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Réponses

  • La question initiale nous mène à supposer que la vie quotidienne est si insupportable qu'on devra chercher des "trucs" pour l'adoucir ou l'oublier.

    Prenons Gervaise (L'Assommoir) comme exemple. Au lieu de se laisser aller, il lui aurait fallu lire les Fables de La Fontaine. ou Assister à une représentation des Noces de Figaro. :P
    En fait, même si elle sort (trop rarement) au Cabaret, la vie ne peut que lui sembler plus dure par la suite de cette "évasion".

    Ce dont on a vraiment besoin est une panoplie de "trucs" pour nous aider de faire face à la vie quotidienne, et, si possible, en réjouir. :D

    Nous vivons, nous, de ce loisir,
    Lune et soleil, frein ou fouet,
    Dans un ordre halluciné.
    René CHAR
    D'un même lien.
  • René Char... Merveilleux poète ! J'aurais dû écrire "merveilleux homme" tant son personnage est à l'image de la poésie qu'il a écrite (c'est comme ça avec tous les merveilleux poètes, mais j'ai une affection particulière pour Char).
    J'ai l'impression que Char a écrit les "Feuillets d'Hypsos" comme s'il respirait. C'est une présentation personnelle de ce qu'il a vécu, où l'on peut trouver une réelle dimension universelle (lutte contre l'oppression, pour la liberté, course à la survie, crainte de la mort). Le lecteur s'y retrouve, même celui qui n'a pas fait cette guerre !
    Je pense que Char est une belle illustration de ce lien qui unit la poésie et la vision personnelle des choses ; d'ailleurs, c'est un homme qui a bien souvent refusé de s'intégrer dans des activités idéologiques où l'individu perdait son identité.
  • AlphAlph Membre
    Quand on dit qu'il faut trouver le biais qui permette d'ajouter de la poésie au réel, pour moi c'est déjà une façon de fuir. S'accommoder de la réalité, c'est biaiser. C'est le signe qu'on ne peut pas s'habituer à la vie telle quelle. Il faut composer avec des expédients qui la transforme. Remplacer les hommes par des animaux dans les fables de La Fontaine, par exemple, rend la réalité plus supportable. Les rapports humains, même cruels, deviennent réjouissants. On se met donc à désirer ce que dans la réalité on fuirait.

    Plus je vieillis, plus je m'aperçois qu'au moment même où je pensais lire pour m'approcher de l'essence de la réalité, j'en réchappais encore. D'une façon plus subtile que par la fuite déclarée. Quand on lit un poème sur le voyage, il faut reconnaître que si l'esprit s'aère, le corps, lui, reste assis sur le fauteuil, ne prend pas les courants d'air et ne subit pas le jetlag ni ne court le risque des naufrages. En somme, la poésie, comme les romans, c'est la réalité sans la réalité. C'est la réalité sans ce qui, en elle, nous indispose - à savoir qu'elle existe vraiment (?). La poésie ce serait pour les amoureux de la réalité, mais d'une réalité qui, tout de même, reste dans la tête (et il y a peut-être des gens ici qui vont se récrier, parce qu'ils auraient honte d'avouer ça - alors que c'est très légitime et tout à fait normal). Voilà l'avantage de la poésie: nous rapprocher de ce qu'il y a d'essentiel dans la réalité (en bien comme en mal) mais sans avoir à la subir. Mélange d'approche et de fuite en somme. Une approche plus heureuse, plus positive que par le contact cru avec le monde, (peut-être plus saine parfois), parce qu'elle préserve en nous le sourire.
  • Trouver le biais, exercice de haute couture...
  • AlphAlph Membre
    Leah a écrit:
    Comme quoi baiser n'est pas biaiser :lol: :lol: :lol:
    t'as dégainé au poil! Pour les suivants ce sera plus dur de comprendre...;)
  • En fait j'ai modifié ensuite mon message. Finalement, tu as bien fait d'attraper la citation au vol ;)
  • Je me suis offert (mon cadeau de noël pour moi-même :D ) un livre de poesie:
    Corps et Biens de Robert Desnos.
    Parceque j'avais lu un de ses poemes dans mon livre de français que je trouvais sympa.
    Mais je n'arrive pas à le lire... je ne sais pas pourquoi je ne sais pas comment lire de la poesie, je n'en vois pas trop l'interêt, et pourtant quand je lis un poeme comme ça au hasard dans mon livre de français, ou qu'on en étudie un ça m'intéresse assez...
  • J'étais à Paris en fin d'année et sur la façade de l'hôtel où j'étais descendu figurait une plaque commémorative en l'honneur de Louis Aragon et d'Elsa Triolet.

    Du coup j'ai acheté le recueil Il ne m'est Paris que d'Elsa dont était extraite la citation lue sur la plaque. C'est un grand recueil consacré à Paris et à des écrivains, comme par exemple Colette, et j'aime le lyrisme qui se dégage de ces poèmes.
  • Pour vivre mieux !
  • Comme LeoGardipan, la poésie me sert au jour le jour à me mieux connaître, à comprendre mieux le monde qui m'entoure.
  • Je trouve très étrange d'opposer poésie et quotidien...les deux s'entre imbriquent l'un dans l'autre pour moi.
    Donc j'aurais tendance à répondre non, ça ne fait que révéler quelque chose qui n'est déjà que trop présent et submergeant, peut être même que ça rend l'émotion spontanée face au monde plus posée, plus "froide" que de lire ou d'écrire de la poésie.
  • La poésie est représentation très sentimentale quand je lis une poésie je me sens reconstruis dans un autre monde parceque la plupart des expressions y rédigées sont imaginaires je voudrais que chacun m'envoie une poésie qui évoque beaucoup d'émotion
  • Je t'envoie donc un poème de René-Guy Cadou, poème qui me touche à plus d'un titre :
    Celui qui entre par hasard

    Celui qui entre par hasard dans la demeure d'un poète
    Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui
    Que chaque nœud du bois renferme davantage
    De cris d'oiseaux que tout le cœur de la forêt
    II suffit qu'une lampe pose son cou de femme
    A la tombée du soir contre un angle verni
    Pour délivrer soudain mille peuples d'abeilles
    Et l'odeur de pain frais des cerisiers fleuris
    Car tel est le bonheur de cette solitude
    Qu'une caresse toute plate de la main
    Redonne à ces grands meubles noirs et taciturnes
    La légèreté d'un arbre dans le matin.
  • Jouly a écrit:
    Je me suis offert (mon cadeau de noël pour moi-même :D ) un livre de poesie:
    Corps et Biens de Robert Desnos.
    Parceque j'avais lu un de ses poemes dans mon livre de français que je trouvais sympa.
    Mais je n'arrive pas à le lire... je ne sais pas pourquoi je ne sais pas comment lire de la poesie, je n'en vois pas trop l'interêt, et pourtant quand je lis un poeme comme ça au hasard dans mon livre de français, ou qu'on en étudie un ça m'intéresse assez...

    Un recueil ne se lit pas comme un roman. Prenez des poèmes au hasard et laissez-vous "accrocher".
    De plus le recueil que vous avez choisi risque de vous dérouter. Lisez la partie titrée "A la mystérieuse". C'est sublime et pas trop hermétique.
  • C'est assez drôle, j'ai fait ma première disserte sur "Attendez-vous de la littérature qu'elle vous rende compte du monde qui vous entoure ou bien de vous en évader" :lol:

    Bref, je répondrais oui et non, j'ai en tête par exemple Le bateau ivre de Rimbaud qui permet de m'évader, tandis que si on me parle de Une Charogne de Baudelaire, c'est une toute autre histoire !!
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