Introduction à la lexicographie et à la lexicologie

Utilité du dictionnaire

Le dictionnaire doit associer les commentaires de sens et les exemples qui les illustrent.  Il vise l’exhaustivité : il inclut même les mots grammaticaux, même si sa vocation première est de regrouper les mots lexicaux. Le dictionnaire a pour objet de définir un mot sous une forme conceptuelle ou sous une forme concrète (par l’exemple). Il classe par ordre alphabétique les définitions des mots qui constituent le lexique d’une langue donnée.

Qu’est-ce qu’un mot ?

Le mot est une entité fixée par les règles de l’orthographe. Cette entité est séparée graphiquement des autres entités du même type par un blanc typographique et elle est fixée oralement par les règles de la prononciation.

Mais cette définition est contestable car :

  • elle remet en cause l’autonomie graphique et prosodique du mot :
    • dans le temps : les Grecs liaient, à l’écrit, tous les mots entre eux.
    • dans l’espace : il existe différents types de langues, notamment les langues polysynthétiques (lire une typologie des grands types de langues) où toutes les relations grammaticales de la phrase peuvent s’exprimer par des adjonctions ou des transformations faites à un seul radical et où aucune autre partie de la phrase ne peut changer de place.
    • dans l’ordre linguistique : il existe des unités lexicales supérieures aux mots : les mots composés.
    • dans l’ordre social : il peut y avoir agglutination (par exemple, chez les jeunes enfants, le lescalier) ou troncation des mots (le scalier).
  • elle remet en cause l’autonomie sémantique : par exemple, le mot pomme de terre compte trois mots mais il y a bel et bien unité de sens. Ainsi, des unités minimales de sens excèdent la dimension du mot : il s’agit de la collocation figée qui comprend des idiotismes (clichés), des expressions propres à une langue et intraduisibles mot à mot dans une autre langue.
    Exemple : un étranger ne peut pas comprendre prendre le train s’il cherche le sens de prendre + le + train. Il existe des unités minimales de sens qui sont plus petites que le mot : il s’agit des morphèmes, c’est-à-dire des formes minimales de sens.
    Exemple avec le mot injustement :
    • base : juste (= conforme à la justice)
    • in- : nie la base (négation)
    • -ment : sert à introduire les adverbes de manière.
    • → il y a trois unités minimales de sens dans le mot injustement.

Qu’est-ce qu’un dictionnaire ?

Il a en charge de répondre à la science couramment appelée lexicographie (= classification et définition des mots ; la lexicologie, quant à elle, s’occupe de l’étude des mots en contexte). Il y a des points communs entre la lexicographie et la lexicologie :

  • étude de la forme des mots : origine du mot (étymologie)
  • étude de la formation des mots : fonds primitif (mots issus du latin, du gaulois (vocabulaire surtout agricole), du francique (notamment vocabulaire militaire)).
  • étude des mots empruntés : on parle d’emprunt lorsque le mot est issu d’une langue parlée après la naissance du français.
    Exemple :
    • poison, du latin potionem
    • potion, emprunt au latin
    • → même sens jusqu’au XVIIe siècle, le mot va ensuite se spécialiser. Il en est de même pour confiance et confidence.

La formation d’un mot

Il existe cinq possibilités de formation d’un mot :

  • Addition d’un élément non autonome (préfixe ou suffixe = affixe) à une base préexistante.
    Exemple : revenir, venir → dérivation.
  • Combinaison des mots préexistants.
    Exemples : gendarme (issu de gens d’armes), pomme de terre, etc.
  • Combinaison de deux morphèmes non autonomes : il s’agit de l’interfixation.
    Exemples : orthophonie, mortifère, etc. qui sont des mots qui ne proviennent pas des fonds primitifs (pas d’origine latine ou grecque). L’interfixe -cide se trouve toujours à la finale, l’interfixe caco- à l’initiale, l’interfixe -anthrop- peut se trouver à la finale ou à l’initiale (exemple pour la place finale : misanthrope).
  • Troncation : manif, métro, bac, etc. La troncation concerne notamment la langue populaire. C’est aussi un procédé très utilisé chez les étudiants.
  • Siglaison : il s’agit d’un phénomène moins productif. C’est la « formation de sigles à partir de lettres initiales de termes formant une unité lexicale fréquemment employée » (source : TLFi). Exemples : radar (de RAdio Detection And Ranging), sida, etc.
  • La composition :
    • les éléments juxtaposés sont accolés : malheureux.
    • par un trait d’union : porte-monnaie.
    • sans marque graphique : machine à laver.
  • La dérivation :
    • La dérivation propre : on ajoute un affixe à une base :
      • un préfixe : prévenir, revenir, mais pas convenir qui vient du latin ;
      • un suffixe : visage, le suffixe -age exprimant un état, une action, une collection d’objets ou le résultat d’une action ;
      • un préfixe et un suffixe simultanément : il s’agit de la dérivation parasynthétique. Exemples : encolure, désherber, mais pas dégeler.
    • La dérivation impropre : on fait passer la base d’une catégorie dans une autre.
      Exemples : beau → le beau, le boire et le manger, le devoir, le pouvoir, le déjeuner, etc.
      → Le substantif est dérivé de manière impropre car le mot est décatégorisé.
    • La dérivation inverse ou régressive : on enlève quelque chose à la base.
      Exemples : galop (de galoper), mérite / mériter (latin : estimus) : mériter est formé sur mérite, estime / estimer : estime est issu d’estimer.

Lectures suggérées

Introduction à la lexicologie
A. Lehmann et F. Martin-Berthet, Introduction à la lexicologie, A. Colin.