Bonjour à tous,

Y a-t-il des gens ici qui sont intéressés par la traduction littéraire ? De façon active comme passive, s'entend, quoique j'aie l'impression qu'on ne parvient à de vraies opinions sur la question qu'en ayant pratiqué un peu... ne serait-ce qu'en pur amateur ou dans un cadre académique.

Le terme de traduction littéraire suppose version, car en dehors de certains cas de bilinguisme, le thème me semble dans un contexte littéraire une sorte de fantaisie. Par précaution, j'exclus aussi de ce jugement (que je vous invite à discuter si cela vous chante) les auteurs qui se traduisent eux-mêmes, par exemple Milan Kundera, qui a commencé par traduire ses romans tchèques en français et va désormais jusqu'à écrire directement dans notre langue.

Un point dont j'ai longtemps voulu nier l'importance concerne le choix du lectorat par le traducteur. Il me semblait qu'il ne pouvait s'agir d'un choix, au pis juste d'une interprétation, car le traducteur se devait d'écrire pour le même public que l'auteur original. Évidemment c'est faux, car à partir du moment même où la langue change, le lectorat, toutes ses références culturelles, tous les mythes qui peuplent son imaginaire changent aussi. Rester près du texte de départ n'est pas forcément lui rendre service, si une constellation de significations et de symboles se retrouvent de ce fait, comme l'on dit, lost in translation...

Je m'explique. J'ai lu tout dernièrement une traduction de ?, de Dostoïevski. Il y avait des mots transcrits en alphabet latin et conservés en italique, dont j'étais incapable de dégager le sens par ignorance de la civilisation russe du milieu du 19ème siècle. Une chose frappante également, qui choquait un peu en anglais, étaient que les personnages s'adressaient l'un à l'autre à la russe. Cela donnait à un moment une perle de non-sens : "Mr. Razoumikhin... sorry, I forgot your name." Parce qu'en russe, le mot monsieur n'existe pas ; la façon polie de s'adresser aux gens est prénom + nom patronymique, et c'est à ce "name"-là que le personnage fait référence lorsqu'il avoue l'avoir oublié. Or en anglais, la façon polie de s'adresser à quelqu'un est bien Mr. + nom de famille, aussi... "Mr. Razoumikhin (...) I forgot your name" est juste hilarant, et incompréhensible pour un lecteur non averti. J'en déduis que notre traducteur a fait le choix d'écrire pour un lectorat familier des habitudes russes.

Autre chose : la mise à jour, ie actualisation des traductions. Quel droit les étrangers ont-ils d'avoir un texte actualisé, quand les lecteurs en langue originale, eux, sont pour toujours coincés avec un texte qui ne peut qu'accuser l'injure du temps ? J'ai un temps pensé ainsi, mais pour le coup encore, j'avais tort. Déjà, il est naïf que de s'imaginer que l'on lit les originaux intacts des œuvres parues il y a déjà un certain temps... Les ajustements sont quasi systématiques à chaque nouvelles édition, ne serait-ce que pour conformer l'orthographe aux règles qui sont apparues depuis (cela va jusqu'à un remodelage total dans certaines littératures populaires, afin de les purger d'incorrections politiques datées). Ensuite et surtout, il faut garder à l'esprit que les langues évoluent individuellement et indépendamment. Pourquoi garder dans des traductions des mots que cent ans après, plus personne ne comprend, tandis que peut-être, dans la langue originale, les mêmes concepts sont désignés par des termes qui n'ont pas vieilli ?

Je termine mon post-fleuve (désolé) par quelques questions : quelles expériences de traduction littéraire avez-vous, en tant que traducteur et/ou lecteur ? Dans combien de langues lisez-vous ? Tout est-il traduisible ? La poésie, par exemple... Que pensez-vous de traduire la poésie ?
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Réponses

  • Personnellement, je me destine à une licence d'anglais l'année prochaine, dans le but de faire soit professeur, soit traducteur littéraire. Donc je m'intéresse pas mal à la traduction littéraire.

    Je lis surtout des livres écrits/traduits en anglais, et quelques fois en italien aussi, mais beaucoup moins souvent.
    Je ne pense pas que tout soit traduisible, en particulier la poésie. Evidemment, le traducteur trouvera toujours un moyen pour contourner un problème, et choisira une autre manière de le dire ou autre, mais cette manière de le dire ne sera pas fidèle au texte, et peut de ce fait perdre la valeur que la phrase/le mot/l'expression avait dans la langue originale.
  • Vaste sujet... Je suis traductrice (bien que mes incursions dans la traduction dite littéraire aient jusqu'à présent été extrêmement rares), je lis autant de traductions que de livres en "version originale". Tout dépend de leur disponibilité, de l'humeur (de la paresse) du moment, de la qualité du traducteur si je connais son travail.
    En parlant de ? et d' "actualisation des traductions", Markovitch fait un travail passionnant (et à visée exhaustive) de relecture des oeuvres de la littérature russe. C'est fascinant de l'écouter en parler (c'est un souvenir qui date de plus de dix ans, en ce qui me concerne ! inoubliable...), il a une façon très intéressante et très convaincante de justifier ses nouveaux choix de traduction. Quand tu dis, Asia : "Quel droit les étrangers ont-ils d'avoir un texte actualisé, quand les lecteurs en langue originale, eux, sont pour toujours coincés avec un texte qui ne peut qu'accuser l'injure du temps ?" C'est là le coeur de son travail : l'oeuvre originale, elle, n'a pas à supporter le passage des siècles. Elle "est", c'est tout. La traduction, qui ne peut constituer qu'un effort pour s'approcher au plus près de la nature de ce texte originale, est "parasitée" par toutes sortes de choses : la censure de l'époque, l'idéologie dominante, le style en vogue à un moment donné... Je me souviens d'un exemple très frappant qu'avait donné Markovitch lors de cette rencontre organisée dans mon lycée en 97 : il nous disait (et je dois le croire sur parole, n'ayant pas lu Dostoïevski dans le texte...) que l'auteur de ? utilisait sans cesse l'adjectif "?", lourd. Dans les traductions antérieures, les traducteurs (sans doute très bons, d'ailleurs !) redoublaient d'imagination pour trouver des synonymes : lourd, pénible, pesant... et supprimaient au passage quelques occurrences de ce fameux adjectif. Car il est bien connu que le français est une langue qui supporte mal la répétition, et que nos profs de français nous ont tous mis des points d'exclamation irrités dans la marge de nos dissertations quand nous répétitions le même mot à deux lignes d'intervalle. Markovitch expliquait donc qu'il avait choisi délibérément, lui, d'utiliser le même adjectif constamment, par respect pour le style d'origine de ce cher Dosto.
    Question de point de vue, quoi...

    Edit : j'avais confondu Cindy84 et Asia Vanilková dans mon "post", mille excuses.
  • J'aimerais avoir des informations concernant ce métier, il m'intéresse bcp. Si quelqu'un pouvait me renseigner... (j'aimerais apprendre le russe -en plus de l'anglais bien sûr-).
  • Titigoth a écrit:
    J'aimerais avoir des informations concernant ce métier, il m'intéresse bcp. Si quelqu'un pouvait me renseigner... (j'aimerais apprendre le russe -en plus de l'anglais bien sûr-).
    Bonsoir,

    Pour les métiers liés à la traducteur, la meilleure voie possible à l'Université est bien entendu LLCE. Je me suis pas mal renseignée aussi sur ça, j'ai même demandé à ma prof' si c'était bien la meilleure filière, elle m'a répondu que oui. Après, pour faire de la traduction, je pense qu'il faut surtout prendre contact avec des maisons d'éditions... Ou bien tu prends ton courage à deux mains et tu traduis un livre encore jamais traduit, puis tu le présente à une maison d'édition. C'est tout ce que je sais...
  • Merci cindy84. LLCE me brancherait pas mal, mais il s'agit d'étudier une langue à fond il me semble (dites-moi si je me trompe). Et dans mon cas, j'aimerais en apprendre deux ou trois...
  • Titigoth a écrit:
    Merci cindy84. LLCE me brancherait pas mal, mais il s'agit d'étudier une langue à fond il me semble (dites-moi si je me trompe). Et dans mon cas, j'aimerais en apprendre deux ou trois...
    Je sais que la première année, tu as deux langues à étudier (en LLCE). Et en LEA, tu as deux langues pendant les 3 ans de licence.
  • InaIna Membre
    La traduction littéraire est la spécialité la plus difficile. ( on peut en effet beaucoup parler de la poésie qui est extrêment compliquée à traduire).


    Pour ceux qui se destinent à cette profession, il ne faut pas avoir une vision trop romantique de la chose.
    Certres c'est beaucoup de satisfaction, et sans aucun doute la spé la plus passionante et de loin, mais c'est aussi beaucoup de galères et beaucoup d'effort.

    Etre engagé dans une maison d'édition relève de l'exploit, les plus grandes font appel à des traducteurs réputés dans le domaine, les plus petites ne font pas appel, ce sont des traducteurs freelance qui envoient leur traduc un peu partout.
    Et là, ce qui est l'immense majorité des cas, ils n'ont qu'à prier pour que 1°: l'oeuvre qu'ils ont traduits interesse l'édition, 2°: leur traduction soit acceptée ( autant dire que très souvent la 1ere condition n'est pas remplie donc on regardera à peine votre travail)

    C'est une profession qui demande une auto discipline phé-no-mé-nale, un travail solitaire ( les traduc litté travaillent seuls chez eux derrière un ordi) et un travail gigantesque ( il faut s'imprégner de l'auteur, son style..donc faire d'immenses recherches en amont avant de faire le travail de traduc).
    Quant aux salaires, ils ne sont pas fixes, et soyons francs n'atteignent pas les sommets. Il peut arriver des mois sans entrée d'argent directe de votre travail de traduc, donc si vous vivez seul par exemple, il vaut mieux avoir un autre travail à côté.

    C'est donc un parcours très compliqué, seuls réussissent les acharnés du travail, et les plus "débrouillards" ( personne derrière soi pour dire ce qu'il faut faire ou pas) mais réellement passionant, c'est indéniable.
  • Ah oui... Honnêtement, je savais que c'était compliqué, mais à ce point... Pas du tout !
  • En effet, je pensais que c'était un métier qui demandais de l'autonomie, de "l'acharnement" et beaucoup d'effort, mais à ce point... Ina, vous m'avez un peu découragée...
  • Titigoth a écrit:
    Ina, vous m'avez un peu découragée...
    Oui, moi aussi, en effet... :(
  • En quoi le travail acharné et la nécessité de se débrouiller (autonomie) sont répugnantes à nos jeunes? :P

    Quand on veut faire quelque chose dans la vie, il est inutile d'attendre qu'un État Providence va la laisser tomber automatiquement dans vos mains.
  • En quoi le travail acharné et la nécessité de se débrouiller (autonomie) sont répugnantes à nos jeunes?
    Personnellement, je n'ai jamais dit que travail acharné et autonomie me répugnaient. Ce que je voulais dire, c'est que jamais je n'avais pensé au fait qu'il est difficile que les maisons d'édition acceptent ce que nous avons fait. Voilà tout. Et franchement, je ne suis pas du style à me décourager pour "si peu". Surtout que ce n'est pas la seule voie d'orientation qui me plaît. Il y a aussi l'enseignement. Donc si je vois que la traduction littéraire n'a "pas d'avenir", je choisirai l'autre voie. Et puis j'ai encore bien le temps de me décider !
  • Moi non plus je ne suis pas découragée par rapport au travail à fournir. Je n'ai jamais dit que j'étais feignante !! Si je veux travailler et si ce que je fais me plait, je ferais tout pour y arriver. Seulement, je pense que ce métier est très intéressant et enrichissant. Si l'on a la patience, l'envie et la motivation d'en faire sa vie, on peut y arriver. Pour ma part, je me dirigerais je pense plus vers la traduction technique ou juridique que vers la traduction littéraire.
  • Titigoth a écrit:
    Si l'on a la patience, l'envie et la motivation d'en faire sa vie, on peut y arriver. Pour ma part, je me dirigerais je pense plus vers la traduction technique ou juridique que vers la traduction littéraire.
    That's the spirit! Je ne connais pas de "jeunes" traducteurs qui ne vivent que de la traduction dite littéraire. Tous font de la traduction technique ou audiovisuelle à côté, il faut être déjà un traducteur bien établi pour vivre de la seule traduction littéraire. Et encore faut-il savoir ce que l'on appelle traduction littéraire : en théorie, cela couvre tout le domaine de l'édition, et pas seulement les oeuvres de fiction / poésie (y compris donc, les ouvrages spécialisés du type livres de cuisine, ouvrages sur la photographie, guides de voyage... ce qui peut être très intéressant à traduire, d'ailleurs !)
    En quoi le travail acharné et la nécessité de se débrouiller (autonomie) sont répugnantes à nos jeunes?
    Ceci, simplement : travailler en indépendant, comme c'est le cas de la plupart des traducteurs (sans salaire fixe, sans congés payés, sans soirées et sans week-ends bien souvent, sans la perspective d'un "boss" et d'une équipe de collègues à retrouver le matin, avec des périodes de boulot intense alternant avec de looooongues périodes sans une commande à l'horizon, le tout en consacrant beaucoup de temps à prospecter pour trouver de nouveaux clients et à relancer ceux qui semblent vous avoir oublié(e)...), ne convient pas à tous les tempéraments, et c'est bien normal... Mais cela a aussi des avantages, bien sûr. Cela dit, le portrait brossé par Ina me semble assez fidèle à la réalité !
  • LapinLapin Membre
    C'est un sujet très intéressant. Je suis assez d'accord avec ce qui a été dit, notamment par Ina et Anne-Lise. J'aimerais juste rajouter deux-trois choses.

    Premièrement, il est bien vrai qu'il faut éviter de se construire une image romantique du traducteur littéraire. C'est un travail éreintant, même lorsque l'on a rien à traduire : c'est une vie de "travail", c'est-à-dire de lectures diverses et variées, d'apprentissage de la langue (y compris, et surtout, de la sienne), et de doute. Et puis, comme cela a déjà été très justement dit, dur dur de vivre de la traduction littéraire. On travaille à côté la plupart du temps (enseignement, recherche, etc etc...)

    Deuxièmement, il faut avoir des connaissances, se créer un répertoire de gens ayant le bras long. Sinon il est très dur de commencer et de continuer. Le talent est une chose, les occasions de le montrer en sont une autre.

    Troisièmement, il ne faut pas croire que le bac, qu'il soit S, L ou ES, influence une carrière de traducteur. Ce n'est pas parce que l'on a eu 18 au bac d'anglais et 20 au bac d'espagnol que l'on a du talent et que notre avenir de traducteur est tracé. La traduction littéraire est d'un tout autre niveau que le bac.

    Quatrièmement, peu importe le cursus universitaire : la traduction ne s'apprend pas en faculté.
  • Heyllo!

    Je voulais demander ce qu'il en est des métiers de la traduction dans le sous-titrage? (de films, d'animés, de dessins animés ou autres...)
    Et si il existe des débouchés, peut-on exercer à l'étranger ce métier? (en Angleterre ou au Japon cela me conviendrais parfaitement ^__^)

    Merci de vos réponses et bonne journée/soirée!

    PS: J'espère ne pas m'être trompée de topic pour poster ma question... *I'm a little boulette* Autrement, je m'en excuse auprès des modérateurs... =)
  • Bonjour RedTong,

    La traduction audiovisuelle est à peu près aussi bouchée que la traduction littéraire. Elle se divise en plusieurs spécialités - le sous-titrage, le doublage et le doublage de documentaires ("voice-over").Tu trouveras ici des descriptifs des différents métiers ; et ici un texte rédigé par un traducteur, qui décrit le secteur qui est le nôtre... Le site est celui de l'Association des traducteurs adaptateurs de l'audiovisuel, une association professionnelle créée il y a deux ans environ pour faire face aux nombreux problèmes que nous rencontrons.
    Oui, on peut exercer ce métier à l'étranger, dans l'absolu. Le problème est que dans la plupart des pays, la traduction audiovisuelle est tellement déconsidérée qu'elle est devenue un job pour étudiants : délais absurdes, tarifs ridicules, impossible d'en vivre, en gros. Je ne connais pas la situation au Japon, mais en Angleterre, ces dernières années ont vu intervenir des baisses de tarifs vertigineuses. Par contre, si l'on commence en France (où les tarifs baissent aussi, mais c'est une autre histoire...) au bout de quelques années, une fois qu'on s'est fait une petite clientèle, rien n'empêche d'aller vivre à l'étranger et de continuer à travailler pour ses clients français : tout ou presque se fait par Internet. J'ai une amie qui est ainsi partie s'installer en Argentine et qui travaille exclusivement pour des clients basés en France.
    Si tu as d'autres questions précises, n'hésite pas... Je dirais que comme la traduction littéraire, c'est un métier où il faut bien bien réfléchir avant de s'engager.
  • Encore une info supplémentaire pour ceux qui voudraient étudier en Belgique, il y a un très bon centre de Traduction littéraire à Dilbeek qui dispense une formation payante post universitaire.
    Il s'agit du CETL ( Centre Européen de Traduction Littéraire ) dont voici le lien: http://www.traduction-litteraire.com

    Vous y trouver également des liens utiles vers d'autre centre de formation pour la traduction littéraire.
  • Bonjour,

    Le blog n'est plus mis à jour, mais je présume que vous trouverez quelques infos.
    http://fdt-tribunelibre.blogspot.fr/

    Le blog renvoie vers un forum assez fréquenté.
    En anglais, vous pourriez visiter des interfaces de traducteurs pro ; ex : ProZ, où des dizaines de débats fleurissent chaque jour.
  • Oui ,en effet moi j'adore traduire de l'espagnol au français et du français à l'espagnol !
    une véritable passion pour l'Espagne et tout ce qui y touche ! =D
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