Bac de français 2013

Centres étrangers : Amérique du Nord, série L

Corrigé de la question sur le corpus

  • Texte A - Pierre de Ronsard (1524-1585), « Madrigal », Premier Livre des Sonnets pour Hélène.
  • Texte B - Antoine de La Sablière (1624-1679), « Éloigné de vos yeux, mon ange », Madrigaux, XVI.
  • Texte C - Charles Cros (1842-1888), « Madrigal », Le Coffret de santal.
  • Texte D - Léon-Paul Fargue (1876-1947), « Merdrigal », Ludions.
  • Texte E - Paul Éluard (1895-1952), « Surgis… », Derniers poèmes d’amour.

Texte A - Pierre de Ronsard (1524-1585), « Madrigal », Premier Livre des Sonnets pour Hélène.

Pierre de Ronsard MADRIGAL1
Si c’est aimer, Madame, et de jour et de nuit
Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire,
Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire
Qu’adorer et servir la beauté qui me nuit ;

5 Si c’est aimer de suivre un bonheur qui me fuit,
De me perdre moi-même et d’être solitaire,
Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre et me taire,
Pleurer, crier merci2, et m’en voir éconduit3 ;

Si c’est aimer de vivre en vous plus qu’en moi-même,
10 Cacher d’un front joyeux une langueur extrême,
Sentir au fond de l’âme un combat inégal,
Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traite,

Honteux, parlant à vous, de confesser mon mal ;
Si cela c’est aimer, furieux4 je vous aime.
15 Je vous aime et sais bien que mon mal est fatal.
Le cœur le dit assez, mais la langue est muette.


1 madrigal : bref poème galant s’achevant souvent sur un trait d’esprit.
2 crier merci : demander grâce.
3 éconduit : écarté, rejeté.
4 furieux : hors de soi, emporté par la passion.

Texte B - Antoine de La Sablière (1624-1679), « Éloigné de vos yeux, mon ange », Madrigaux, XVI.

Éloigné de vos yeux, mon ange,
Savez-vous bien ce que je fais ?
Force vers5 à votre louange,
Des desseins de vous plaire, et d’amoureux projets ;
5 Aux échos d’alentour je dis de vos nouvelles ;
Que vous passez partout pour la belle des belles ;
Je me fais un plaisir de mon propre tourment ;
Je rêve à vous quand je sommeille,
J’y pense dès que je m’éveille,
10 Et je m’endors en vous nommant.


5 force vers : de nombreux vers.

Texte C - Charles Cros (1842-1888), « Madrigal », Le Coffret de santal.

MADRIGAL

Sur un carnet d’ivoire

Mes vers, sur les lames d’ivoire
De votre carnet1, font semblant
D’imiter la floraison noire
Des cheveux sur votre cou blanc.

5 Il faudrait d’immortelles strophes
A votre charme triomphal,
Quand dans un tourbillon d’étoffes
Vous entrez follement au bal.

Le sein palpite sous la gaze2
10 Et, fermés à demi, les yeux
Voilent leurs éclairs de topaze3
Sous la frange des cils soyeux.

Willis4 parisienne, empreinte
D’un charme inquiétant, mais doux.
15 J’attends, voluptueuse crainte,
La mort, si je valse avec vous


1 les lames d’ivoire / De votre carnet : les pages en ivoire d’un carnet de bal sur lequel la danseuse inscrit la liste des danses de la soirée et le nom des partenaires qu’elle sollicitera pour danser.
2 gaze : tissu léger.
3 topaze : pierre semi-précieuse, pâle, souvent jaune.
4 Selon une légende slave, les willis sont les fantômes de fiancées mortes avant leurs noces, qui dansent avec tout jeune homme qu’elles rencontrent, jusqu’à ce qu’il meure.

Texte D - Léon-Paul Fargue (1876-1947), « Merdrigal », Ludions.

MERDRIGAL1

en dédicrasse.2

Dans mon cœur en ta présence
Fleurissent des harengs saurs3.
Ma santé, c’est ton absence,
Et quand tu parais, je sors.


1 merdrigal : mot inventé par Fargue.
2 dédicrasse : mot inventé par Fargue.
3 hareng saur : poisson séché et fumé.

Texte E - Paul Éluard (1895-1952), « Surgis… », Derniers poèmes d’amour.

SURGIS

Surgis d’une seule eau
Comme une jeune fille seule
Au milieu de ses robes nues
Comme une jeune fille nue
Au milieu des mains qui la prient
Je te salue

Je brûle d’une flamme nue
Je brûle de ce qu’elle éclaire
Surgis ma jeune revenante
Dans tes bras une île inconnue
Prendra la forme de ton corps
Ma souriante

Une île et la mer diminue
L’espace n’aurait qu’un frisson
Pour nous deux un seul horizon
Crois-moi surgis cerne ma vue
Donne la vie à tous nos rêves
Ouvre les yeux.

Comparez, dans les textes du corpus, les adresses à la femme aimée. Vous aurez soin de justifier vos réponses. (4 points)

Ce corrigé a été rédigé par Jean-Luc.

L’adresse est l’indication de la personne à qui l’on écrit.
Ces cinq poèmes sont destinés à une femme aimée.
La manière dont le poète s’adresse à sa muse est caractéristique de son intention.

Ronsard envoie son « madrigal » à une « Madame » à laquelle il marque ainsi tout son respect, à la fois culte pour l’être aimé, mais aussi déférence à l’égard d’une personne de rang social supérieur à qui le poète courtisan ose écrire.

La Sablière dédicace ses vers à un « ange » qu’il fait précéder d’un possessif de la première personne. Le tout marque l’adoration et la familiarité. Nous sommes dans le registre lyrique de l’idéalisation qui utilise les clichés religieux.

Cros nous dévoile la destinataire de son « Madrigal » seulement à la fin de son poème. Un indice nous est cependant donné dès le début « Sur un carnet d’ivoire ». Il s’agit donc pour le poète, selon les usages du XIXe siècle mondain, de réserver une danse. La dame est désignée par un « vous » respectueux qui devient craintif sur la fin. En effet la belle danseuse se mue en « Willis parisienne », fantôme romantique de fiancée morte avant ses noces, qui jette son dévolu sur tout jeune homme qu’elle rencontre, jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Fargue s’essaie à l’auto-dérision. Son « merdrigal » connote l’étron accommodé aux accents ubuesques, la dédicace se déforme en « dédicrasse » à la saleté répugnante. Le poète se voit devant un « tu » populaire comme un « hareng saur » avant de parodier la déclaration de l’Hippolyte de Phèdre (« Présente, je vous fuis ; absente, je vous trouve », acte II, scène 2). Nous sommes bien dans le registre satirique.

Éluard « brûle » de sensualité pour une « jeune fille » « seule », puis « nue ». Elle aussi à la consistance d’une « revenante ». Elle prend aussi l’apparence d’une madone « Au milieu des mains qui la prient », d’ailleurs le vers suivant : « Je te salue » aurait pu être complété par Marie. En fait il appelle au moyen d’un impératif « surgis » l’apparition d’une nouvelle Vénus née des eaux primordiales. Il espère que son poème aura la force incantatoire créatrice pour incarner son rêve de fusion entre un « je » assoiffé et un « tu » de proche connivence.

Ces divers poèmes nous montrent comment l’écrivain amoureux s’inscrit ou non dans les usages de son temps. La Renaissance et l’âge classique savent doser respect et proximité, ils sont issus de la littérature courtoise. Le XIXe siècle est marqué par les excès du romantisme, par la séduction des légendes médiévales qui va culminer dans le symbolisme. Ce courant rêveur va être aussi tourné en dérision par les Corbière, Laforgue, puis Fargue plus tard… Le XXe siècle, quant à lui, va retrouver un souffle lyrique avec le surréalisme. Ce mouvement va chercher dans l’onirisme et la puissance du verbe l’expression d’un « amour fou » dont il va exalter la sensualité.

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