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Un sérieux problème d'orthographe

Effectivement, les langues ne sont pas entièrement "logiques", sauf peut-être l'espéranto.

Les orthographes peuvent être par contre plus ou moins logiques ou cohérentes. L'espagnol, l'italien, le finlandais et le coréen ont par exemple des orthographes bien plus cohérentes que le français. On peut toutefois améliorer les choses et faire des réformes de temps en temps, la dernière (assez modeste) en 1990. Mais c'est une autre question...  wink

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Un sérieux problème d'orthographe

Bonjour,

L'Allemagne a réussi sa réforme de l'orthographe - moins complexe que la nôtre - en douceur : une petite dizaine d'années, le temps de s'habituer, notamment (je simplifie) :

* à la suppression du fameux "stsett" (je n'ai pas la lettre sur mon ordi, cà ressemble à un B) pour le remplacer par sz ou, parfois ss. Exemple : dass.

* à la suppression de certaines aberrations dans les mots composés, du style trois consonnes, comme : "Schifffahrt" (navigation, formé de Schiff = bateau et de Fahrt = voyage, trajet) qui devient "Schiffahrt". 

J'avoue que je reste nostalgique de l'ancien système...

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Un sérieux problème d'orthographe

Ce que je comprends mal dans votre réforme, Spalding, c'est la volonté de conserver des graphies différentes pour les homophones. Quand j'entends "conte" je comprends de quel "conte" il s'agit. Pourquoi pas à la lecture ?
Si on écrivez tous les "a" isolés sans accents, les infinitifs et les participes passés du premier groupe de la même façon, on supprimerait 90 % des fautes vues sur ce site, et ailleurs...

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Un sérieux problème d'orthographe

Je réponds d'abord à Fandixhuit. Personnellement, je ne connais pas l'allemand. Mais je sais que la dernière réforme de l'orthographe a été très contestée en Allemagne. Elle était cependant assez modeste et raisonnable, d'après ce que j'ai lu. Même chose pour la petite réforme de 1990 en France, pourtant assez justifiée ! Les gens sont attachés à leurs habitudes de lecture, lisent aussi beaucoup plus qu'ils n'écrivent. Par ailleurs, certaines objections sont fondées. Je suis ainsi pour le maintien des traits d'union, empêchant des mots trop longs et facilitant le décryptage de leur sens global. Les usages doivent prédominer ici. Cette réforme de 1990 est de toute façon facultative.

Cela montre en tout cas la difficulté à faire passer une réforme, quelle que soit son ampleur et aussi justifiée soit-elle. Je pense donc qu'il est surtout important de faire évoluer les mentalités et faire admettre une certaine liberté pour l'orthographe. C'était d'ailleurs le cas en France jusqu'à l'enseignement primaire obligatoire (19e siècle). Pour cela, il faut proposer des systèmes alternatifs. Par exemple, l'association EROFA pourrait publier le moment venu un dictionnaire de son orthographe réformée et quelques romans dans celle-ci. C'est d'ailleurs ce qu'a fait l'association Ortograf (plus révolutionnaire) pour son compte. Ce sont de toute façon les usages qui feront évoluer les règles à la longue...


Je réponds maintenant à Anne. En effet, le sens d'un mot homophone est généralement éclairci par le contexte général du texte. Quand des homophones se trouvent dans la même phrase ou pour le mot homophone d'un titre, il peut toutefois se produire un ralentissement dans la lecture, parfois une confusion. Distinguer les homophones peut alors rendre quelques services : "Le comte a son compte", "Le beau conte du comte"... Je reconnais toutefois que ce sont des cas-limites ! Par ailleurs, on n'a pas encore distingué certains homophones aux sens très différents, qui plus est de même catégorie grammaticale (nom) et de même genre (féminin ou masculin) : "adresse", "vol"...

Disons que les homophones posent de toute façon un problème assez marginal dans l'orthographe française. Les doubles consonnes et les terminaisons des mots sont par contre beaucoup plus ennuyeuses... En fait, il me parait surtout important de distinguer les mots-outils homophones, très fréquents. Là, cela pourrait devenir franchement gênant pour la compréhension. Heureusement, le français le fait avec efficacité : a--à (votre exemple) / je--jeu / ou--où / la--là / de--deux / des--dé / du--dû / mes--mais / ce--se / très--trait / peu--peut / etc.

Je signale par ailleurs que les homophones sont généralement beaucoup plus nombreux dans le langage écrit (très riche) que dans le langage parlé (mots courants), avec des risques de confusion bien sûr plus importants.

À titre anecdotique, voici quelques mots homographes. Ils s'écrivent de la même façon, mais leur prononciation diffère : "Les poules du couvent couvent", "Nous portions des portions"... Pour le nom de cette dernière phrase, on pourrait alors choisir la graphie "porcions".


Les infinitifs et les participes passés du premier groupe pourraient en effet s'écrire de la même façon. Mais il faudrait alors que les participes passés soient décrétés invariables. Ce n'est pas la position générale des linguistes. Les plus audacieux préconisent bien l'invariabilité permanente du participe passé avec l'auxiliaire Avoir, mais son accord systématique avec le sujet pour l'auxiliaire Être (règles espagnoles). J'ai moi-même réalisé un travail sur le participe passé reprenant ces bases, mais avec des arguments originaux. Il est sur ce forum : "Pour une réforme du participe passé". Je pense y rajouter deux ou trois détails et une bibliographie.

Personnellement, je suis pour le respect des accords grammaticaux, même quand ils ne s'entendent pas. Ces accords peuvent faciliter la lecture, surtout dans les phrases longues (courantes à l'écrit). Et ils contribuent aussi à former l'esprit logique. On pourrait toutefois faire des ajustements : généraliser par exemple le pluriel en S (plus de X), simplifier les accords du participe passé sur les bases indiquées... Pour l'impératif singulier du premier groupe, un S final serait aussi plus logique : Vas-t'en ! L'absence du S ne s'explique que par des raisons étymologiques, difficilement justifiables.

En fait, ce que j'ai du mal à comprendre, ce sont les conjugaisons au singulier de nombreux verbes. Je les trouve bien arbitraires : je chante, tu chantes, il chante / je comprends, tu comprends, il comprend / etc. Je dois dire que leur logique m'échappe un peu...

Mais je ne suis pas très calé pour l'orthographe grammaticale (accords), à part bien sûr le participe passé. À l'association EROFA, on s'est en fait surtout occupé de l'orthographe lexicale (mots du dictionnaire), ce qui est déjà un gros morceau !


Sur ce, je vous quitte. À bientôt !  wink

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Un sérieux problème d'orthographe

Anne345 a écrit :

Ce que je comprends mal dans votre réforme, Spalding, c'est la volonté de conserver des graphies différentes pour les homophones. Quand j'entends "conte" je comprends de quel "conte" il s'agit. Pourquoi pas à la lecture ?

Spalding a écrit :

Je comprends votre objection, Anne. En effet, le sens d'un mot homophone est généralement éclairci par le contexte général du texte. Quand des homophones se trouvent dans la même phrase ou pour le mot homophone d'un titre, il peut toutefois se produire un ralentissement dans la lecture, parfois une confusion. Distinguer les homophones peut alors rendre quelques services

Certains homophones sont plus que des homophones : ce sont à l'origine les mêmes mots, comme dessin et dessein ou compter et conter. À un moment dans l'histoire, on a cru bon de différencier leur orthographe (non leur prononciation, bien sûr, puisque le mot était un seul mot) en fonction du sens. C'est donc une politique consciente de distinction par l'orthographe seule, probablement fondée sur l'idée que ce qu'on reconnaît facilement à l'oral où nous bénéficions de beaucoup d'autres informations simultanées que les seules paroles, n'est pas forcément si bien distingué à l'écrit où le contexte informatif est plus réduit.
La tendance du français a toujours été de donner plus de codes de déchiffrage à l'écrit, même quand ces codes n'existent pas à l'oral : les "s" du pluriel, que nous ne prononçons pas, la majorité des terminaisons conjuguées homophones (chante, chantes, chantent), etc.
La véritable question est : doit-on régler le sort de l'écrit sur celui de l'oral ?

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Un sérieux problème d'orthographe

Je trouve les remarques de Lamaneur très pertinentes. Que le langage écrit différencie davantage les mots (et leurs fonctions) que le langage oral me parait justifié dans une certaine mesure. Il est en effet généralement beaucoup plus riche.

La distinction des homophones me parait ainsi nécessaire, en particulier pour les mots-outils, comme déjà dit : du--dû / la--là / mes--mais / très--trait / etc.

Cela dit, il ne faut pas non plus être trop systématique. Certains homophones ont quand même très peu de chances de figurer dans un titre ou de se trouver dans la même phrase. De plus, le contexte général suffit généralement à reconnaitre immédiatement leurs sens respectifs.

S'il fallait distinguer graphiquement tous les homophones, l'orthographe française ne pourrait quasiment plus être enseignée. Elle est déjà assez problématique. N'en rajoutons pas !  roll

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Un sérieux problème d'orthographe

Si l'orthographe conservatrice est si consensuelle et si pratique, ces supporteurs, la grande majorité selon vous, ne devrait pas craindre des usages marginaux et «inadéquats». Si un usage déviant est vraiment dysfonctionnel et inadéquat, il s'éteindra de lui même faute d'usagers. Pourquoi alors le réprimer « alor q'on conpren çe qi è-t écri» ?

Un usage flottant ferait en sorte que l'orthographe conservatrice se maintienne et triomphe même des autres usages si celle-ci est vraiment la plus adéquate et si tel est le voeu de la population, et ce, sans que nulle contrainte ne s'exerce.

Une «norme», nécessaire à l'intercommunicabilté, peut-être le fruit d'une négociation collective inconsciente, des millions de scripteurs feraient en sorte que l'usage libre finirait par se cristalliser dans les formes les plus pratiques et toujours en phase avec l'évolution de la langue elle-même. Si la distinction des homophones est vraiment importante, par exemple, on peut penser que l'usage gardera des formes distinctes pour 'amende' et 'amande' (l'ortograf altèrnativ permet ces distinctions). L'académie Française reconnait du bout des lèvres n'être que le greffier de l'usage. Malheureusement l'usage est forcé et ne peut plus évoluer parce que toute disgression à cet usage porteuse d'évolution est réprimée.

Sur ce, je lance un pavé dans la mare: Pourquoi, contrairement à TOUTES les autres langues sur terre, devons-nous avoir une grammaire artificielle inaudible (orthographe grammaticale) en plus de la grammaire naturelle de la langue (parlée)?

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Un sérieux problème d'orthographe

Pour répondre à Gugenheim, je pense que des normes orthographiques sont nécessaires pour l'enseignement et l'administration, qu'elles soient satisfaisantes ou non.

Mais à long terme, les usages finissent toujours par modifier les normes. Celles-ci s'alignent alors, bien qu'avec retard. Le français, issu du latin, fut ainsi seulement parlé durant plusieurs siècles. Le latin était exclusivement pratiqué à l'écrit. Mais cette situation a fini par évoluer, et le français est maintenant utilisé à tous les niveaux.

De toute façon, l'avenir est largement inconnu. Cela dit, je pense que tout le monde a pu donner son opinion dans ce sujet. Je pense que nous pouvons donc en rester là.  wink

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Un sérieux problème d'orthographe

Je pense en effet, comme Spalding, qu'on a fait le tour... à un détail près; ma question sur l'orthographe grammaticale que je me permets de répéter ici est demeurée sans écho:

Pourquoi, contrairement à TOUTES les autres langues sur terre, devrions-nous avoir une grammaire artificielle inaudible (orthographe grammaticale) en plus de la grammaire naturelle de la langue (parlée)?

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Un sérieux problème d'orthographe

Je n'ai pas vraiment réfléchi à la question de Gugenheim. Mais je pense à priori que les accords grammaticaux peuvent faciliter la lecture dans les phrases longues, même quand ces accords ne s'entendent pas. Les phrases longues sont beaucoup plus courantes à l'écrit qu'à l'oral, ce qui pose un problème spécifique.

Par ailleurs, la transcription systématique des accords grammaticaux peut mieux faire comprendre la structure d'une phrase, contribuer à former l'esprit logique.

Cela dit, il faudrait faire des études précises dans ce domaine...  roll