Fiches méthode Bac de français 2021

Bonjour, voici mon soucis :
J'ai lu je ne sais combien de sujets sur baudelaire, le spleen, les gens qui veulent écrire un commentaire, d'autres qui veulent faire une préface etc.
Malheureusement je n'ai pas trouvé ce que je recherchais (ici comme sur internet), alors j'espère que je vais être assez précise dans ma question :
Si on devait résumer le Spleen de Baudelaire en quelques axes principaux associés à des poèmes, lesquels faudrait-il choisir ? :)

Je n'ai pas encore finis de lire les fleurs du mal, mais j'ai déjà quelques idées des thèmes récurrents. Or je dois faire une synthèse sur le Spleen avec un groupement de 5 poèmes déjà donnés et vaguement étudiés (que je compte sans doute enrichir de ma lecture) à savoir :
De Profundis Clamavi [ici]
Le Poison [[ici]
Obsession [ici]
Le Vampire [ici]
Le Goût du Néant [ici]

Mais comment faire un synthèse de poème sans avoir à les analyser vraiment et les commenter mais juste en relevant ce qui touche au Spleen ?
Je crois que je suis perdue entre deux niveaux d'analyse en fait. :/

Enfin voilà, voici mes idées très très vagues d'axes potientiellement exploitables :
- Faute à expier, retrouver un idéal, mais échec irrémédiable.
- Le voyage, l'errance, l'élément maritime et le dépassement des limites.
- La Solitude, le mal intérieur qui nous ronge, tendance suicidaire.

Mais le pire c'est j'ai peur qu'ils soient erronés ... par exemple est-ce vrai que Baudelaire recherche l'expiation de la faute par la souffrance ? je sais pas pourquoi je pensais ça, mais j'aurais peur que mon professeur dise que je trouve des attitudes "masochistes" dans les images poétiques du spleen !!!

ENFIN bref ! :rolleyes: TOUTES les suggestions sont les bienvenues ! :D (Message édité)

Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Lyo,

    Tes axes sont pertinents, mais peut-être pas assez liés.

    Pour te permettre de mieux comprendre les origines du spleen chez Baudelaire, regarde cette discussion ici.

    Baudelaire était-il masochiste ? sans doute, si on en croit "l'Heautontimoroumenos" (qui signifie bourreau de soi-même). Je crois que la souffrance est chez lui l'incapacité à s'évader de soi-même (dans la relation amoureuse), à échapper à la grisaille quotidienne, aux prisons du positivisme et à la bêtise bourgeoise, à rejoindre l'unité du Beau platonicien. Finalement, elle se confond avec l'impuissance créatrice.
  • Lyo92Lyo92 Membre
    Ah me voilà rassurée ! :)

    En ce qui concerne mes axes, ce ne sont que des premiers jets, un modèle compact des thèmes que j'ai pu lire et des choses que j'ai pu apprendre en lisant les discussions (notamment par vos messages d'ailleurs :) ).
    Je n'avais pas vu le topic sur les correspondances, mais euh j'ai pas bien cerné ce que c'est ?! c'est un poème ou c'est un thème/procédé :
    "Léah" :
    À un phénomène extérieur, visible, sonore ou olfactif, correspond un état intérieur
    ?

    D'autre part je n'avais pas du tout vu cet aspect platonicien chez Baudelaire, et ça tombe bien je viens juste de finir le Phédon où on sent clairement dans la parole de Socrate la théorie des Idées de Platon n'est-ce-pas ? Donc votre passage sur l'idéal je l'ai assez bien compris, et puis le spleen (à force :D) aussi.

    J'ai un semblant d'intro mais le plus important c'est en fait les axes. Si je les reliai comme ça (je dis ce qu'il me passe par la tête) :
    - Faute à expier, retrouver un idéal, mais échec irrémédiable = l'idée du péché originel ? et comme vous l'avez dit l'envie de retrouver l'idéal qui correspondrait au paradis, au jardin d'éden dont l'homme-poète a été privé, mais il échoue à chaque fois à l'atteindre même s'il se crée l'illusion grâce à des paradis artificiels (pour reprendre ce que vous avez dit) en utilisant des "poisons" (pour reprendre le titre du poème) à savoir vin, opium, femme etc.
    - Le voyage, l'errance, l'élément maritime et le dépassement des limites = Interpellations des éléments fréquentes (cf "obsession"), notamment l'élément maritime, rejoint l'expérience de baudelaire qui a beaucoup voyagé (Indes) (ça fait pas tiré par les cheveux?), il en a rapporté un goût pour l'exotisme ce qui explique la synesthésie dans ces poèmes (les odeurs, les sons, les couleurs etc.) et c'est une sorte de dépassement des limites car il mélange les sens à la base clairement séparés (je peux le dire ça ?), dépassement des limites aussi car il veut toujours accéder à un idéal et donc dépasser les limites du commun (en utiliser des "poisons" encore une fois).
    - La Solitude, le mal intérieur qui nous ronge, tendance suicidaire = dans "le vampire" il y a de nombreux euphémismes dont "prié le glaive de conquérir ma liberté" pour dire qu'il veut mourir. Cette volonté est justifiée notamment par le temps qui est l'un des thèmes de son spleen : "de profundis clamavi" => "tant l'écheveau du temps lentement de dévide" (le temps passe et lui souffre). On découvre une attirance morbide dans "le Goût du Néant", nouvelles interpellations aux saisons, "le Temps m'engloutit minute par minute" et après le printemps, l'hiver vient finalement le tuer, dans la dernière phrase il y a un appel au suicide "avalanche, veux-tu m'emporter dans ta chute ?". Quête du malheur confirmée dans "obsession" : "car je cherche le vide, et le noir, et le nu !" Bref en gros si je fais un truc du genre c'est bon ? :/
    Sachant que d'ici là (ce soir en fait ) j'aurais lu Heautontimoroumenos (poème dont j'avais déjà entendu parlé mais bizarrement j'arrivais pas à me souvenir du nom :P) et que je l'inclurais avec la dernière partie. Ainsi que "correspondances" (si c'est bien un poème) pour la deuxième partie.

    Qu'en pensez-vous ? =)
  • Le sonnet Correspondances
    La Nature est un temple où de vivants piliers
    Laissent parfois sortir de confuses paroles;
    L'homme y passe à travers des forêts de symboles
    Qui l'observent avec des regards familiers.

    Comme de longs échos qui de loin se confondent
    Dans une ténébreuse et profonde unité,
    Vaste comme la nuit et comme la clarté,
    Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

    Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
    Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
    - Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

    Ayant l'expansion des choses infinies,
    Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
    Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.
  • Lyo92Lyo92 Membre
    (Mercii !!!)


    En fait il me semble que je l'avais déjà lu quelque part ! Ca rejoint bien la synesthésie donc ? et ainsi le dépassement des limites (j'ai cru lire "profonde unité" à un moment) ?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Lyo,


    Tu ne sembles pas avoir compris que la démarche poétique de Baudelaire est une intellectualisation de sa blessure intérieure. Son mal-être a sans doute ses racines dans des expériences traumatisantes de sa petite enfance. Il en fait ensuite plus ou moins inconsciemment un art poétique qui sera le support d'une langue évocatrice. De même le voyage est une métaphore de son désir d'évasion métaphysique. C'est toujours l'échec qui se dessine au bout de ses aventures sentimentales, exotiques ou poétiques. Voilà le spleen, la conscience d'une défaite irrémédiable dans tous le aspects de la vie. Quant à l'espoir de la mort, c'est le dernier pari du "Voyage" poème à lire absolument, conclusion du recueil.
    Le dénouement est constitué par CXXVI : « le voyage » qui résume tous les échecs des tentatives précédentes mais qui laisse pressentir que la mort, dernier voyage, sera elle-même un échec, un « paradis artificiel » de plus.
    O Mort, vieux capitaine, il est temps! levons l'ancre!
    Ce pays nous ennuie, ô Mort! Appareillons!
    Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,
    Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons!

    Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte!
    Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
    Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe?
    Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau!
  • Lyo92Lyo92 Membre
    Bonsoir Jean-L !! :)

    Je vois je vois.
    Mais comment dire ... mon professeur n'apprécie pas du tout la psychologie, il nous a lui même parler brièvement de l'enfance de Baudelaire, de Aupick et de sa mère mais je ne sais pas si partir sur "les expériences traumatisantes de sa petite enfance" serait une bonne idée (dans mon cas j'entends), je focaliserai plus sur les effets justement de cette enfance dont je retrouverai les traces dans les poèmes, en gros je ne peux pas m'étaler sur la racine du spleen, seulement sur ce que j'en vois dans les poèmes. Pour ce qui est des bases du spleen (reliées à l'enfance) je les évoque très rapidement dans l'intro.

    Il est clair que le voyage est une métaphore, et d'ailleurs on peut l'utiliser dans la partie "dépassement des limites" non ? Celles du corps de l'esprit, voyage intellectuel au-dessus des hommes, du vulgaire, un peu comme l'albatros ?

    et Merci pour le dernier poème

    (il n'empêche que j'aimerai savoir en quoi la mort est un échec, un paradis artificiel ? c'est justement un aboutissement, la seule solution, finalement, à sa souffrance, la seule chose qu'il pourra réussir c'est mourir, non?)

    merci encore.
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir Lyo,

    Ce n'est pas faire de la psychologie que de reconnaître chez Baudelaire cette nostalgie du "vert paradis des amours enfantines". Contente-toi de relever cette thématique qui se confond avec celle du jardin d'Eden ou de l'äge d'or.

    Pour la manière de considérer la mort, je ne peux que te suggérer une analyse intuitive. Tu auras remarqué dans le poème "le Voyage" une interrogation qui est l'expression d'un doute. De même il parle d'un "poison" à boire comme tous ceux qui sont évoqués dans Les Fleurs du mal. Je crois que dans ce poème tu assistes aux gesticulations de l'acteur Baudelaire qui a enfilé ses habits de poète maudit et blasphémateur, qui vient défier Dieu. C'est une des conséquences du spleen, la révolte de l'homme chassé du paradis qui entend le réintégrer par effraction, par la force de son art. Voilà pour la galerie ! Que pense l'homme Baudelaire ? Est-il sûr qu'il y a une autre vie après la mort ? Le catholique travesti voudrait y croire, mais n'est-il pas saisi d'un doute vertigineux devant sa fin ? Et si la mort n'était qu'une dernière plaisanterie trompeuse ? N'oublie pas que Baudelaire est un malade, un syphilitique. Les effets terminaux de l'infection sont une atteinte du système nerveux : migraines, angoisses, paralysie, aphasie sont les tourments quotidiens de Baudelaire dans les dernières années de son existence. On ne peut raisonnablement affirmer qu'il a réussi sa mort.
  • Lyo92Lyo92 Membre
    Merci ça répond parfaitement à la question que je me posais sur ce dernier voyage qu'est la mort. Elle ne serait, si ça trouve, qu'une dernière illusion qui l'achèverait (si je puis dire, étant donné qu'il est censé être déjà mort). :D

    Pour ce qui est du vert paradis des amours enfantines, vous me renvoyez au poème Moesta et errabunda ? Et on retrouve ainsi dans le poème l'idéal de baudelaire (images paradisiaques, innoncence etc)?

    Mille fois Merci en tout cas ! (Légère dérive :

    Il y a une phrase qui m'intrigue, quelqu'un pourrait me l'expliquer ?
    Le Goût du Néant

    Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte,
    L'Espoir, dont l'éperon attisait ton ardeur
    Ne veut plus t'enfourcher! Couche-toi sans pudeur
    Vieux cheval dont le pied à chaque obstacle butte.

    Résigne-toi, mon coeur; dors ton sommeil de brute.

    Esprit vaincu, fourbu! Pour toi, vieux maraudeur,
    L'amour n'a plus de goût, non plus que la dispute
    Adieu donc, chants du cuivre et soupirs de la flûte!
    Plaisirs, ne tentez plus un coeur sombre et boudeur!

    Le Printemps adorable a perdu son odeur!

    Et le Temps m'engloutit minute par minute
    Comme la neige immense un corps pris de roideur
    Je contemple d'en haut le globe en sa rondeur
    Et je n'y cherche plus l'abri d'une cahute.

    Avalanche, veux-tu m'emporter dans ta chute?
    Des idées ? ')
  • Euh... quelle phrase ? :)
  • MurielMuriel Membre
    Celle qui est en violet, Léah.
  • Merci, mais chez moi tout est bleu :)
  • Lyo92Lyo92 Membre
    Attends je te la remets :

    "Je contemple d'en haut le globe en sa rondeur "

    J'espère que tu vas te sentir inspirée !! ;)
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Lyo,

    Je ne sais si l'explication que je vais te proposer tient la route, si elle n'est pas un anachronisme.

    Je vois Baudelaire contemplant une de ces boules qui laissent tomber de la neige quand on les retourne... Je te laisse apprécier la justesse de la comparaison et son intégration à ce poème froidement désespéré.
  • C'est une bonne idée Jean-Luc mais en effet Baudelaire a-t-il pu tenir une telel boule en main ?
    Sinon, je le vois sur le Toit du monde... il se compare à un corps pétrifié par le froid et il attend cette mort anesthésiante :
    Avalanche, veux-tu m'emporter dans ta chute ?
  • dans le poeme "au lecteur" par exemple tu peux retrouver des themes qui se rapportent au spleen tels que"
    l'ennui, la condition humaine,la notion du mal- le personnage de satan,le mal. le peche, le diable, les demons ,l'emanation de
    l'enfer

    dans l'evasion tu retrouves d themes tels que: la naturel'eau, le relief, la verdure, les etangs, les vallees, montagne et nuage. c une apogee(on commence vers le bas pour aller vers le plus haut)- les haut et les bas de la vie- l'existence humaine.
    - la nature:les forces du bien et du mal
    la spiritualite et le materialisme
    -l'elevation et la chute
  • Lyo92Lyo92 Membre
    Ok merci Sandrine ! De toute façon j'ai fini la première version de la synthèse que je dois faire sur le Spleen, mais j'ai quelques doutes sur certain de mes passages, je pourrais les mettre sur le forum ?


    Sinon pour Jean Luc, c'est une jolie image mais c'est vrai que ça doit être un peu anachronique. '

    Moi j'étais plus parti sur une image qui se rapproche un peu de celle de Léah :
    L'esprit de Baudelaire s'est enfin affranchit de son corps, il a arrêté ce combat avec la vie -et donc sur la terre- qui était perdu d'avance : "Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte".
    Le vieux cheval symbolise son corps fatigué -justement- par cette lutte, et que l'âme ne veut plus chevaucher "L'Espoir, dont l'éperon attisait ton ardeur, Ne veut plus t'enfourcher! Couche-toi sans pudeur, Vieux cheval dont le pied à chaque obstacle butte"
    Il parle ainsi à son corps qui ne sert plus à rien et lui dit de laisser tomber "Résigne-toi, mon coeur; dors ton sommeil de brute." -sommeil=mort.
    Ensuite il commence à parler des saisons, du temps "Adieu (...)Le Printemps adorable a perdu son odeur! Et le Temps m'engloutit minute par minute, Comme la neige immense un corps pris de roideur " et il remarque donc que le temps (symbolisé par la neige) avale son corps. De là-haut, observant ce monde dont il ne fait plus parti "Je contemple d'en haut le globe en sa rondeur " son esprit hors du temps demande à cette avalanche d'en finir avec ce corps inutile où son âme ne veut plus s'abriter "Et je n'y cherche plus l'abri d'une cahute.", ainsi il ne perd rien à demander "Avalanche, veux-tu m'emporter dans ta chute? "

    Donc voilà peut-être le sens de cette phrase "Je contemple d'en haut le globe en sa rondeur " ? :) !
    Vous en pensez quoi ?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Lyo,

    L'explication par la boule à neige n'est peut-être pas un anachronisme. Tout se joue sur quinze ans.

    Regarde ce lien ici.
  • Lyo92Lyo92 Membre
    Oui mais si baudelaire est mort en 1867 et que la première apparition de la boule à neige à paris date de 1878 ...
    Baudelaire était sans aucun doute un visionnaire !! lol :D


    Et sinon que penses-tu de ma tentative d'explication ?
  • TyaginTyagin Membre
    le sujet est un peu délaissé, alors...

    Et le Temps m'engloutit minute par minute
    Comme la neige immense un corps pris de roideur
    Je contemple d'en haut le globe en sa rondeur

    moi qui suis maintenant aux dimensiosn de l'univers et bien au-deà du monde, je peux le contempler de haut.
    quant à la rondeur, elle est fallacieusement douce et accueillante
    enfin, ma contemplation prend un sens très étymologique
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