Des vers ? Pour quoi faire ?
Je ne comprends pas comment parler ici d'indissociabilité... Dans ta conception des choses, il y a bien une matrice et son produit, un creux et un sens, un sens et une souche. Le rapport qui les unit, si étroit y soit-il, n'est pas une indissociabilité, puisqu'il implique pour être ce rapport un dualisme entre forme et sens. Pour moi, s'il y a indissociabilité, il n'y a pas une forme dans laquelle se forme un sens, mais seulement un discours, et la « versification » désigne alors un mode d'organisation de ce discours. Mais une organisation n'est pas une forme, en tous cas je ne parviens pas à rejoindre l'idée d'organisation et l'image du creux et de la souche. Et à côté de cela, je ne vois pas le rapport entre versification et polysémie ou multiplicité des lectures (idées qui impliquent une lecture nécessairement herméneutique, non ?).
Malgré explication, je ne comprends pas ce qu'est l' « intimité poétique », encore moins son rapport avec la versification. Le « territoire positif de sens », est-ce dire que, parce que ce sont des vers, c'est un poème ? Le « poème », pour moi, n'existe pas en dehors de la lecture qui y voit un poème (donc de la théorie qui sous-tend cette lecture, pas forcément un horizon d'attente). Repérer un sonnet ne me permet pas de dire objectivement « c'est un poème ». Ni même y voir apposé le nom d'un grand auteur, ou le fait de savoir que c'en est officiellement un. L'idée d'intérieur et d'extérieur me semble impliquer la même idée d'une positivité – que je refuse - du poème et des discours en général, comme s'ils existaient en dehors des lectures qu'on en fait, et donc des lecteurs et de leur histoire. Je ne suis pas d'accord avec l'idée qu'il y aurait quelque chose d'initial puis tout ce qu'on y ajoute : tout ce qu'on lit est toujours là initialement, au présent de la lecture. Je ne vois pas ce qui permet de dire : ça c'est la base, ça c'est le surajout.
Mon exemple sur le cosmos, qui restait plus vague, visait à éclairer l'idée d'assujettissement en la reliant à une conception peut-être plus connue, mais cela n'illustrait pas une démarche de lecture. Qui ne pourrait pas être la mienne, d'ailleurs, parce qu'elle est historiciste, elle met le sens dans les conditions de production de l'oeuvre. C'est peut-être aussi cet historicisme – que me semble aussi impliquer l'attachement au premier moment de l'écriture poétique (qui en outre n'a pour moi aucune structure prédictible) que suppose le « comment ». Quand je lis un poète de la Renaissance, c'est peut-être faiblesse, mais je suis incapable d'y trouver une révélation de la présence du cosmos : ces conceptions sont pour moi datées, elles sont intéressantes mais comme des pièces de musée, ells ne correspondent à aucune activité du poème dans ma lecture, c'est extérieur à ce que je lis (ou ça se réduit à l'idée de mime, oui), contrairement aux conceptions d'Eluard. Si je voulais parler du poème, je serais à côté de ma propre plaque en parlant de tout ça. « Comment » m'empêche de lire. Mais je ne vois pas quelles portes ferment « pourquoi ». Du moins, sa vocation est de n'en fermer aucune, pas même celle du « comment », finalement.
