1 (Édité par Les4éléments 24/05/2012 à 22:39)

Un jour je serai grammairien

« On doit être un logicien ou un grammairien rigoureux, et être en même temps plein de fantaisie et de musique. »
de Hermann Hesse, extrait du Le jeu des perles de verre

Bonjour, bonsoir,

Depuis bien des années, je traîne sur ce super site. Aujourd'hui, je viens vous demander de l'aide, ou plus précisément, des conseils. Merci à tous ceux qui prendront le temps de me répondre. neutral

Je vais essayer d'être le plus synthétique possible :

En Seconde, il faut choisir : S / L / ES / autre... je suis bon partout, surtout en sciences/maths, donc je dois aller en S. La S, la « voie royale ». Foutaises ; je choisis L. Cela s'annonce nettement plus enrichissant en bien des points. C'est en plus là où je suis le moins bon. Une occasion pour moi d'être confronté à un défi. Je suis enfant précoce, ce genre de défis, j'en ai besoin. Première, excellent élève. Terminale, pareil. Admission Post-bac : des enjeux, des choix, paf : j'aime toutes les matières littéraires, je suis assez bon élève donc hypokhâgne, à Grenoble. J'aime particulièrement le Grec et le Latin, ainsi que la grammaire.

Une année d'hypokhâgne s'écoule. C'est dur, mais ça passe sans trop de problèmes. Cependant, souci : je ne suis pas un « vrai » littéraire. Je n'aime pas plus lire que cela ; je lis parce qu'il faut lire, mais je ne vais pas de moi-même vers un livre. Je suis quand même très sensible à la Littérature, elle parvient à me faire pleurer, rire. Cependant, je passe la littérature par le filtre de la linguistique : qu'importe le fond et que prédomine la forme. J'ai un très bon esprit d'analyse, mais aucun esprit de synthèse. Conclusion :

  • Histoire / Géo : j'ai des notes correctes ; généralement la moyenne, voir plus

  • Lettres : en explication de texte, j'ai de très bonnes notes (= analyse + tout ce que j'aime) / dissertation : ouch : j'ai eu quatre 6/20 et un 11/20... (= synthèse...)

  • Philosophie : La philosophie ne m'aime pas.

  • Latin / Grec : Ma joie de vivre. Je peux exploiter toutes mes connaissances grammaticales. Sitôt que ça tourne autour de la culture antique ou des mythes... je me lasse assez vite.

  • Anglais : même principe que le français et le grec. En version, c'est la joie. Mais dès que c'est de la civilisation...

  • Culture antique : c'est du commentaire composée. Je gère.

Fin d'hypokhâgne, direction khâgne. J'ai le niveau pour passer en lettres classiques. Mes notes de Grec et de Latin sont très bonnes : 17/20 en devoirs de grammaire grecque, 14/20 de moyenne sur les 12 versions latines de l'année. En prépa, c'est tout à fait honorable. En un mot, je suis déjà sûr de passer dans cette spécialité. But if I may, should I do it ? Je suis bien plus un logicien qu'un littéraire ; je me mens à moi-même en m'appelant homme de lettres : j'ai un esprit purement logico-mathématique.

Plusieurs solutions s'offrent à moi. Ce sont à ces questions que je voudrais que vous répondissiez, vous qui vous y connaissez mieux que moi, j'imagine.

  1. L'hypokhâgne m'offre un niveau de latin et de grec nettement supérieur à celui d'un élève de fac. Dans l'idée de réussir l'agrégation de grammaire, devrais-je faire une khâgne pour continuer à bien progresser, tout en sachant qu'il n'y a vraiment que tout ce qui est demandé à cette agrégation de grammaire qui m'intéresse (et pas les mythes & co.) et que j'ai tendance à saturer avec les autres matières ?

  2. Devrais-je aller en fac en L2, c'est-à-dire l'année prochaine, en lettres classiques et continuer jusqu'en M2 avec un cursus Préparation à l'agrégation de grammaire ?

  3. Ne devrais-je pas arrêter de passer par la voie des lettres pour me tourner vers les sciences du langage, en linguistique par exemple ? (quoique la linguistique et la grammaire soient singulièrement opposées...)

  4. Un autre idée... ?

Tout ce que je sais, c'est que je fais partie de cette race des grammairiens : ceux qui aiment respecter les concordances de temps, qui aiment les choses les plus pointilleuses de la langue, qui savent faire la différence entre  « bien que » et  « même si », ou qui se posent à longueur de journées des questions existentielles de grammaire ou grammaire comparée (pas plus tard qu'hier, je cherchais un équivalent grec du gérondif de but à l'accusatif « ad amandum »...). C'est ce genre de choses qui me passionne énormément.

Je m'imagine professeur-chercheur à la fac... mais dans quel domaine ? Par quelle moyen ?

Merci de m'avoir lu. smile


PS : Blague à part, j'aurais bien fait CAP Pâtisserie sinon... mais l'amour des mots a été plus fort.  cool

Un jour je serai grammairien

Bonjour,

C'est à vous de voir bien sûr, en fonction de ce que vous pressentez être vos aspirations et de vos résultats du moment, mais j'aurais tendance à vous conseiller de rester en CPGE. En tout cas de ne pas aller en lettres classiques dès ce moment où vous n'aurez pas plus de choix pour vous orienter vers des matières linguistiques, et où vous serez confronté à de moindres exigences quant à la dissertation et à la lecture, ce que vous devez améliorer dans la perspective dans la perspective de l'agrégation. Et vous verrez peut-être (c'est un peu mon cas par certains côtés) qu'après avoir mis un peu les mains dans le cambouis (ce que vous ne ferez vraiment qu'à partir du master), on peut retrouver un certain attrait pour des disciplines plus littéraires stricto sensu. Essayez aussi de voir ce qui vous plaît le plus, l'histoire des langues, la théorie linguistique, ou la typologie, etc. Je sais que c'est un peu précoce, et il y a de toute façon des passerelles possibles tout au long d'une carrière, mais pour la linguistique historique l'agrégation de grammaire reste un point de passage fortement bienvenu. Si vous vous décidiez à quitter la CPGE, je vous recommanderais plutôt un cursus strictement linguistique (apprendre une ou deux langues rares à l'INALCO notamment, avoir une formation scientifique digne de ce nom, tout en continuant éventuellement quelques langues anciennes).

Bien cordialement.

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Un jour je serai grammairien

Merci beaucoup pour votre réponse. Vous avez un parcours impressionnant, du moins, aux yeux du petit hypokhâgneux de province que je suis. neutral

J'aime beaucoup la grammaire comparée et toutes les théories linguistiques... Mais je n'ai pas encore mis les "mains dans la cambouis" comme vous dîtes pour vraiment en être sûr.

Autre question : l'agrégation de grammaire, à votre avis, est-elle à la portée d'un élève en M2 qui aurait fait 2 ans de prépa spé lettres classiques et qui aurait continué à la fac par la suite ?

Bien cordialement.

Un jour je serai grammairien

Les4éléments a écrit :

Autre question : l'agrégation de grammaire, à votre avis, est-elle à la portée d'un élève en M2 qui aurait fait 2 ans de prépa spé lettres classiques et qui aurait continué à la fac par la suite ?

Oui, bien sûr, la plupart des lauréats viennent de l'université. En pourcentage de postes / inscrits, la section grammaire est d'ailleurs l'une des moins difficiles (ce qui ne reflète pas forcément la réalité des épreuves et du niveau des candidats bien sûr).

5 (Édité par Jeanne-Héloïse 25/05/2012 à 10:42)

Un jour je serai grammairien

Avec moins de 10 postes offerts au concours externe de l'agrégation de grammaire (quand ce n'est pas seulement 5 !) chaque année, il est difficile d'établir un profil type du lauréat et la voie royale vers le succès. Ce que l'on sait, c'est que certains parviennent à la décrocher à l'issue d'un parcours exclusivement universitaire en lettres classiques, et que d'autres sont normaliens (et ont donc fait une classe préparatoire littéraire avant de rejoindre l'université).

Un jour je serai grammairien

Certes, mais les statistiques de l'épreuve sont assez stables. Il y a rarement plus de deux normaliens (Ulm & Lyon) candidats et lauréats. Aucun l'an dernier si j'en crois mes souvenirs, aucun cette année, et l'an prochain je serai seul ou nous serons peut-être deux. Bref, il y a de la place pour tous les profils.

7 (Édité par Jeanne-Héloïse 25/05/2012 à 13:58)

Un jour je serai grammairien

Vous connaissez tout cela cent fois mieux que moi, Arthur, mais j'ajouterai que si nous voulons pousser un peu plus loin l'analyse des profils des lauréats, c'est sans doute vers les rapports des jurys que nous devons nous tourner (ce que je n'ai pas le temps de faire, mais que des personnes de mon entourage avaient fait), et je conseille d'ailleurs aux 4éléments, qui a initié cette discussion, de s'y reporter :
http://www.antiquite.ens.fr/enseignemen … e-concours
De mémoire, ce concours se caractérise par le faible nombre de candidats inscrits (par rapport aux autres agrégations de lettres), mais aussi par le faible nombre de candidats réellement présents aux épreuves (par rapport aux inscrits). De sorte que les ratio nombre de présents/nombre d'admis sont particulièrement encourageants (et sans commune mesure avec les autres agrégations).
Mais il me semble aussi que chez les normaliens, le nombre d'inscrits (même s'il est effectivement très faible) est égal au nombre de présents et au nombre d'admis (mais peut-être suis-je dans l'erreur ?) Ce qui signifierait que pour un normalien, le risque d'échouer est nul. Et l'enjeu se reporterait alors sur le rang d'admission (il faut bien se motiver  wink).
En ce qui concerne les autres candidats (issus de l'université et autres), le résultat serait plus incertain. Je crois avoir vu que la moitié des inscrits environ ne se présenterait pas au concours. Et compte tenu de ce que je viens de préciser au sujet des normaliens, les chances de réussite des non-normaliens à ce concours dépendraient du nombre de normaliens qui se présentent la même année. Même s'ils sont peu nombreux, comme les places offertes le sont aussi, hum !
Enfin, il faudrait aussi distinguer selon l'origine géographique (sans doute y a-t-il des "pôles" de grammaire : probablement Paris et Lyon ?)

Voyez, Les 4éléments, vous avez de quoi vous occuper, afin d'affiner votre projet (mais toutes ces statistiques ne sont qu'une aide à la décision, bien d'autres critères entrent en ligne de compte !)

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Un jour je serai grammairien

Arthur a écrit :

l'an prochain je serai seul ou nous serons peut-être deux.

Vous serez seul... à être candidat et lauréat ? big_smile

Enfin, je plaisante, il est vrai que vous pouvez bien vous permettre cela.

9 (Édité par Arthur 25/05/2012 à 17:36)

Un jour je serai grammairien

Seul à la préparer à l'ENS pour autant que j'en sache au jour d'aujourd'hui. Mais il y a chaque année une quarantaine de candidats inscrits.

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Un jour je serai grammairien

Bonsoir,

Merci à tous pour vos réponses. Je me sens soutenu. Cela ne se joue pas à grand chose parfois. smile

Je suis bien au courant de ce concours d'Agrégation de grammaire. J'ai notamment lu les deux derniers rapports de jury, et j'attends celui de cette année avec impatience. D'ors et déjà cela me permet de cibler mon travail.

Je suis rassuré. Je m'étais dit au début que viser cette agrégation, c'était presque kamikaze. Mais si c'est faisable, je bosserai dur pour y arriver. La 2ème année de prépa devrait bien m'aider pour l'entraînement à la version sèche, ainsi qu'un peu au thème. Je fais aussi les fameuses khôlles, qui sont un avantage non négligeable je pense pour les oraux.

Vous ayant encore sous la main, j'en profite pour épuiser mon stock de questions :

@Arthur : que pensez-vous faire après que vous serez lauréat ?
Cela ne me tente pas d'aller enseigner simplement dans le secondaire les lettres classiques... je préférerais continuer à me spécialiser ? Comment faire : doctorat ? thèse ? ce genre de choses...?

Docteur es grammaire, ça existe ? hmm