porta par hasard vers la table sur laquelle j'avais posé le pied de la princesse Hermonthis.
    Au lieu d'être immobile comme il convient à un pied embaumé depuis quatre mille ans, il s'agitait, se contractait et sautillait sur les papiers comme une grenouille effarée : on l'aurait cru en contact avec une pile voltaïque ; j'entendais fort distinctement le bruit sec que produisait son petit talon, dur comme un sabot de gazelle.
    J'étais assez mécontent de mon acquisition, aimant les serre-papiers sédentaires et trouvant peu naturel de voir les pieds se promener sans jambes, et je commençais à éprouver quelque chose qui ressemblait fort à de la frayeur.
    Tout à coup je vis remuer le pli d'un de mes rideaux, et j'entendis un piétinement comme d'une personne qui sauterait à cloche-pied. Je dois avouer que j'eus chaud et froid alternativement ; que je sentis un vent inconnu me souffler dans le dos, et que mes cheveux firent sauter, en se redressant, ma coiffure de nuit à deux ou trois pas.
    Les rideaux s'entrouvrirent, et je vis s'avancer la figure la plus étrange qu'on puisse imaginer. C'était une jeune fille, café au lait très foncé, comme la bayadère Amani, d'une beauté parfaite et rappelant le type égyptien le plus pur ; elle avait des yeux taillés en amande avec des coins relevés et des sourcils tellement noirs qu'ils paraissaient bleus, son nez était d'une coupe délicate, presque grecque pour la finesse, et l'on aurait pu la prendre pour une statue de bronze de Corinthe, si la proéminence des pommettes et l'épanouissement un peu africain de la bouche n'eussent fait reconnaître, à n'en pas douter, la race hiéroglyphique des bords du Nil.
    Ses bras minces et tournés en fuseau, comme ceux des très jeunes filles, étaient cerclés d'espèces d'emprises de métal et de tours de verroterie ; ses cheveux étaient nattés en cordelettes, et sur sa poitrine pendait une idole en pâte verte que son fouet à sept branches faisait reconnaître pour l'Isis, conductrice des âmes ; une plaque d'or scintillait à son front, et quelques traces de fard perçaient sous les teintes de cuivre de ses joues.
    Quant à son costume il était très étrange.
    Figurez-vous un pagne de bandelettes chamarrées d'hiéroglyphes noirs et rouges, empesés de bitume et qui semblaient appartenir à une momie fraîchement démaillottée. Par un de ces sauts de pensée si fréquents dans les rêves, j'entendis la voix fausse et enrouée du marchand de bric-à-brac, qui répétait, comme un refrain monotone, la phrase qu'il avait dite dans sa boutique avec une intonation si énigmatique :
    « Le vieux Pharaon ne sera pas content ; il aimait beaucoup sa fille, ce cher homme. »
    Particularité étrange et qui ne me rassura guère, l'apparition n'avait qu'un seul pied, l'autre jambe était rompue à la cheville.
    Elle se dirigea vers la table où le pied de momie s'agitait et frétillait avec un redoublement de vitesse. Arrivée là, elle s'appuya sur le rebord, et je vis une larme germer et perler dans ses yeux.
    Quoiqu'elle ne parlât pas, je discernais clairement sa pensée : elle regardait le pied, car c'était bien le sien, avec une expression de tristesse coquette d'une grâce infinie ; mais le pied sautait et courait çà et là comme s'il eût été poussé par des ressorts d'acier.


    Ici , le statut du narrateur est narrateur-personnage en même temps témoin et la focalisation est selon moi interne mais je pense que cela peut être aussi omniscient .

    Qu'en pensez-vous ??
Connectez-vous ou Inscrivez-vous pour répondre.