Le personnage du chien Bendicò dans Le Guépard de Lampedusa

Dans une lettre à un ami (voir page 323), Lampedusa écrit :
« Fais attention : le chien Bendicò est un personnage très important et il est presque la clé du roman. »

Qu'en pensez-vous ?


dans un topic sur le bestiaire dans cette oeuvre, Léah avait dit :
Bendico, qui apparaît dès le début du roman jeune et fringant, réapparaît à la fin, naturalisé, mangé aux mites et il finit jeté par la fenêtre. Il représente la splendeur et la misère de l'aristocratie.

Réponses

  • Aaaah! Hier quand je lisais le Guépard je me disais que Bendico avait quand même une importance indéniable mais qu'on l'oubliait souvent! :D Et donc j'ai relevé un peu tout ce que je trouvais à son sujet dans le livre.

    Déjà, comme Léah le disait, c'est le premier personnage qui entre sur scène, et le dernier à en sortir. Il reste là, en arrière plan, tout au long du roman en ajoutant une petite touche de gaieté que les autres personnages n'ont pas... "Précédé d'un Bendico très excité" "On rappela Bendico qui poursuivait son ami en remplissant la villa de hurlements joyeux" "ardeur amicale"
    "On aurait vraiment dit un humain"
    "Un vrai Piémontais! pensait Salina en remontant l'escalier"
    (en parlant de Mariannina) "Un vrai Bendico en jupon de soie"
    → Je trouve qu'il parait un peu comme le concentré de bonne humeur de tous les personnages du Guépard. Chacun s'y retrouve, s'appuie sur lui, comme il ne chancelle aucunement aux événements. Il est le vrai représentant du Guépard, le blason, la dernière relique de cette aristocratie, le dernier qui sombre.
    "Si ça continue, dans une semaine j'aurai la vie sauve parce que j'ai Bendico chez moi"

    Pourtant, on voit bien qu'il est déconsidéré dans le bouquin, le Prince dit qu'il ne ferait pas de mal à une mouche (ou quelque chose dans le genre, faudrait que je retrouve la citation), et il les suit tout le temps car "il voulait à tout prix participer". Il est très humanisé.

    Le Prince le rapproche même des étoiles à un moment, qui pour lui symbolisent l'immobilité parfaite et l'immortalité.. en quelque sorte ce que le Prince rêve de connaître mais ne connaîtra pas. ("Tu vois bendico, , toi, tu es un peu comme les étoiles : d'un bonheur incompréhensible, incapable de produire l'angoisse")

    C'est aussi l'un des seuls à émettre des doutes sur le couple Angelica-Tancredi (il grogne alors que Mlle Dombreuil parle de la joie du couple), mais il est vite remis en place par Francesco-Paolo. Par ailleurs, en reniflant Chevalley il se rend compte que c'est un brave homme.. il aurait donc de meilleures intuitions que les humains, malgré sa condition de chien..

    (Désolée, les remarques sont un peu en vrac. C'est ce que j'ai noté par ordre chronoloigique du livre et je n'ai pas pris la peine de les classer)
  • oh merci !...
    j'avais fait de même mais je n'ai pas relevé ces deux citations là :
    "On aurait vraiment dit un humain"
    (en parlant de Mariannina) "Un vrai Bendico en jupon de soie"
    Comment ont-elle pu m’échapper ?

    Enfin bref, là je sui en train de rédiger la disserte sur ce sujet, je ne manque pas d’idée mais je ne sais pas trop comment les organiser…

    D’abord le présenter simplement : c’est le chien du prince, un danois (faire le lien avec les origines allemandes, par sa mère, du prince ?)
    Parler de l’amour du prince pour les chiens en général ? (parle de Teresina comme d’une femme lorsqu’il propose à Don Cicio Tumeo, l’organiste de Donnafugata de venir dîner au palais avec elle alors qu’aux autres il leur propose de venir avec leur épouse, donne le nom d’un de ses chiens à une étoile, parle avec Bendicò, se souvient de tous ces chiens avant de mourir) Mais là je me demande si c’est pas un peu hors sujet…

    J’ai ma troisième partie : III. Le symbole de la maison Salina

    Fringuant et plein d’énergie au début du roman, il est après sa mort naturalisé. Même « piqué par les vers » Concetta tient à le conserver après la mort de son père, jusqu’à ce qu’après la déconsidération de sa famille, elle apprenne la vérité au sujet des sentiments de Tancredi, ce qui “l’achève” (elle et la famille Salina – dsl, j’ai pas trouvé d’autre mot pour traduire ce que je veux dire) : elle décide alors de s’en débarrasser car même lui désormais lui rappelle « des souvenirs amers ». au moment de disparaître par la fenêtre, il prend un instant la forme d’un « quadrupède à longue moustache » rappelant le guépard, symbole de la famille Salina. Il représente donc l’éteinte du prestige de la famille, sa mort en tant que famille respectée et influente de l’aristocratie…

    Bon, c’est pas encore très propre mais voilà déjà mes idées principales… Des conseils à me donner pour mon I. et mon II. :rolleyes: ?
  • Je pourrais pas trop t'aider à organiser (en plus c'est pas mon boulot :P) mais je peux toujours continuer dans le désordre.. :)

    Symbole de la maison Salina, oui, mais surtout marque du déclin. Je pense qu'il faut insister que, tout au long du roman, lui il ne "décline pas", reste fidèle à lui-même, mais finalement, au dernier chapitre.. on tourne aussi la page sur lui.
    Personnage-clef car. symbole des Salina, oui, symbole de leur déclin, donc, symbole aussi de leur mauvaise prise de conscience (ils ne réalisent pas vraiment qui est Bendico, tout comme ils ne réalisent pas les événements extérieurs à leur petit cocon aristocratique)

    Je pense que, dans un premier temps, il faut déjà que tu mentionnes sa condition, et son côté déprécié. Ce n'est qu'un animal, après tout.. et il n'est pas actant. Figure immobile qui demeure.. en ce sens il n' est pas un réel personnage. Il le devient à la fin, son rôle s'est concrétisé lorsqu'il a été jeté, et qu'on s'est rendus compte que c'était la dernière relique.

    Après, tu peux mentionner le "soutien" qu'il apporte aux Salina, comme s'il était extérieur à la famille, et enfin, comme tu as fait, le considérer comme un symbole de la famille.
  • Wahou ok ! Merci. Je m'y mets intensément en dans moins d'une heure j'ai fini... (moi ? non je ne fais pas mes devoirs à la dernière minute...)
  • KyohimeKyohime Membre
    Bonjour ! :)

    je viens de lire les réponses postés au sujet de Bendico, et elles m'ont beaucoup aidé :D

    Pourriez-vous me dire si mon plan est correct svp.
    La question était : "quelle est l'importance du chien bendico dans le roman ?"

    I) ....(j'ai pas le titre exacte mais l'idée est : important au niveau de la trame)
    A. il est le premier perso à entrer sur scène, et clos l'histoire
    B. il permet les prévisions (=> prolepses) par sous-entendu : *grogne sur angélica, préssent ses vraies intentions : réussite sociale, s'interresse plus au physique de Tancredi qu'à son intelligences.
    * "apprécie" Chevalley qui a de bonnes intentions
    C. Il incarne le déclin de l'aristocratie et des Salina par la métaphore du "quadrupède..." et car il est empaillé, mité, poussiéreux, fini jeté par la fenêtre. Ce qu'il reste de Bendico : une "carcasse" tt comme les Salina (on perdu leurs influences, ...)

    II) bendico a de l'impacte sur un bon nb de personne et sur plusieurs dimensions (mon titre est bizarre...)
    A. Même s'il semble à première vue relégué au second plan, il incarne la joie par ses interventions (Tancredi : Bendico est son chien préféré, il joue avec..). il est surtt la source de paix et de bonheur et d'affection du prince (fait oublier ses soucis...).
    B.Par son comportement Bendico est humanisé : se rapproche d'un enfant (veut tjr joué, on lui pardonne tt, on l'emène partt, a certaine faveur que l'on refuse aux adultes=> j'ai des exemples que je n'ai pas developpé ici qui peuvent rapprocher ses comportement à celoui d'un enfant). + "les chiens de sa vie" (= affection) =>> rapport terrestre.
    C. Il est même plus qu'humanisé : rapport céleste : comparaison aux étoiles. Et rapport divin (? supérieur, transcendant) : incarne l'amour qu'éprouve Concetta pour Tancredi.

    J'ai juste mis les grandes lignes.
    Voilà, j'espère qu'il n'est pas trop incompréhensible
    Merci d'avance :)
  • Il y a une erreur sur le premier personnage qui entre en scène : celui-ci est, évidemment, le Prince. (il récite le Rosaire)
  • KyohimeKyohime Membre
    ok merci, je rectifierais ! :)
    Sinon y a-t-il d'autres problèmes dans mon plan ?
    Merci :cool:
  • Me revoilà, forte de la correction de ma dissert'... :cool:


    - il ouvre et clôt le roman, deux rares moments où il n'est pas avec son maître. Toujours présent après la mort du Prince (avec Concetta). Il partage le vie du prince et de sa famille.
    Il n'est pas admis à la récitation du rosaire parce qu'un animal n'est pas admis dans les choses sacrés des hommes même si il est "très humain". Et il n'est pas concerné par la prière dite pour le salut de l'âme des hommes qui craignent la mort. Bendicò n'a pas d'angoisse existentielle ou métaphysique.

    - C'est un danois, donc d'origine nordique, comme le Prince. Grand, fort, robuste, comme le Prince. Un double du Prince ? par certains côtés, oui, mais pas totalement car le Prince est civilisé, il a le sens du devoir, de la retenue, de la décence. Le chien peut se permettre ce que le Prince n'oserait pas faire. Par exemple, d'exprimer ouvertement son jugement des personnages. Le Prince se retient dans son affection si forte pour Tancredi, Bendicò non, il pousse "des hurlements joyeux". Il juge vite et bien Chevalley et se montre "convaincu d'avoir affaire à un brave homme".
    Son jugement sur Angelica est plus réservé : à sa première venue au palais, "il grondait du fond de sa gueule""ce qui était en opposition avec sa sociabilité habituelle".

    - Il peut se faire obéir du Prince, celui à qui tous obéissent : "le regard implorant du chien l'obligea au lieu de cela à aller dans le jardin".
    il apporte la vie, la joie, l'enthousiasme à un homme obsédé par la mort, envahi par la lassitude et le désir de renoncer. Il enlève même l'angoisse métaphysique, au moins le temps d'un instant : "tu vois Bendicò, toi, tu es un peu comme elles, comme les étoiles : d'un bonheur incompréhensible, incapable de produire de l'angoisse".
    a cet égard, il doit être rapproché de Mariannina et des étoiles. La prostituée est vue comme "une sorte de Bendicò en jupon de soie". Elle non plus ne fait pas naître l'angoisse, par le caractère naturel, car sexuel, de la relation qu'elle entretient avec le Prince. De même que les étoiles sont pour lui le signe de l'éternité, de l'absence de changement, de dégradation. La manifestation de la certitude : elles sont là où on les attends. Elles rassurent profondément, comme Bendicò, apaisent, comme Mariannina.

    - un animal symbolique : un autre blason ou un anti-blason ? Un anti-guépard, "merveilleusement balourd". Tout le contraire de la férocité, de l'élégance, de la noblesse...
    Il symbolisera donc, des dizaines d'années après la mort du Prince, le Guépard, la chute de la maison, "la fin de tout".
    "un quadrupède aux longues moustaches". Il fait penser au guépard, mais il ne l'est pas. Il était devenu une des reliques de la maison Slaina : tout autant que les reliques religieuses, il est finalement faux, ou du moins, il ne représente plus rien de la grandeur de la maison aristocrate. Le livre rejoint, avec la chute de Bendicò, la vie : tout cesse, "la fin de tout", la fin des Salina, la fin de Concetta, la nouvelle mort du Prince, la fin du livre...


    (et je ne donne que les grands points... ;))
  • Désolée, mais Bendico n'ouvre pas le roman : relis la première demi-page...
  • Si !
    Certes, la voix du Prince est citée avant, mais ce n'est que sa voix, pas lui.
    Le premier à apparaître véritablement, c'est Bendicò !
  • Bendico fait partie des nombreux couples homme-animal du Guépard...

    Même si Bendico est tombé en 2007 au bac, je vous livre mon plan personnel, juste histoire d'avoir des points de vue différents =) :

    I. Un personnage omniprésent qui structure le roman
    a) Il ouvre et le clot
    b) Il est embrayeur de méditations
    c) Alter ego du Prince, Bendico est plus humain que d'autres ; il est image du déclin généralisé


    II. Un personnage omniscient
    a) En lien avec les étoiles (donc digne de confiance)
    b) Sait distinguer le bon du mauvais
    c) Symbole de la maison Salina, sa chute marque "la fin de tout"



    Dans le II. b), je veux parler de la réaction de Bendico face à Angelica...
    Je suis ouverte à vos critiques =D


    Relisez l'oeuvre, et à chaque fois vous découvrirez de nouvelles choses... ;P
  • Mais léah bien sur qu'il n'ouvre pas le Roman mais c'est quand même lui qui fait démarrer l'action. C'est a partir de son entrée que le déclin, le rouage va commencer a tourner.
  • Pour info, le sujet est tombé au bac en 2008 (et non pas en 2007) > il peut y avoir des éléments intéressants dans les corrigés par exemple ! En tous cas, merci beaucoup pour tous vos commentaires, ils m'ont bien aidée !
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