Analyser le personnage de Concetta dans Le Guépard de Lampedusa

Le sujet du week-end : Analyser le personnage de Concetta

J’ai déjà listé toutes les caractéristiques de Concetta (description physique, traits de caractère…) mais j’ai du mal à trouver les bons mots pour parler de sa vie, le fait qu’elle soit restée vieille fille et qu’elle l’ai battis sur la haine envers son père et Tancredi (p.288-289.), le fait qu’elle soit « devenue une ombre » (p.286.)
Est-ce que quelqu’un saurait m’expliquer ça ?

Sinon, voici ma première ébauche de plan :
I. Identité "strict" (âge, physique, famille…)
II. Caractère
III. Fonction, symbolique

Réponses

  • La haine pour son père ? Elle convient elle-même que ç'aurait été une stupidité en écoutant les révélations de Tassoni
    Elle sent là justement toutes ses certitudes s'effondrer, avec la disparition des reliques c'est la fin de son univers. Elle finit dans une rupture totale avec ce qui a été sa vie pendant des années et des années. C'est très douloureux. Elle ne peut avoir d'autre recours que de jeter le corps naturalisé de Bendico...
  • Pages 288-289 : « les longues heures passées en une savoureuse délectation de haine devant le portrait de son père »
    Elle ressent bien de la haine pour son père, non ?
    De plus, le jour de la mort de ce dernier, elle est la seule à ne pas pleurer. Dans une moindre mesure, on peut également noter « la lueur d’acier qui traversait les yeux de la jeune fille quand les lubies auxquelles elle obéissait étaient vraiment trop vexantes. » (p.75) Quoique à ce moment là du récit (la deuxième partie) ce n’est certainement pas encore un véritable sentiment de haine qu’elle ressent envers son père.

    Et pourquoi s’accroche-t-elle autant à l’histoire – qui se révèlera fausse après le récit final de Tassoni – de Tancredi qui aurait profané un couvent ?
    En fait, ce que je ne comprends que de manière vague et que je n’arrive pas à m’expliquer clairement, c’est ce qu’à été vraiment sa vie, à partir du jour où Tancredi lui raconte cette histoire au couvent (p.87-88.), jusqu’à ce qu’elle apprenne la vérité sur ladite histoire, 50 ans après. (Vérité qui marque la fin des Salina, si on peut dire, car elle la pousse à jeter le pauvre Bendicò, dernière relique, dernier symbole de la famille.)
    C’est ce point que je n’arrive pas à exprimer…
  • Oui, elle a bien ressenti de la haine, mais en écoutant ce que dit Tassoni elle s'aperçoit qu'elle s'est complètement trompée sur les sentiments de Tancredi pour elle : il se souvient de l'épisode du couvent uniquement parce que c'est ce jour-là qu'il a rencontré Angelica. Elle prend donc conscience que Tancredi n'a pas seulement épousé Angelica pour sa fortune... et que son père n'a pas arrangé ce mariage pour redorer le blason des Salina
    Elle s'accrochait à cette histoire de couvent, parce que Tancredi lui ayant fait des excuses, elle s'est imaginé qu'il l'aimait, et cette chimère s'effondre, alors qu'elle avait bâti sa vie autour de ce supposé sentiment.
  • Quoi ? quoi ? quoi ?
    Je m'y perds... Tancredi était bien amoureux de Concetta, non ? Ce n'est pas dit de manière explicite mais il y a quand même de nombreux éléments qui le sous-entende...
    Ça commence doucement, p.66 : « Tancredi, sous prétexte de chasser les mouches, effleura plus d’une fois la tête blonde de Concetta. »
    p.100 : « je baise les mains de toutes les petites Guépardes, et surtout celles de Concetta »


    p.173 : "Mais Concetta le voulait, lui. Lui aussi l'avait voulue autrefois : elle était moins belle, bien moins riche qu'Angelica, mais elle avait en elle quelque chose que la jeune fille de Donnafugata ne posséderait jamais."

    Et la citation la plus révélatrice, p.290 :
    « elle était follement amoureuse de Tancredi, mais il ne lui a jamais prêté attention. » [dit Angelica]. Ainsi une nouvelle pelleté de terre finis par recouvrir la tombe de la vérité. »


    il se souvient de l'épisode du couvent uniquement parce que c'est ce jour-là qu'il a rencontré Angelica.
    Qui ça « il » ? Tancredi ? Il ne s’en souvient pas seulement pour ça : p.287. « il s’en souvenait aussi parce que […] c’était ce jour là qu’il avait rencontré donna Angelica »

    Et pour quelle autre raison que son argent l’a-t-il épousé ? Sa beauté peut-être, qui fait que parmi toutes les bourgeoises possibles il l’ai choisi elle justement mais à part ça ?

    Et pourquoi son père a arrangé ce mariage, à part pour permettre à Tancredi de s’élever dans la société avec l’argent d’Angelica (et par-là même donc, redorer le blason de la famille) ?
  • Euh... qui est sensé étudier ce roman ? toi, ou moi ? :lol: :lol: :lol: :lol: :lol:
    Tancredi est amoureux de Concetta, comme on l'était en ces temps-là où les mariages consanguins étaient d'usage (cf le passage sur les petites guenons) Et puis il était d'usage aussi de faire des compliments aux jeunes filles... Mais il a un coup de foudre pour Angelica, et Concetta ressent la passion charnelle qui unit le couple Tancredi/Angelica (scène du dîner à Donnafuggata)
    Angelica n'est pas seulement belle et riche, elle est aussi intelligente. LA facilité avec laquelle elle assimile les leçons de Tancredi sur la façon dont il faut se comporter dans la société aristocratique le prouve (et je ne doute pas que le malin Tancredi n'ait repéré rapidement cette qualité de la jeune fille)
    En fait l'auteur nous laisse dans l'expectative sur les sentiments de Tancredi et sur ce que Concetta peut en conclure.
    Mais était-ce là la vérité ? Nulle part la vérité n'a une vie aussi brève qu'en Sicile
    .../...La malheureuse Concetta voulait trouver la vérité de sentiments non exprimés mais seulement entrevus un demi-siècle auparavant !

    (p 289)

    Oui à travers l'évocation de cette scène ancienne Concetta croit encore pouvoir se persuader que Tancredi l'a aimée ; mais rien n'est moins sûr
    Ce qui est très douloureux pour elle c'est de comprendre qu'elle ne peut plus reporter (si réellement Tancredi l'a aimée) la faute de son mariage avec une autre sur le Prince ou sur Tancredi lui-même ; mais de découvrir qu'elle en est la seule responsable.
    Je crois cependant qu'il ne faut pas s'illusionner : même amoureux, Tancredi était trop ambitieux pour l'épouser ; il aurait préféré Angelica et sa dot. Qu'Angelica soit très belle ne fait qu'ajouter aux arguments sonnants et trébuchants...
  • I. Concetta Vicitme de sa famille
    1. De Tancredi
    Il aime une autre femme Angelica et par les gestes et els paroles équivoques de Tancredi , Concetta croit qu'il veut se marier avec elle

    2.De son père
    a la fin quand il est mourant elle est la seule à ne pas pleurer car elle le hait

    suite au porchain épisode
  • Je ne crois pas qu'elle ne pleure pas son père à cause d'une haine qu'elle porterait... Ou alors j'ai mal compris le passage :/
    Moi j'y ai juste vu un des indices sur la force de son caractère, dur et impassible, elle ne s'émeut pas quoi... Son père lui-même reconnaît en elle une "vraie Salina", à ses sourcils toujours froncés, son caractère un peu autoritaire et rigide... Son absence de larmes à la mort de son père m'apparaissait plus comme une force de caractère qui l'empêche de se laisser aller devant les autres. Non?

    Par ailleurs, Léah a bien souligné le fait que Concetta se leurre jusqu'au bout; dans la huitième partie, elle découvre donc l'histoire de couvent et sa vérité, et donne l'impression de regretter son comportement envers Tancredi, parce que si ça se trouve, d'après elle, il l'aurait épousé sans cette méchanceté... Mais elle se fait des illusions, c'est clair que Tancredi aurait quand-même épousé Angelica. Donc elle est ébranlée à la fin, mais elle reste quand-même encore naïve.
    Et puis elle a fait de sa vie une vie de vieille fille avec impulsivité: dès le repas elle est super jalouse d'Angelica et du coup sa réaction est encore pire après avoir vu que la blague de Tancredi lui plaît, elle peut plus supporter. Donc à mon avis elle se dit, à partir de là, un truc du genre "Roh le sale goujat, en plus il drague une petite mijaurée qui n'est même pas de notre rang!", quelque chose comme ça... Elle est bornée quoi. Je trouve.

    Bon à part ça :
    Don Fabrizio arrange le coup par affection pour Tancredi, et aussi un peu par attirance pour Angelica. Il adore Tancredi qu'il "eût préféré avoir comme fils plutôt que ce bon nigaud de Paolo", et pour lui permettre l'ascension sociale et politique qui lui est dédiée, il lui donne une petite bourgeoise pleine aux as, comme il aurait aimé avoir s'il avait été à la place de son neveu. Et puis Tancredi lui-même le convainc de la nécessité à s'adapter aux changements politiques, ça comprend donc une sorte d'alliance avec les bourgeois.
    "Le prince aimait beaucoup sa fille, mais il aimait encore plus Tancredi"(dans la partie 3 je crois, pas le livre sous la main). A partir de là, on comprend qu'il fasse tout pour Tancredi, au détriment de sa propre fille (il n'a pas l'air de beaucoup aimer ses propres enfants, quand même!).
    Et puis il trouve qu'Angelica est vraiment belle, à plusieurs reprises on voit des allusions à l'effet qu'elle lui fait, c'est le cas de le dire (je reviendrais donner des pages), alors peut-être que il se l'approprie un peu à travers Tancredi en les mariant :p (Bon ok, c'est p'têtre un peu moins convaincant!...). J'ai un autre exemple qui me vient à l'esprit: pendant la scène du bal, quand le prince danse avec Angie, "les yeux vaincus de Concetta" lui vienne en flash dans son esprit, mais il les oublie rapidement en considérant la femme fatale qu'il a dans les bras, qui lui fait même oublier le temps d'une danse l'angoisse de sa mort... En somme, la beauté de la jeune fille a vaincu

    Bref, pour en revenir à Concetta, moi je ferais une partie, ou juste un paragraphe peut-être, sur son caractère qui fait d'elle une "vraie Salina", sa sévérité.
    Et puis p'têtre en intro une petite étude onomastique Concetta = une contraction de concepcion(en espagnol; je suppose qu'en italien ça se ressemble, faudrait demander à Oregann ), un rapport religieux, un peu comme sa mère, qui la prédestine à une vie pieuse, jusqu'à finir vieille fille peut-être (parcequ'elle ne veut même pas de Cavriaghi!)

    Voilà voilà, j'espère que j'aide un peu..
  • N'est-il pas aussi important de sa relation avec la religion? Elle est aussi bigote que sa mère, ce qui peut être utilisé pour souligner les différences avec son père.
    Il me semble aussi que le fait que l'on voit évoluer Concetta sur cinquante ans doit être signalé dès l'introduction. Son importance se sent aussi dans la huitième partie ou l'on trouve les pensées de Concetta dans un style indirect libre, procédé utilisé dans les autres parties presque uniquement avec les pensés du prince.
    Pour ce qui est de la formulation de son statue de veille fille, je te conseille de t'aider page 280 de la description de son trousseau, les "quatre caisse vertes", couleur de l'espérance.
    Pour ce qui est de la haine cette citation peut-être éclairante: "les longues heures passées en une savoureuse délectation de haine devant le portrait de son père, le fait d'avoir caché n'importe quelle photographie de Tancredi pour ne pas être contrainte de le haïr lui aussi". Le fait qu'elle ressemble à son pere et qu'elle le hait ne sont-ils pas le signe de sa haine envers elle-meme? La suite de la phrase me semble appuyer cette supposition, puisqu'elle se rend compte que la veritable fautive est bel et bien elle.
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