Ancien français - Besoin d'aide pour traduire

Bonjour à tous!
Je suis en licence de lettres modernes et dois traduire un texte sans traduction existante pour m'aider.
Il sagit de la chanson d'Aspremont (vers 1817 à 1855): un messager envoyé auprès de l'émir d'Aspremond par Charlemagne doit se heurter à un griffon qui garde la cité.
Si vous pouviez m'aider sur ces quelques vers je vous en serais très reconnaissante:

_"quant il vole, si maine tel tençon
C'on l'oïst bien del trait a un boljon"

_"Des giets des eles feri sor le baron
sor son escu par tel devision
nel pot tenir ne çaingle ne arçon"

_"Anchois qu'en piés revenist li frans hon,
Ot il saisi son destrier aragon"


_"Richiers s'en vait armer al pavellon"

Enfin, je ne comprends pas la forme du subjonctif (du moins ça me semble être du subjonctif) dans:

"Dieu le garisse par son saintisme non"

Comme il sagit de la troisième personne du singulier, j'aurais eu tendance à penser à "guarist" plutôt qu'à "guarisse"

Voilà, j'espère que vous pourrez m'éclairer quelque peu là-dessus, toute aide est la bienvenue, même minime!
Merci à tous
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Réponses

  • nel pot tenir ne çaingle ne arçon
    ne peut tenir ni sangle ni arçon

    il saisi son destrier aragon
    son cheval (destrier) originaire de l'Aragon
  • Merci pour votre réponse mais à vrai dire, je m'interrogeais plus sur la nature du "ot" dans le troisième extrait de vers et sur le 1er vers du deuxième extrait.
    Je vous remercie tout de même d'avoir pris le temps de vous attarder sur mon problème.
  • ot = 3 sg du passé de avoir (= out)

    2ème conjigaison subjonctif présent
    je fen-iss-e
    tu fen-iss-e-s
    il fen-iss-e-(t)

    "Le t s'est amuï très rapidement, sauf dans l'Est et le Nord-Est.PArfois, le phénomène invese s'est produit, et c'est le " qui a disparu. Ainsi coexistent il puisse et il puist... "
  • Bonjour, j'ai des difficultés à traduire certains passages de ce texte :
    Au rastelier menjoient cent et cinquante torel. Il i menjoient et si n'estoient pas ou pré; car s'il i fussent, lor cuers mainsissent en humilité et en pacience. Li torel estoient orgueilleux et tuit vairié ne mes troi. Par les toriaux doiz tu entendre les compaignons de la Table Reonde, qui par lor luxure t par leur orgueil sont chaoiz en pechié mortel si durement que lor pechiez ne pueent atapir dedenz els, ainz les estuet paroir par dehors, si qu'il en soit vairié et tachié et ort et mauvés aussi come li torel estoient.
    que j'ai traduit par :
    Cent cinquante taureaux mangeaient au râtelier. Ils y mangeaient et ils n'étaient pas au pré; car s'ils y avaient été, leurs cœurs auraient minci en humilité et en patience. Les taureaux étaient orgueilleux et ... . Par taureaux, il faut comprendre les compagnons de la Table Ronde, qui par leur luxure et par leur orgueil sont tombés en [état de] péché mortel [de manière] si extrême que leur péchés ne peuvent se dissimuler en eux, ainsi qu'ils paraissent par dehors, qu'ils étaient ... corrompus, souillés et mauvais ainsi que le sont les taureaux.
    ai-je bien traduit ?
    pouvez-vous m'aider à traduir ce qui me manque ?
  • JehanJehan Modérateur
    Bonjour.

    Je ne suis pas spécialiste en ancien français.
    D'autres pourront sans doute te proposer une correction plus détaillée.

    Mais vairié veut normalement dire "tacheté".

    Et ainz (du latin antius) ne veut pas dire "ainsi",
    mais "avant, auparavant" ou "plutôt, de préférence" ou encore "mais".
  • Bonjour Louclé,
    tuit vairié ne mes troi
    je traduirais par tous tachetés sauf trois ("ne mes" = sauf).

    Et là :
    qui par lor luxure t par leur orgueil sont chaoiz en pechié mortel si durement que lor pechiez ne pueent atapir dedenz els, ainz les estuet paroir par dehors, si qu'il en soit vairié et tachié et ort et mauvés aussi come li torel estoient.
    qui par leur luxure et leur orgueil sont tombés en péché mortel si profondément que leurs péchés ne purent se tapir en leur sein mais apparurent au dehors, à tel point qu'ils en étaient tachés et souillés, et sales et mauvais, ainsi que les taureaux l'étaient.

    C'est une traduction à l'instinct, elle n'est pas académique, n'étant pas, moi non plus, spécialiste en ancien français.

    Muriel
  • Merci pour votre aide...
  • Est-ce qu'il n'y a pas un jeu de mot sur les deux sens de vairié : de diverses couleurs, bigarré, tacheté, mais aussi "garni de vair" ?
  • Anne345 a écrit:
    Est-ce qu'il n'y a pas un jeu de mot sur les deux sens de vairié : de diverses couleurs, bigarré, tacheté, mais aussi "garni de vair" ?
    je pensais plutôt que comme le texte (je n'ai donné ici que l'extrait qui me posait problème) est une métaphore (les chevaliers de la table ronde sont comparés à des taureaux) sur le bien (vertuz) et le mal (péchié) cela pouvait avoir une signification en rapport avec ce thème...
  • Je ne crois pas qu'il y ait contradiction. Voir là : [Lien invalide.]
  • Putakli a écrit:
    Je ne crois pas qu'il y ait contradiction. Voir là.
    J'ai peur de ne pas du tout voir le rapport...
    et même en allant voir la page que tu m'as indiquée
  • Je voulais dire que je ne voyais pas de jeu de mots
  • Je voulais dire que comme porter du vair "était réservée aux rois, aux hauts dignitaires pendant le Moyen Âge" la première occurrence de vairié, associée à orgueilleux, pouvait être prise dans ce sens, quand les taureaux représentent les Chevaliers. Alors que la deuxième fois, il s'agit de taureaux réels, il s'agit de leur fourrure propre, donc ce sens est exclu. Selon moi, ce serait donc une antanaclase.
  • Merci beaucoup à tous !
    Je devais rendre mon DM aujourd'hui, donc je vous tiendrais au courant...
  • Bonjour Anne
    Je vous remercie de votre explication qui est très claire, tandis que ce que je vais développer ici risque de l'être beaucoup moins. Un petit préalable est nécessaire pour que je puisse m'expliquer.

    Le texte me parait très intéressant, mais moins que les problèmes que sa traduction révèle. Ce qui m'intéresse, c'est le malentendu en général dans tout le champ de la vie sociale (peut-être parce que j'étais conseil d'entreprise et non linguiste), et la traduction au sens le plus général en ce qu'elle fournit un aperçu du malentendu rencontré, bousculé et franchi.

    Avec, et grâce à un texte du moyen-âge, bien qu'il soit écrit, j'entre dans un monde phonétique où les gens se comprennent entre eux à l'intérieur d'un même canton, et au délà des bornes du canton, passent à l'au-delà et communiquent entre eux par l'intermédiaire d'images qui véhiculent une vérité révélée que nous appelons religion mais qui correspond pour eux à ce que la science est pour nous. Le média image fonctionne d'une manière très différente de celle que nous connaissons avec des gens qui ont appris à écrire et pris l'habitude de se mirer dans le congénère. La classification des espèces n'avait pas été établie et la rupture entre l'homme et l'animal n'avait pas été vissée dans les esprits par le cogito cartésien et la théorie des animaux-machines. C'est avec et à partir de cela que j'essaye de comprendre.

    Dans un texte poétique et incantatoire, le mot "vairié" m'inspire des résonances phonétiques (varié, avarié), et le vair me parait être objectivisation quelque peu fétiche analogue à cette qu'on rencontre aujourd'hui quand les gens parlent du beau plutôt que de la beauté ou du vrai plutôt que de la vérité ou du réel plutôt que de la réalité. Le malentendu que je cherche à saisir en repérant que l'un dit ceci et que l'autre comprend cela va souvent se nicher dans le passage du référent visuel-tactile au référent scopique-scriptural. Expérimentalement, par exemple, ayant repéré dans une conversation générale que quelqu'un avait dit "nos terres", et que d'autres avaient cru entendre "notaire", j'avais essayé de faire durer la conversation autant que possible, pour voir quand l'idée d'un malentendu viendrait aux participants.

    Or le jeu de mots me parait lié aux usages d'une société dont la pensée est très fortement orientée vers l'écriture, et le malentendu qui peut se produire entre l'auteur qui baigne dans un monde phonétique et le lecteur qui baigne dans un monde scriptural ne se produit pas à propos de n'importe quel mot, mais avec le mot vairié. Pourquoi ce mot plutôt qu'un autre ?

    Le problème est voisin de celui qui se posait hier avec misscooke à propos des temps et où vous étiez aussi intervenue. C'est . J'avais détaillé comment je lisais, ce qui ne veut pas dire que je lisais bien.

    Est-ce que c'est clair et qu'en pensez-vous ? Je serai très intéressé par votre réponse.
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