Peut-on considérer une BD ou un manga comme de la littérature ?

Mais que faire des calligrammes ? Sont-ils à exclure de la littérature pour leur recours à autre chose que du texte ? Cette définition de la littérature comme texte pur me semble bien restrictive, quels qu'en soient les éminents auteurs.

Le calligramme fait du dessin avec le texte.

On pourrait aussi dire que la B.D., elle, est par essence un livre, contrairement aux textes chantés et surtout aux pièces de théâtre. On pourrait donc soutenir que, par son support, la B.D. appartient davantage à la littérature que le théâtre...

C'est un bon argument, mais le domaine du livre n'est pas exclusivement littéraire. J'en veux pour preuve les livres d'art, les livres sur le cinéma, les livres de géo, etc. Il faut évidemment ajouter que ce sont pas des créations artistiques. On peut élargir le débat aux livres illustrés pour enfant.

D'un autre point de vue, en ajoutant des didascalies à une B.D., on pourrait imaginer en faire du texte "pur" (quant aux B.D. sans guère de texte, elles seraient à mettre sur le même plan que les pièces de théâtre quasi muettes, comme on en voit parfois). Si on ne le fait pas, c'est qu'il n'y a aucune difficulté technique à mettre le dessin sur le papier en même temps que le texte. Le dessin se glisse plus aisément aux côtés de la littérature que d'autres arts. Et si la B.D. est de qualité, se priver du dessin serait dommage.

On trouve dans les librairies un peu vastes des scénarios de film au rayon cinéma. Les scénarios de bd, ce serait du même acabit. J'utilise le mot scénario à dessein, pour suggérer un rapport au cinéma plus qu'à la littérature. L'exemple du théâtre muet, auquel on peut ajouter celui de la comedia dell'arte qui laisse une forte place aux improvisations (et qui rend minimal et étriqué le support du texte, comme au jazz une partition) me confortent dans l'idée que le théâtre n'est pas spécifiquement littéraire.

Dans le sens inverse, on trouve des poèmes ou des pièces de théâtre refondus en B.D. Le texte ne change pas. L'œuvre nouvelle doit-elle être considérée comme absolument non littéraire ? Pourtant, si on est amené à l'étudier (ce qui ne sera intéressant que si le dessin est à la hauteur du texte), sa dimension littéraire sera essentielle, de même que pour Erlkönig, une étude du lied de Schubert n'a pas de sens sans une étude du texte de Goethe.

J'appelle ça une adaptation, il en existe aussi au cinéma, et à l'opéra. Le texte s'avère nécessaire, mais on passe quand même d'un art à un autre, après avoir extrait la substance du premier. Quant à un poème refondu en bd, ce serait tout de même de la simple illustration, non?

Une B.D. peut avoir un texte digne de la plus haute littérature, un texte que l'on peut avoir plaisir à se réciter quand on n'a pas le livre sous la main.

J'aurais besoin d'un exemple concret. (Et si je le demande, c'est aussi par curiosité et par goût)

Bref, on pourrait peut-être formuler la chose ainsi : bien que ne faisant pas partie de la littérature stricto sensu, l'art de la bande dessinée comporte une dimension littéraire.

Soit. C'est une conclusion fort honnête.

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Peut-on considérer une BD ou un manga comme de la littérature ?

Un poème mis en bande dessinée n'est pas à proprement parler une "adaptation", puisqu'aucune modification n'a lieu ; au contraire, un roman est adapté en B.D., comme au cinéma, avec un certain nombre de changements. Le problème est le même que pour la musique : on ne peut pas dire que Schubert ait "adapté" le poème de Goethe, il l'a mis en musique, c'est différent. De même, on ne peut pas dire que Schubert ait simplement "illustré" le texte : la musique du lied est plus qu'une simple illustration du poème.

La bande dessinée étant encore un art jeune et les dessinateurs n'étant pas forcément portés à s'intéresser aux grands textes classiques ou contemporains, la possibilité de les mettre en bande dessinée n'a pas encore été beaucoup exploitée, sauf à des fins pédagogiques pas forcément très artistiques. Néanmoins, elle existe et peut à terme donner naissance à un genre particulier, cousin graphique du lied (dont la définition en allemand exige autant du texte que de la musique).

Quant à exclure le théâtre de la littérature, pourquoi pas, certes, mais ça me paraît vraiment trop restrictif. À ce compte-là, Homère (qui n'a d'ailleurs peut-être jamais existé) n'appartient pas non plus à la littérature, son œuvre étant entièrement orale et chantée (la première édition du texte remonte à Pisistrate, soit environ deux siècles après la période supposée de composition des poèmes homériques).

Et pour les amoureux de la littérature et du théâtre, je conseille vivement la lecture de De Cape et de crocs.

Peut-on considérer une BD ou un manga comme de la littérature ?

AmélieD a écrit :

Et pour les amoureux de la littérature et du théâtre, je conseille vivement la lecture de De Cape et de crocs.

Je me suis fait dédicacer le tome 4 (je crois) à Angoulême, en 2001. Garulfo est du même auteur si je me souviens bien, mais c'est sûr que les répliques du loup et du renard sont d'une plus haute volée.

64 (Édité par Bung 12/09/2011 à 12:14)

Peut-on considérer une BD ou un manga comme de la littérature ?

Salut Alph et AmélieD, désolé d’exhumer un si vieux sujet, mais le problème posé m’intéressait directement. J’ai découvert de capes et de crocs récemment et y a pas à dire, c’est vraiment génial. À ma connaissance, c’est la seule BD éditée qui contient des dialogues en alexandrins. Le tour de force de son auteur (Alain Ayroles) est d’avoir su plier ce grand niais d’alexandrin aux exigences de la mise en bulles, et d’avoir su rendre concise et percutante une métrique dans laquelle Racine et Corneille se sentaient presque à l’étroit quand ils ne disposaient pas d’une bonne tirade de 30 vers pour amener le moindre effet stylistique. Du coup, j’ai acheté le Garulfo du même auteur, qui est tout aussi génial, mais exempt d’alexandrins.       

Dans le genre BD à prétention littéraire, j’en connais une autre, beaucoup moins recommandable (heureusement, elle n’est pas éditée et ne le sera sans doute jamais), qui se vautre dans toutes les erreurs : fautes de construction, de traitement et de goût. C’est un ovni ‘littéraire’ qui tient autant du manga que de la tragédie classique, où il est question de pirates  et de ninjas qui se mettent sur la tronche en débitant le plus sérieusement du monde des tirades en alexandrins. Le résultat eut été passablement comique si l’auteur n’avait pas tenu absolument à nous vendre son œuvre sous le label « tragédie » !

Je vous laisse apprécier par vous-même l’ampleur du désastre en cliquant sur le lien de son blog :

https://www.google.fr/search?q=La+légen … ly+Musashi

Surtout, n’hésitez pas à lui laisser vos critiques acerbes et vos commentaires apitoyés, car l’auteur est tellement barré qu’il pourrait trouver de l’amusement à les lire. J’en sais quelque chose, puisque cet auteur…c’est moi.

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Peut-on considérer une BD ou un manga comme de la littérature ?

bonjour à tous , ma connaissance des BD se limitant à Asterix et Obelix , je ne répondrai donc que sur les mangas . Si l'on considère que la littérature est une leçon de vie , je pense que la comparaison est possible avec les mangas . Deux exemples pour expliquer mon avis :
Love Hina est un manga qui détaille et décortique les passions des hommes . GTO ( Great Teacher Onizuka ) n'est rien de moins qu'une grand leçon de philosophie . C'est que mon avis  lol

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Peut-on considérer une BD ou un manga comme de la littérature ?

Les mangas sont des images ! Quel rapport avec la liitérature ?  Oh, franchement  !  hmm