Nerval déclarait que ses sonnets "perdraient de leur charme à être expliqués, si la chose était possible"...

Bonjour, j'ai une dissertation à faire en littérature (poésie du XIXème siècle), voilà le sujet:

"Partant de ses Chimères, Nerval déclarait que ses sonnets « perdraient de leur charme à être expliqués, si la chose était possible ». Comment comprenez-vous cette position, que vous confronterez à la poétique mise en œuvre dans les Fleurs du Mal et dans les Chimères ? Cela vous paraît-il de nature à définir la modernité de Baudelaire et de Nerval ?"

En fait, je ne comprend pas vraiment le sujet, du coup je suis "un peu" bloquée pour la suite. Si vous pouviez seulement m'aider à mieux comprendre le sujet, ça serait vraiment sympa. Pour le reste je me débrouillerai  big_smile

Merci d'avance !

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Nerval déclarait que ses sonnets "perdraient de leur charme à être expliqués, si la chose était possible"...

Bonsoir !!

Je trouve que cette phrase est une formidable excuse pour refuser le commentaire ou l'explication d'un texte de Nerval

Cela dit, ton sujet est difficile. C'est une dissertation fermée avec des exemples imposés. Et sur une question qu'on ne se pose pas souvent...

Quelle est la position de Nerval ? Il assume l'hermétisme de sa poésie. "Si la chose était possible", il pense donc qu'on ne peut pas l'expliquer. Et quand bien même, sa poésie perd "[son] charme". Donc il ne fait pas que revendiquer son hermétisme, mais il propose même une vision de la poésie qui ne doit pas être expliquée, ni explicative, mais qui ont un charme pour autant....

Et c'est là que ça se rapproche de Baudelaire.

" Une foule de gens se figurent que le but de la poésie est un enseignement quelconque, qu'elle doit tantôt fortifier la conscience, tantôt perfectionner les moeurs, tantôt enfin «démontrer» quoi que ce soit d'utile...
La poésie, pour peu qu'on veuille descendre en soi-même, interroger son âme, rappeler ses souvenirs d'enthousiasme, n'a pas d'autre but qu'elle-même; elle ne peut pas en avoir d'autre, et aucun poème ne serai si grand, si noble, si véritablement digne du nom de poème, que celui qui aura été écrit uniquement pour le plaisir d'écrire un poème.
La poésie ne peut pas, sous peine de mort ou de défaillance, s'assimiler à la science ou à la morale; elle n'a pas la Vérité pour objet, elle n'a qu'Elle-même.
«Notice sur Edgar Poe» (C.Baudelaire)


Tu vois le point commun?

Ensuite on te parle de "La modernité de Baudelaire et de Nerval" ... et c'est pas parce qu'ils sont plus proches de nous que Ronsard. Les critiques , en poésie tentent de dater le passage vers la poésie moderne. Les positions sont variés : pour certains c'est Rimbaud qui fait la rupture, pour d'autres c'est Baudelaire. Mais Nerval est un peu oublié ( moins connu? Peut être juste compliqué...) et certains ( mais ils sont moins nombreux) le font rentrer dans la modernité poétique , et donc, le font avec Baudelaire.
Roland Barthes dit quelque chose d’intéressant à ce propos ; " La poésie classique n'était sentie que comme une variation ornementale de la Prose, le fruit d'un art (c'est-à-dire d'une technique), jamais comme un langage différent ou comme le produit d'une sensibilité particulière. "   [ C'est dans " Le degré Zéro de l'écriture " mais je me souviens plus du chapitre ]

Voilà , comment tu peux voir ton sujet à mon avis.

Mais il y a d'autres choses à dire... La modernité du traitement poétique ne fait pas tout.  Les sujets traités: La Ville est chez Baudelaire, La Charogne est chez Baudelaire. Aurait-on pu le voir avant?   Face à ça ( mais je m'avance pas trop, je connais assez mal Nerval ) on a chez Nerval du " Je pense à toi, Myrtho, divine enchanteresse, // Au Pausilippe altier, de mille feux brillant, "  ( me souviens plus du titre).   Je crois que tu peux faire des distinctions. Et puis, Baudelaire moderne.... Dans son traitement oui, dans ses sujets oui. Mais c'est un anti-moderne absolu dans ses idées.

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Nerval déclarait que ses sonnets "perdraient de leur charme à être expliqués, si la chose était possible"...

En complément des pistes de Lancelot qui sont belles et bonnes, je verrais un autre point commun entre Baudelaire et Nerval, ce qui annonce aussi Rimbaud et Mallarmé : la poésie comme voie de connaissance, comme accès au mystère, comme voie de salut, comme revanche sur la vie, comme tentative de refaire le monde... la "sorcellerie évocatoire", la musique pour entrer par effraction au-delà des apparences, et pour finir l'autotélisme de l'objet poétique devenu une sorte de grand oeuvre alchimique.