Trop de sujets, pas assez de travail personnel et une certaine impolitesse de la part du premier intervenant, qui nous invite à plancher à sa place et trouve encore le moyen de nous reprocher de ne pas le faire assez vite.
Les deux premiers sujets posent la question de rôle de l'écrivain, le troisième n'a pas grand chose à faire ici. L'écrivain doit-il exploiter la virtuosité de son élocution afin de peser sur les décisions d'autrui ? C'est en effet l'idée d'Eluard, et plus largement des surréalistes, pour qui Vivre et Ecrire doivent relever d'un seul et même acte - ou pour le dire plus prosaïquement: Ecrire et avoir la carte du PC sont une seule et même chose. On peut également penser à ces célèbres vers de Hugo:
Hugo a écrit :Peuples ! écoutez le poète !
Ecoutez le rêveur sacré !
Dans votre nuit, sans lui complète,
Lui seul à le front éclairé.
A l'inverse, l'écrivain pourrait tout aussi bien se consacrer à une démarche strictement artistique, qui peut être, selon les cas, la recherche du Beau ou d'une certaine forme d'aboutissement esthétique - Dieu, l'Infini, l'Orgasme, que sais-je encore.
Cette distinction, Roland Barthes, critique littéraire un peu connu dans le milieu, la développe au travers de l'opposition entre écrivain et écrivant. L'écrivain ne cherche pas à communiquer par le biais de son oeuvre, son objectif est purement esthétique, l'accent est mis sur le langage et non sur le message. Cette position, très moderne au demeurant, "poésie digestive" comme la qualifie mesquinement Artaud, a reçu l'aval de pas mal de poètes célèbres, à commencer par Baudelaire. L'écrivant, au contraire, conçoit l'acte d'écriture comme un moyen de s'exprimer, comme un outil, et non comme une fin en soi. Ce qui recoupe tout à fait la notion "d'écrivain engagé", à la Sartre, à la Joly, à la tout ce que vous voulez.
Et puis, très concrètement, on se rend compte que la vérité est toujours quelque part entre les deux. Que la littérature est toujours porteuse d'un savoir, et que ce savoir nous parle de multiples façons, au-delà même du concept d'engagement. Parmi les exemples qui me viennent tout de suite à l'esprit, il y a Lovecraft: derrière ces histoires d'horreur, c'est toujours l'angoisse de la modernité qui affleure, le fantasme de la destructuration de l'ancien monde. Son oeuvre véhicule bel et bien un "savoir", un point de vue sur le monde. Zola se prend dans l'autre sens: au premier plan, une analyse "scientifique" de la société du Second Empire, au second plan, toute une série d'obsessions sympathiques, allant de la dévoration à l'animalisation de l'être, en passant par la décomposition des corps.
Bref, vous aurez peut-être devinés dans ces quelques pistes l'esquisse d'un plan en trois parties: le plan dialectique étant certainement le plus idiot de tous les plans.
A vous de jouer.Bonjour,
Le troisième sujet dont vous parlez a été déplacé.