Molière, Dom Juan, acte V, scène 2

Bonjour,

Je passe le bac de francais oral demain, et un texte m'embête encore.
Notre professeur de francais nous a donné une série de questions pour nous entraîner et notamment : Comment Don Juan fait-il l'éloge de l'hypocrisie?

C'est une question bateau sur laquelle je bute malheureusement, je n'arrive pas à établir un plan.

Pourriez vous m'aider?J'oubliais ....



DOM JUAN.- Il n'y a plus de honte maintenant à cela, l'hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. Le personnage d'homme de bien est le meilleur de tous les personnages qu'on puisse jouer aujourd'hui, et* la profession d'hypocrite a de merveilleux avantages. C'est un art de qui l'imposture est toujours respectée, et quoiqu'on la découvre, on n'ose rien dire contre elle. Tous les autres vices des hommes sont exposés à la censure, et chacun a la liberté de les attaquer hautement, mais l'hypocrisie est un vice privilégié, qui de sa main ferme la bouche à tout le monde, et jouit en repos d'une impunité souveraine. On lie à force de grimaces une société étroite avec tous les gens du parti; qui en choque un, se les jette tous* sur les bras, et ceux que l'on sait même agir de bonne foi là-dessus, et que chacun connaît pour être véritablement touchés: ceux-là, dis-je, sont toujours les dupes des autres, ils donnent hautement* dans le panneau des grimaciers, et appuient aveuglément les singes de leurs actions. Combien crois-tu que j'en connaisse, qui par ce stratagème ont rhabillé adroitement les désordres de leur jeunesse, qui se sont fait un bouclier du manteau de la religion, et, sous cet habit respecté*, ont la permission d'être les plus méchants hommes du monde? On a beau savoir leurs intrigues, et les connaître pour ce qu'ils sont, ils ne laissent pas pour cela d'être en crédit parmi les gens, et quelque baissement de tête, un soupir mortifié, et deux roulements d'yeux rajustent dans le monde tout ce qu'ils peuvent faire. C'est sous cet abri favorable que je veux me sauver, et mettre en sûreté mes affaires*. Je ne quitterai point mes douces habitudes, mais j'aurai soin de me cacher, et me divertirai à petit bruit. Que si je viens à être découvert, je verrai sans me remuer prendre mes intérêts à toute la cabale*, et je serai défendu par elle envers, et contre tous. Enfin, c'est là le vrai moyen de faire impunément tout ce que je voudrai. Je m'érigerai en censeur des actions d'autrui, jugerai mal de tout le monde, et n'aurai bonne opinion que de moi. Dès qu'une fois on m'aura choqué tant soit peu, je ne pardonnerai jamais, et garderai tout doucement une haine irréconciliable. Je ferai le vengeur des intérêts du Ciel*, et sous ce prétexte commode, je pousserai* mes ennemis, je les accuserai d'impiété, et saurai déchaîner contre eux des zélés indiscrets, qui sans connaissance de cause crieront en public contre eux*, qui les accableront d'injures, et les damneront hautement de leur autorité privée. C'est ainsi qu'il faut profiter des faiblesses des hommes, et qu'un sage esprit s'accommode aux vices de son siècle.

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Molière, Dom Juan, acte V, scène 2

Bonsoir Guyguy,

Ton plan devrait rendre compte de l'avancée en profondeur dans les motivations de l'hypocrite.
Il y a chez Don Juan une prétention à vouloir être la mesure de toute chose y compris dans la loi morale. Don Juan ne veut d'autre règle que son bon vouloir, c'est lui qui prétend décider de ce qui est bien et mal.

· "ils donnent hautement dans le panneau des grimaciers" : expression imagée (d'origine cynégétique ou militaire) qui veut dire être victime des pièges, des simagrées des hypocrites.
· "les singes de leurs actions" : singer veut dire imiter, le singe est l'animal le plus proche de l'homme d'où l'origine de l'expression, en effet un singe n'est jamais un homme malgré les apparences. Rappelons aussi que dans la tradition chrétienne, le diable est considéré comme le "singe" de Dieu. C'est effectivement une expression péjorative.
· "et quelque baissement de tête, un soupir mortifié, et deux roulements d'yeux rajustent dans le monde tout ce qu'ils peuvent faire" : Don Juan décrit les attitudes extérieures de l'hypocrite qui imite le dévot, le signe de l'humilité, le signe de la contrition, le signe de l'élévation de l'esprit ou de la prière. Note également que "rajuster" et rhabiller" plus haut renvoient au champ sémantique de l'habit (déguisement).

Je te propose ce parcours :
Nous sommes proches du dénouement. Don Juan est pressé de toutes parts, il recourt à des expédients pour gagner du temps : il vient de recevoir son père et lui a joué la comédie en l'assurant de sa conversion. Ce texte de Molière nous présente le portrait d'un hypocrite, sa particularité est que c'est Don Juan qui se dépeint lui-même. Cette autoanalyse lui donne toute sa force. Don Juan veut briller par son habileté devant la foi conventionnelle et grossière de son valet Sganarelle. Il va toujours plus loin dans la justification de sa duplicité jusqu'à nous faire froid dans le dos.

1. l'hypocrisie
· Les avantages de la comédie sociale
· La force de l'art
· La puissance du fait religieux : métaphore du vêtement comme protection et déguisement
2. Le cynisme
· La claire conscience du mal
· et la persévérance dans l'erreur
· Au nom d'une habileté supérieure
3. l'inversion des valeurs ou Don Juan le manipulateur
· Le criminel s'érige en juge
· l'exploitation éhontée des faiblesses humaines

La noirceur du personnage fait que nous nous demandons si nous sommes encore dans une comédie. Le séducteur se révèle de plus un hypocrite militant, ses talents d'illusionniste s'exercent aussi dans le domaine de la foi, le libertin n'assume pas les conséquences sociales de son athéisme et entend donner le change. Les travers de Don Juan sont moins ridicules que repoussants. Il est bien le "méchant homme" que décrit son valet au début de la pièce. Molière affronte une fois de plus la cabale des Tartuffes, il dénonce l'être derrière le paraître, le diable (ou le mal diabolique parce que commis en toute lucidité) derrière le masque du faux dévot. Don Juan est prêt pour sa rencontre avec la statue du commandeur.

Molière, Dom Juan, acte V, scène 2

Merci pour ces réponses Jean-Luc

Jean-Luc a écrit :

1. l'hypocrisie
· Les avantages de la comédie sociale
· La force de l'art
· La puissance du fait religieux : métaphore du vêtement comme protection et déguisement
2. Le cynisme
· La claire conscience du mal
· et la persévérance dans l'erreur
· Au nom d'une habileté supérieure.

Qu'entends tu par "la force de l'art"? Sinon, je pensais que montrer son cynisme ne pouvait pas paraître élogieux. Autrement, Don Juan fait une antithèse des vrais dévôts? ( Isotopie de la guerre : pardonnerai jamais,pousserai, déchaînerai...)

De plus, Molière attaque l'hypocrisie dans cet extrait donc est-ce vraiment un éloge?

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Molière, Dom Juan, acte V, scène 2

Bonsoir Guyguy,

La force de l'art ? c'est Don Juan lui-même qui évoque ce sujet : "C'est un art de qui l'imposture est toujours respectée"...
Cet art est celui du comédien, tu peux percevoir l'ironie du propos dans la bouche de Molière, comédien lui-même.

Don Juan, de son point de vue, prononce un éloge puisqu'il se trouve admirable dans son art de la dissimulation et de la contrefaçon. D'ailleurs il utilise des termes mélioratifs pour son hypocrisie. Bien entendu, le spectateur trouve cet éloge odieux et le personnage repoussant. Molière joue puissamment de cette inversion des valeurs.

Si tu réfléchis bien, Molière va très loin dans la dénonciation. La comédie classique entend corriger les moeurs en ridiculisant les vices, c'est-à-dire en créant une pression sociale par l'exclusion du méchant. Or justement l'hypocrisie ne peut être ridiculisée dans la mesure où elle est admirée comme utile, efficace, dans la mesure où elle valorise l'habileté de celui qui la pratique. L'hypocrisie relève donc d'un traitement particulier et doit paraître odieuse.

Molière, Dom Juan, acte V, scène 2

bonjour a tous!!!!

J'ai un petit problème, je dois faire un commentaire sur don Juan (acte 5 scène 2) j'ai déjà l'introduction ainsi les axes! Mais je ne sais pas quoi mettre dans les paragraphes!!!?

Je vous donne mes axes:
1) L'éloge de l'hypocrisie révèle du registre épidictique*
2) Le texte a une dimension polémique (guerre)

Voila j'espère que vous pourriez m'aidez car je n'arrive vraiment pas!!

Merci d'avance!

* registre épidictique: correspond au genre démonstratif de l'antiquité, aux grands discours célébrant des héros ou dénonçant les méfaits et les défauts des ennemis, le registre épidictique fait appel à l'éloge ou au blâme (vocabulaire élogieux ou dépréciatif- oppositions, antithèses pour valoriser ou dévaloriser)

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Molière, Dom Juan, acte V, scène 2

Bonjour a tous je dois faire un analyse litteraire pour dom juan acte 5 scene 2 mes i.d sont donc les avantages et le fonctionnement de lhypocresie ... est ce que quelqun peut maider a trouver mes 2 i.s pour char idée principal!!

Rappel : pas de travail personnel = pas d’aide.
Seuls les élèves ayant effectué un travail personnel préalable sur leur sujet peuvent obtenir une aide ponctuelle. Vous devez donc indiquer vos pistes de recherches personnelles.

Molière, Dom Juan, acte V, scène 2

Bonjour,
je dois étudier, dans l'acte 5 scène 2, l'expression de l'hypocrisie (par dom juan) à travers le vocabulaire du masque, du commerce et de la conquête (sens militaire).
Je dois aussi trouver des métaphores.

J'ai trouvé :
masque : "grimace","imposture", "grimacier"
commerce : "profession"
conquête : "stratagème", "je pousserai mes ennemis"
métaphores : "qui se sont fait un bouclier du manteau de la religion"

Voici l'extrait :


SGANARELLE: Ah! Monsieur, que j'ai de joie de vous voir converti! Il y a longtemps que j'attendais cela, et voilà, grâce au Ciel, tous mes souhaits accomplis.

DOM JUAN: La peste le benêt!

SGANARELLE: Comment, le benêt?

DOM JUAN: Quoi? tu prends pour de bon argent ce que je viens de dire, et tu crois que ma bouche était d'accord avec mon cœur?

SGANARELLE: Quoi? ce n'est pas. Vous ne. Votre. Oh! quel homme! quel homme! quel homme!

DOM JUAN: Non, non, je ne suis point changé, et mes sentiments sont toujours les mêmes.

SGANARELLE: Vous ne vous rendez pas à la surprenante merveille de cette statue mouvante et parlante?

DOM JUAN: Il y a bien quelque chose là-dedans que je ne comprends pas; mais quoi que ce puisse être, cela n'est pas capable ni de convaincre mon esprit, ni d'ébranler mon âme; et si j'ai dit que je voulais corriger ma conduite et me jeter dans un train de vie exemplaire, c'est un dessein que j'ai formé par pure politique, un stratagème utile, une grimace nécessaire où je veux me contraindre, pour ménager un père dont j'ai besoin, et me mettre à couvert, du côté des hommes, de cent fâcheuses aventures qui pourraient m'arriver. Je veux bien, Sganarelle, t'en faire confidence, et je suis bien aise d'avoir un témoin du fond de mon âme et des véritables motifs qui m'obligent à faire les choses.

SGANARELLE: Quoi? vous ne croyez rien du tout, et vous voulez cependant vous ériger en homme de bien?

DOM JUAN: Et pourquoi non? Il y en a tant d'autres comme moi, qui se mêlent de ce métier, et qui se servent du même masque pour abuser le monde!

SGANARELLE: Ah! quel homme! quel homme!

DOM JUAN: Il n'y a plus de honte maintenant à cela: l'hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. Le personnage d'homme de bien est le meilleur de tous les personnages qu'on puisse jouer aujourd'hui, et la profession d'hypocrite a de merveilleux avantages. C'est un art de qui l'imposture est toujours respectée; et quoiqu'on la découvre, on n'ose rien dire contre elle. Tous les autres vices des hommes sont exposés à la censure, et chacun a la liberté de les attaquer hautement; mais l'hypocrisie est un vice privilégié, qui, de sa main, ferme la bouche à tout le monde, et jouit en repos d'une impunité souveraine. On lie, à force de grimaces, une société étroite avec tous les gens du parti. Qui en choque un, se les jette tous sur les bras; et ceux que l'on sait même agir de bonne foi là-dessus, et que chacun connaît pour être véritablement touchés, ceux-là, dis-je, sont toujours les dupes des autres; ils donnent hautement dans le panneau des grimaciers, et appuient aveuglément les singes de leurs actions. Combien crois-tu que j'en connaisse qui, par ce stratagème, ont rhabillé adroitement les désordres de leur jeunesse, qui se sont fait un bouclier du manteau de la religion, et, sous cet habit respecté, ont la permission d'être les plus méchants hommes du monde? On a beau savoir leurs intrigues et les connaître pour ce qu'ils sont, ils ne laissent pas pour cela d'être en crédit parmi les gens; et quelque baissement de tête, un soupir mortifié, et deux roulements d'yeux rajustent dans le monde tout ce qu'ils peuvent faire. C'est sous cet abri favorable que je veux me sauver, et mettre en sûreté mes affaires. Je ne quitterai point mes douces habitudes; mais j'aurai soin de me cacher et me divertirai à petit bruit. Que si je viens à être découvert, je verrai, sans me remuer, prendre mes intérêts à toute la cabale, et je serai défendu par elle envers et contre tous. Enfin c'est là le vrai moyen de faire impunément tout ce que je voudrai. Je m'érigerai en censeur des actions d'autrui, jugerai mal de tout le monde, et n'aurai bonne opinion que de moi. Dès qu'une fois on m'aura choqué tant soit peu, je ne pardonnerai jamais et garderai tout doucement une haine irréconciliable. Je ferai le vengeur des intérêts du Ciel, et, sous ce prétexte commode, je pousserai mes ennemis, je les accuserai d'impiété, et saurai déchaîner contre eux des zélés indiscrets, qui, sans connaissance de cause, crieront en public contre eux, qui les accableront d'injures, et les damneront hautement de leur autorité privée. C'est ainsi qu'il faut profiter des faiblesses des hommes, et qu'un sage esprit s'accommode aux vices de son siècle.

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Molière, Dom Juan, acte V, scène 2

Coucou !

Tu as oublié la plus grande métaphore du texte ! Qui est cet Alexandre dont il parle ? C'est bien sûr Alexandre le Grand, tu sais, le plus grand conquérant que la planète eut jamais porté ! Eh bien par cette métaphore, Dom Juan fait des femmes un vaste territoire à conquérir, leur donne une valeur seulement matérielle.

Ici, l'acte de séduction est plus grand que le plaisir de profiter des femmes : ce qui l'intéresse n'est pas nécessairement de coucher avec elle mais simplement de les séduire, des les savoir acquises à lui.

Molière, Dom Juan, acte V, scène 2

bonjours a tous,
j'ai un commentaire composé sur la tirade de l'hypocrisie de dom juan
acte 5 scène 2
j'ai vraiment du mal a faire mon plan et a le rédiger

j'ai déjà fait ceci :


I) Les marques de l'hypocrisie
a: ?
b: ?
c: ?

II) Comment l'hypocrisie sert-elle à Dom juan

a:vice social
b:pour continuer son libertinage
c: ?


s'il vous plais pouvez vous m'aidez ?
je vous en serai très reconnaissante !
merci d'avance.

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Molière, Dom Juan, acte V, scène 2

Bonsoir Manon,

Il faudrait lire les échanges qui précèdent.