L’adjectif est un mot susceptible d’être adjoint à un substantif (nom ou pronom), pour exprimer une qualité ou un rapport. Il s’accorde, presque toujours, avec ce nom ou ce pronom (éventuellement sylleptique) en genre et en nombre.
- L’adjectif qualificatif
- L’adjectif démonstratif
- L’adjectif possessif
- L’adjectif numéral
- L’adjectif indéfini
- Quel
- Les adjectifs de couleur
- Les adjectifs numéraux cardinaux
- Les adjectifs nu et demi
- Les adjectifs composés
L’adjectif qualificatif
Les adjectifs qualificatifs sont des mots qui disent comment sont les personnes, les animaux, les choses. L’adjectif épithète est joint directement au nom qu’il qualifie. L’adjectif attribut est relié au substantif qu’il qualifie par un verbe, généralement l’un des verbes être, paraître, sembler, devenir, demeurer, rester. Exemple : « On vous épousera, toute fière qu’on est » (Marivaux, Les Fausses Confidences, acte 1, scène 2).
L’adjectif démonstratif
L’adjectif démonstratif est un mot que l’on place devant le nom pour indiquer que l’on montre la personne, l’animal ou la chose nommée. Les adjectifs démonstratifs sont : ce, cet, cette, ces.
L’adjectif possessif
L’adjectif possessif est un mot que l’on place devant le nom pour indiquer à qui appartient l’être nommé. Les adjectifs possessifs sont : mon, ton, son, notre, votre, leur, ma, ta, sa, ainsi que leurs pluriels. L’adjectif possessif s’accorde en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte. Lorsqu’un nom désigne une réalité dont plusieurs « possesseurs » possèdent chacun un exemplaire, on considère parfois l’exemplaire de chacun, plus souvent l’ensemble des exemplaires : « Elles se tenaient sans doute là-haut, au second étage, dans leurs chambres » (9, chapitre 2), « Tous les hommes qui chérissent ou qui ont chéri leur mère, ne souriront pas des choses enfantines que je viens de dire, j’en suis très sûr » (9, chapitre 5), « Les parents posèrent leurs outils contre le mur et, poussant la porte, s’arrêtèrent au seuil de la cuisine. Assises l’une à côté de l’autre, en face de leurs cahiers de brouillons, Delphine et Marinette leur tournaient le dos. Elles suçaient le bout de leur porte-plume et leurs jambes se balançaient sous la table. “Alors ? demandèrent les parents. Il est fait ce problème ?” Les petites devinrent rouges. Elles ôtèrent les porte-plume de leur bouche » (Marcel Aymé, « Le Problème »). Miens, tiens, siens… peuvent aussi être des noms comme dans « Elle trouva son salon rempli de dames libérales qui prêchaient l’union des partis, et venaient la supplier d’engager son mari à accorder une place aux leurs dans la garde d’honneur » (6, livre 1, chapitre 18).
L’adjectif numéral
L’adjectif numéral est un mot que l’on place devant le nom pour en indiquer le nombre ou le rang. Les adjectifs numéraux cardinaux (cinq, vingt, cent, mille…) marquent le nombre. Les adjectifs numéraux ordinaux marquent le rang (premier, deuxième,…) ; ils s’accordent avec les noms qu’ils accompagnent. Il en est de même pour les adjectifs multiplicatifs (simple, double, triple,…). Exemples : « La première quinzaine de Juillet fut bien longue » (chapitre 13), « Soudain, j’entendis sonner puissamment des cloches de bronze. D’abord un peu espacées, comme les premières gouttes d’une pluie d’été ; puis elles se rapprochèrent et se réunirent en accords triples et quadruples » (15, chapitre 13). Premier, deuxième… peuvent également être des noms comme dans « C’est l’ingéniosité de mon invention qui me valut l’estime et la reconnaissance de toutes les cinquièmes » (16, chapitre 3), ou dans « Grand silence recueilli. Dame ! les cinq sixièmes de ces petites jouent leur avenir » (Colette, Claudine à l’école).
L’adjectif indéfini
L’adjectif indéfini est un mot qui accompagne le nom, mais n’y ajoute qu’une idée vague, mal définie. Les adjectifs indéfinis qui s’accordent avec le nom en genre et en nombre sont : aucun, autre, certain, maint, même (marquant l’identité), nul, quelque, quelconque, tel, tout ; les adjectifs indéfinis invariables sont chaque et plusieurs. Exemples : « Pour moi, entrer là était un moment de joie telle que, jusqu’à douze ou treize ans, je n’ai jamais pu me tenir de faire des sauts de cabri, en manière de salut, avant de franchir le seuil » (9, chapitre 57) ; « Tout se passa comme aux précédentes années : mêmes jeux avec ma bande fidèle, mêmes expéditions dans les vignes et les montagnes, mêmes rêveries de moyen âge dans les ruines de Castelnau » (9, chapitre 79) ; « La vie se résumait pour lui à la stricte observance du tableau de service : à telle heure, blanchir telles planches avec du sable ; à telle autre, faire reluire, avec du tripoli, certaines ferrures ou certains cuirs, sans jamais discuter en lui-même l’importance de ces actes » (Pierre Loti, Matelot, chapitre 38) ; « Ils vivaient eux-mêmes comme des saints » (chapitre 2) ; « Quelque chevrier du temps jadis l’avait patiemment creusé dans le rocher, et il était toujours à demi plein d’une eau glacée » (14, chapitre 15) ; « Les quelques maisons qui le composaient étaient assez éloignées les unes des autres » (15, chapitre 9) ; « J’en enduisis mes cheveux, que je lissai longuement à la brosse, avec l’espoir de rabattre un épi, qui se redressait obstinément sur le sommet de mon crâne, comme on en voit sur certains perroquets » (15, chapitre 13) ; « C’était elle qui jouait, et des deux mains en même temps » (15, chapitre 13).
Quel
Quel est un mot que l’on ajoute au substantif pour souligner le caractère distinctif d’une personne ou d’une chose. Il peut servir à marquer une interrogation ou une exclamation, et il s’appelle alors un adjectif interrogatif ou exclamatif. Il s’accorde avec le nom qu’il accompagne en genre et en nombre.
Exemples : « Vous verrez à quel excès son zèle le porta, et combien je devrais verser de larmes en songeant quelle en a toujours été la récompense » (1, page 44) ; « Évidemment, si on avait su quelles tristesses et quelles frayeurs les crépuscules me causaient, on eût allumé bien vite pour me les éviter » (9, chapitre 10) ; « On m’eût beaucoup étonné alors en m’apprenant quelles sortes de visages j’arriverais à trouver charmants dans la suite imprévue de ma vie » (9, chapitre 26) ; « Quelle fête se préparait ! » (chapitre 23) ; « Quelle était la marche à suivre pour avoir une fièvre typhoïde, ou du moins pour le faire croire ? » (14, chapitre 10) ; « Vous habitez dans quelle maison ? » (15, chapitre 10).Les adjectifs de couleur
Les adjectifs qualificatifs de couleur s’accordent quand il n’y a qu’un seul adjectif pour une couleur. Ainsi, on parlera « d’yeux bruns et de cheveux châtains ».
Les noms exprimant par image la couleur restent invariables, mais écarlate, fauve, incarnat, mauve, pourpre, rose, vermeil, qui sont assimilés à de véritables adjectifs, s’accordent. « Ses joues étaient roses » (chapitre 14).
Ainsi « marron, orange, carotte, crème, indigo, noisette, ocre, pastel, vermillon, etc. » sont invariables. On écrit : « Ces perdrix sont marron, la gorge noire, avec des pattes rouges » (chapitre 21), « Des nuages violets passaient sur nos têtes, et la lumière bleuâtre baissait de minute en minute » (14, chapitre 7), « Il avait une petite moustache noire, et de gros yeux marron qui brillaient de plaisir » (14, chapitre 22), « Dans son poil ras d’un jaune sale, la pelade avait mis de grandes taches roses » (14, chapitre 30), « Frangés de longs cils carotte, ses yeux bleus avaient un regard remarquable » (15, chapitre 7), « Les plumes étaient étalées en cercles, bleues, jaunes, beiges, noires, autour d’un bec sanglant » (15, chapitre 16), « Il avait de très beaux souliers fauves, et un nœud de cravate en soie bleue » (16, chapitre 7), « Pendant ce temps, le long des rues abruptes, entre les murs bleus, ocre et violets des maisons mauresques, Rambert parlait, très agité » (A. Camus, La Peste, partie 2, chapitre 2).Les adjectifs composés ou juxtaposés sont invariables. Exemples : « Du haut de leur perchoir, les gros paons vert et or ont reconnu les arrivants » (A. Daudet, « Installation »), « Les bananiers eux-mêmes, ces grands roseaux vert tendre, se dressaient silencieux et droits » (A. Daudet, « Les sauterelles »), « Il avait des yeux bleu de mer » (chapitre 4), « Mon père portait un veston à martingale et une casquette bleu marine, tandis que ma mère était jeune et belle dans une robe blanche à petites fleurs rouges, qu’elle avait merveilleusement réussie » (chapitre 13), « Elle parlait avec une sérénité glaciale, tout en remettant de longs gants café au lait » (15, chapitre 3), « Ses cheveux sont châtain clair », « Ses boucles sont noir de jais » (rappelons que le jais est un charbon d’un noir brillant).
Si l’on veut exprimer le mélange des couleurs dans un même objet, on mettra les couleurs au singulier, comme dans « des vaches noir et blanc », « le maillot rouge et blanc de l’équipe monégasque ».
Certains adjectifs de couleur peuvent être substantivés, et sont alors du genre masculin. On écrira « L’orange éclatant de ce tableau me choque » ou « Les bleus indigo de ce peintre ont assuré sa notoriété ».Les adjectifs numéraux cardinaux
Les adjectifs numéraux cardinaux sont invariables, sauf vingt et cent quand ils indiquent des vingtaines et des centaines entières. Usuellement, on met un trait d’union entre les unités et les dizaines, sauf si elles sont unies par et.
Exemples : « Il gagne deux cent vingt francs par mois » (chapitre 7), « Un chien dressé, ça vaut dans les quatre-vingts francs, et ça peut aller jusqu’à cinq cents ! » (chapitre 23), « Mais, vous ne savez pas, dit Bouzigue avec feu, que cet entrepreneur, qui a mis trop de sable, va être obligé de nous rembourser au moins deux mille francs, et peut-être deux mille cinq cents ? » (14, chapitre 25), « Tu as peur de devenir alcoolique ? À quatre-vingt-six ans, tu ne le seras pas longtemps ! » (15, chapitre 6), « Cette année, le concours de boules du Cercle sera particulièrement important. Le Cercle donne un prix de deux cents francs, la mairie nous a accordé une subvention de deux cent cinquante francs. Il faut y ajouter les mises. Nous avons déjà reçu l’inscription de trente équipes, et je pense que dimanche nous serons à quarante. À dix francs par équipe, cela fait quatre cents francs de plus, soit, en tout, neuf cent cinquante » (16, chapitre 4).
Attention, dizaine, douzaine, …, millier, million… sont des noms, comme dans « Il avait abattu des dizaines de lièvres, des centaines de perdrix, des milliers de lapins » (chapitre 20).
Ce sont Vaugelas et Ménage qui eurent la malheureuse idée de proscrire les « septante, octante, nonante » utilisés de nos jours par les Suisses, les Belges et les Acadiens.
Il n’y a pas de « s » lorsque le nombre a la valeur d’un ordinal : « la page quatre-vingt », « l’an mille deux cent ».Les adjectifs nu et demi
Les adjectifs nu, demi, mi et semi, placés devant un nom ou un adjectif, sont invariables et s’y joignent par un trait d’union. Nu et demi, placés après le nom, s’accordent avec celui-ci : nu, en genre et en nombre, demi en genre seulement. À nu et à demi sont des adverbes, invariables. À demi, placé devant un nom, s’y joint par un trait d’union ; il n’en est pas de même lorsqu’il est placé devant un adjectif. Nu et demi peuvent aussi être des noms.
Exemples : « J’ai huit ans et demi passés » (chapitre 25), « Entre nous, dit-il à mi-voix, vous les avez prises au piège ? » (chapitre 29), « Mon entreprise ne réussit qu’à demi » (15, chapitre 13), « Il avait réussi à extraire de l’éboulement sa tête à demi écrasée » (15, chapitre 26), « Nous partîmes donc tous les trois, vers les sept heures et demie » (15, chapitre 30), « Le quatrième côté était fermé par un très long mur grisâtre, peu égayé par une douzaine de cabinets, dont les demi-portes s’alignaient sévèrement » (15, chapitre 31), « La demie sonna au bout d’une heure » (16, chapitre 3), « À travers la pénombre de la grande cuisine, aux volets toujours mi-clos, on voyait danser des guêpes brillantes dans la poussière d’or d’un mince rayon de soleil » (16, chapitre 4), « Nous allâmes nous asseoir dans un coin, à demi cachés par le pilier d’une arcade » (16, chapitre 7).
« Nous avons vu une femme s’avancer par le sentier qui descendait, nu-pieds, nu-jambes » (G. Flaubert, Les Pierres de Carnac et l’archéologie celtique), « Alors elle se leva, et, nu-pieds, nu-bras, avec sa longue chemise qui lui donnait l’aspect d’un fantôme, elle traversa la mare de lumière répandue sur son plancher, ouvrit sa fenêtre et regarda » (10, chapitre 1) , « La malheureuse enfant, qui était déjà tête nue, perdit bêtement ses savates, et il lui fallut marcher dans la neige, sur ses petits pieds nus, qui étaient rouges et bleus de froid » (15, chapitre 14).Les adjectifs composés
Les adjectifs composés sont formés de deux ou de trois éléments reliés par des traits d’union. La nature grammaticale des éléments entraîne un pluriel logique.
Lorsque l’adjectif composé est formé de deux adjectifs, la règle consiste à accorder ces deux éléments en genre et en nombre. Cela est logique, puisque le trait d’union équivaut à un « et ».
Si l’un des éléments de l’adjectif composé est un mot invariable, une abréviation, un adjectif pris adverbialement, cet élément reste invariable.
On écrira « des oranges aigres-douces », « des filles sourdes-muettes », « des jumelles premières-nées » (nées les premières), « des enfants derniers-nés », « des attitudes tragi-comiques », « des huiles extra-pures », « des enfants court-vêtus » (c’est-à-dire courtement vêtus), « des chiennes nouveau-nées » (c’est-à-dire nouvellement nées), « des enfants mort-nés » (c’est-à-dire nés en état de mort).