Bac français 2018 (Pondichéry, séries S et ES)

Corrigé du commentaire

Gustave Flaubert, Madame Bovary, troisième partie, chapitre 5, 1857

Emma Bovary, épouse d’un médecin de campagne, retrouve tous les jeudis son amant Léon à Rouen.

Flaubert Léon, sur le trottoir, continuait à marcher. Elle le suivait jusqu’à l’hôtel ; il montait, il ouvrait la porte, il entrait… Quelle étreinte !
Puis les paroles, après les baisers, se précipitaient. On se racontait les chagrins de la semaine, les pressentiments, les inquiétudes pour les lettres ; mais à présent tout s’oubliait, et ils se regardaient face à face, avec des rires de volupté et des appellations de tendresse.
Le lit était un grand lit d’acajou en forme de nacelle1. Les rideaux de levantine2 rouge, qui descendaient du plafond, se cintraient trop bas vers le chevet évasé ; – et rien au monde n’était beau comme sa tête brune et sa peau blanche se détachant sur cette couleur pourpre, quand, par un geste de pudeur, elle fermait ses deux bras nus, en se cachant la figure dans les mains.
Le tiède appartement, avec son tapis discret, ses ornements folâtres et sa lumière tranquille, semblait tout commode pour les intimités de la passion. Les bâtons se terminant en flèche, les patères3 de cuivre et les grosses boules de chenets4 reluisaient tout à coup, si le soleil entrait. Il y avait sur la cheminée, entre les candélabres5, deux de ces grandes coquilles roses où l’on entend le bruit de la mer quand on les applique à son oreille.
Comme ils aimaient cette bonne chambre pleine de gaieté, malgré sa splendeur un peu fanée ! Ils retrouvaient toujours les meubles à leur place, et parfois des épingles à cheveux qu’elle avait oubliées, l’autre jeudi, sous le socle de la pendule. Ils déjeunaient au coin du feu, sur un petit guéridon incrusté de palissandre6. Emma découpait, lui mettait les morceaux dans son assiette en débitant toutes sortes de chatteries ; et elle riait d’un rire sonore et libertin quand la mousse du vin de Champagne débordait du verre léger sur les bagues de ses doigts. Ils étaient si complètement perdus en la possession d’eux-mêmes, qu’ils se croyaient là dans leur maison particulière, et devant y vivre jusqu’à la mort, comme deux éternels jeunes époux. Ils disaient notre chambre, notre tapis, nos fauteuils, même elle disait mes pantoufles, un cadeau de Léon, une fantaisie qu’elle avait eue. C’étaient des pantoufles en satin rose, bordées de cygne. Quand elle s’asseyait sur ses genoux, sa jambe, alors trop courte, pendait en l’air ; et la mignarde chaussure, qui n’avait pas de quartier7, tenait seulement par les orteils à son pied nu.


Notes
1 En forme de nacelle : en forme de barque.
2 Levantine : étoffe de soie.
3 Patères : crochets muraux.
4 Chenets : supports métalliques pour surélever les bûches dans le foyer d’une cheminée.
5 Candélabres : grands chandeliers.
6 Guéridon incrusté de palissandre : petite table en bois exotique.
7 Quartier : partie de la chaussure qui couvre le talon.

Proposition de corrigé

Ce corrigé a été rédigé par Jean-Luc.

Il s’agit d’un canevas volontairement non rédigé pour mettre en valeur les principaux éléments issus de l’analyse selon la méthode recommandée par le site.

Introduction :

Situer le texte à commenter : L’extrait à étudier est tiré du chapitre 5 de la troisième partie de Madame Bovary, roman de Gustave Flaubert paru en 1857. Dans cette œuvre réaliste, l’auteur dépeint la lente descente aux enfers d’une jeune femme qui rêve d’une vie plus exaltante que son existence de petite bourgeoise provinciale. Déçue par un mari terne, elle cherche à trouver le grand amour auprès d’amants qui vont la décevoir. Après le hobereau Rodolphe, c’est au tour de Léon Dupuis, clerc de notaire, d’occuper les chimères sentimentales de la jeune femme. Elle retrouve tous les jeudis son amant à Rouen.

Quel est le thème du texte ? Les amours adultères d’une petite bourgeoise provinciale.

Quel est son genre littéraire ? récit romanesque.

Quel est son type ? narratif et descriptif.

Quelle est sa tonalité ou registre littéraire ? Lyrique et ironique.

Ses caractères remarquables, thématiques et/ou formels, c’est-à-dire ce qui fonde l’intérêt de l’étude, et ce qui oriente le parcours de lecture ? Cet extrait est remarquable dans son opposition marquée entre les désirs amoureux romantiques d’Emma et leur réalisation triviale. Le pessimisme réaliste de Flaubert s’y déploie ironiquement.

1re partie : des amants prudents et fusionnels

  • Ils prennent garde à ne pas être vus ensemble. Ils fréquentent le même hôtel où ils occupent la même chambre.
  • Un même rituel : importance des imparfaits de répétition
  • au point de vivre peu à peu dans l’habitude : les épingles à cheveux oubliées, l’appropriation du mobilier, « ils se croyaient là dans leur maison particulière », le rythme ternaire des adjectifs possessifs de la première personne du pluriel (la solennité du rythme semble officialiser la relation clandestine).

2e partie : un lieu banal

  • une chambre ordinaire : un « tiède appartement » meublé de façon conventionnelle.
  • jugée ironiquement : « ornements folâtres », les rideaux rouges (couleur conventionnelle de la passion) qui relèvent le charme d’Emma avec cette opinion « rien au monde n’était beau… », « splendeur un peu fanée », les coquilles où l’on entend la mer, toute appréciation un peu niaise. Flaubert semble voir la scène par les yeux de Léon.

3e partie : une femme sensuelle et infidèle

Mais c’est bien Emma qui reste le sujet principal.

  • sensualité : Emma donne la becquée à son amant « en débitant toutes sortes de chatteries », « elle ri[…]t d’un rire sonore et libertin » sous l’effet du champagne. Notons au passage le polyptote qui insiste sur la vulgarité de la jeune femme. De même on peut relever son mauvais goût patent dans sa foucade pour des « pantoufles en satin rose, bordées de cygne ».
  • infidélité : Emma se livre à l’adultère, c’est une infidélité évidente. Mais elle est aussi infidèle à ses rêves de jeunesse en se comportant comme une petite bourgeoise, en se donnant l’illusion de vivre une grande passion et en se conduisant comme une femme entretenue. La notation finale de la pantoufle est très significative à ce sujet d’autant plus qu’elle souligne l’attitude assez vulgaire de la jeune femme assise sur les genoux de Léon.

Conclusion :

Nous nous rendons compte que le couple est en train de sombrer dans la convention. Vivant seulement pour la satisfaction immédiate de leur désir, Emma et Léon croient qu’ils pourront demeurer « deux éternels jeunes époux. » Cette idéalisation est pourtant démentie à chaque ligne, tant le comportement des amants reste stéréotypé, adolescent et irresponsable. Plus grave, Emma a renoncé en partie aux fastes de son rêve passionné tout en continuant à s’illusionner. Ce n’est plus son romantisme sentimental exacerbé qui la mène désormais. Sa sensualité désordonnée et son goût pour le luxe commencent à la dominer. Le lecteur prend conscience que tous les ingrédients de la catastrophe finale se mettent peu à peu en place. Emma est sa propre fatalité. La veulerie de ses amants achèvera la chute de celle qui n’a pas pu se contenter de sa situation. Ce décapage ironique des illusions sentimentales est caractéristique du réalisme pessimiste flaubertien.

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