1 (Édité par dring 03/06/2012 à 14:31)

Montaigne, Essais, III, 13 - Pour moi donc, j’aime la vie...

Bonjour à tous ,
J'ai un commentaire à préparer sur ce texte et j'aurai besoin de votre aide big_smile


Pour moi donc, j’aime la vie et la cultive telle qu’il a plu à Dieu nous l’octroyer. Je ne vais pas désirant qu’elle eût à dire  la nécessité de boire et de manger, et me semblerait faillir non moins excusablement de désirer qu’elle l’eût double (« Le sage recherche avec ardeur les richesses naturelles » ), ni que nous nous sustentassions mettant seulement en la bouche un peu de cette drogue par laquelle Epiménide  se privait d’appétit et se maintenait, ni qu’on produisît stupidement  des enfants par les doigts ou par les talons, mais, parlant en révérence , plutôt qu’on les produise encore voluptueusement par les doigts et par les talons, ni que le corps fût sans désir et sans chatouillement. Ce sont plaintes ingrates et iniques. J’accepte de bon cœur, et reconnaissant, ce que nature a fait pour moi, et m’en agrée et m’en loue/ On fait tort à ce grand et tout-puissant donneur  de refuser son don, l’annuler et défigurer. Tout bon, il a fait tout bon…
Esope, ce grand homme, vit son maître qui pissait en se promenant : « Quoi donc, fit-il, nous faudra-t-il chier en courant ? » […]
Ils veulent se mettre hors d’eux, et échapper à l’homme. C’est folie : au lieu de se transformer en anges, ils s’abattent . Ces humeurs transcendantes  m’effraient, comme les lieux hautains et inaccessibles. […]
C’est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir loyalement de son être. Nous cherchons d’autres conditions, pour n’entendre l’usage des nôtres, et sortons hors de nous, pour ne savoir quel il y fait . Si, avons-nous beau monter sur des échasses, car sur des échasses encore faut-il marcher de nos jambes. Et au plus élevé trône du monde, si ne sommes assis que sur notre cul.


J'ai un plan :

I. Un texte humaniste traditionnel
A. Topos du juste milieu
-> J'explique que Montaigne cherche un juste milieu
B.Des arguments d'autorité
-> Il cite Dieu et des "anciens"
II. Qui va à l'encontre des valeurs contemporaines
A. Dieu est-il réellement au cœur du texte?
->  Il parle de Dieu et de la nature, Dieu se confond avec la nature et l'on peut se demander si il est réellement croyant
B. Des traces d'hédonisme
-> Champs lexical du plaisir + il prone plaisirs chaire et nourriture
C.Plaisir de l'écriture
-> Il s'inclut ds ces paroles "je" et utilise l'ironie : contraire aux normes de l'époque


En fait je suis pas sur de mon plan ( surtout en ce qui concerne la 2eme partie ) et j'aurais besoins de savoir ce que je dois modifier, et ce que je pourrais rajouter .


Merci d'avance

2

Montaigne, Essais, III, 13 - Pour moi donc, j’aime la vie...

Bonjour,

Il faudrait commencer par une problématique qui servirait de parcours de lecture.

Plusieurs possibilités :
Un humanisme trivial
ou
la revalorisation du corps
ou
une philosophie incarnée
ou
...
A partir de là, tu pourras définir un plan.
Au sujet de Dieu, Montaigne se montre chrétien équilibré en refusant le mépris du corps et en défendant le droit au bonheur dans l'incarnation. Il ne se reconnaît pas dans les interprétations erronées de St Paul qui voyaient dans la chair (assimilée abusivement au corps) la source du péché. Montaigne pense justement qu'un Dieu bon n'a pu vouloir une création mauvaise. Le mal réside non dans le corps mais dans l'esprit de l'homme qui désobéit aux volontés divines.

Montaigne, Essais, III, 13 - Pour moi donc, j’aime la vie...

Merci ,

Entre les 3 je choisirais un humanisme trivial , mais je vois pas trop comment développer :

I. l'art de convaincre
II. L'épicurisme ( ou juste milieu)
III. Une vision propre à Montaigne ( où j'explique qu'il s'oppose à Saint-Paul )

?

4 (Édité par Jehan 03/06/2012 à 17:23)

Montaigne, Essais, III, 13 - Pour moi donc, j’aime la vie...

III. Une vision propre à Montaigne ( où j'explique qu'il s'oppose à Saint-Paul )

Avez-vous bien compris ce que Jean-Luc vous a dit ?
Il parle d'une lecture erronée de saint Paul, lecture erronée qui aboutit à tirer le christianisme vers le dualisme platonicien.
Il n'y a rien ici que de très conforme à la doctrine catholique :

J’accepte de bon cœur, et reconnaissant, ce que nature a fait pour moi, et m’en agrée et m’en loue/ On fait tort à ce grand et tout-puissant donneur  de refuser son don, l’annuler et défigurer. Tout bon, il a fait tout bon…

Tout bon, il a fait tout bon est une pointe lancée aux calvinistes : c'est une allusion à la Genèse : « et Dieu vit que cela était bon. » Or les calvinistes, qui lisent la Bible en langue vulgaire, prônent l'austérité et le refus des plaisirs.
Montaigne, lui, préfigure une chansonnette de notre temps :

Aimer est agréable,
Dieu ne l'défend pas.
Il nous eût fait des cœurs de pierre,
S'il eût voulu qu'on n'aimât pas...

Montaigne, Essais, III, 13 - Pour moi donc, j’aime la vie...

Merci  big_smile  ,

Donc à la ligne 11, "ils veulent se mettre hors d'eux et échapper à l'homme" , "ils" désigne les calvinistes ?

Et mon plan pourrait être :


I. Un texte humaniste traditionnel
A. Épicurisme
B. Arguments d'autorité

II. Une attaque des calvinistes
...

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Montaigne, Essais, III, 13 - Pour moi donc, j’aime la vie...

"Une attaque des calvinistes" ne saurait constituer une grande partie, la visée du texte n'étant pas polémique.

Montaigne, Essais, III, 13 - Pour moi donc, j’aime la vie...

Une dernière petite question  smile

Que signifie : "le sage recherche avec ardeur les richesses naturelles" (citation de Sénèque) ?

8 (Édité par jacquesvaissier 10/06/2012 à 17:39)

Montaigne, Essais, III, 13 - Pour moi donc, j’aime la vie...

La citation signifie que le sage cherche à vivre en conformité avec la Nature, qui donne la richesse véritable (c'est du pur stoïcisme !)

Montaigne, Essais, III, 13 - Pour moi donc, j’aime la vie...

Merci !