Grammaire

Conditionnel passé

Une contribution de Michel.

Le conditionnel passé marque souvent des faits qui auraient pu se réaliser, si une condition avait été remplie : « En supposant que les premiers actes de l’Assemblée nationale fussent considérés comme factieux, il est certain que le Roi devait dissoudre l’Assemblée, même par la force s’il était nécessaire d’y avoir recours ; mais alors il eût été indispensable, qu’après un tel coup d’autorité, le Roi ne fît usage de la pleine puissance, que cet événement aurait placé momentanément dans ses mains, que pour faire jouir la nation des avantages qu’elle réclamait de toutes parts, ce qui aurait été, je crois, l’unique moyen de consolider la monarchie. Alors les concessions qu’il aurait faites, auraient été reçues avec confiance et reconnaissance. La crainte des vengeances et des persécutions royales, ce levier si puissant de tous les excès de la Révolution, aurait disparu pour toujours. Un gouvernement sage et constitutionnel, et surtout une bonne administration intérieure, auraient promptement cicatrisé les plaies de l’État, et comblé ce pitoyable déficit de cinquante-six millions tournois dont on a fait tant de bruit. Dans l’une et l’autre hypothèse, c’est-à-dire dans le cas où le Roi se serait entendu de bonne foi avec l’Assemblée, aussi bien que dans celui où il l’aurait dissoute, je crois que cette terrible crise aurait pu devenir très salutaire, et il est bien affligeant de comparer aujourd’hui ce qu’elle a été avec ce qu’elle aurait pu être » (4, pages 67 et 68).

En voici d’autres exemples : « Il n’était pas possible de louer une voiture importante, qui aurait d’ailleurs coûté une fortune » (chapitre 13) , « Ayant dételé le mulet (car la charrette n’aurait pu le suivre), François le conduisit à la conque, et la bête but longuement » (chapitre 13), « Monsieur Benazet était si gros que de loin, la nuit, on l’aurait pris pour un demi-muid » (chapitre 22), « Sans lui, nous ne les aurions jamais retrouvées, ni même cherchées » (chapitre 31), « Je jure que s’il n’avait pas eu ce chien énorme, qui m’eût avalé au passage, je l’aurais essayé » (14, chapitre 30).

Le conditionnel passé exprime des faits qu’on pouvait supposer au moment passé où se place le récit : « On aurait dit du foin séché » (chapitre 14), « C’était donc ça, la poudre. On aurait dit du charbon pilé, rien de plus » (chapitre 22).

Le conditionnel passé peut exprimer un reproche d’avoir réalisé ou de n’avoir pas réalisé quelque chose: « Vous auriez bien pu mettre une cravate, dit Flore en entrant » (7, partie 2, chapitre 6), « Joseph, vous n’auriez pas commencer » (chapitre 19), « J’aurais dû raisonner » (chapitre 28).

Le conditionnel passé peut marquer la restriction : « J’eus un peu de peine à faire ce pas[d’aller voir le cardinal Mazarin], et je marquai à la Reine qu’il n’y aurait eu qu’elle au monde qui m’y aurait pu obliger » (Retz, Mémoires, édition de la Pléiade, page 59), « Vous auriez été ma propre sœur que je n’aurais pas mieux fait » (3, page 125), « Quand mon crime n’aurait amené que cette seule circonstance, je devrais le maudire » (6, livre 2, chapitre 41).

Le conditionnel passé peut marquer un fait de réalisation jugée imaginaire : « Connaissez-vous un homme qui n’aurait aimé qu’une femme ? »

Le conditionnel passé peut exprimer l’antériorité par rapport à une action au conditionnel présent : « Il a dit qu’il irait se laver les dents dès qu’il aurait fini de manger », « Il avait dit qu’il repartirait après qu’il aurait dormi un peu ». Dans ce cas, il ne peut être remplacé par un subjonctif plus-que-parfait.

Conseils de lecture

Grammaire  Grammaire méthodique du français
Grammaire, Le Robert & Nathan.
M. Riegel, J.-C. Pellat et R. Rioul, Grammaire méthodique du français, PUF.

Voir aussi

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