11 (Édité par Leihe 22/06/2012 à 03:19)

Le mensonge de l'intention auctoriale

Se soumettre à cette intention auctoriale, c'est se priver de tous un tas de textes (je laisse à Leihe le soin de parler d'autres supports artistiques) grâce auxquels on peut s'interroger avec passion sur ce qui fait qu'une oeuvre est oeuvre. Que fait-on simplement de ces textes anonymes, de ces textes brûlés (ou voulus brûlés) par l'auteur ? Et de ces hommes dont on ne sait trop comment qualifier la production ? (Walter Benjamin par exemple dont les textes "philosophiques" n'ont pas qu'une valeur critique) Il vaut peut-être mieux partir d'une "situation auctoriale" (quelqu'un a bien écrit ce texte bien sûr) que supposer immédiatement une "intention auctoriale".

Une partie extrêmement importante de la production artistique contemporaine (postérieur à la Seconde Guerre mondiale) suppose, si on veut l'appréhender, de mettre de côté l'idée de l'artiste comme pôle autonome de création. Il ne s'agit pas simplement d'accepter le geste, devenu classique maintenant, du refus de la figure du créateur dans l'art contemporain, mais plus profondément je crois d'envisager les différences de traitement des matériaux "artistiques" à la base de ce que l'on nomme encore, peut-être à tort, "oeuvre d'art". C'est une appréciation qui vaut pour de très diverses productions artistiques et qui traverse les courants et les politiques particulières. John Cage intronise ça fondamentalement en musique, par exemple (avec ses œuvres silencieuses, forcément, mais aussi avec ses invitations à la musique où les interprètes et les auditeurs s'entre-mêle et où l'idée d'intentionnalité est bannie - dans la mesure où elle peut l'être). La problématique dans les arts plastiques est présente dans certaines esthétiques corporelles des artistes de l'expressionnisme abstrait. Je ne parle même pas des happenings (qui sont d'ailleurs issu à l'origine des propositions sonores de John Cage) qui font fleurir, de façon presque monstrueuse, ce thème de l'absence de pôle créateur.

C'est assez étrange, en fait, que ce qui est devenu un nouveau paradigme dans les autres arts (avec les défauts qu'implique la fondation d'un paradigme d'ailleurs : radicalité, absence de nuance, naïveté caricaturale, etc.) ne soit pas encore intégré comme une structure d’appréciation spontané dans la littérature. C'est intéressant, parce qu'il doit y avoir dans l'écrire quelque chose qui offre à l'intention auctoriale un enracinement plus profond que dans les autres productions artistiques.

Quoi qu'il en soit, je suis tout à fait d'accord avec Polo lorsqu'elle dit que ce dogme nous prive d'une grande part de production écrite. L'exemple de la littérature testimoniale est assez parlant là-dessus. Mais, même pour des choses plus inscrites dans la tradition littéraire française, l'intention auctoriale est problématique. Je pense par exemple, et la référence est facile, au surréalisme, dont les procédures d'écriture échappent volontairement à l'idée d'auctorialité et d'intentionnalité. Même si les discours esthétiques que posent les surréalistes sur leur propre écrit ne peuvent être compris au pied de la lettre et que l'intentionnalité ne peut échapper complétement à leur processus d'écriture (ils veulent, au moins, "ne pas vouloir"), le fond est quand même assez important pour poser question. Benjamin est vraiment intéressant là-dessus aussi, d'autant qu'il envisage avec ça l'idée de la collection, du ramassage compulsif. L'écriture est une forme d'inventaire de collectionneur et ne peut donc vraiment plus se voir comme un processus de médiatisation de la volonté de l'auteur, tendant vers "l'Idée" d'une oeuvre. Je pense aussi à Kafka et à ce qu'on peut lire de lui aujourd'hui : il est quand même saisissant que cet auteur majeur de la littérature du XXe siècle soit pour ces plus "grandes" œuvre connu malgré lui. Ma culture littéraire est trop limitée pour sur-ajouter encore des exemples, mais ça en fait déjà un certain nombre...

L'idée d'intention auctoriale me paraît donc vraiment trop sélective d'un point de vu méthodologique et esthétique. J'aime bien l'idée de situation auctoriale, parce qu'elle suppose d'envisager une forme de "topologie de base" du moment de l'écriture, sans réduire ce territoire à un vouloir individualisé. La situation auctoriale c'est aussi l'ensemble des facteurs rentrant dans la détermination d'une voix, ce n'est plus la voix unique et simplement entendue.


@Délia : Si vous pensez l'auteur simplement comme le corps physiquement posé derrière un bureau, qui, à un moment T à écrit un truc, ben effectivement, c'est très concret. Mais, il me semble que la façon dont s'envisage l'auteur dans les études littéraires est un peu plus complexe que cela et qu'effectivement, le caractère "physique" de l'auteur est souvent à mettre en regard avec sa part "construite" et "imaginaire". Si vous pensez que lorsque quelqu'un dit "Flaubert veut dire ceci à travers tel ou tel ligne", ce quelqu'un parle bien d'un bonhomme de 1m74 et de 78 kg, avec une moustache, une barbe ou autre chose, et ben je ne sais pas trop quoi répondre. Par ailleurs, si j'étais mesquin, je vous demanderais de m'expliquer ce que vous entendez lorsque vous parlez d'un Homère "auteur" : c'est un rapprochement assez particulier...

Enfin, serait-il possible que vous avanciez enfin quelque chose au lieu de venir, de façon répété, "m'agresser" sur ce que je peux dire. Je m'excuse si quelque chose dans ma façon d'écrire vous agace à ce point pour que vous ne puissiez vous empêcher les petites mesquineries méprisantes que vous distillez, mais, comme je vous le disait (très sérieusement), les MP existent afin de détendre votre bile et de soulager votre frustration auctoriale. J'essaierais même de vous répondre, en privé moi-aussi, pour alimenter la chose. Mais là, franchement, ça devient un poil ridicule et quelque peu "hors-sujet" (vous devez connaître ce terme, même si je l'écris mal).

PS : Pour aller voir cette idée de l'auteur comme construction tendue entre une réalité concrète, physique et une édification sociale et mythique, vous pouvez lire ou relire Foucault ("Qu'est-ce qu'un auteur ?" de 1969). Peut-être que son "autorité" sera un peu moins soumise à vos moqueries (et il fait peu de fautes). Pascal est un exemple sympa d'auteur construit tient...

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Le mensonge de l'intention auctoriale

C'est un sujet qui touche à trop de choses importantes pour que j'y réponde vite.
Juste un message pour dire que j'y réfléchis...

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Le mensonge de l'intention auctoriale

On attend avec impatience.

Le mensonge de l'intention auctoriale

C'est un sujet qui touche à trop de choses importantes

pour êre traité en privé.
Il n'y a rien de privé dans une discussion littéraire, et tout le monde peut profiter des éclaircissements que je vous demande.

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Le mensonge de l'intention auctoriale

Oui mais là c'est pas Leihe que tu cites, mais moi.

Le mensonge de l'intention auctoriale

Delia a écrit :

C'est un sujet qui touche à trop de choses importantes

pour êre traité en privé.
Il n'y a rien de privé dans une discussion littéraire, et tout le monde peut profiter des éclaircissements que je vous demande.

N'est-il pas temps de passer à autre chose ?
Je suis sidérée par votre comportement sur cette discussion.
Et étonnée qu'aucun modérateur ne fasse ce rappel de bon sens :

À l’exception de certaines discussions dans la rubrique « Langues vivantes » et « Langues anciennes » (→ F.A.Q.), tous les messages doivent être rédigés en français. N’utilisez pas le langage SMS et n’abusez pas des majuscules. Si vous savez que vous faites des fautes d’orthographe, relisez-vous. Sauf motivation pédagogique, ne faites pas remarquer celles des autres. Un message rédigé en langage abrégé ou difficile à lire compte tenu du nombre de fautes d’orthographe est susceptible d’être supprimé.

A ce que je sache, malgré les quelques fautes d'orthographe et syntaxes maladroites de Leihe, ses messages restaient parfaitement compréhensibles. Si d'autres ont pu lui faire ce genre de remarques par le passé, aucun n'a insisté avec autant de mépris. Leihe vous appelait sagement à déverser votre bile ailleurs.

Ce qui est dommage, c'est que la réflexion de fond est du coup complètement passée à la trappe.

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Le mensonge de l'intention auctoriale

Je ne comprends pas cette phrase :
"A cause de cela même qui creuse l'auctorialité dans le paradigme de ceux qui utilise l'argument, eh ben l'intention auctoriale n'a pas de sens."

Et du coup, pas davantage l'allusion à Duns Scot qui ne nierait pas, pour ce que j'en sais, l'intentionnalité de la création divine (la Bible parle d'un "plan d'amour" pour chaque homme, n'est-ce pas le signe d'un projet à la base de la genèse?).

Leihe?
Un éclaicissement?

18 (Édité par Leihe 22/06/2012 à 17:18)

Le mensonge de l'intention auctoriale

Je n'essayais pas vraiment de construire un argumentaire théologique, c'était plus une mauvaise blague pas drôle (qui aurait été plus évocatrices en remplaçant Duns Scot par Maître Eckhart).

Ceci dit, je peux quand même répondre et préciser mon idée (qui n'étais pas très claire, c'est vrai). Rejeter la notion d'intention auctoriale ce n'est pas nier la place de l'intention de l'auteur dans la littérature. Il est bien quelqu'un, à un moment donné, qui écrit et qui décide d'écrire. En revanche, c'est remettre en cause l'idée selon laquelle nous pouvons avoir accès de façon claire et explicite à ce "vouloir" d'origine et que nous pouvons former notre analyse du texte à partir même de ce vouloir. Par ailleurs, ce "vouloir" même ne me semble pas pouvoir être univoque, unilatéral, mais est forcément plus trouble que cela. C'est pour ça que la notion de situation auctoriale me paraît plus intéressante : parce qu'elle envisage la plurivocité et le croisement des influences et des déterminations, dans l'acte d'écriture.

Donc, lorsque je dis que l'auctorialité se nie en même temps qu'elle s'affirme : c'est parce que l'auctorialité est envisagé, philosophiquement, à la fois comme la figure "normative" du sens d'un texte et en même temps, dans l'approche romantique de la chose (qui me semble une de celle les plus répandues), la figure même du "mystère" du "geste créateur" de l'auteur.

@Délia : Vous ne traitez pas le sujet, vous tentez de me déstabiliser de façon assez minable en me rappelant à longueur de poste que ce que j'écris est plein de fautes et mal tourné. Donc, pour cette partie, essentielle, de vos interventions, je vous engage effectivement à m'écrire en privé et à ne pas infliger vos petites remontrances professorales à la vue des autres intervenants. Si vous voulez discuter du sujet en lui-même, je vous en prie, faite vous plaisir. Mais vous ne semblez pour l'instant pas être capable d'autre chose que d'affirmation ou de leçon...

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Le mensonge de l'intention auctoriale

Mais en quoi la dimension normative de l'auctorialité -philosophiquement pensée- s'oppose-t-elle à l'indicible qui la caractérise en littérature?

En toute honnêteté, je te suis sur l'idée qu'un argument d'autorité qui impose l'intention de l'auteur d'un texte en prédicat de l'oeuvre est injustement péremptoire (et bigrement réductrice!) : les éditeurs seraient overbookés. Et j'adhère également à la notion d'ineffabilité de la volonté directrice de l'écrit.

Donc jusque là, à part sur ton style (aux bons soins de Delia), no débat.  big_smile

Le mensonge de l'intention auctoriale

Mais en quoi la dimension normative de l'auctorialité -philosophiquement pensée- s'oppose-t-elle à l'indicible qui la caractérise en littérature?

Elle ne s'oppose pas en soi, mais est problématique dans le cadre qu'elle implique à une réflexion esthétique basée sur l'intention auctoriale. L'idéal de l'analyse d'un texte comme accès au "vouloir de l'auteur" ne peut être réalisé, du fait justement que ce "vouloir" est envisagé comme inaccessible par principe. L'idée d'une indépassable tension vers l'origine de l'écrire est intéressante philosophiquement, mais me semble relativement inopérante dans le cadre de l'étude d'un texte. Du moins, l'intention auctoriale comme norme d'analyse rentre en contradiction avec elle-même, puisque sa normativité éclate face au principe même de l’inaccessibilité de la volonté de l'auteur : comment faire d'une norme, quelque chose auquel on n'a de toute façon pas accès.

Après, je pense qu'on entre là dans des considérations purement esthétiques (dont on peut faire l'économie, d'une manière ou d'une autre, je pense) qui s'éloignent un peu du cœur de la question que je voulais poser aux premiers concernés (les étudiants en littérature ou les professeurs - lorsqu'ils ont quelque chose à dire là-dessus, n'est-ce pas) et qui portaient sur la justification méthodologique de cet outil qu'est l'intention auctoriale.