Le surréalisme

Le surréalisme est un mouvement littéraire et artistique né après la Première Guerre mondiale ; ce mouvement succède au dadaïsme.
Le mouvement, défini par André Breton dans le Manifeste du surréalisme publié en 1924, repose sur le refus de toutes les constructions logiques de l’esprit et sur les valeurs de l’irrationnel, de l’absurde, du rêve, du désir et de la révolte.

André Breton, sur la définition du surréalisme :

« Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.
Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d’associations négligées jusqu’à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. »

Les grands principes du surréalisme

  • Libérer l’homme et la littérature du contrôle de la raison : le mouvement surréaliste veut libérer l’homme des morales sociales qui le contraignent et des académismes qui l’empêchent d’agir, et qui nuisent à sa force créatrice. Les écrivains surréalistes veulent s’affranchir de la contrainte du sens dans leurs productions littéraires ; c’est ainsi qu’ils s’adonnaient à l’écriture automatique1, au compte rendu de rêves, à l’hypnose ou encore au jeu du « cadavre exquis »2 afin de permettre à l’inconscient de s’exprimer librement. Les surréalistes, qui veulent libérer l’imagination, pensent qu’il existe un lien étroit entre la vie psychique et le monde extérieur : « Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, de surréalité », écrit Breton.
  • La remise en cause des valeurs établies et l’esprit de révolte : après le traumatisme de la guerre, les écrivains surréalistes refusent l’ordre établi, les conventions sociales. Le mouvement surréaliste a aussi une dimension politique : l’art est considéré comme un moyen de « changer la vie » (ainsi Breton écrit en 1935 : « “Transformer le monde”, a dit Marx ; “Changer la vie”, a dit Rimbaud ; ces deux mots d’ordre pour nous n’en font qu’un »). Les surréalistes sont en faveur de l’engagement, d’où l’adhésion au Parti communiste de certains membres du groupe.
  • Les thèmes favoris des surréalistes sont le rêve, l’amour, le désir, la femme, le hasard et la folie.

Les écrivains surréalistes et leurs œuvres

Parmi les écrivains surréalistes, on peut citer :

  • André Breton (1896-1966) est le chef de file du surréalisme. Avec Philippe Soupault, il publie le recueil poétique Les Champs magnétiques en 1919. Le recueil Clair de terre est publié en 1923. En 1930, Breton publie un Second Manifeste du surréalisme.
  • Louis Aragon (1897-1982) publie Le Mouvement perpétuel en 1926.
  • Paul Éluard (1895-1952) publie Capitale de la douleur en 1926.
  • Philippe Soupault (1897-1991)
  • Robert Desnos (1900-1945) publie Corps et biens en 1930.
  • René Crevel (1900-1935)
  • Benjamin Péret (1899-1959)
  • Antonin Artaud (1896-1946)
  • Georges Bataille (1897-1962)

Parmi les peintres surréalistes, citons Max Ernst, Salvador Dalí, René Magritte et Juan Miró. Le mouvement a concerné également la photographie (Man Ray, 1890-1976) et le cinéma (avec notamment Luis Buñuel, 1900-1983).

Quelques textes et citations

Breton, Premier Manifeste du surréalisme (1924) - Méthode de l’écriture automatique

André Breton Faites-vous apporter de quoi écrire, après vous être établi en un lieu aussi favorable que possible à la concentration de votre esprit sur lui-même. Placez-vous dans l’état le plus passif, ou réceptif, que vous pourrez. Faites abstraction de votre génie, de vos talents et de ceux de tous les autres. Dites-vous bien que la littérature est un des plus tristes chemins qui mènent à tout.
Écrivez vite sans sujet préconçu, assez vite pour ne pas retenir et ne pas être tenté de vous relire. La première phrase viendra toute seule, tant il est vrai qu’à chaque seconde il est une phrase étrangère à notre pensée consciente qui ne demande qu’à s’extérioriser. Il est assez difficile de se prononcer sur le cas de la phrase suivante ; elle participe sans doute de notre activité consciente et de l’autre, si l’on admet que le fait d’avoir écrit la première entraîne un minimum de perception. Peu doit vous importer, d’ailleurs ; c’est en cela que réside, pour la plus grande part, l’intérêt du jeu surréaliste.

Breton, Second manifeste du surréalisme (1930)

Tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement.

Breton, Position politique de l’art d’aujourd’hui dans Position politique du surréalisme (1935)

Je crois, pour ma part, avoir suffisamment insisté sur le fait que le texte automatique et le poème surréaliste sont non moins interprétables que le récit de rêve, et que rien ne doit être négligé pour mener à bien, chaque fois qu’on peut être mis sur cette voie, de telles interprétations. Je ne sais pas si ce sont là des problèmes post-révolutionnaires, mais ce que je sais, c’est que l’art, contraint depuis des siècles de ne s’écarter qu’à peine des sentiers battus du moi et du super-moi, ne peut que se montrer avide d’explorer en tous sens les terres immenses et presque vierges du soi. Il est d’ores et déjà trop engagé en ce sens pour renoncer à cette expédition lointaine, et je ne vois rien de téméraire à préjuger sous ce rapport de son évolution future. Je disais en commençant que nous vivons à une époque où l’homme s’appartient moins que jamais ; il n’est pas surprenant qu’une telle époque, où l’angoisse de vivre est portée à son comble, voit s’ouvrir en art ces grandes écluses. L’artiste, à son tour, commence à y abdiquer la personnalité dont il était jusqu’alors si jaloux. Il est brusquement mis en possession de la clé d’un trésor, mais ce trésor ne lui appartient pas, il lui devient impossible, même par surprise, de se l’attribuer : ce trésor n’est autre que le trésor collectif.


© Gallimard.

Paul Éluard, L’Amour la Poésie (1929), « La terre est bleue comme une orange »

La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s’entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d’alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d’indulgence
À la croire toute nue.

Les guêpes fleurissent vert
L’aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.


© Gallimard.

Robert Desnos, Corps et biens (1930), « J’ai tant rêvé de toi… »

Robert Desnos J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ?
J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués, en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.
Ô balances sentimentales.
J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.
J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène et se promènera allègrement sur le cadran solaire de ta vie.


© Gallimard.


Notes
1 Dans son Premier manifeste du surréalisme, Breton définit l’écriture automatique comme la rédaction d’« un monologue de débit aussi rapide que possible, sur lequel l’esprit critique du sujet ne puisse porter aucun jugement, qui ne s’embarrasse par suite d’aucune réticence, et qui soit aussi exactement que possible la pensée parlée ».
2 Le cadavre exquis est un jeu qui consiste à écrire des phrases « au hasard, chaque participant donnant un seul élément de phrase […] sans connaître les autres ». (TLFi)

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