Esslia a écrit :De toutes manières, après deux ans de prépa, la plupart des étudiants se retrouvent...en fac.
Et même tous (sauf, bien sûr, ceux qui arrêtent totalement leurs études ou se reconvertissent dans autre chose), puisque même les Normaliens suivent un cursus à l'université. Les ENS ne donnent que des compléments de formation, des séminaires spécifiques, des préparations à l'agrég. Mais le cursus principal de tous se fait à l'université.
Pour intervenir dans votre débat, je voudrais dire deux choses (pour avoir fréquenté les deux "mondes" à la fois en tant qu'élève et en tant qu'enseignant) :
1 - il est absurde de bouder l'Université. On peut y faire des études captivantes, poussées, rencontrer des enseignants-chercheurs extrêmement intéressants (et d'autres moins, mais c'est comme cela partout). Il faut simplement savoir "utiliser" la fac, en comprendre très vite le mode d'emploi. Il faut aussi et surtout comprendre que l'autonomie qui est laissée aux étudiants est à la fois la meilleure et la pire des choses. La meilleure, parce que c'est vrai qu'on n'apprend jamais mieux qu'en cherchant soi-même. La pire, parce que le taux d'échec est, de ce fait, énorme.
2 - Statistiquement, on trouve beaucoup d'anciens khâgneux parmi les lauréats des concours de type CAPES et agrégation. C'est particulièrement vrai pour les lettres, la philo, l'histoire, disciplines dans lesquelles les anciens khâgneux sont largement sur-représentés parmi les certifiés et agrégés. Ca l'est un tout petit peu moins pour les langues vivantes (mais ça reste quand même vrai). Je parle bien d'anciens khâgneux en général, et pas seulement des quelques chanceux et talentueux qui ont intégré les ENS. Cela veut dire que la classe prépa leur a quand même apporté des atouts spécifiques. Ces atouts, je pense que c'est avant tout la capacité d'encaisser des nuits blanches, d'aller droit au but dans des recherches ou des révisions, de gérer le stress d'un oral (cf. les "colles" de prépa), de "ficher" méthodiquement des lectures, etc. Bref, de la méthode et l'adrénaline. Par contre, ça ne veut pas dire que, dans une discipline donnée, les khâgneux soient meilleurs que leurs collègues de fac. Tout bien pesé, un étudiant "idéal" de fac est même, en fin de deuxième année, plus avancé dans sa discipline de spécialité qu'un khâgneux spécialiste de la même discipline. Le khâgneux paie peut-être un peu, au moins dans un premier temps, cette pluridisciplinarité qui lui sera très précieuse ensuite. Mais, à vrai dire, deux choses sauvent le khâgneux et lui rendent même son statut de favori : d'une part, sa méthode et sa capacité de travail ; d'autre part, le fait que l'étudiant "idéal" de fac est très rare.