1 (Édité par Hwang(moijesuisneant) 09/08/2012 à 06:17)

Une petite difficulté de compréhension

Bonjour à tous !
Ma question n'étant pas sur la grammaire, ni sur les vocabulaires, j'espère que ma question n'est pas trop absurde dans ce forum.
D'abord, je vous prie de lire avec patience cet extrait qui est un peu long, donc serait sûrement ennuyeux.
(J'ai marqué en gros les parties qui me semblent importantes.)

[…] On partit ; Edmond fendit de nouveau cette mer azurée, premier horizon de sa jeunesse, qu’il avait revu si souvent dans les rêves de sa prison. Il laissa à sa droite la Gorgone, à sa gauche la Pianosa, et s’avança vers la pairie de Paoli et de Napoléon.

Le lendemain, en montant sur le pont, ce qu’il faisait toujours d’assez bonne heure, le patron trouva Dantès appuyé à la muraille du bâtiment et regardant avec une expression étrange un entassement de rochers granitiques que le soleil levant inondait d’une lumière rosée : c’était l’île de Monte-Cristo.

La Jeune-Amélie la laissa à trois quarts de lieue à peu près à tribord et continua son chemin vers la Corse.

Dantès songeait, tout en longeant cette île au nom si retentissant pour lui, qu’il n’aurait qu’à sauter à la mer et que dans une demi-heure il serait sur cette terre promise. Mais là que ferait-il, sans instruments pour découvrir son trésor, sans armes pour le défendre ? D’ailleurs, que diraient les matelots ? que penserait le patron ? Il fallait attendre.

Heureusement Dantès savait attendre : il avait attendu quatorze ans sa liberté ; il pouvait bien, maintenant qu’il était libre, attendre six mois ou un an la richesse.

N’eût-il pas accepté la liberté sans la richesse si on la lui eût proposée ?

D’ailleurs cette richesse n’était-elle pas toute chimérique ? Née dans le cerveau malade du pauvre abbé Faria, n’était-elle pas morte avec lui ?

Il est vrai que cette lettre du cardinal Spada était étrangement précise.

Et Dantès répétait d’un bout à l’autre dans sa mémoire cette lettre, dont il n’avait pas oublié un mot.

Le soir vint ; Edmond vit l’île passer par toutes les teintes que le crépuscule amène avec lui, et se perdre pour tout le monde dans l’obscurité ; mais lui, avec son regard habitué à l’obscurité de la prison, il continua sans doute de la voir, car il demeura le dernier sur le pont.

Si je résume ce texte selon ma propre nécessité ;
1. Le matin, au soleil levant, Dantès était, la regardant, à trois quarts de lieue de l’île de Monte-Cristo.
2. À ce moment-là, son navire continuait toujours son chemin vers la Corse.
3. Le soir, Dantès voyait l’île se perdre dans l’obscurité.

Maintenant, ma question :
Son navire n'étant pas à l'ancre, comment Dantès pouvait-il voir l’île de Monte-Cristo du matin jusqu'au soir ?
Est-ce qu'il y a quelque chose qui m'échappe dans ma lecture ?

J'attendrais vos réponses.
Cordialement.

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Une petite difficulté de compréhension

Il faut avoir l'avis des marins de ce forum, mais il semble que l'île, qui culmine à 646 m, doit pouvoir se voir d'assez loin, et donc pendant longtemps compte tenu de la vitesse des bateaux à l'époque. D'ailleurs dans le chapitre suivant, le phénomène se reproduit à l'envers :

Deux heures après il remonta sur le pont ; le bâtiment était en train de doubler l’île d’Elbe. On était à la hauteur de Mareciana et au-dessus de l’île plate et verte de la Pianosa. On voyait s’élancer dans l’azur du ciel le sommet flamboyant de Monte-Cristo.

Dantès ordonna au timonier de mettre la barre à bâbord, afin de laisser la Pianosa à droite ; il avait calculé que cette manœuvre devrait raccourcir la route de deux ou trois nœuds.

Vers cinq heures du soir, on eut la vue complète de l’île. On en apercevait les moindres détails, grâce à cette limpidité atmosphérique qui est particulière à la lumière que versent les rayons du soleil à son déclin.

Edmond dévorait des yeux cette masse de rochers qui passait par toutes les couleurs crépusculaires depuis le rose vif jusqu’au bleu foncé ; de temps en temps des bouffées ardentes lui montaient au visage ; son front s’empourprait, un nuage pourpre passait devant ses yeux.

Jamais joueur dont toute la fortune est en jeu n’eut, sur un coup de dés, les angoisses que ressentait Edmond dans ses paroxysmes d’espérance.

La nuit vint : à dix heures du soir on aborda ; la Jeune-Amélie était la première au rendez-vous.

L'île commence à s'apercevoir de loin au matin, et il faut attendre cinq heures du soir pour en avoir la vue complète, malgré la marche rapide du bateau.

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Une petite difficulté de compréhension

lamaneur a écrit :

[…] doit pouvoir se voir d'assez loin, et donc pendant longtemps compte tenu de la vitesse des bateaux à l'époque. D'ailleurs dans le chapitre suivant, le phénomène se reproduit à l'envers : […]

Maintenant, je me reproche d'avoir manqué d'imagination.
Merci lamaneur, comme toujours !!

Une petite difficulté de compréhension

Pour un bateau monocoque la vitesse maximum est en proportion de sa longueur.  Je ne me souviens plus de la taille de son bateau, mais j'estime que sa vitesse maximum est de 6 nœuds, ou 11 km / h.  On y parvient seulement avec un vent fort dont l'angle y convient.  La vitesse actuelle peut être bien moins, surtout s'il faut louvoyer contre le vent. 

L'horizon du bateau doit être de 16 miles, ou 25 km.  Mais du pic de l'île, donné par lamaneur à 646m, l'horizon peut atteindre 90 km, si je l'ai bien calculé.  Il aurait donc vu le sommet à moins de 90 km.  Quand il en eut la vue complète, à cinq heures du soir, la distance aurait été de 25 km.  Si le bateau l'abordait à dix heures du soir, donc, sa vitesse devait être de 5 km / h, environ la moitié de sa vitesse maximum.

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Une petite difficulté de compréhension

Mon Dieu !!!
Je suis tout ému de ton enseignement.
Je me sens comme le Dantès devant l'abbé Faria qui est très érudit.
Merci, infiniment BillM!!!