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Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves

Je suis en train de lire La Princesse de Clèves, de Madame de La Fayette, et j'aimerais avoir des pistes de lectures, de réflexion...
je vous remercie d'avance.

manon.

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Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves

Salut, moi aussi je suis en train de lire cette œuvre alors si t'as des réponses j'aimerais bien que tu les partages avec moi, merci d'avance.

Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves

À partir de vos propres réflexions, il sera plus facile d'entamer un dialogue sur ce pur chef-d'œuvre de notre littérature

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Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves

Quelques pistes de lecture :
· Le trouble de l'amour-passion
· Un roman d'analyse
· La préciosité. Attention, ici il ne s'agit pas des comportements alambiqués dénoncés par Molière dans les Femmes savantes, mais bien de cette école de la psychologie des passions, de la subtilité de l'analyse et de ce raffinement langagier qui irrigue tout le XVIIe siècle et trouve son apothéose chez Racine… 
· Mme de Lafayette se rattache à la tradition des moralistes du grand siècle. La passion amoureuse — plus que tout autre tourment de l’âme — détourne de la plénitude et du bonheur véritables. Examine aussi le pessimisme : horreur de la passion, propension à la faute, souffrance. Mme de Lafayette développe une morale féminine, équivalente à celle de la mesure pour l'honnête homme, il s'agit d'un « art du bien se comporter », de la réputation, de la quiétude, qui consiste en premier lieu à savoir se tenir éloigné de tout facteur de trouble. Le salut (mondain et religieux) est à ce prix.
· Difficulté de la condition féminine, en un temps où mariage et amour sont rarement compatibles.
· Classicisme et modernité : ce roman est à l'opposé du roman pastoral, ou du grand roman précieux alors en vogue. Il marque une rupture dans l'esthétique du roman.
· Une tragédie en prose.

Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves

Je serais quasiment d'accord avec vous, sauf sur la difficulté d'une femme à avoir des aventures extra-conjugales. Les exemples ne manquaient pas à la Princesse de Clèves dans une cour aux mœurs légères ! Cette galanterie est d'ailleurs annoncée dès la première phrase du roman. La princesse s'éloigne d'ailleurs volontairement de la cour pour fuir la tentation ; et ceci à la demande de sa mère sur son lit de mort ; madame de Chartres allant jusqu'à dire à sa fille si quelque chose était capable de troubler le bonheur que j'espère en sortant de ce monde, ce serait de vous voir TOMBER COMME LES AUTRES FEMMES

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Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves

Bonjour Léah,

Où ai-je parlé de la difficulté à avoir des aventures extra-conjugales ?
J'ai simplement suggéré que la femme au XVIIe siècle avait du mal à trouver l'épanouissement amoureux dans l'institution matrimoniale.
Etes-vous d'accord avec cette piste de lecture sociologique ?

Jean-Luc

Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves

Désolée mais non ! Je pense que de tous temps et encore de nos jours, certaines femmes sont ou ont été parfaitement épanouies dans une relation matrimoniale, et d'autres non. Parmi celles-ci, certaines prenaient un (voire des ;-) amants, d'autres restent ou restaient, par conviction religieuse ou morale, fidèles  à leur mari.
Dans le roman de Madame de La Fayette il est impossible de dire si madame de Clèves est comblée par son mariage ; toutefois elle entretient avec son époux une relation de parfaite confiance et estime réciproque. Il semble qu'elle soit bel et bien "victime" d'un coup de foudre en rencontrant le duc de Nemours, situation possible à toutes les époques, Mais également dans la première partie du roman un dialogue entre Mr et Mme de Clèves montre qu'elle n'est pas éprise de son mari et que celui-ci en souffre.

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Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves

Bonsoir Leah,

Les généralités par lesquelles vous commencez votre réponse sont forcément recevables dans la mesure où il existe bien quelques cas où elles se sont vérifiées. Mais au XVIIe siècle, les conditions de l'institution matrimoniale ne sont pas favorables à l'épanouissement de la femme. Rappelons que la jeune femme est mariée par ses parents et qu'on ne tient pas compte en principe de ses inclinations surtout dans la noblesse où les alliances ont un caractère politique ou économique. Molière, quant à lui, a montré tous les travers de ces mariages dans la bourgeoisie.

Si on s'en tient au seul roman qui nous intéresse, il ne vous a pas échappé que tout le début baigne dans la description sans complaisance du "marché matrimonial". Mademoiselle de Chartres est une jeune fille, riche, de très haut noblesse, orpheline de père. Elle est conduite par sa mère à la cour pour y être mariée. C'est d'abord le fils du prince de Nevers qui en tombe éperdument amoureux, ce parti est repoussé parce que les familles sont en inimitié. Ensuite le prince de Guise, amoureux lui aussi, ne peut être un mari car, cadet de famille, il doit servir comme chevalier de Malte dans la lutte contre les infidèles. Enfin le mariage avec le prince de Montpensier ne peut aboutir. Trois échecs donc, lorsque la mort du duc de Nevers permet au jeune cadet, M. de Clèves, de se déclarer et d'enfreindre la règle politique et familiale : Il va épouser Mlle de Chartres. Il apparaît nettement que M; de Clèves est dévoré par la passion. Sa femme ne lui retourne qu'amitié et affection pour son plus grand chagrin. Chez Mme de Clèves, les conditions pour une passion et une éventuelle infidélité sont donc réunies.

J'ajouterai que Mme de La Fayette a mis dans son roman toute son expérience personnelle de l'institution matrimoniale et de la vie à la cour où beaucoup cherchent dans la galanterie des compensations à leur désert affectif.  Elle a été mariée, selon les usages du temps, à un homme qu'elle a peu vu, puis qu'elle a ignoré, et même qu'elle a combattu en justice., Enfin comme femme et aristocrate, elle n'a pu déchoir à signer ses œuvres, trop contemporaines. Elle a donc bien fait l'expérience de la difficile condition féminine de son temps. Son nom n'apparaîtra en tête de son œuvre qu'un siècle plus tard. Le XVIIIe et le XIXe siècles ne seront guère plus tendres pour les femmes de surcroît écrivains.

Vous ai-je fait douter ?

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Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves

Bonsoir Mademoiselle,
J'ai lu la Princesse de Clèves (édition pocket). Si tu vas dans une librairie, feuillette ce livre ; tu verras, il y a une liste des thèmes abordés par l'oeuvre avec quelques indications. J'aurais aimé te donner une liste mais je n'ai pas le livre sur moi. J'espère que tu trouveras ton bonheur.

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Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves

Pas vraiment ! Aujourd'hui le mariage par inclination réciproque se termine si souvent par une séparation qu'on peut douter de la qualité de l'union, par rapport à celle d'un mariage arrangé. Excepté les cas (rares j'espère) où une jeune fille était mariée à un vieux barbon, l'épanouissement pouvait naïtre au fil du temps.
Mais Madame de la Fayette a bien raison d'écrire à partir de sa propre expérience ! C'est ce qui fait les meilleures histoires. Et, oui, les femmes écrivains (même encore aujourd'hui) n'ont pas acquis droit de cité plein et entier. Il suffit de consulter la moindre antho de poésie pour le constater.